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Tout le bleu du ciel

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez un bon weekend. Ici, il est encore bien pluvieux, si bien que j’ai le sentiment que l’hiver est revenu et que l’été est parti. Cela n’aide pas mon moral, qui est dans les chaussettes en ce moment. Je n’en peux plus de tout ce que l’on entend sur les réseau sociaux, que ce soit sur les profs ou sur le racisme qui est nié. Une telle période est encore pire que le confinement pour moi, et je n’ai qu’une envie, c’est celle de filer sous la couette et d’oublier le monde qui existe autour de moi. Ou de lire. Je sais bien qu’il y a pire que moi, des situations bien plus invivable, mais lorsque je suis comme ça, j’ai juste envie de tout oublier.

Le thème de l’oubli se trouve justement au cours du roman dont je vais vous parler aujourd’hui. C’est m^me un thème central, avec la maladie. C’est un roman contemporain qui nous fait voyager et qui s’intitule Tout le bleu du ciel. Il a été écrit par Melissa Da Costa et est sorti aux éditions Carnets Nord en février 2019, puis en aux éditions livre de poche en février 2020. Je remercie d’ailleurs ces derniers qui m’ont envoyé un exemplaire numérique de ce roman via le site NetGalley. C’est grâce à eux que je peux vous en parler aujourd’hui. Voici son résumé :

Petiteannonce.fr : Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.

Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Dans cette histoire, nous suivons Emile, une jeune homme de vingt-six ans, qui est malade. Il souffre d’un Alzheimer précoce, qui ne va pas tarder à s’attaquer à tout son corps. Il ne lui reste que deux ans, environ, à vivre. Plutôt que de mourir à l’hôpital, sous les yeux de ses proches, Emile décide d’acheter un camping-car et de découvrir les Pyrénées avec son sac à dos. Mais ne pouvant faire ce voyage seul, ne sachant pas comment va évoluer sa maladie avant sa mort, il met une petite annonce sur Internet. Et voilà que Joanne, une femme bien mystérieuse, détruite par la vie, se présente. ensembles, ils vont pouvoir organiser ce dernier voyage, et se découvrir petit à petit.

J’ai envie de commencer cette chronique non pas par la présentation de l’un des personnages, mais plus sur la maladie en elle-même. Même si l’on sait l’issue funeste qui attend Emile, on ne peut que vouloir qu’il s’en sorte, et qu’on ait le droit à un happy end à la fin. Evidemment, cela n’est pas vraiment le cas, et je peux déjà vous dire que ce roman est pleinement émouvant. Je ne le cache pas, j’ai pas mal pleurer, parce qu’Emile, tout comme Joanne, sont des personnages touchants, et ce qu’ils vivent dans cette aventure est marquant. On ne peut pas rester insensible face à leurs détresses personnelles, face aux gens aussi qu’ils rencontrent sur leur chemin, qui apportent chacun quelque chose, à leur manière. J’ai trouvé que la maladie en elle-même, et ce qu’elle apporte à Emile et Joanne, est traitée tout en finesse, avec beaucoup d’émotion mais aussi beaucoup d’empathie. Ainsi, on voit vraiment la manière dont Emile perd l mémoire, d’abord face à de petites choses, puis des black-out, puis jusqu’à régresser. Certes, j’ai deviné la souffrance de Joanne bien avant la révélation sur elle, mais son drame personnel est lui aussi très bien traité. C’est un roman qui parle de manière très délicate de la mort, et de la vie aussi. On peut craindre a début un roman poignant parlant d’Alzheimer et de mort, mais j’ai trouvé que, malgré la tristesse que l’on ressent, c’est aussi un roman très humain, qui ne tombe pas dans le pathos. Oui, Emile est malade et il perd ses souvenirs, mais cela ne l’empêche pas d’être heureux et de s’amuser. Et toutes les personnes qui le croisent durant ce voyage sont prêtes à l’aider tout en sachant qu’ils ne peuvent pas le sauver. C’est aussi un bon roman sur le temps qui passe et qui soigne les blessures. Personnellement, je ne connais personne avec Alzheimer, mais je suppose que ce roman aide beaucoup à comprendre la maladie, c’est du moins comme ça que je l’a compris, et cela permet aussi de l’accepter. Je pense que cette histoire peut aider à comprendre cette maladie, et surtout la rendre plus humaine, plus douce. Même si les individus régressent, ils restent eux-mêmes.

Parlons à présent d’Emile. Au début on peut être surpris par sa décision. Après tout, il décide de partir dans un endroit qu’il ne connaît pas avec une totale inconnue, tout cela pour ne pas que ses proches le voit dépérir. Cela peut sembler égoïste, mais c’est en fait un acte d’amour. Et c’est aussi une façon de se protéger. J’ai été assez d’accord avec le fait qu’il ne faut pas mourir à l’hôpital, dans le service des soins palliatifs. En fait, c’est un personnage que l’on comprend aisément, qui a peur de ce qui lui arrive et qui fuit. Cela le rend touchant et émouvant, parce qu’il ne sait pas comment réagir face à ce qui lui arrive. C’est marquant, car sa première grosse crise le rend totalement angoissé. Et on le voit peu à peu oublier tout, jusqu’à Joanne. C’est pourtant une personne lucide, jusqu’à un certain point, qui sait réfléchir et prendre les bonnes décisions au bon moment. Cela est d’autant plus difficile de de le voir sombrer, parce qu’on s’attache à lui. Comme je le disais plus haut, on veut le sauver, mais c’est impossible, et on ne peut que le regarder être de plus en plus malade. J’ai adoré toute la tendresse qu’il développe pour cette dernière, le lien qui se crée entre eux deux, et la manière dont il essaye de la protéger. C’est quelqu’un de tendre, qui prend soin des autres et qui veille sur eux. Les efforts qu’il fait pour comprendre Joanne sont aussi mignons, parce qu’il sait qu’elle est très différente de lui, mais il fait tout pour combler cette différence, par amitié. Il a beaucoup de respect pour les autres.

Il a fui ses proches pour cette raison, pour se détacher de ça : les liens, l’attachement, la douleur du départ. C’est plus facile de mourir en présence d’une inconnue qui vous regarde avec indifférence, c’est plus facile de n’avoir plus rien à se rattacher le moment venu. Mais c’est troublant.

Il se racle la gorge.

« En parlant d’instructions… »

Joanne a l’air surprise d’entendre sa voix. Elle a dû replonger dans ses pensées, loin, bien loin du ruisseau, de son amnésie et de sa mort à venir.

« Il arrivera sans doute un moment où je ne serai plus vraiment là, où je réclamerai de rentrer à la maison. »

Elle hoche la tête avec gravité.

« Je veux que… je ne veux pas que tu me ramène. Quoi que je fasse… même si je supplie. Je ne veux pas qu’ils me voient comme ça. »

Elle ne demande pas d’explications, de raisons à cela, elle n’exprime pas de surprise ou d’étonnement, elle n’émet aucun jugement, elle se contente de hocher la tête. Elle es là pour recevoir des instructions et veiller à ce qu’elles soient respectées. Rien de plus. C’est leur contrat tacite.

« D’accord. »

Il déglutit avec difficulté. C’est un bon point de réglé. Demain il postera sa lettre. Peut-être qu’il achètera ce carnet. On verra.

Joanne est tout aussi touchante, à sa manière. Lorsqu’on la rencontre, on devine aisément qu’elle porte sur ses épaules un lourd secret, et l’on comprend assez facilement de quel secret il peut s’agir. On devine qu’elle a a beaucoup souffert, mais elle prend soin d’Emile, et elle veille sur lui. Au début, on a l’impression qu’elle est tout simplement là pour être quelque part, qu’elle se moque de tout, mais c’est en fait une manière de se protéger. C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé car elle se dévoile tout au long de l’histoire. Elle m’a beaucoup émue avec son histoire personnelle, qui donne aussi la rage. Alors que dans la première partie de l’histoire on avait les souvenirs d’Emile, la deuxième partie est davantage concentrée sur Joanne et ce qu’elle a vécu. C’est alors elle qui prend les choses en main, et j’ai apprécié la manière dont elle veille sur celui-ci. Joanne est un personnage bien plus fort qu’on ne le croit, et Emile a de la chance d’être tombé sur elle. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la manière dont elle l’invite dans son monde, bien particulier. Joanne a une vision de la vie qui est très poétique, magnifique. Elle initie Emile à la médiation, à un nouvel univers. J’ai appris beaucoup de choses grâce à elle et j’adorerais rencontrer une telle personne dans la vraie vie. Elle apporte beaucoup à Emile et au lecteur, c’est un personnage enrichissant. J’aimerais bien lui ressembler.

Qui elle est et qu’est-ce qu’elle fout là ? Bon sang, qu’est-ce qu’elle peut bien fuir pour se jeter dans le véhicule du premier type venu, sans se soucier de son propre sort ? Ils ont décidé qu’ils prendraient la direction des Pyrénées. Ils ne disent pas un mot sur le trajet. Emile essaie de lui jeter des coups d’œils discrets mais il est sûr d’être tout sauf discret. Pourtant il ne peut pas s’en empêcher. La phrase est tombée comme ça, sans appel, sans détour, sans faux-semblant : ça n’a pas d’importance pour moi. Et il sait qu’elle dit parfaitement vrai. Elle se moque d’où ils vont, de qui il est, de la raison pour laquelle il part, de ce qu’il peut bien lui arriver… Tout cela n’a aucune importance pour elle. Elle ne cherche qu’à fuir. Qui ? Quoi ? Ça le rend dingue.

Il a compris maintenant. Il s’est fourvoyé. le ton de son message, totalement décalé… Il a pris cela pour du défi, de l’espièglerie. Il a cru avoir affaire à une personnalité hors norme, un peu loufoque, un peu extravertie. Il s’est trompé. Le ton est bien décalé oui, mais pour une raison simple… Cette fille est à côté de la plaque, à côté de ses pompes, à côté de sa vie. Elle est perdue. Elle est ailleurs. Elle doit être à peine consciente d’être vivante.

Poutre la maladie est le deuil, le roman nous fait aussi beaucoup voyager. Ainsi, nos deux personnages se promènent en camping-car, mais aussi à pieds, et ils visitent beaucoup d’endroit. N’ayant jamais mis les pieds dans les Pyrénées, je n’ai pu qu’être éblouie par tous ces endroit qui nous sont dévoilés. Les descriptions sont magnifiques et donnent envie d’aller voir par nous-mêmes, de nous promener avec notre sac à dos sur ces chemins de montagne et de randonnées traversés par nos deux héros. Ces descriptions permettent en plus de montrer la manière dont Emile perd la mémoire, mais aussi sa volonté de ne rien oublier. De plus, ces paysages sont aussi là pour apporter la paix nécessaire à nos deux personnages principaux, et pour privilégier la méditation, chère au cœur de Joanne. Ce sont aussi des lieux propices à la rencontre avec des personnages haut en couleur. Myrtille m’a beaucoup marquée, parce qu’elle a amené toute la générosité possible face à nos personnages. Ces rencontres sont émouvantes et permettent de ne pas laisser les deux personnages seuls, elles marquent aussi leur voyage. Et ces rencontres rendant d’autant plus ces moments émouvantes et tristes puisque Emile les oublie peu à peu.

Ils sont arrivés dans le village de ruines sous un soleil brûlants. Il y étaient seuls. Seuls au milieu des éboulis de pierre. Ça ressemblait à une ville déserte, après une catastrophe, une ville brûlée par la chaleur, où plus aucune vie ne pouvait subsister. Ils ont compris ce que Myrtille coulait dire par beau et dramatique. L’église était là, au milieu de ce paysage de désolation. Elle était ouverte. Joanne s’est recueillie à l’intérieur un temps infini. Emile a songé qu’elle devait être plongée en pleine séance de méditation. Lui est resté à l’extérieur, à l’ombre d’un morceau de mur écroulé. Il était subjugué par l’église. Cette belle église en pierre au milieu des ruines. Il a songé que c’est là qu’il aurait aimé se marier s’il avait mené une autre vie, s’il avait pu se marier d’amour avec une fille qui aurait pu être Laura.

Venons-en enfin à l’écriture de ce roman. J’ai été happée par cette histoire et je l’ai dévorée. L’écriture est fluide et agréable, on se met facilement à la place des personnages et l’on ressent tous leurs sentiments, leurs doutes et leurs espoirs aussi. Les descriptions sont superbes et elles donnent envie de voyager. On comprend bien la maladie d’Emile et ce qui est arrivé à Joanne, on ressent sa colère et sa peine, et celle d’Emile aussi. Le roman est long mais on ne le voit pas passer, parce qu’on a vraiment envie de retarder le plus possible l’échéance, la mort d’Emile, et parce qu’on prend plaisir à voyager avec nos deux compères. toute la partie sur la médiation de Joanne m’a fait du bien, et il est certain que ce roman permet de relativiser. Ce qui arrive à Emile est terrible. Ce roman nous fait passer par pleins d’émotions différentes, qui vont donc des larmes au rire, parce qu’il est aussi bourré d’humour. La tendresse entre les personnages est là aussi bien présente. Ce n’est pas seulement une romance, c’est surtout une histoire d’amitié et de respect de l’autre, de ses envies et de ses choix.

En résumé, ce roman est un énorme coup de cœur, l’une de mes meilleurs lectures de l’année. J’ai beaucoup pleuré mais c’est un roman que je relirais avec plaisir, et que je vais acheter en papier afin de le faire découvrir à mes proches. C’est un roman que je ne peux que vous conseiller, d’abord pour les descriptions, mais aussi pour toute l’humanité que cette histoire apporte, pour toute sa joie et sa peine, pour tout l’amour aussi qui est présent. C’est une histoire qui parle aussi bien de la vie que de la mort, de manière très poétique. C’est un livre à découvrir avec une histoire hors norme, mais très belle.

Et vous ?

aimez-vous les histoires tristes ?

Lisez-vous ce type d’histoire même en sachant que cela ne se terminera pas par un happy end ?

Qu’aimez-vous retrouver dans ces récits ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Tout le bleu du ciel »

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