mes écrits

Bulle épisode 3

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez une bonne semaine. Ici, elle se déroule un peu dans l’angoisse et dans l’attente. J’avoue que je commence à perdre patience sur l’enseignement à distance, sur le fait de ne pas savoir si l’on retourne au lycée, quand, dans quelles conditions. Heureusement, je commence à avoir quelques listes d’élèves, cela m’aide à me préparer. mes élèves me manquent et mon travail aussi, et le numérique commence à m’énerver. Je ne sais ps si c’est dû à la perspective de reprendre, mais depuis lundi, l’ENT bug, si peu qu’il est très compliqué de se connecter et de travailler, et même d’envoyer des mails de suivis. Cela entame ma bonne humeur.

Heureusement, je me suis avancé dans la rédaction des chapitres de Bulle. Cette histoire me permet de m’évader, et cela fait du bien de reprendre la rédaction d’un nouveau récit. J’espère que vous ne vous en lassez pas, et que cette histoire vous plaît. L’action avance tout doucement pour le moment, mais elle va s’intensifier dans les prochains chapitres. Je vous rappelle que tous les droits m’appartiennent et je vous souhaite une bonne lecture :

3 – Le garçon

« Bulle n’en croyait pas ses yeux. Elle avait vraiment vu quelqu’un se promener dans le parc de la résidence, sans aucune combinaison. Elle se frotta les paupières afin d’être certaine qu’elle ne rêvait pas. Elle hésita même à se pincer la peau, mais elle estima que cela n’était pas utile. Si cela n’était finalement qu’une illusion, elle le préférait à la réalité. Au moins, dans un songe, l’humain qu’elle venait de voir n’allait pas mourir dans d’atroces souffrances d’ici quelques heures. Car il paraissait évident que sans combinaison pour le protéger, le garçon qu’elle avait aperçu n’allait pas faire long feu. Le virus allait s’attaquer à son organisme, détruire sa trachée, puis descendre dans ses poumons, avant de pénétrer dans son sang et supprimer tout l’oxygène qui le maintenait en vie. Il ne lui restait que vingt-quatre heures à vivre, à peine. Tout dépendait de son corps et de sa volonté de se battre. Mais le final serait le même. Il finirait dans une boîte, comme celle que Bulle voyait parfois à la télévision, des cercueils comme on les appelait, qui contenaient les corps de ceux qui avaient succombé, et auxquelles on mettait le feu afin que rien ne puisse survivre à la personne disparut. Bulle en faisait des cauchemars dès qu’elle les visionnait. Sa plus grande peur était d’être enfermée dans l’un de ses contenants, vivante, sans pouvoir en sortir. Toutefois, cela lui arrivait aussi de se dire qu’elle était déjà dans une boîte, que celle-ci se résumait à son appartement.

La jeune fille, curieuse, détailla à nouveau la pelouse en bas. L’inconnu s’était volatilisé, laissant l’impression qu’il n’avait jamais été là. Bulle eut beau scruter l’obscurité de ses yeux perçants, elle ne parvenait pas à retrouver la source de lumière qui avait attiré son regard. Le garçon avait pris la fuite, se fondant dans la nuit.

Bulle s’aperçut alors que son cœur battait à toute vitesse dans sa poitrine. Elle esquissa un sourire. Elle ignorait pourquoi elle se sentait en joie de cette manière, mais l’interruption suscitée par ce garçon l’avait tirée de ses noires pensées. Elle avait oublié, pendant un temps, que sa grand-mère n’allait pas revenir, et qu’elle avait un secret. Elle avait occulté le papier portant le nom Jonathan caché dans sa poche. Tout ce qui comptait désormais, c’était cette présence incongrue dans son univers. Qui était ce t adolescent ? Venait-il des immeubles qui faisaient face à son appartement ? Vivait-il de la même résidence qu’elle ? Avait-il le même âge ? Pourquoi était-il dehors ? Que fuyait-il ? Était-ce vraiment un garçon qu’elle avait vu ?

Toutes ces questions tourbillonnaient dans sa tête, si bien que, pour se raccrocher au réel, Bulle se saisit d’un carnet qui traînait sur la table. C’était l’un des siens. Il datait d’une vieille époque, alors que le papier était encore disponible en grande quantité et que Mamou et Papou pouvaient en acheter afin d’aider Marie à écrire. Mamou avait à cœur de lui apprendre à utiliser sa plume, d’affiner ses traits. Elle n’avait peut-être jamais été institutrice, mais les belles lettres étaient importantes pour elle. Elle n’avait de cesse de répéter qu’une écriture en dévoilait bien plus qu’un visage ou une démarche. La manière de tenir un crayon et de le porter sur une feuille était un reflet de l’âme, une façon d’atteindre le caractère authentique d’une personne, donnant ainsi accès à ses pensées, au-delà des mensonges qu’elle proférait. Marie n’avait pas vraiment apprécié cette idée, et si elle s’était pliée aux exigences de sa mère pendant des années, elle avait fini par tout envoyer balader pendant son adolescence, lorsque tous les enfants de son âge avaient été équipés en tablette numérique, beaucoup plus pratique pour l’enseignement à distance. Depuis qu’elle était née, Bulle n’avait jamais vu sa mère se servir d’un seul crayon. Elle faisait tout avec sa tablette. Bulle, contrairement à sa génitrice, aimait le contact du papier entre ses doigts. Elle adorait écrire à la main, faire glisser sa plume sur la feuille, raturer lorsque cela était nécessaire, et tester différents styles. Elle appréciait enfoncer son stylo sur le papier granuleux, et voir le monde se dessiner devant elle.

Les carnets étaient certainement les biens les plus précieux qu’elle avait. Bulle devait d’ailleurs reconnaître qu’elle avait de la chance, car ni Christ ni Jeanne n’avaient de vue sur ces objets du passé. Leurs tablettes leur convenaient très bien, et ils râlaient dès qu’ils devaient faire preuve d’écriture manuscrite. Marie racontait souvent que les projets du ministère étaient de se débarrasser une bonne fois pour toutes de ces reliquats d’autrefois, et que ce n’était qu’une question de temps avant que cela ne soit fait, comme pour les livres papier d’ailleurs. Bulle chérissait d’autant plus son trésor, et elle en prenait le plus grand soin, s’attendant à ce qu’un jour sa mère vienne la déposséder de celui-ci.

Écrire ne servait pas seulement à se faire plaisir. Cela était plus dans l’ordre du besoin, dans le cas de Bulle. Elle notait ses pensées afin de les trier, de leur donner un sens. Voir les mots inscrits sur le papier leur donnait du relief, une réalité tangible que Bulle pouvait ranger selon ses envies, suivant ce qu’elle en comprenait. C’était comme toucher ses idées du bout des doigts afin de les façonner comme elle le désirait. Elle nota donc toutes ses pensées, pêle-mêle, les unes après les autres. Elle inscrivit aussi le nom de Jonathan, comme si le garçon qu’elle venait d’apercevoir pouvait être le mystérieux individu dont sa grand-mère avait abandonné derrière elle l’identité. Et suite à cette idée, elle entoura ce fameux prénom et posa de nouvelles questions. Elle se demanda ensuite si les policiers avaient pensé à récupérer la tablette de Mamou. Elle se souvenait, même si cela remontait à des années, à presque une décennie, que c’était ce qu’ils avaient fait lorsque Papou était mort dans son sommeil. Ils avaient pris tout ce qui lui appartenait. Le fameux outil numérique qu’il avait reçue pour travailler devait à présent être dans les mains d’une autre personne, qui s’en servait sans savoir qu’elle avait été utilisée jusqu’à la mort.

Bulle frissonna. Ses pensées devenaient trop froides, trop morbides. Elle ouvrit la fenêtre dans le but de s’aérer un peu. Elle espérait encore revoir le garçon. Elle s’attendait à ce qu’il repasse devant elle, avant de regagner son foyer. Où vivait-il ? Avait-il une famille ? Ne risquait-il pas de les mettre en danger en rentrant chez lui ? Bulle, même si elle n’avait jamais quitté son appartement, connaissait le protocole en vigueur dans ces cas-là. Si jamais on était en contact avec le virus, si l’on tombait malade, on était envoyé à l’hôpital afin de vivre nos dernières heures. Là-bas, les médecins avaient de quoi apaiser les terribles souffrances qui venaient avant le trépas. Pour ce qui était des autres membres du foyer, ils devaient eux aussi se faire dépister, et soigner. Mais cela était rarement le cas, puisqu’en règle générale, ils mouraient eux aussi dans les heures suivantes. Le virus n’épargnait personne, et tous ceux qui se trouvaient sur sa route périssaient. Si vraiment le garçon rentrait chez lui, dans un appartement où l’attendaient des proches alors ils étaient tous condamnés. L’adolescent le savait-il ? Comment pouvait-il l’ignorer ? Tout le monde connaissait les conséquences de la maladie. Tous les mois, le gouvernement rappelait à la population l’état précaire dans lequel ils vivaient tous, et que les règles ne pouvaient en aucun cas être assouplies. Le virus était trop mortel pour cela. Le confinement était la clé de la survie. Et pour bien ancrer ce message dans tous les esprits, ces discours étaient suivis des images d’une époque révolue, tandis que les morgues débordaient et que les corps s’accumulaient dans les rues. On pouvait aussi réentendre des témoignages, lorsque les gens affirmaient que le virus n’était pas dangereux, qu’il n’était qu’une simple grippe. Parfois, il y avait aussi des documentaires sur l’origine du mal, sur ses différentes mutations. Ce n’était qu’un rappel de ce que les générations précédentes avaient perdu et avaient dû sacrifier pour survivre. À moins de vivre dans un logement non connecté, ce qui était impossible de nos jours, le garçon n’avait pas pu passer à côté de ces informations.

Bulle, qui commençait à s’assoupir, bercée par ses questions sans réponses, sursauta violemment. Et si l’inconnu était un assassin ? Et s’il voulait supprimer toute sa famille en l’infectant de manière consciente ? Les crimes étaient très rares puisque tout le monde était confiné, mais ils n’en restaient pas moins inexistants. Bulle avait parfois entendu parler de ces enfants battus par leur génitrice, qui ne les aimait pas, ou ces adolescents qui, dégénérés par l’enfermement, s’attaquaient à leur sœur, leur mère, et les obligeaient à se reproduire avec eux. Ces personnes-là étaient toujours condamnées en grande pompe, à la télévision, lors d’une soirée où le final était la mise à mort du criminel. La dernière en date remontait à deux ans environ. Bulle s’en souvenait, car c’était la première fois que Marie laissait Christ regarder une telle chose. Mamou s’était d’ailleurs disputée avec elle, argumentant que ce spectacle, qui était horrible, ne devait pas être montré à un enfant si jeune. Marie avait rétorqué qu’elle faisait ce qu’elle voulait avec sa projéniture, et qu’elle ne faisait qu’appliquer les ordres de l’État. Christ, à ce moment-là, n’avait qu’à peine dix ans. Il avait été traumatisé par les images de la sœur du criminel, la victime donc, qui avait été poignardé à mort dans un salon qui ressemblait au leur. La mère des deux enfants avait eu le réflexe de s’enfermer dans sa chambre et d’appeler les secours. Mais le temps que ceux-ci arrivent, l’adolescent, qui venait de fêter dix-huit ans, avait commis son premier meurtre. Il avait ensuite basé sa défense sur le fait qu’i n’avait pas pu avoir le métier dont il désirait, et qu’il avait eu un accès de colère. Bulle apercevait encore les larmes sur ses joues coulées dans le but d’attirer la sympathie. Les images qui avaient suivies, celles montrant son exécution, étaient gravées dans sa mémoire. Les cris refusaient de s’en aller. Elle avait eu beau ne pas tout regarder, écœurée par ce qu’il se passait en direct, elle n’avait pas pu fermer ses oreilles. Et à la fin, lorsque tout était terminé, Marie avait déclaré qu’il était mort bien trop vite, et qu’il aurait mieux fallu le torturer davantage pour ce qu’il avait fait. Enfin, ils étaient tous allés au lit, mais ni Christ ni Bulle n’avaient pu dormir.

Même si elle ne connaissait pas le garçon, même si elle ne l’avait vue que de manière fugace, et qu’elle n’était même pas certaine de son existence, Bulle n’avait tout de même pas envie d’apprendre dans les prochains jours qu’il était responsable de meurtre. Le fait de contaminer intentionnellement ses proches avec le virus serait d’autant pire, car cela voudrait dire qu’il serait un criminel odieux, un monstre. Elle ne le concevait pas comme cela. Dans son esprit, il se transformait en héros. À mesure qu’elle sombrait dans le sommeil, elle s’imaginait le revoir. Elle descendrait et elle lui parlerait. Il saurait où chercher Mamou, et il l’aiderait à la retrouver. Ensemble, ils combattraient le virus. Bulle s’endormit sur cette idée, elle qui avait depuis longtemps cessé de rêver d’être en mesure d’affronter le plus grand ennemi qu’ait pu avoir l’homme depuis sa civilisation.

***

Ce fut l’odeur du café qui la réveilla. Elle se frotta les paupières avant de se rendre compte qu’elle avait mal partout. Elle s’était assoupie sur sa chaise, face à la fenêtre. Sa position était donc des plus inconfortables, mais cela allait encore, jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive que sa mère la dévisageait, une tasse de liquide fumant entre les mains.

— J’espère que tu as pensé à envoyer ta réponse pour ton emploi, lui lâcha Marie avant de prendre une gorgée de sa boisson. Je ne veux pas que le conseil me recontacte parce que j’ai une fille qui est incapable de songer à l’avenir.

— Sais-tu ce qu’ils ont fait à Mamou ? Pourquoi l’ont-ils emmenée ? contrattaqua l’adolescente en s’étirant.

Bulle ne désirait pas laisser l’avantage à sa mère. Elle avait besoin de réponses, et seule cette dernière pouvait les lui amener.

Marie haussa les épaules avant de se diriger vers sa chambre.

— Qu’est-ce que j’en sais ? Elle était vieille, de toute manière. Elle ne servait plus à grand-chose.

Ce qui choqua le plus Bulle ne fut pas les mots de sa mère, celle-ci n’avait jamais été tendre avec Mamou, lui reprochant l’amour qu’elle pouvait donner alors qu’elle-même en était incapable. Bulle était habituée à la froideur de Marie, à l’idée que personne ne trouvait grâce à ses yeux, qu’elle était toujours déçue par tout le monde, et que son cœur était aussi glacé que la plus grande des montagnes. Marie ne s’était jamais cachée que le fait que Mamou se retrouve à la retraite la dérangeait, qu’elle ne gagnait plus sa vie à servir la nation, et donc qu’elle était un poids mort, comme les enfants. Non, ce qui l’interpella, c’était qu’elle parlait de sa mère au passé, comme si Mamou était déjà décédée. Et cela fit peur à Bulle, qui espérait encore que son aïeul rentre à la maison saine et sauve, comme si rien ne s’était passé, et qu’elle avait subi une mauvaise blague.

Bulle serra les poings. Elle se demandait ce qui la retenait de ne pas dire à sa mère qu’elle était méchante, et qu’elle aurait mille fois préféré que la mort vienne l’emporter plutôt que son ancêtre. Elle avait cependant la réponse à cette question facile, elle était lâche. Mamou lui avait souvent répété qu’elle ne devait pas en vouloir à Marie, qu’elle était ainsi et qu’elle ne se rendait pas compte de la douleur qu’elle occasionnait. Mais Mamou n’était plus là, et la rage grandissait dans le cœur de Bulle, qui désirait que les autres souffrent comme elle-même avait mal.

Heureusement, elle tut sa détresse, et ses yeux se portèrent sur le carnet qui se trouvait à ses pieds. Il avait dû tomber sur ses genoux pendant qu’elle dormait, et lorsqu’elle s’était levée, il les avait dévalés. Elle avait de la chance que sa mère ne l’ait pas vu. À tous les coups, elle lui aurait reproché de rêvasser au lieu de penser à son avenir. Elle n’avait pas tout à fait tort. Bulle se souvenait de ce dont elle avait rêvé, elle se remémorait son désir de retrouver son ancêtre, et supprimer enfin cette prison dans laquelle elle était coincée, avec son tortionnaire. Mais tout cela n’était que des illusions.

Bulle attrapa le carnet et le fourra dans sa poche. Puis, elle regagna sa chambre. Son frère et sa sœur avaient déjà pris un petit-déjeuner rapide et ils suivaient leurs leçons, chacun dans un coin, chacun avec leurs tablettes. Devant leurs regards s’activaient des professeurs qui auraient très bien pu ne pas être réels, et qui ne l’étaient peut-être pas. Ils écrivaient des choses sur un tableau blanc dans leur dos, le même qu’avait Marie dans sa chambre. Les yeux avides des deux enfants suivaient les mouvements comme ils auraient détaillés les battements d’ailes d’une mouche. Ils n’étaient plus que des robots illuminés par la lumière bleue de leurs outils numériques.

Bulle eut un haut-le-cœur que personne ne remarqua, car tout le monde était concentré sur son travail. Elle se revit, au même âge, aussi absorbée qu’eux. Elle ignorait ce qui s’était produit durant la nuit, mais elle savait désormais qu’elle ne voulait pas de cette existence pour son enfant. Si jamais elle devait être inséminée aujourd’hui, elle ne souhaitait pas que l’être qui allait grandir dans son ventre devienne comme Jeanne ou Christ. Elle désirait plus pour lui, une vie comme celle que lui avait racontée Mamou, par exemple. Sa grand-mère lui avait expliqué comment se déroulait l’école autrefois. Des enfants dans une même pièce, un cours vivant où tout le monde pouvait parler en levant la main, des expériences en cours de chimie, des gâteaux ramenés à chaque anniversaire, des bonbons distribués en fin d’années, des bisous échangés en secret, puis devant ses proches. Elle lui avait narré les jeux dans la cour, la corde à sauter et l’élastique, le foot qui faisait perdre la tête aux garçons, les parties de chat et le bac à sable des touts petits. C’était cela que voulait connaître Bulle, et pas un écran pour seul ami.

Elle attrapa sa propre tablette et quitta la chambre. En l’allumant, elle s’aperçut que sa mère avait raison, une fois encore. Plusieurs messages du conseil l’attendaient. Ils la sommaient de choisir immédiatement un emploi, avant d’être considérée comme inapte à servir la nation. Ce terme lui fit se soulever les bords de sa bouche en une grimace disgracieuse. Elle faisait la moue, et de l’inquiétude traversa ses yeux noisette. Elle trouvait cela terrible que, parce qu’elle avait oublié de renvoyer le formulaire avec ses vœux, on choisisse de la bannir de la nation. Elle ignorait le sort qui lui serait réservé si elle ne répondait pas favorablement à la demande, c’était quelque chose dont on ne parlait pas, car tous avaient à cœur de servir le pays, mais elle était certaine que sa punition serait au moins aussi horrible que celle des condamnés à mort. Ses mains tremblèrent, alors elle se hâta de valider les souhaits qu’elle avait déjà préalablement remplis. Dire qu’avant la veille, elle attendait ce moment avec impatience, espérant de tout son cœur qu’il y aurait une place pour elle dans l’univers du jeu éducatif en ligne. À présent, elle n’était plus sûre de rien, si ce n’était qu’elle ne voulait pas mourir. Pas maintenant.

Les autres messages étaient des vœux de bonheur, la félicitant pour ses dix-huit ans. Enfin, un des mails attira son attention. Il évoquait justement son insémination, qui devait avoir le jour même. Bulle n’en revenait pas que l’opération soit toujours programmée. Certes, elle n’était pas sans savoir qu’elle avait subi des injections pendant plusieurs jours dans ce but, et qu’elle arrivait au terme de son cycle ovulaire, mais elle espérait que vu les circonstances, elle aurait droit à un mois de repos. L’administration ne semblait pas être du même avis. L’insémination était prévue dans quelques heures à peine.

Ces heures passèrent d’ailleurs à toute vitesse. Incapable de se concentrer, Bulle erra dans l’appartement. Elle avait bien lu le mail de réponse envoyé suite à sa demande d’emploi, et savoir qu’elle commençait le lendemain en tant que nouvelle codeuse pour une marque de jeu vidéo pour tablette la remplissait de joie, toutefois elle ne parvenait pas à s’en féliciter et à être aussi heureuse qu’elle aurait dû l’être. L’absence de Mamou lui pesait. Elle avait bien tenté de faire réagir sa mère à cette nouvelle, mais cette dernière s’était enfermée dans sa chambre après avoir pincé les lèvres. La seule chose qu’elle lui avait dite, c’était de faire son devoir en temps que femme et membre de la nation. Quant à sa sœur et son frère, ils étaient encore trop jeunes pour comprendre l’opportunité de ce travail. Ils ne parlaient que du futur bébé. Bulle en avait mal à la tête. Trop de choses s’enchaînaient dans son esprit pour qu’elle puisse se sentir bien.

Elle avait essayé d’occuper ses heures en faisant des recherches sur les réseaux sociaux sur le mystérieux Jonathan, mais ce prénom était beaucoup donné, et sans plus d’informations, c’était comme tenter de retrouver une aiguille dans une botte de foin.

Enfin, la sonnette retentit. Bulle, les mains moites et la gorge sèche, alla ouvrir. Des infirmiers, en combinaison intégrale, lui demandèrent s’ils pouvaient entrer. La jeune fille les laissa passer dans l’appartement. Ils se présentèrent, mais elle oublia rapidement qui ils étaient. Ils formaient un duo efficace. Comme sur un nuage, incapable de dire quoi que ce soit, Bulle fut conduite dans la chambre de sa grand-mère, plus grande que la sienne, et elle fut allongée sur le lit eux places. L’un des soignants lui fit une piqûre, et toute douleur s’évanouit. Bulle se sentait flotter, comme en dehors de son corps. L’autre infirmier extirpa une tige de ses affaires. Il la désinfecta, avant d’insérer dedans les spermatozoïdes qui devaient féconder son ovule. Bulle se souvenait d’avoir appris qu’il s’agissait d’un cathéter. Il l’obligea ensuite à ouvrir les jambes. Bulle se mordit les lèvres jusqu’au sang. Des larmes coulèrent sur ses joues. Elle voulait refuser, mais elle n’en avait pas la force ni le pouvoir. Elle regarda donc le plafond, pendant que le tuyau léger s’enfonçait en elle, dans le but d’atteindre son utérus. Il allait là où jamais rien n’avait encore pénétré. L’adolescente serra la couverture qui se trouvait sous elle. Étrangement, elle pensa alors à son Papou et le coup de foudre qu’il avait eu pour sa grand-mère. Mamou et Papou n’avait eu de cesse, pendant qu’ils étaient tous les deux encore présents, de narrer cette histoire. Mamou avait continué, après le décès de son mari, mais les voir tous les deux échanger des regards amoureux, même après tout ce temps, était ce que Bulle avait connu de plus beau. Et dire qu’elle ne connaîtrait jamais un tel sentiment. Elle détesta le monde dans lequel elle vivait, elle maudit le virus qui la privait de la vraie vie et l’obligeait à être inséminée comme un animal.

En un clin d’œil, ce fut terminé. Les infirmiers rangèrent leur matériel, et Marie entra dans la pièce. Voir sa génitrice donna une bouffée de rage à Bulle, qui souhaita se lever et expulser tout ce sperme de son corps. Toutefois, sa mère l’en empêcha fermement en posant sa main sur son épaule. Elle avait beaucoup plus de force qu’elle, certainement parce que Bulle était toujours droguée.

— Si tu veux que cela fonctionne, tu dois rester allongée une heure. Repose-toi maintenant.

Doucement, presque tendrement, Marie caressa les cheveux de sa fille, qui se sentait sombrer peu à peu. Elle ne savait pas ce que les deux infirmiers lui avaient donné comme drogue, mais celle-ci faisait son effet. Elle sentait qu’elle s’endormait, et elle ne pouvait rien faire contre cela.

Elle entendit cependant l’un des médecins assurer à sa mère que l’opération s’était bien déroulée, et qu’il y avait plus de 90 % de chances qu’elle soit enceinte. Il faudrait faire un teste de grossesse dans quelques jours, et il lui tendit le fameux test avait de sortir de la pièce, raccompagné, comme son collègue, par la maîtresse des lieux. Ce fut à ce moment-là que Bulle sombra totalement. »

J’espère que cette histoire continue à vous plaire. N’hésitez pas à la commenter pour me dire ce que vous en pensez.

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