mes écrits

Bulle épisode 5

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien. Ici, je suis contente, je viens de dire au-revoir à deux de mes classes. Cela est un moment assez triste, évidement, et j’ai des élèves que je vais regretter. Mais si je suis contente, c’est surtout que cela me permet de tourner une certaine page. Je vais pouvoir me concentrer uniquement sur les élèves de mon autre établissement, que ce soit en présentiel ou à la maison. Cela me permet d’être plus à ce que je fais, et non plus entre les deux lycées où je suis. Cela me dégage l’esprit, et je vais aussi avoir un peu plus de temps pour m’occuper du blog et de mes écrits. j’ai pleins de projets pour la fin de l’année sur lesquels j’ai envie de travailler, que ce soit pour le blog, pour l’écriture, et même pour la rentrée de septembre à préparer.

Mais en attendant cette fameuse rentrée, nous devons d’abord terminer l’année en cours. et je dois aussi terminer les projets que j’ai lancé, dont un qui me tient tout particulièrement à cœur, surtout en cette période. Il s’agit de ma dystopie que je publie toutes les semaines sur le blog. Il s’agit donc de Bulle, dont vous pouvez aujourd’hui découvrir le 5e épisode. Je précise que tous les autres chapitres sont disponibles sur le blog. Voici donc ce nouvel épisode, et j’espère qu’il vous plaira.

5 – Faire un choix

« Dire qu’en rentrant, Bulle était énervée était un euphémisme. Bulle était si en colère contre elle-même et le garçon qu’elle monta quatre à quatre les marches de l’escalier jusqu’à son palier, ne cherchant plus à faire attention au bruit de ses pas ni même aux personnes qui devaient dormir et qui ne manqueraient pas de la dénoncer si elle faisait remarquer. Elle parvient donc à son étage en sueur, mais toujours pas calmée. Elle entra alors dans le sas de décontamination, laissa la douche chimique se lancer afin de désinfecter sa combinaison, puis elle retira toute sa tenue. Elle n’avait plus qu’une envie, brûler tous ses vêtements. L’angoisse refaisait lentement surface. Et si elle avait attrapé le virus pendant cette sortie ? Et si le garçon était malade et s’était moqué d’elle ? Elle ne l’avait certes pas touchée et elle avait gardé sa combinaison sur elle tout le temps, mais si jamais cela n’était pas suffisant ? Et si quelque chose s’était infiltré dans sa tenue alors qu’elle était en contact avec le sol ? S’il y avait bien une chose dont Bulle était certaine, outre le fait qu’elle ne se sentait pas prête à avoir un enfant, c’était qu’elle ne voulait pas mourir non plus. Or, avec ce virus qui vivait encore dehors, elle avait le sentiment d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Rageuse, déçue par son attitude qu’elle jugeait irresponsable, Bulle donna un violent coup de poing dans le mur. Sa peau se mit à saigner, et des larmes coulèrent sur ses joues. Elle avait honte d’elle-même. Elle se mordit les lèvres aussi fort qu’elle le put afin de se calmer et de reprendre contenance.

Elle finit par emballer sa main dans son tee-shirt et par pousser la porte de son appartement. Heureusement pour elle, ce dernier était silencieux. Pour une fois, la lumière de la chambre de Marie était éteinte. La mère de l’adolescente devait dormir. Bulle aurait aimé lâcher un soupir de soulagement, toutefois la rage qui l’habitait encore avait besoin de s’exprimer. Frapper le mur n’avait pas été suffisant, cela ne l’avait pas apaisée. Elle avait à présent envie de se confronter à quelqu’un, de se battre.

Elle atteignit, sur la pointe des pieds, la table basse du salon, celle même qui trônait devant la télévision. Elle aurait pu allumer cette dernière, mais elle craignait d’attirer l’attention de sa mère. Malgré sa colère, Bulle restait aussi prudente. S’opposer à Marie pourrait avoir de lourdes conséquences. L’adolescente ne voulait donc pas la réveiller, pas encore du moins. Elle avait besoin de sa génitrice dans la naissance qui allait suivre.

Sa tablette traînait sur la table. C’était celle-ci que la jeune fille cherchait. Elle l’a saisie et l’alluma. Elle découvrit alors les mails qui l’attendaient. Évidemment, elle ne l’avait pas touchée de toute la journée, elle s’était coupée du monde avec cette fécondation, et elle n’avait pas vu que certaines personnes avaient essayé de la joindre. Maintenant, tout cela paraissait dérisoire. Bulle n’allait pas sauter de joie parce qu’elle venait d’avoir le poste qu’elle désirait si ardemment des jours avant, ni se féliciter de son diplôme ou le fait que sa fécondation s’était, selon le rapport des médecins, bien passée. Tout ce qu’elle voulait, à ce moment-là, c’était découvrir ce qui était arrivé à sa grand-mère. Ainsi, elle la chercha sur les réseaux sociaux, comme elle l’avait déjà fait la veille, sans rien trouver. C’était comme si cette dernière avait disparu de tous les radars. Alors, elle entreprit une nouvelle enquête sur Jonathan, estimant que maintenant qu’elle pensait savoir à quoi il ressemblait, elle pourrait le démasquer, mais elle fit là encore chou blanc. Ce n’était pas encore suffisant pour elle d’avoir un nom et un visage. Les résultats que lui transmettait Internet étaient trop grands pour qu’elle les fouille en une soirée. Il lui faudrait des jours entiers pour espérer démasquer l’inconnu.

La jeune fille eut envie de tout envoyer promener, la tablette y comprise. Mais comme elle se sentait encore fâchée et qu’elle se doutait qu’elle aurait du mal à s’endormir dans cet état, elle décida de se vider la tête en travaillant un peu. Elle avait lu un mail de son nouvel emploi, son premier, qui lui demandait de réfléchir à un jeu éducatif à destination des plus jeunes. Durant les dernières années écoulées, Bulle s’était déjà amusée à coder ce genre de jeu. Cela n’avait rien de compliqué pour elle, c’était toujours la même idée, où l’enfant devait attraper dans un mélange de lettres celle qui était demandée. Cela favorisait l’apprentissage de l’alphabet de manière ludique. Elle avait déjà conçu de tels jeux pour Jeanne et Christ des années auparavant. Ce qu’on attendait d’elle aujourd’hui, c’était de travailler sur le décor de fond, celui qui ne bougeait pas. C’était une tâche qu’elle jugeait ingrate, loin de son niveau, mais qu’elle accomplit tout de même en quelques minutes. Inspirée par son escapade en pleine nature, elle décida de dessiner un monde dévasté, avec des immeubles en ruines et de la végétation partout, avec des racines qui sortaient du sol afin de faire tomber ceux qui osaient s’aventurer dans cet univers hostile. Elle se doutait bien que cela donnerait une ambiance anxiogène au jeu, mais c’était ce dont elle avait besoin en cet instant, rappelez à tous que le monde derrière était effrayant, et qu’il ne fallait absolument pas sortir de chez soi.

Comme ce travail était simple à exécuter, qu’elle le termina rapidement, et qu’elle se sentait toujours aussi frustrée après cela, elle décida de continuer à s’amuser un peu en créant son propre jeu. Ce n’était pas la première fois qu’elle tentait quelque chose de cette envergure, et c’était certainement cette qualité qui lui avait permis de trouver une place de premier choix dans l’industrie du jeu vidéo. Elle commença donc par lancer le logiciel qui l’aidait à construire son univers, et bientôt, devant elle, ce dernier prit forme. Elle avait réutilisé le même fond que pour le jeu éducatif, à savoir ces barres d’immeubles qui ressemblaient beaucoup à ce qu’elle avait sous les yeux depuis sa naissance, sauf qu’ils étaient entièrement dévastés et rongés par la nature. Ensuite, elle se représenta, jeune fille fragile dans ce monde impitoyable. Sous ses doigts experts, le code fut tapé, et l’adolescente prit vie. Bulle l’imaginait occupée à chercher de quoi survivre. Elle était seule, dans un environnement effroyable, sans protection et à la merci du virus. En plus, elle avait faim et froid. La jeune fille était en train de concevoir ce qui aurait pu être sa vie si elle s’était retrouvée prisonnière dehors.

Sans même s’en rendre compte, elle passa toute la nuit sur son jeu, créant les tableaux les uns après les autres, rajoutant au fur et à mesure des ennemis ayant la forme du virus et qui tentait de tuer son personnage. Le soleil pointait dans son dos, mais Bulle n’en avait cure. Lorsqu’elle était dans cet état, tout disparaissait autour d’elle, elle était totalement happée par sa création, et cela permettait de lui vider la tête.

Ce fut Marie qui la trouva sur le canapé, le visage illuminé par la lumière bleue de son écran. Marie gagna la cuisine et alluma la cafetière tout en maugréant dans sa barbe sur cette fille qu’elle avait mise au monde et qui était incapable de dormir convenablement, lorsque Bulle reprit enfin contact avec la réalité.

D’abord hébétée par le soleil levé et par sa mère en train de préparer le petit-déjeuner, Bulle se souvint rapidement de ce qui s’était passé durant la nuit. Ses mains, tout comme sa gorge, se serrèrent. Elle ne parvenait pas à croire qu’elle avait fait cela, qu’elle était sortie toute seule, avec une simple combinaison, et qu’elle s’était précipitée vers un garçon inconnu. Et tout cela, pour rien, car elle n’avait rien appris de lui ! Elle se maudit et regretta son imprudence. Et en même temps, elle prit soudain conscience qu’elle était prête à recommencer si cela lui permettait d’avoir des réponses. Certes, elle était en colère et apeurée, mais sa quête de vérité n’était pas terminée. C’était pour cela qu’elle espérait encore contacter le fameux Jonathan dont parlait sa grand-mère.

Elle abandonna sa tablette et elle profita que sa mère soit disponible, toute seule, pour enfin la questionner plus en profondeur :

— Où est Mamou ? Dis-moi la vérité !

L’urgence perçait dans sa voix, si bien que Marie fit un pas en arrière, perturbée par l’interrogation de sa fille.

— Je t’ai déjà expliqué que je n’en savais rien, finit par souffler l’enseignante en se passant une main dans ses cheveux pourtant parfaitement coiffés en un chignon impeccable. Ils ont dû souhaiter la déplacer parce qu’elle ne va pas tarder à expirer.

Cette réponse ne suffit pas à Bulle, qui continua son interrogatoire.

— Elle est en pleine santé ! Elle ne peut pas mourir ! Que lui veulent-ils ? Et pourquoi ne peut-on pas la contacter ?

Marie soupira, agacée, et elle reposa sa tasse de café un peu trop vivement sur le plan de travail, cognant ainsi l’émail du récipient contre le carrelage de la cuisine.

— Écoute, ce n’est plus notre problème à présent. Il fallait qu’elle cède sa place, c’est tout. Tu vas avoir un bébé ! Il te faut sa chambre. Ma mère a fait son temps, c’est tout. Tu dois l’accepter et arrêter de te tourner sans cesse vers le passé. Cela va nous arriver à tous, un jour. On n’est pas immortel. Moi aussi, ils viendront me chercher lorsque mon heure aura sonné. Ce sera la même chose pour toi, pour Jeanne, pour Christ. Alors, cesse de faire l’enfant et pense à l’avenir. D’ailleurs, tu vas le faire tout de suite. Je veux que tu fasses le test et que tu débarrasses ta chambre. À partir de maintenant, tu vas dormir dans celle de ta grand-mère. Et l’on va se mettre en quête d’un berceau.

La nausée monta dans la gorge de Bulle. Elle se refusait à penser de cette manière. Elle ne voulait pas vivre dans la chambre de Mamou, pas alors que le parfum de cette dernière restait encore dans les lieux. Pas tant qu’elle n’avait pas de réponse à ses questions.

— Et cela te suffit ? demanda-t-elle dans un souffle. Cela ne t’empêche pas de dormir la nuit, de ne pas savoir où elle est ? Ce qu’ils lui font ? Tu te contentes de cela ?

Marie planta ses yeux sombres dans ceux plus clairs de sa fille. Ce regard la glaça jusqu’au sang, et elle prit de plein fouet la vérité qu’elle ne s’était jamais encore avouée.

— Que crois-tu que cela me fait ? Je suis triste pour elle, mais c’est la vie, répondit sèchement Marie. Je ne peux rien y faire, tout comme toi. Alors, on continue comme ça, pour survivre. Ce sera la même chose lorsqu’ils emmèneront Christ pour qu’il vive ailleurs, sans doute en contact avec le virus. Et ce sera la même chose si jamais tu donnes naissance à un garçon. C’est la loi.

— Et si jamais la loi est mal faite ? On ne fait rien ?

Les larmes menaçaient de dévaster Bulle. Elle se demanda si cela était dû aux hormones ou si c’était la faute au manque de sommeil. En tout cas, elle ne pleurait jamais autant, en temps normal. Cela prouvait qu’elle atteignait le point de rupture et que son corps menaçait de la lâcher à tout moment.

Marie s’approcha de sa fille et, pour la première fois depuis des années, elle eut un geste doux envers elle. Elle lui releva le menton et Bulle put lire toute la peur contenue dans ses yeux noirs.

— On ne fait rien contre la loi.

Elle attendit que Bulle acquiesce enfin avant de la lâcher. Puis, elle s’approcha d’un tiroir duquel elle sortit le fameux test dont avaient parlé les infirmiers lorsqu’ils l’avaient abandonnée sur le lit, sous l’emprise des médicaments et des drogues qu’ils lui avaient administrées.

— Fais-le, lui ordonna Marie en lui tendant le sachet. Il est temps que tu prennes ton destin en main.

Bulle n’en crut pas ses oreilles. Elle aurait aimé se débattre, jeter le test loin d’elle et oublier toute cette conversation. Elle aurait souhaité dire à sa génitrice qu’elle ne se satisfaisait pas d’obéir à la loi, qu’elle voulait aller dehors, parcourir le monde, et retrouver sa grand-mère. Elle mourrait d’envie de lui crier qu’elle se devait de lutter, de contredire le gouvernement si cela était utile. Elle aurait apprécié pouvoir lui parler de ce garçon qui semblait immuniser contre le virus, de cette herbe sur laquelle elle était tombée et qui n’était pas si horrible que ce qu’elle pensait en rentrant chez elle ensuite. Elle aurait aimé lui dire tout cela, et plus encore, mais ses lèvres restèrent scellées et les mots coincés dans sa gorge. Elle se sentait incapable de lui avouer toute cette vérité, tout simplement parce qu’elle venait de comprendre quelque chose. Toute cette situation convenait parfaitement à Marie. Elle ne rêvait pas de découvrir le monde, et elle se moquait de ce qui était arrivé à sa mère. Elle ne se battrait pas pour la vie de l’un de ses enfants, et elle était même prête à ce qu’on lui arrache Christ lorsqu’il aurait dix-huit ans. Pire, elle savait qu’il serait exposé au virus, qu’il travaillerait dehors, à l’extérieur, qu’il mettrait sa vie en jeu, et cela paraissait ne lui faire ni chaud ni froid. Si Bulle prenait le risque de lui raconter ce qu’elle avait fait la nuit dernière, il y avait des chances pour que Marie la rabroue, lui fasse promettre de ne plus recommencer, qu’elle l’enferme dans sa chambre en représailles, ou même qu’elle la dénonce. Marie craignait autant l’État que le virus, elle ne la laisserait pas une minute de plus en contact avec son frère et sa sœur, qu’elle pourrait pervertir avec ses idées. Cela lui fit l’effet d’une douche froide. Bulle se sentit coincée dans sa vie, prisonnière de sa situation, telle une pauvre mouche prise au piège dans une toile d’araignée qui se refermait sur elle.

Comme elle se doutait que sa mère voudrait avoir le résultat tout de suite, et qu’elle ne la laisserait pas en paix avant d’être certaine qu’elle ferait bien le test, qu’elle la surveillerait probablement, Bulle décida de le faire devant elle. Ainsi, elle se saisit vivement de ce dernier, démontrant dans le même temps toute la colère qui couvait en elle, avant de déchirer l’emballage de celui-ci. Dans un vain mouvement de rébellion, elle laissa le plastique tomber sur le sol, sans même faire un geste dans le but de le ramasser. Après quoi, elle découvrit le petit appareil sanguin qu’elle n’avait juste qu’à placer au bout de son doigt, et à insérer dans sa peau. Sur une partie de ce dernier, au bout, se trouvait un révélateur. L’engin n’avait besoin que de quelques secondes et quelques gouttes de sang pour analyser celui-ci et déclarer si oui ou non, elle portait la vie, et accessoirement si son régime alimentaire convenait aux carences de son organisme. Des tests comme celui-ci, Bulle en avait déjà eu au cours de son existence, même si le but n’était pas le même.

Afin de cesser de s’interroger et de faire taire la peur qui l’habitait, Bulle se planta l’aiguille dans le doigt, dans la partie charnue de son index. En quelques secondes, quelques battements de cœur, elle fixa le révélateur. À ses côtés, Marie ne disait rien, observant elle aussi les nuances qui étaient en train d’apparaître sur le dos de l’appareil. Et son sourcil s’élargit, pendant que les yeux noisette de Bulle perdaient de leur éclat, lorsque le test afficha son résultat. Une parfaite couleur rose venait de naître devant elles, ne laissant aucun doute sur la fécondation de Bulle.

— Tu es enceinte ! s’exclama Marie.

Elle manifesta l’envie de prendre sa fille dans ses bras, mais Bulle la repoussa. Trop d’idée se bousculait dans son esprit et elle ne parvenait pas à en faire le tri. Dire que quelques jours plus tôt elle aurait été heureuse de cette nouvelle. Aujourd’hui, la joie n’était pas présente, et c’était le désespoir et l’horreur qui faisaient place dans son cœur. Sa tête lui tournait et elle n’avait qu’une envie, celle de se débarrasser au plus vite de cette vie parasite qui venait de s’incruster dans son corps. Elle ne voulait pas de cet enfant, et tout son être lui hurlait de trouver un moyen le plus vite possible pour ne pas a avoir à déposer en ce monde un nouvel innocent qui serait sacrifié comme elle avant sa majorité.

Marie dut percevoir que l’absence de bonheur dans les yeux de sa fille, car elle fronça ses sourcils et elle tenta de la rassurer comme elle le pouvait.

— Tu vas voir, tout va bien se passer. La maternité ne convient pas à tout le monde, mais on va se débrouiller. Et tu feras une meilleure mère que moi.

Bulle ne l’entendait déjà plus. Elle jeta le test au sol et l’écrasa du bout de son talon. Ensuite, elle se précipita dans la chambre de Mamou, la sienne à présent, et elle ferma la porte à clé, allant même jusqu’à déplacer un meuble devant le battant afin d’être certaine d’être tranquille, et se jeta enfin sur le lit pour pleurer tout son soul. Dans sa poche, sa tablette vibra contre sa peau. Les messages de félicitations ne manquaient pas d’arriver. Tout le monde était déjà au courant de sa grossesse. Le test envoyait les résultats immédiatement sur Internet, ce qui faisait que toute la population mondiale était toujours avertie de toutes les grossesses et les naissances dans chaque pays. On disait que cela permettait d’apporter de l’espoir à chaque famille confinée. Bulle voyait maintenant cela d’une autre manière. Si jamais elle perdait le bébé, elle serait jugée responsable de la destruction de l’humanité. Elle n’avait aucune échappatoire, elle devait donner la vie coûte que coûte. Sinon, elle serait condamnée comme une criminelle. Elle avait aperçu certaines, à la télévision, de ces femmes qui avaient donné naissance à des enfants mort-nés. Ces femmes, après leur procès, disparaissaient. Personne ne savait ce qu’elles devenaient, et Bulle ne tenait pas tellement à le découvrir à son tour.

Soudain, une nouvelle réception se fit entendre. Était-ce parce qu’elle en avait assez que tout le monde s’invite dans sa vie, ou était-ce simplement le destin ? En tout cas, Bulle se secoua et regarda enfin son appareil. Le dernier message n’était pas ce à quoi elle s’attendait. Ce n’était pas un message de félicitations, et il ne provenait pas non plus d’Internet ou des réseaux sociaux. D’ailleurs, elle le relut plusieurs fois avant d’être certaine qu’elle ne rêvait pas. Il disait simplement « rendez-vous ce soir minuit au même endroit ». Il n’avait pas d’expéditeur, Bulle ne pouvait donc pas remonter à la source et savoir qui le lui avait envoyé. Mais vu ces mots lacunaires, elle comprit instantanément qu’il s’agissait du garçon de la veille, celui qui respirait l’air envahi par le virus et qui était toujours vivant.

Elle porta la tablette contre son cœur, soulagée de savoir qu’il était encore en vie. Le poids dans son organisme venait de se défaire, et Bulle eut le sentiment d’apercevoir la lumière dans l’océan de ténèbres qui l’environnait. Quoi que ce garçon souhaite lui dire, elle se sentait prête à l’écouter. Et elle espérait qu’il aurait enfin les réponses à ses nombreuses questions.

Sous ses yeux, le message disparut, comme s’il n’avait jamais été là, mais elle le garda incrusté dans sa mémoire. Cette nuit, elle serait au rendez-vous, et cette fois, elle n’aurait pas peur. »

Merci de m’avoir lue. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

Et vous ?

Est-ce que le confinement a été inspirant pour vous ?.

Avez-vous envie de lire des histoires sur cette période ?

Ou au contraire, désirez-vous l’oublier le plus tôt possible ?

Bon jeudi à tous 😉

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