chroniques littéraires

54 minutes

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous avez passé un excellent long weekend. Pour ma part, avec la chaleur et le soleil, j’ai carrément cru être en vacances. Du coup, j’ai à présent hâte que l’été soit là, s’installe vraiment, et que le mois de juillet arrive. J’entends déjà les grincheux répondre, comme cela a été le cas dans ma famille, que nous, les profs, nous sommes en vacances depuis le début du confinement. J’aurais aimé que cela soit le cas, mais je n’ai pas arrêté depuis mars de travailler. D’ailleurs, ce weekend a été le premier moment depuis le début de la crise que j’ai fais une pause, sans rien écrire pour mes cours, pendant une journée. La coupure m’a fait du bien. Mais je suis déjà en train de penser à la reprise.

D’ailleurs, ne parlant de reprise et de lycée, le lire dont je vais vous parler aujourd’hui à son thème central qui tourne autour des adolescents, et il se passe dans un lycée. pendant toute la durée de l’histoire, nous allons suivre une poignée d’élève pendant une fusillade. Le confinement aux Etats-Unis aura eu au moins un effet positif, avril est le seul mois où il n’y a pas eut une fusillade dans un établissement scolaire depuis des années. Alors, je vous propose aujourd’hui de partir en direction de l’Alabama, et en direction de l’horreur avec ce roman intitulé 54 minutes, 54 minutes au cœur du drame. Ce livre a été écrit par Marieke Nijkamp, une autrice hollandaise, et est publié en France chez Hachette jeunesse. Il est sorti en novembre 2017 et il a fait du bruit à l’époque. J’avais envie de le lire depuis sa sortie. Voici son résumé :

Opportunity School, Alabama. Les élèves sont réunis pour écouter leur directrice. Mais lorsque le discours s’achève, l’un d’entre eux, Tyler Browne, verrouille les portes et tire sur la foule.

Commencent alors cinquante-quatre minutes de massacre, cinquante-quatre minutes glaçantes racontées dans les messages des victimes à leurs proches et par quatre élèves, à l’intérieur et à l’extérieur de la salle. Tous ont un lien avec Tyler : Claire, son ex-petite amie, Autumn, sa propre sœur, Sylvia, la petite amie d’Autumn et le frère de celle-ci, Thomas.

Cinquante-quatre minutes pendant lesquelles Tyler force ses otages terrorisés à l’écouter se plaindre. Il n’a jamais été aimé, ni par sa petite amie Claire, ni par son père violent et alcoolique, et encore moins par sa sœur Autumn, à laquelle il ne pardonne pas de vouloir partir à New York pour être danseuse.

Mais loin d’être une victime, Tyler est avant tout un psychopathe, qui assassine trente-neuf personnes.

Nous sommes donc aux Etats-Unis, dans une petite ville de l’Alabama. Tout le monde là-bas se connaît. Depuis trois ans, la famille Brown s’est repliée sur elle-même, depuis la mort de la mère. Les deux adolescents, Tyler et Autumn, tente de survivre comme ils peuvent avec leur père qui noit sa détresse dans l’alcool. Autumne rêve de devenir danseuse, comme sa mère. Elle prépare d’ailleurs les auditions pour Julliard, à New York. Mais son frère ne l’entend pas de cette oreille. Exclu du lycée, il revient pourtant à la reprise de janvier, avec une arme. Il a enfermé tous les élèves dans l’auditorium, dont sa sœur. Et pendant 54 minutes, il va se venger de tous ceux dont il juge avoir été la victime. Pendant ce temps-là, Claire, son ancienne petite-amie, court pour appeler les secours. Et Tomas, l’ennemi de Tyler, cherche un moyen pour protéger sa propre sœur. Qui survivra au massacre ? 54 minutes n’ont jamais paru être aussi longues pour tous ces adolescents qui tombent les uns après les autres sous les balles.

Alors, je vais commencer cette chronique par vous parler de l’ambiance de ce roman. Comme vous pouvez vous en douter, elle est très particulière. Les chapitres sont divisés en plusieurs points de vue, car nous suivons plusieurs adolescents qui sont coincés dans cette galère. Tous ne survivront pas, et nous suivons donc leurs peurs, leurs espoirs, mais aussi leur mort. C’est très intense, car on vraiment immergé au cœur de l’action, et l’on ignore qui va survivre ou non. C’est un roman très percutant, où les chapitres s’enchaînent en dévoilant ce qu’il se passe minutes par minutes, découpant ainsi le temps entre les coups de feu et le sang, entre l’envie de s’en sortir et celle de tout laisser tomber. L’ambiance est à la fois morbide, car les corps n’ont de cesse de tomber, et en même temps, il y a de l’amour dans ce roman, lorsque les personnages découvrent vraiment ce qui comptent pour eux, ou lorsqu’ils sont prêts à se battre pour les autres. Cela est assez déroutant, mais ce que j’en retiendrais, c’est surtout la mort, très présente, qui peut s’abattre sur n’importe qui, et le fait qu’une seule heure peut suffire à tout faire basculer. C’est une histoire qui nous fait basculer dans l’angoisse la plus totale.

Autour de nous, la pièce est gagnée par la panique. Des cris retentissent dans mes oreilles. Des professeurs près des portes tentent de rejoindre Tyler, mais il les abat méthodiquement comme toute personne s’approchant trop près. A chaque coup de feu, je tressaille. Nous ne sommes pas assez proches pour voir le visage des professeurs, et j’en suis presque reconnaissante. Il leur a tiré dessus. Ah, Dios. Ça ne peut pas être vrai.

Des élèves grimpent vers les autres portes, les poussent, mais personne ne part.

Tyler est revenu.

Des gens dévalent les rangées de sièges en appelant à l’aide. Des élèves – un garçon et une fille, tous deux venant d’autres villages – sont étalés sur les chaises devant Tyler. Le garçon a toujours son sac à moitié sur l’épaule alors que son sang se mêle à celui de sa voisine.

Je ne peux pas bouger.

Je ne peux pas respirer.

La scène est un fouillis de personnes se rassemblant autour de la principale Trenton – des professeurs, sa secrétaire. M. Jameson, le professeur de littérature préféré de tous, s’accroupit près de la principale et essaie d’arrêter le flux sanguin, sauf qu’elle est touchée à la tête, et qu’il ne s’agit pas de sang mais de cervelle.

Puisque je vous parle de l’ambiance, j’aimerais vous parler aussi de certains défauts de ce livre, de mon point de vue. Ainsi, bien que l’ambiance fonctionne, et qu’on ne peut pas juger les personnages sur leurs réactions, j’ai trouvé que celles de Claire, qui tombe amoureuse pendant ce moment de panique, étaient un peu étranges. Ainsi, la jeune fille profite du massacre, auquel elle assiste de loin car elle n’est pas dans l’auditorium où toutes les victimes sont canardées, pour se rendre compte que son meilleur ami est fou d’elle, et pour elle-même s’apercevoir que c’est le cas pour elle. J’ai trouvé cela assez perturbant, car en fait, ce n’est pas le moment. Je peux comprendre qu’elle soit perturbée, et que la situation soit stressante, qu’il y ait un formidable besoin de vivre, mais avec tout ce qui se passe, dont son frère qui est piégé avec le tueur, je trouve que cela manque un peu de réalisme. Je dirais même que cela démontre que Claire n’a pas d’empathie, et on est déçu par son personnage. D’ailleurs, lorsqu’on a des nouvelles de son frère, je trouve qu’elle st assez froide, et son émotion ne m’a pas atteinte, car elle est en fait toute concentrée sur son nouveau petit-ami, et elle oublie que l’ancien état Tyler, le responsable du massacre. En parlant de ce dernier, j’ai aussi du mal à accepter les trente-neuf morts. Je sais que cela semble énorme, d’autant plus qu’il y a aussi des dizaine de blessés, mais vu le nombre de personne dans l’auditorium qui se font descendre, plus celles à l’extérieur, et le nombre de fois où il est mentionné que Tyler fait usage de son arme, on s’attend en fait à un bilan au moins deux fois plus lourd. j’ai donc trouvé qu’il y avait un décalage entre la conclusion de cette histoire et ce qu’il se passe dans l’amphithéâtre pendant le roman. Cela m’a un peu gênée.

Parlons à présent des personnages. Je me suis facilement attachée à Autumne, Sylvia et Tomas, trois des personnages qui parlent. Ils ont tous quelque chose à perdre et cette journée, et ils ont tous un lien avec Tyler. Autumne et sa sœur, Sylvia est la petite amie détestée d’Autumne, et Tomas est l’ennemi juré de Tyler, en plus d’être le frère jumeau de Sylvia. Ils ont donc tous les trois une raison suffisante de se sentir responsables de ce qui arrive. Et ils ressentent cette pression chacun à leur manière, en culpabilisant de manière différente. Tomas est beaucoup plus cool et regrette simplement de ne pas avoir tuer plus tôt Tyler Sylvia sait des choses sur Tyler qu’elle aurait préféré ne pas savoir, vivre, et l’on devine aisément ce qu’il lui a fait, et Autumne a abandonné son frère pour la danse, sa passion, ce qui la maintient en vie. Mais il ont aussi tous les trois des rêves pleins la tête, la vie devant eux, et une raison pour laquelle Tyler veut leur mort. Ce sont aussi trois personnages qui vont devoir se montre courageux face à ce qui arrive. J’ai aimé ce courage présent à des degrés différents chez chacun d’entre eux. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont tous les trois une progression différente, une identité propre. J’ai aimé le lien qui se trouve entre Autumne et Sylvia, le fait qu’elles soient amoureuses toutes les deux, et le fait que ce soit aussi l’une des raisons qui poussent Tyler à faire ce qu’il fait. Et le lien entre Sylvia et Tomas est aussi intéressant, touchant, car même s’ils se sont éloignés, ce frère et cette sœur sont proches et s’aiment. J’ai eu un petit coup de cœur pour Tomas, qui trouve toujours une raison pour plaisanter, pour détendre l’atmosphère, alors que celle-ci est terrible. C’est le clown de service, et il le reste même pendant la fusillade. Et c’est le personnage le plus courageux de toute l’histoire.

– Le tireur sera soit juste à l’extérieur de l’auditorium soit à l’intérieur. Nous avons besoin de tous les outils que nous pouvons trouver pour les cadenas, je réussis à dire. Des cutters, des pieds-de-biche, des tournevis, des pinces, des clés à molette – tout ce que Neil possède. Merde, des marteaux aussi. Au moins, nous pourrons les utiliser pour briser les vitres, pour faire signe à la police ou pour sortir.

Sans attendre que je finisse de parler, Fareed grimpe sur le bureau du gardien pour descendre les caisses à outils et le kit de premier secours d’une des étagères.

J’ouvre un tiroir et commence à chercher du matériel. je doute un peu que Neil ait un outil pour crocheter les serrures ou un passe-partout, mais des trombones feront parfaitement l’affaire.

Ou un flingue.

Il n’est pas question de riposte ou de légitime défense. C’est une question de revanche. Si ce type a fait du mal à ma sœur ou à qui que ce soit, je le tuerai. lentement.

J’aimerais rapidement parler de Tyler. Souvent, dans ce genre d’histoire, on cherche à savoir si le tireur et une victime ou un psychopathe. Ici, nous ne sommes pas dans la tête de Tyler, mais majoritairement tous les personnages qui parlent n’ont pas d’empathie our lui. Seule Claire ne le pense pas capable d’une telle action, mais tous les autres ont vu Tyler tel qu’il était. Ce dernier tente de passer pour une victime, mais il est loin d’en être une. De ce fait, on n’a pas d’empathie pour lui non plus. Même les passages avec Autumne, sa sœur, témoignent du fait que son frère est un monstre. Elle tente bien de le raisonner, mais c’est peine perdue Ainsi, il est aisé de deviner la fin, Tyler ne peut que mourir face à ce qu’il a fait. Il ne peut il n’y avoir que deux issues pour lui, le suicide ou la mort par les tireurs de la police. Et aucune de ses deux options ne peuvent nous attrister. On n’a d’ailleurs qu’une hâte, c’est que le personnage de Tyler soit descendu. J’ai apprécié cela, car on n’est pas dans l’entre-deux, on est vraiment du côté des victimes, et pas de celle du meurtrier. Cependant, je trouve, dans le même temps, dommage que cela soit aussi tranché. J’aurais aimé m’attacher à Tyler, voir en lui autre chose qu’un monstre. Je trouve qu’on n’est pas ici dans la demi-mesure, et c’est dommage car son personnage aurait mérité d’être moins caricatural. Le fait qu’il soit homophobe alors que sa sœur est lesbienne est toutefois intéressant, car cela justifie, de son point de vue, son carnage. Voir ses motivations étaient donc intéressant, et son personnage haineux l’est tout autant, il aurait cependant mérité un autre traitement.

J’ai à peine le temps de détourner le regard avant qu’un autre coup de feu fasse voler la matinée en éclats et que Kévin s’effondre.

– Tout ce que je voulais, c’était une chance. Une chance comme vous lui avez donnée, à lui ou à elle.

Il ponctue ses mots avec soin. Il plisse les yeux et vise une élève de seconde. Fait feu.

S’il était parti dans un accès de folie meurtrière, c’eût été moins effrayant. c’aurait été un acte de violence aléatoire. Le simple fait qu’il choisisse soigneusement ses cibles parmi des centaines d’élèves dans l’auditorium, fait de lui une menace bien plus importante. Et ça me terrifie.

Tyler va abattre quiconque tentera de l’arrêter, se mettra sur son chemin, mais il a des dommages collatéraux. Il n’est pas venu pour eux.

Il est là pour nous. Ceux qui ne s’adaptent pas à son monde parfait.

En ce qui concerne l’écriture, celle-ci est fluide, et je n’ai pas été particulièrement perdue face aux nombreux personnages. J’ai déjà dit que j’avais été perturbée par le nombre de mort, qui semble faible par rapport à ce qu’on a l’impression dans le roman, ce qui démontre qu’on est vraiment immergé dedans, dans ce que vivent les personnages, pur qui chaque coups de feu entraîne un décès. Comme dans beaucoup de romans contemporains basés sur ce même style, on retrouve des messages sur les réseaux sociaux échangés par certains personnages, qui veulent savoir s’ils sont en vie, ce qu’il se passe, ou qui échangent leurs avis. J‘ai trouvé qu’ici, cela n’aimait pas grand chose, et je regrette même que l’autrice n’aille pas plus loin. Cet aspect des réseaux sociaux est, à mon avis, mal maîtrisé. On aurait pu avoir davantage les journalistes, le besoin de parler au père, de lui et de la famille. L’idée est bonne mais elle n’est pas aboutie. L’histoire se lit toutefois très bien, et le rythme donné fait qu’on ne peut pas lâcher ce roman jusqu’à la fin. D’ailleurs, l’épilogue est très triste.

Pour résumé, c’est un bon livre, qui nous glace vraiment le sang, qui fait peur, et c’est horrible de penser que beaucoup d’adolescents de part le monde, pas seulement aux Etats-Unis, peuvent vivre ce genre de choses. C’est un roman traumatisant, choquant, dans le bon sens du terme, qui est là pour rappeler que les adolescents meurent à l’école, et que certains pètent les plombs sans signe annonciateurs. Il suffit alors d’avoir une arme pour faire un carnage. Cependant, ce roman a aussi quelques défauts qu’il est important de noter. Je regrette de ne pas m’être attachée à Tyler et que son personnage soit trop cliché. Mais c’est une lecture que je ne regrette pas et que je vous conseille, si vous avez le cœur bien accroché, mais j’en attendais plus.

Et vous ?

Lirez-vous vous une telle histoire ?

Ou qu’est-ce qui vous empêcherait de lire un tel roman ?

Qu’attendez-vous à trouver dans un tel récit ?

Bon dimanche à tous 😀

Et prenez soin de vous 🙂

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