mes écrits

Bulle épisode 6

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous continuez à prendre bien soin de vous. Ici, le temps continue à se disputer, et je trouve que plus on avance, et plus les dystopies prennent de la réalité. C’est assez effrayant, et j’ai le sentiment que notre monde est en train de basculer.Peut-être que je vois cela avec mon œil de romancière, avec celui aussi de philosophe, mais l’avenir semble de plus en plus sombre, et cela n’est pas simplement lié au temps. Il suffit de voir comment sont traités les artistes, la culture, les profs, les soignants et plein d’autres personnes. Mais peut-être est-ce moi qui vois tout en noir.

Ecrire me permet de deviner un monde encore plus sombre. C’est ce qui me permets de tenir, mais aussi de mettre en garde je sais que certains aimeraient que l’on prenne davantage de position dan stout ce qui arrive en ce moment, entre le Covid, les événements aux Etats-Unis, la mort programmée par les gouvernements de la culture. Mais parfois, écrire, lire, c’est aussi une forme de rébellion, et c’est ainsi que je vois les choses. C’est une manière de ‘exprimer, et on aurait tort de s’en priver. C’est d’ailleurs ce que je fais avec Bulle, dont voici enfin le 6e épisode.

6 – Un plan fou

« Bulle n’était pas parvenue à s’endormir. Elle se tenait éveillée grâce à l’excitation qui battait dans sa poitrine, ainsi que la peur qui lui comprimait le ventre. Elle n’avait d’ailleurs de cesse de passer sa main sur cette partie de son anatomie, comme si elle espérait sentir la vie qui était en train de naître en elle. Elle s’attendait presque à ce que le bébé se manifeste, mais il était encore trop tôt pour cela. Elle essayait aussi de s’imaginer avec un ventre énorme, et cela lui donnait la nausée. Elle n’était pas prête.

Le fait de dormir dans le lit de sa grand-mère n’aidait pas. Elle avait refusé que l’on change les draps, si bien que l’odeur de cette dernière embaumait encore tout le linge. Bulle avait cru que cela la rassurerait, mais en vérité, cela était pire. Elle avait le sentiment de trahir sa Mamou en investissant sa chambre, de l’effacer un peu plus chaque jour. Cela était vrai, Bulle prenait sa place, et un jour, plus personne ne se soucierait du sort de la vieille femme. Cela la révoltait, et Bulle serrait davantage le drap entre ses doigts, prête à le déchirer.

Elle s’était couchée afin de se remettre des émotions de la journée, mais le sommeil la fuyait. Ses yeux restaient donc grands ouverts, occupés à regarder l’heure. La nuit était tombée depuis longtemps, mais minuit semblait ne pas arriver. Bulle entendait aussi sa mère s’activer dans sa chambre. Que faisait-elle encore à cette heure tardive ? La crainte de Bulle, outre celle que le message envoyé ne soit un piège, était que Marie la surprenne et ne la laisse pas quitter l’appartement. La jeune fille savait qu’elle enfreignait les lois en sortant ainsi à l’extérieur sans motifs valables. Toutefois, la vérité était désormais bien plus importante que le reste. Elle ne pouvait pas ne pas saisir cette chance d’avoir enfin les réponses à ses questions.

Elle avait passé sa journée dans le brouillard le plus total. Elle se souvenait avoir essayé de travailler sur le jeu qu’on lui avait imposé. Apparemment, sa vision d’un monde dévasté ne plaisait pas aux gérants de sa nouvelle entreprise. Il paraissait qu’une telle image faisait peur aux enfants. Elle avait dû recommencer entièrement son illustration. Elle en avait été profondément déçue, alors, pour s’occuper l’esprit afin qu’il n’aille pas imaginer de scénarios sur ce qui allait se produire à minuit, elle avait repris son propre jeu. Elle ignorait encore ce qu’elle allait en faire ensuite, mais travailler intégralement dessus lui faisait un bien fou. Elle montra même le jeu à Christ, qui fut enchanté de tester le premier niveau. Elle confectionna aussi tous les repas de la journée. Elle ne pouvait pas laisser Marie se lancer dans des expériences culinaires. Tout ce qu’elle préparait était immangeable. Si elle l’avait pu, elle aurait commandé que des plats déjà tout prêts, mais cela ne se faisait plus depuis des années.

Malgré toutes ces occupations, elle ne parvenait pas à supprimer l’angoisse qui montait à mesure que les minutes défilaient. Que lui voulait le garçon ? Et pourquoi l’avait-il contactée, elle ? Et comment avait-il fait pour lui envoyer son message sans qu’elle ne puisse remonter jusqu’à lui ? Et comment avait-il fait aussi pour réussir à effacer son texte à distance, sans laisser de traces ? Elle avait essayé de comprendre tout cela, de suivre la file de l’expéditeur, mais sans aucun résultat. Et cela était encore plus complexe alors que le message n’existait plus. Qui que soit le garçon, il avait des connaissances pointues sur le réseau, et il semblait être capable de faire plier ce dernier. Bulle ne savait pas si cela l’effrayait ou non, ou si elle se sentait rassurée d’être entre les mains d’un expert pareil.

En tout cas, minuit finit par arriver, et quelques minutes avant que ne sonne l’heure fatidique, Bulle sortit de son lit sur la pointe des pieds, traversa l’appartement quasiment endormi, se faufila par la porte d’entrée et enfila la combinaison de la veille. Ses gestes étaient maintenant plus fluides, et elle savait davantage ce qu’elle devait faire et comment le faire. Le stress de la nuit d’avant l’avait quitté, elle se sentait apaisée. La peur n’était plus sa compagne, elle était sûre de son choix et de ce qu’elle faisait.

Elle descendit à pas de loup les marches et ouvrit en grand la porte de l’immeuble, permettant ainsi à la lumière de la lune de s’infiltrer dans les ténèbres. Étrangement, Bulle y vit une métaphore. La cage d’escalier, l’entrée, ne fonctionnait que rarement. La plupart du temps, elle était plongée dans le noir, comme tout le monde finalement. Les populations vivaient à l’abri dans leurs appartements, sans jamais sortir. Mais à un moment, la lumière finissait toujours par gagner, et l’air par entrer et balayer les cendres abandonnées. Bulle se sentait devenir une héroïne. Ses épaules se redressèrent et son cœur battit de joie. Quoiqu’il se passe cette nuit, elle savait déjà qu’elle allait changer l’histoire. Elle était la lumière qui allait éclairer et détruire la pénombre, qui allait permettre à tous ces gens de sortir enfin de leurs prisons dorées et d’ouvrir les yeux sur leurs situations tragiques.

Elle détailla la pelouse. Au début, à travers la visière de son casque, elle ne vit rien. De la sueur glacée commença à couler le long de sa colonne vertébrale. Elle se dit que le garçon lui avait tendu un piège, qu’il s’était moqué d’elle. Puis, la peur s’empara plus profondément d’elle. Et s’il lui était arrivé quelque chose ? Et si le gouvernement lui était tombé dessus ? Et s’il avait été envoyé en prison ? Ou pire, et s’il était mort ? Elle s’aperçut qu’elle s’était attachée à cet inconnu bien plus qu’elle ne l’aurait dû, alors même qu’elle ne savait pas son identité et qu’elle n’avait jamais parlé avec lui.

Soudain, du bruit se fit entendre sur sa droite. Elle se tourna vivement, et elle aperçut une silhouette se découper dans l’ombre du bâtiment. Elle plissa les yeux. Quelqu’un était en train de lui faire signe, à quelques mètres à peine d’elle. Bulle ne pouvait pas voir de qui il s’agissait, mais qui d’autre aurait pu ainsi se glisser à l’extérieur, dans les ténèbres ? Elle inspira à fond et essaya de calmer les battements qui pulsaient dans sa poitrine. Ensuite, elle fit quelques pas en avant. Et elle se retrouva en face du garçon.

Ce dernier n’avait pas changé depuis la veille. Ses cheveux étaient toujours dressés de manière hirsute sur son crâne, ce qui laissait penser qu’il ne savait pas se servir d’un peigne. Bulle avait le sentiment qu’il aimait avec autant de nœuds sur la tête, mais cela la dégoûtait, d’autant plus qu’elle n’était pas certaine que le garçon ait une bonne hygiène. La preuve en était avec ses joues noires qui paraissaient maculées de saleté, de terre, et ses ongles tout aussi crasseux. Et que dire de ses vêtements, qui n’avaient pas été changés, et qui laissaient supposer qu’il avait dormi avec ? Elle eut une grimace de dégoût et manqua même de faire demi-tour. En cet instant, elle avait oublié que l’adolescent était un survivant qui semblait ne pas être contaminé par le virus, et qu’il l’avait contactée. Tout ce qu’elle voyait, c’était qu’il n’avait sans doute pas pris de bain depuis plusieurs jours.

Brusquement, l’inconnu lui attrapa le bras et la tira vers lui. Bulle poussa un cri qui fut, heureusement, étouffé par sa combinaison. Elle se soustrait violemment à l’emprise du garçon et massa son poignet endolori par la poigne de l’adolescent. Mais il avait réussi son coup, il l’avait entraînée avec lui dans un recoin de la barre d’immeuble.

— Cesse de faire l’enfant, lui ordonna-t-il d’une voix dure, sans savoir qu’il reprenait ainsi les mêmes termes que Marie quelques heures plus tôt. Il ne faut pas qu’on nous voie ensemble. Et ta combinaison blanche est loin d’être la parfaite tenue de camouflage.

Les joues de Bulle s’empourprèrent. Elle se demanda si elle ne préférait pas quand le garçon se taisait. Au moins, il ne lui disait alors pas de choses aussi méchantes.

Il regarda à droite et à gauche, comme s’il s’attendait à tout moment de voir débarquer des personnes pour l’arrêter. Sa peur contamina Bulle, qui se mit elle aussi sur ses gardes.

— Tu n’as parlé à personne de ce rendez-vous ?

Bulle secoua la tête en fronçant les sourcils. Pour qui la prenait-il ? Elle n’était pas bête.

— Tu n’as pas ta tablette non plus sur toi ? Ou quoi que ce soit capable de déterminer que tu es sortie ?

Une nouvelle fois, Bulle nia. Mais qui était ce garçon pour la considérer ainsi pour une idiote ? Et pour connaître autant de choses ? Et pour craindre autant qu’on le trahisse ?

— Comment survis-tu ? finit par demander Bulle, dont la question ne cessait de lui tourner dans la tête. Tu devrais être mort depuis le temps. Tu es sans combinaison !

Le garçon haussa les épaules.

— Il faut croire que j’ai de la chance, lui répondit-il de manière laconique.

— Mais personne ne te dit rien ? Personne n’a remarqué cet exploit ? Tu pourrais peut-être aider les chercheurs à produire un vaccin !

L’enthousiasme de la jeune fille suintait dans ses paroles. Pour la première fois depuis le début de leur entrevue, le garçon tourna la tête vers elle et planta ses yeux noirs dans les siens. Bulle eut le sentiment qu’on lui envoyait alors une décharge d’énergie pure. Il n’avait que du mépris pour ses paroles. Elle se sentit idiote et des larmes menacèrent de quitter leurs glandes sous ses yeux. Elle baissa le regard et se mordit l’intérieur des joues. Quoi qu’ait en tête le garçon, il ne voulait pas aider les autorités. Et Bulle se demandait bien pourquoi.

— Écoute, lui dit-il alors, si tu es là, c’est parce que j’ai besoin de toi. Tu comprends ? Sinon, je ne t’aurais pas contactée.

Ces mots firent mal à Bulle, qui ne s’attendait pas à cela. Mais en même temps, que croyait-elle ? Elle était une inconnue pour le garçon, et il était évident qu’il n’avait pas été frappé par sa prestation de la veille. Il avait simplement besoin d’elle, et après, ils reprendraient chacun leur chemin. Or, ce n’était pas ce qu’elle désirait. Elle souhaitait plus, et elle tenait à le prouver à l’adolescent.

— Je ferais ce que tu me demandes, mais en échange, je veux que tu m’aides toi aussi, lui répondit-elle d’une voix qui se voulait assurée, mais qui tremblait un peu.

L’inconnu haussa un sourcil, curieux. Il ne s’attendait pas à ce que Bulle ait le courage de s’opposer à lui.

— Ma grand-mère a disparu. Cela fait deux jours maintenant, trois lorsque l’aube sera levée. Je veux que tu m’aides à la retrouver.

Le garçon soupira. Il passa l’une de ses mains sur son visage et frotta ses yeux. Puis, il se redressa et planta ses iris dans celle de Bulle. Une nouvelle fois, son regard la déstabilisa.

— Que crois-tu ? Penses-tu vraiment que tu vas pouvoir la sauver, la tirer de l’endroit où ils l’ont emmenée ? Je suis désolé de te dire cela, mais c’est terminer pour elle. Si les agents du gouvernement sont venus chez vous, c’est qu’il n’y a plus rien à faire. Elle aurait dû fuir bien avant.

— Que veux-tu dire ? l’interrompit Bulle en se rapprochant de lui. Que lui ont fait les policiers ?

— Que crois-tu qu’ils arrivent aux personnes âgées ? À celles qui ne peuvent plus travailler ? À celles qui ne supportent pas de rester enfermées tous les jours dans un appartement ? Ou même qui naissent avec des malformations, qui sont jugées inaptes à servir la nation ? Je vais te le dire, car tu sembles bien naïve pour une personne qui se précipite dehors pour courir après un inconnu. Tous ces gens sont abattus. On les extermine proprement, et puisque tout le monde est bien installé chez soi à attendre que le temps passe en tremblant pour un virus qui n’est plus aussi mortel, les gouvernements peuvent faire ce qu’ils veulent. Et personne ne trouve rien à dire.

— Tu mens !

Bulle avait crié, et sa voix avait davantage porté que la première fois. Le garçon se tendit et regarda autour de lui, tous ses sens aux aguets.

— Je ne te demande pas de me croire, dit-il ensuite, lorsqu’il fut assuré qu’ils étaient toujours bien seuls dans les ténèbres. C’est la vérité, c’est tout.

Bulle se mordit la lèvre. Elle avait encore envie de traiter l’adolescent de menteur, de lui dire qu’il inventait tout, que jamais le gouvernement ne ferait une telle chose, et surtout que sa grand-mère était toujours en vie. Pourtant, elle n’en fit rien. Quelque chose en elle avait cédé, et elle repensa à tout ce qu’elle avait vécu ces derniers jours, entre l’arrestation de Mamou et sa fécondation. Bien entendu, si l’État faisait de telles choses, s’il faisait disparaître des individus, personne n’en saurait jamais rien. Ils étaient tous confinés chez eux, à craindre la mort provoquée par l’extérieur. Et tous ceux qui osaient aller dehors en payaient le prix. Et c’était la même chose pour ceux qui avaient le courage de critiquer les choses.

— Ciel, murmura-t-elle.

Elle prit tout d’un coup conscience qu’elle était en train de faire la même chose. En ce moment précis, elle se trouvait avec un inconnu, un garçon dont elle ne savait rien, au lieu d’être tranquillement dans son lit à couver l’enfant qui grandissait en elle. Pire, elle mettait ce dernier en danger. Et elle parlait ouvertement d’une décision de l’État qu’elle trouvait mauvaise.

Elle posa sa main droite sur sa bouche, occultant le fait qu’elle portait une visière. Désormais, elle faisait partie des contestataires, et elle aussi avait peur. Et si jamais quelqu’un la dénonçait ? Une panique totale prit possession de son corps, et elle se sentait défaillir.

— Hé ! s’exclama le garçon. C’est pas le moment de me claquer entre les doigts. J’ai besoin de toi.

Bulle se força à respirer. Elle inspira puis expira, et ce à de multiples reprises. Peu à peu, son visage gagna des couleurs et sa peur fut repoussée dans un recoin de son esprit.

— Écoute-moi, continua le garçon. Le câble sur lequel tu es tombé hier nous sort à communiquer. Et il est là pour infiltrer le réseau. Avec, nous allons pouvoir diffuser des messages afin d’avertir la population. Seulement, le signal n’est pas aussi puissant qu’on le croyait. On ne peut pas atteindre tous les immeubles avant. Il nous fait donc quelqu’un qui puisse monter l’émetteur dans les étages et qui le laisse transmettre. Penses-tu être capable de faire cela ?

Bulle dévisagea le garçon. Encore une fois, il la prenait pour une moins que rien. La jeune fille gonfla alors sa poitrine. La peur avait disparu, et il ne restait que sa colère, bien vivante en elle.

— Tu veux que je monte un appareil chez moi, c’est ça ?

Il hocha la tête.

— Je ne peux pas le faire. Si j’essayais, je serais immédiatement remarqué. Je ne peux pas entrer dans les appartements, et ceux vides sont inaccessibles. Il te suffit simplement de déposer notre émetteur, qui est relié au câble ici, et de le laisser dans un coin. Tu n’es même pas obligée de le mettre chez toi. L’important, c’est qu’il puisse être branché sur une source électrique. Pour le reste, je m’occupe de tout.

— Lorsque tu évoques une source électrique, tu parles de prises ou de compteur ?

Le cerveau de Bulle fonctionnait à plein régime. Comme tous les élèves de sa promotion, elle avait reçu un enseignement technique, qui allait de la manière à changer une ampoule à celle de réparer un panneau électrique. Elle avait donc quelques bases qu’elle était heureuse de pouvoir ainsi montrer à celui qui pilotait sa mission.

— Un panneau électrique serait le mieux, répondit le garçon. Une simple prise ne serait pas suffisante à pouvoir envoyer la charge pour atteindre tous les immeubles du secteur. On avait bien pensé à la cave, là où se trouvent tous les compteurs, mais c’est trop risqué d’y descendre, et puis ce n’est pas en hauteur.

Bulle réfléchissait à toute vitesse au lieu où elle pourrait installer l’appareil. Elle se demandait si sa mère avait déjà regardé le compteur dans leur appartement, celui dont ils se servaient quand le courant venait à sauter, lorsque les orages étaient trop violents. Elle craignait de mal répondre à cette question et de faire des erreurs. Elle se souvenait que c’était souvent Mamou, ou Papou lorsqu’il était encore en vie, qui s’occupait de ce genre de maintenance. Elle pouvait donc aisément placer l’engin sur son propre compteur et croiser les doigts pour que personne ne le remarque, jamais. Mais voilà, s’ils attiraient trop l’attention du gouvernement avec leurs informations, les agents de ce dernier viendraient tout fouiller. Comment alors expliquer la présence d’un tel appareil ? Bulle fronça les sourcils. Si on lui avait dit, deux jours plus tôt, elle participerait à une action clandestine, elle en aurait ri. Mais la donne avait changé depuis.

Elle réfléchissait toujours lorsqu’une idée lui vient.

— On pourrait mettre l’émetteur sur le toit. Les panneaux solaires nous permettent de recevoir de l’électricité. Ils doivent être assez puissants pour fournir l’énergie nécessaire à ton appareil et envoyer un signal le plus loin possible.

Le garçon ouvrit la bouche, médusé. Puis, il la referma et observa Bulle d’un regard nouveau.

— C’est une bonne idée. Les panneaux ne fonctionnent pas souvent, mais ce serait déjà un début. Et cela permettrait de ne mettre personne en danger. Pourquoi n’ai-je pas pensé avant à cette solution ?

Il se frappa le front du plat de la paume, et Bulle sourit. Elle avait l’impression d’avoir sauvé la révolution. Et cela lui faisait un bien fou.

— Il ne nous reste plus qu’à trouver un moyen d’atteindre le toit.

L’adolescent se rembrunit.

— Toi, tu rentres chez toi. Je vais me débrouiller pour accéder au toit.

— Quoi ? Il est hors de question que je ne participe pas à cette aventure. C’est mon idée !

— Ce n’est pas un jeu ! s’écria le garçon. Je ne veux pas mettre ta vie en danger. Cela était déjà assez compliqué de te demander ton aide, alors maintenant que j’ai une solution autre, je ne vais pas te faire prendre de risques inutiles. Tu rentres chez toi et tu oublies toute cette histoire !

— Que j’oublie ? Non ! Tu as dit que ma grand-mère avait été enlevée par l’État pour qu’il le tue ! Comment je peux ôter cela de ma mémoire ? Comment je peux retrouver une vie normale ? Je ne veux pas ! Moi aussi je souhaite vivre comme toi, sans combinaison, sans peur du virus, et combattre les monstres qui nous gouvernent !

Elle était essoufflée. Elle haletait. Elle avait dit sa tirade sans même prendre le temps de respirer. Le garçon l’observait, l’air tendu, mais aussi incrédule face à sa fureur.

— Tu n’as rien compris, lui dit-il alors. On ne fait pas de révolution. On ne cherche pas à renverser le gouvernement. On ne peut rien faire contre lui. Je suis tout seul, et c’est un hasard si je survis. Tu dois rentrer chez toi.

Bulle eut l’intime conviction que le garçon lui mentait, qu’il ne lui disait pas tout. Il n’était pas tout seul, cela n’était pas possible. Il ne pouvait pas monter une telle opération sans aide. Cependant, peut-être qu’il avait raison. Peut-être qu’une révolution n’était pas envisageable. Peut-être qu’on ne pouvait pas se battre contre l’État. Peut-être qu’il était vain d’essayer. Mais cela ne satisfait pas Bulle. Elle était certaine qu’il y avait un autre moyen d’informer tout le monde de ce qui se passait vraiment, et de changer les choses.

En colère de s’être fourvoyée, et contre le garçon qui refusait son aide, elle fit demi-tour et ouvrit en grand la porte de l’immeuble. Puis, elle monta toutes les marches sans même faire attention au bruit qu’elle produisait, avant de se laisser choir sur son palier. Elle se débarrassa ensuite de sa combinaison, et rentra chez elle. Elle ne vit pas le garçon s’engouffrer jusqu’au toit, mais elle se doutait qu’il n’avait pas laissé passer sa chance d’accéder à l’immeuble.

Bulle comptait retourner dans son lit et trouver un moyen de continuer la lutte, mais elle fut coupée dans son élan. Dans le salon, sa mère l’attendait. Et elle avait un téléphone entre les mains, une communication lancée. »

Merci de m’avoir lue. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

Et vous ?

Est-ce que le confinement a été inspirant pour vous ?.

Avez-vous envie de lire des histoires sur cette période ?

Ou au contraire, désirez-vous l’oublier le plus tôt possible ?

Bon jeudi à tous 😉

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