mes écrits

Bulle épisode 2

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et qu’il fait beau pour ce long weekend, le meilleur weekend de l’année. Pour ma part, je me croirais presque en été, et c’est compliqué de ne pas allez profiter de quelques jours près de la mer, chez les parents de mon fiancé. Mais c’est mieux comme ça, ainsi je peux prendre de l’avance pour mes cours des prochaines semaines, et puis, on y ira une autre fois, il s’agit tout de même de préserver leur santé et la nôtre.

Aujourd’hui nous sommes jeudi et c’est l’heure d’un nouveau rendez-vous sur le blog inauguré la semaine dernière. En effet, vous pouvez retrouver un nouvel épisode de mon roman Bulle, que je publié depuis la semaine dernière ici. Pour ceux qui aurai raté le premier épisode, il se trouve ici. Je vous rappelle qu’il s’agit d’une dystopie. Les droits m’appartiennen. Voici ce deuxième épisode :

2 – Bout de papier

« Bulle ne sut dire combien de temps elle resta inconsciente. Elle ne se souvenait pas de s’être évanouie, ni même d’avoir été reconduite dans sa chambre. Or, elle était à présent allongée sur son lit, avec la tête qui tournait et une forte nausée au bord des lèvres. Elle était en pyjama, signe que quelqu’un avait pris soin d’elle. Elle devinait qu’il ne pouvait s’agir que de sa mère, même si cette dernière était avare en gestes tendres. Élevée dans la plus grande peur du virus, Marie détestait les contacts avec les autres. Si elle avait nommé sa fille Bulle, c’était justement parce qu’elle aurait tout donné afin de l’enfermer dans une bulle en plastique, comme ces rats dans les dessins animés d’autrefois, qui ne pouvaient plus sortir de leur prison et qui étaient obligés de vivre dedans, jusqu’à en mourir. Pendant des années, cette image avait hanté les songes de la jeune fille qui, suite à un devoir scolaire, avait interrogé sa génitrice sur son prénom si particulier. Sans aucun état d’âme, prouvant ainsi que l’instinct maternel n’était pas quelque chose d’inné, Marie avait révélé à sa fille qu’elle aurait aimé la cloîtrer dans un espace sans jamais avoir à la toucher. Marie ne supportait pas que l’on s’accroche à elle, tout comme elle ne supportait pas la maladie, les larmes ou les rires. Elle était une représentation parfaite de cette génération qui avait vécu en confinement toute leur vie, avec des parents qui eux savaient ce qu’était le grand air et le fait de marcher sur la plage, le visage caressé par le vent, le soleil ou la pluie. Marie détestait les autres et elle aurait préféré continuer à avoir des relations virtuelles plutôt que de s’engager dans autre chose. Protégée par son écran, elle n’était pas obligée de subir les contacts charnels. Et si elle avait eu des enfants, c’était simplement parce que c’était son devoir envers sa nation. Bulle avait compris cela bien plus tard. Et elle avait eu de la chance que Mamou soit là pour s’occuper d’elle, lui donner un contact humain que sa mère lui avait toujours refusé.

Penser à son aïeul ramena Bulle à la réalité. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et elle se redressa vivement sur son lit, reposant le drap qui la recouvrait. Il faisait sombre dans la pièce, signe que la nuit était tombée depuis longtemps. D’ailleurs, cette dernière n’était troublée que par les respirations lourdes de Jeanne et Christ, sa sœur et son frère. Ils partageaient sa chambre depuis leur naissance. Lorsqu’ils étaient tous bébés, c’était Bulle qui se levait durant la nuit pour les nourrir, permettant ainsi à sa grand-mère de se reposer. C’était en effet celle-ci qui s’en occupait pendant la journée. Marie avait refusé de prendre un long congé, estimant que le pays avait davantage besoin d’elle plutôt que sa progéniture. Et si Bulle s’endormait sur ses devoirs pendant qu’elle les faisait, c’était parce qu’elle n’était pas assez concentrée. Heureusement, la jeune fille avait rapidement appris à s’adapter à un tel rythme, et ses notes n’avaient jamais dû pâtir de la situation. Elle avait su travailler tout en veillant sur son frère et sa sœur.

En les voyant dormir profondément, le cœur de la jeune fille se serra. Elle n’était pourtant pas aussi proche d’eux qu’elle l’aurait voulu. Après sa première grossesse, qui ne s’était pas aussi bien déroulée que prévu, Marie avait mis du temps avant de renouveler son devoir envers l’État. Elle avait attendu six ans. Ainsi, six longues années séparaient Bulle de sa petite sœur, et neuf de son frère. Cela ne semblait rien, alors même qu’ils vivaient ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et pourtant c’était un gouffre abyssal. C’était sans doute pour cela que la jeune adolescente avait souvent plus l’impression d’être leur mère que leur sœur. Et maintenant, cela allait être à son tour de devenir maman.

Bulle repoussa cette idée. Ce n’était vraiment pas le moment de songer à avoir un enfant, pas après ce qu’il venait de se passer. Le départ de Mamou se faisait de plus en plus précis dans son esprit. Elle revoyait les soldats, dans leurs combinaisons blanches, celles que tout le monde devait porter dès lors qu’ils quittaient leurs maisons. Ils étaient venus pour Mamou, et non pas pour elle, non pas pour lui donner cet enfant qu’elle devait faire au nom de la nation. Elle se remémora le visage paniqué de sa mère, avant de se souvenir que Mamou n’avait pas eu l’air si effrayée de cela. C’était comme si elle s’attendait à une telle visite. Mais pourquoi ? Elle vivait avec elle depuis tant d’années maintenant, que sa présence paraissait naturelle. Sans elle, Bulle n’était pas certaine de savoir comment s’occuper de ce bébé qu’elle devait avoir. Elle ne pourrait d’ailleurs pas le faire sans sa grand-mère. Elle allait s’opposer à la volonté de l’État.

Bulle se leva souplement de son lit, évitant de faire grincer ce dernier. Il n’était plus tout jeune, il avait accompagné ses nuits depuis qu’elle ne dormait plus dans un lit à barreaux. Il avait d’ailleurs été le lit de sa mère, lorsque celle-ci occupait cette chambre. L’adolescente en connaissait le moindre craquement, et elle savait comment les contourner, afin de ne pas réveiller ses proches, qui ne manqueraient pas de la suivre si elle les tirait de leurs sommeils.

Une fois ses deux pieds au sol, le cœur battant dans ses veines, résonnant dans ses oreilles, la jeune fille esquiva le lit de Christ et son bureau rempli d’affaires. Elle passa par-dessus les jouets étalés, connaissant par avance leur place. Elle ne pouvait pas s’aider de la lumière de la lune, tout simplement parce qu’il n’y avait pas de fenêtre dans cette petite fille suffisamment grande pour être équipée de trois lits, d’une bibliothèque et de deux bureaux à peine assez profonds pour ouvrir un classeur. Cette pièce avait été un dressing, autrefois, à une époque où le shopping voulait encore dire quelque chose.

À pas de loup, l’adolescente quitta donc le refuge de sa chambre et elle se glissa dans le salon. Elle tendit l’oreille vers la chambre de sa mère. Des bruits de clavier résonnaient dans l’appartement. Même à cette heure tardive, où le jour se confondait avec la nuit, où les chiens se transformaient en loup, Marie travaillait encore. Bulle ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. Lorsque dix-sept heures sonnaient, les enfants étaient relâchés, délivrés de leur mission d’apprentissage. L’emploi du temps de sa mère lui laissait normalement assez de temps libre pour s’occuper de sa propre progéniture. Mais Marie ne voyait pas les choses de cette manière. Elle avait décidé que sa chambre était son domaine, et personne n’avait le droit d’y entrer. D’ailleurs, elle n’en sortait que très peu. Elle affirmait alors qu’elle passait son temps à s’occuper de ses élèves, toutefois Bulle n’était pas certaine qu’elle dise la vérité. En tout cas, elle n’avait encore jamais percé le secret de sa génitrice, qui était professeur pour la nation, gérant un groupe de dix élèves âgés de dix ans, groupe qui changeait d’année en année, mais elle connaissait mieux que ses propres enfants.

Une horloge sonna quelque part deux heures du matin. Les yeux de Bulles, marrons comme ceux de son ancêtre, commençaient à s’habituer à la pénombre ambiante. Elle se refusait d’actionner l’interrupteur afin de ne pas éveiller les soupçons, et l’éclairage public était condamné depuis longtemps. La seule source qui pouvait illuminer légèrement sa route provenait de la chambre de sa mère, que Bulle contourna le plus silencieusement possible. Elle savait où elle mettait les pieds, elle avait parcouru de long en large cet appartement depuis ses tout premiers pas, et elle aurait pu le faire les yeux fermés cette nuit-là, mais son cœur battait si fort dans sa poitrine qu’elle craignait que tout l’immeuble ne l’entende.

Enfin, elle parvient à la chambre de sa grand-mère. Cette pièce, aussi petite que sa propre chambre, était la plus éloignée de la pièce de vie. Alors que le salon donnait sur les chambres de Bulle, puis celle de Marie, la pièce qu’occupait pendant la nuit Mamou se trouvait non loin de la porte d’entrée, dans un couloir qui desservait aussi la salle de bain et les toilettes communes. Bâtie comme celle de Bulle, la chambre n’offrait aucune vue sur l’extérieur. L’appartement était avare en fenêtre, et c’était ce qui avait le plus déprimé Mamou et Papou lorsqu’ils avaient été déportés de leur Bretagne pour venir s’installer ici, région où tous les survivants avaient été entassés après avoir été testé. Bulle connaissait bien la chambre. Elle ne comportait qu’un lit deux places, coincé entre les deux murs du fond, et une table sur laquelle accumulaient dans le passé une machine à coudre et des kilomètres de tissus. Lorsque la retraite de Mamou avait été actée, la machine tout comme le tissu avaient été récupérés par l’État, afin d’être transmis à une autre couturière. Cela avait brisé le cœur de la vieille femme, qui avait cru qu’on lui enlevait toutes ses possessions.

Elle posa ses mains sur la poignée. De la sueur coulait sur son cou. Bulle avait pourtant déjà été dans cette pièce, mais elle avait peur aujourd’hui de la profaner. Ce n’était pas la même chose d’y entrer avec l’autorisation de Mamou que d’être certain qu’elle ne reviendrait peut-être jamais, et qu’elle pouvait découvrir des choses que son ancêtre gardait secrète. Qui pouvait deviner sur quoi elle allait tomber ? Plus que tout, Bulle craignait de se retrouver face à une chambre vide, où l’État aurait déjà récupéré les meubles et les affaires de sa grand-mère, pour la faire totalement disparaître. Elle savait qu’il en était capable, tout comme il venait reprendre les vêtements et les jouets de bébé quand ces derniers ne servaient plus, afin de les donner à d’autres familles. C’était comme cela qu’elle avait eu son lit à berceau, et que son enfant aurait le sien lorsqu’il serait conçu.

La colère remplaça soudain la peur dans le ventre de la jeune fille. Elle ne comprenait pas pourquoi ces hommes s’en étaient pris à cette vieille femme qui n’avait jamais fait de mal dans sa vie. Ils n’avaient pas le droit de venir lui faire ça, de lui arracher son aïeul ! Elle n’était pas une criminelle, et elle avait encore de belles années devant elle.

Ravagée par la rage, chose qu’elle ne ressentait normalement jamais, car en confinement, un tel sentiment aussi intense n’avait pas lieu d’être pour si l’on désirait supporter l’enfermement, Bulle posa la porte et entra dans la chambre de celle qui lui avait tout appris. Heureusement pour elle, la pièce n’avait pas changé. Les vêtements de sa grand-mère, tout comme son lit, ses livres, étaient toujours présents, organisés selon un fouillis ordonné que personne à part Mamou ne comprenait. Ce qui rendait encore plus étrange.

Elle se laissa tomber sur le matelas et se prit la tête entre les mains. Les larmes menaçaient de dévaler de ses yeux. Son corps était agité de tremblements. Elle repoussa pourtant la douleur qui l’assaillait et qui survenait alors qu’elle repensait au regard désolé de sa grand-mère. Dire que cette dernière n’avait même pas prononcé un seul mot, qu’elle n’avait pas tenté de se défendre. Tout cela semblait si impossible.

Elle s’installa de tout son long sur le lit, respirant l’odeur de sa grand-mère, ce mélange si particulier de produits de toilette et d’aromate. Elle ne parvenait pas à croire qu’elle ne la reverrait plus. Elle pleura, cédant cette fois aux sirènes du chagrin. Elle agrippa la couette de toutes ses forces, la souillant de ses larmes. Mais que pouvait-elle faire d’autre ? Elle se sentait si démunie.

Soudain, à travers ses pleurs, elle aperçut un petit bout de papier coincé entre le lit et la table de nuit. Ce dernier ne devait pas être important, mais la jeune fille, mue par une brusque inspiration, décida tout de même de l’attraper. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle avait l’intuition que ce morceau de feuille n’était pas là par hasard. Malgré le bazar de sa grand-mère, qui estimait que trop d’ordre tuait l’ordre, elle avait sa logique bien à elle pour ranger ses affaires. Or, tout ce qui était sous la forme de document se trouvait sur le bureau, au milieu des bouts de tissus qu’elle avait conservés, même si ceux-ci ne pouvaient servir à rien d’autre qu’à lui rappeler qu’elle avait eu des doigts de fée à un moment de sa vie. De plus, le papier était devenu quelque chose de précieux. On ne le gâchait plus comme dans le passé. Désormais, il n’était utilisé que par les élèves, un certain temps, avant qu’ils ne puissent disposer de leur propre tablette. Tout ce qui était important circulait via le web, via les mails et autres moyens de communications. Voir un morceau de papier abandonné comme cela représentait donc une sorte d’hérésie, comme si Mamou avait refusé de céder à la loi du recyclage.

Doucement, Bulle attrapa le papier et le regarda. Dessus, il n’y avait qu’un seul mot d’inscrit, un nom qui ne lui disait strictement rien, qui n’éveillait aucune donnée dans sa mémoire. Mais s’il était noté, de l’écriture délicate, toute en rondeur, de sa grand-mère, c’était qu’il était important. Alors, Bulle le glissa dans sa poche, songeant que personne ne devait jamais mettre la main dessus, car quoi qu’il signifie, il devait rester secret. Et elle le marqua au fer rouge dans sa mémoire, afin de faire ses propres recherches. Elle devait trouver qui était ce fameux « Jonathan ».

Brusquement, elle fut tirée de ses pensées par des pas sur le parquet de l’appartement. Elle sursauta vivement, avant de se souvenir qu’elle ne faisait rien de mal. Elle essuya donc aussi rapidement que possible ses larmes, lorsque Marie passa la tête par l’encadrement.

— J’aurais dû me douter que c’était toi, lâcha la mère de l’adolescente, sans venir faire un pas dans sa direction.

Bulle lui jeta un regard mauvais. Sa génitrice ne ressentait-elle aucune peine face à l’arrestation de sa mère ? N’avait-elle donc pas de cœur ? Ne voyait-elle pas que sa propre fille souffrait ? Les poids de Bulle se serrèrent et elle se demanda, un bref instant, comment elle allait pouvoir continuer à vivre dans cet appartement, avec cette femme qu’elle détestait un peu plus chaque jour.

— Je suppose que tu n’as pas pris le temps de regarder tes messages, poursuivit Marie sur un ton sec. Tu as pourtant reçu un mail de la plus haute importance. Le conseil veut savoir quel est ton choix. Tu dois leur répondre le plus rapidement possible. Tu n’es plus une enfant à présent, alors comporte-toi comme une adulte responsable !

Sur ces mots, Marie tourna les talons, ne devinant pas que la colère qui couvait dans le corps de sa fille commençait à enflammer son esprit. Toutefois, en bonne adolescente bien élevée, Bulle ne laissa pas paraître sa fureur. Elle attendait que Marie fût loin pour donner un coup de poing rageur dans l’oreiller qui recevait autrefois la tête épuisée de sa grand-mère. Et elle étouffa un hurlement. Elle tut aussi ses pensées, mais celles-ci tourbillonnaient dans son esprit. Comment pouvait-elle répondre au conseil, déterminer son choix de carrière, alors qu’elle venait de perdre son ancêtre ? Pouvait-elle réellement désirer la même vie, celle qui la faisait encore rêver hier, maintenant que tout semblait s’être écroulé tel un château de cartes ? Elle n’en était pas certaine. Elle n’avait plus vraiment envie de dessiner des jeux vidéo, comme elle pensait le faire avant que les soldats ne viennent frapper à leur porte. Son souhait d’être graphiste paraissait avoir disparu en même temps que sa Mamou.

Hagarde, elle se retrouva près de la fenêtre de la cuisine, là où elle se réfugiait toujours lorsque cela n’allait pas. Elle jeta un rapide coup d’œil à la gazinière. Les œufs, le lait, la pâte à crêpes, tout cela avaient disparu, balancés aux oubliettes et à la poubelle. Comme son cœur.

Son regard se porta derrière la vitre. Elle observa l’herbe sombre, à peine éclairée par une lame torche. Et le temps que ses yeux décryptent ce qu’ils avaient devant eux, elle aperçut une ombre sur la pelouse. Quelqu’un s’y déplaçait. Elle plissa les paupières. Même si cela fut fugace, elle fut certaine de ce qu’elle ne voyait pas. La personne dehors ne portait pas de combinaison ! Elle n’était pas protégée du virus ! Elle allait assurément mourir, et Bulle ne pouvait rien faire pour la sauver. »

Merci de m’avoir lu. rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

Et vous ?

Est-ce que le confinement a été inspirant pour vous ?.

Avez-vous envie de lire des histoires sur cette période ?

Ou au contraire, désirez-vous l’oublier le plus tôt possible ?

Pensez-vous qu’il fut aussi traumatisant que le 11 septembre 2001 ou les attentas de Paris ?

Bon jeudi à tous 😉

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