chroniques littéraires

Bed Bug

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez un agréable weekend. Pour ma part, il est sous le signe de la lecture, et se déroule entre les gouttes. J’essaye de terminer mes lectures en cours avant le début de la semaine prochaine, et je profite de la pluie qui est revenue. Cette dernière rassure mon compagnon, qui est aussi inquiet que moi en ce qui concerne demain. Je suis rassurée de ne pas avoir à reprendre tout de suite le chemin du lycée, et d’avoir le temps de voir venir les prochains problèmes qui vont être suscités par cette reprise.

Mais comme nous ne pouvons pas parler sans fin du confinement et de ce qui va arriver à partir de demain, je vous retrouve aujourd’hui pour vous présenter l’une de mes dernières lectures. Il s’agit du dernier roman de Katherine Pancol, qui s’intitule Bed Bug. Nous partons pour un voyage entre la France et New York, sur le chemin des insectes, et sur celui de l’amour. Katherine Pancol est une autrice qui j’aime beaucoup, qui a su me séduire avec sa trilogie Les Yeux Jaunes des Crocodiles. Je l’ai rencontré au début du blog. J’ai donc pris l’habitude de lire ses derniers titres lors de leur sortie, ou un peu après, lorsque je peux les avoir. Ce roman est sorti aux éditions Albin Michel en octobre 2019. Voici son résumé :

Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole, Lamprohiza splendidula, qui semble très prometteuse pour la recherche médicale.

Si elle étudie avec grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse.

La vie n’est pas comme dans un laboratoire.

Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider.

Bed bug ou le désarroi amoureux d’une femme au bord d’un lit.

Dans cette nouvelle histoire, nous suivons Rose, une jeune femme biologiste passionnée par la vie des insectes. Elle est d’ailleurs très calée sur leur rythme de vie, et sur leur capacité à se reproduire, à attirer leur congénère afin de perpétuer l’espèce. De ce fait, Rose ne connaît finalement que eux, car elle n’est pas très portée sur les hommes. Le peu de relations qu’elle a eut avec eux se sont mal déroulée, et bien qu’elle cherche le grand amour et tombe amoureuse très rapidement, elle n’a personne dans sa vie. Enfin, cela, c’était avant qu’elle ne prenne le courage d’inviter son collègue Léo à dîner, et qu’elle remonte la piste de ce qui lui est arriver pendant son enfance.

Je vais d’abord vous parler de cette histoire en elle-même avant de vous parler de Rose, le personnage principal. Ainsi, dans ce nouveau roman, l’autrice reprend le même schéma que dans ses précédents titres, soit une jeune femme forte et fragile à la fois, qui cache un lourd secret. Ce secret, elle ne le connaît pas, il est inconscient, mais il lui détruit l’existence. Ses rapports avec les hommes ne sont pas du tout naturels, et si l’on peut croire qu’elle est très fleur bleue parce qu’elle tombe amoureuse du premier venu, tout en projetant toute sa vie future avec lui, tout cela cache en vérité tout autre chose. Pour comprendre ce qui la mine, Rose doit donc remonter à la source de son problème, et faire un vrai travail sur elle. Mais tout ceci ne sert à rien si elle n’est pas aidé, si elle ne peut pas compter sur sa famille. Or, ce secret, tout le monde est au courant, sauf elle. Et son secret n’est finalement pas que le sien, car il se pourrait bien que ce soit en fait quelque chose qui se répète sans cesse parmi ses proches. Rose n’est pas la seule impactée par cette histoire, et ce qu’elle a vécu durant son enfance, ce dont elle ne se souvient pas, il n’y a pas quelle qui l’a vécu. J’ai bien aimé le thème de ce livre, qui tourne donc autour de ce fameux secret de famille, et qui fait que Rose, sa mère et sa grand-mère ne vont finalement pas si bien qu’elles le pensent. Je ne veux pas trop en dire afin de ne pas vous dévoiler la surprise, même si vous pouvez lire entre les lignes, et qu’on le devine très aisément dès le début de l’histoire, mais il s’agit d’un thème de société, et l’on parle aussi ici de la reconstruction de soi. Ce thème est abordé de manière naturel, et il est au centre de la vie de Rose sans qu’elle ne s’en rende compte. Sa passion pour les insectes est corrélée à ce thème, à ce qui lui est arrivé. C’est plutôt bien fait, même si l’on devine facilement de quoi il est question. Cela permet de rappeler qu’il est essentiel de croire les gens, et de les aider au bon moment. On est ici sur un vrai travail d’écoute et de reconstruction après un drame. On peut certes reprocher à l’autrice de ne pas aller assez loin dans la dénonciation de ce type d’acte, de secret, mais je pense qu’ici, tout tourne au fait de l’accepter, et non pas autour de la justice. C’est plus le fait d’accepter son passé et d’aller de l’avant que de demander réparation, surtout qu’au final, Rose obtient qu’en même justice. Mais je peux comprendre ceux et celles qui en veulent plus ici.

Rose regarda les orteils de Babou et vit un béret.

Un béret, deux bérets, trois bérets, la tête lui tourna. Quatre bérets, cinq bérets, six bérets, elle eut un haut-le cœur, un jet de bile monta de ses tripes. Se^pt bérets, huit bérets… son ventre gonfla comme si elle avait avalé un airbag. Des rigoles de sueur coulaient sur ses tempes. Elle se noyait, elle étouffait.

– Qu’est-ce ce que tu as, ma princesse ? T’es pâle comme un linceul.

– Tu as fait ça pour moi ? demanda Rose en montrant les pompons rouges.

– Pour rien du tout. Pour rire. Pourquoi tu te mets dans cet état-là ?

Babou, c’est horrible, je te jure. Je vais mourir. Je suis un sac à vomi.

Babou tendit les bras pour l’enlacer.

– Me tiuche pas, me touche pas ! Je t’en supplie ! Je pourrais pas…

Rose se débattait pour échapper à son étreinte.

– Mais, ma princesse…

– Arrête ! C’est pas drôle, pas drôle du tout.

(…) Dans la nuit, une phrase la réveilla. Une phrase qui répétait « arrête de faire des histoires ! Toutes les petites filles… arrête de faire des histoires ! Toutes les petites filles… Arrête de de faire des histoire ! toutes… »

La phrase s’arrêta net. Comme si on l’avait coupée au montage. Ou comme si sa tête ne voulait pas savoir la suite.

Elle se dressa, les pieds glacés, les joues brûlantes, et cria :

– Toutes les petits filles font quoi ?

Venons-en à présent au personnage de Rose. Elle a de quelques problèmes psychologiques, c’est certain. Elle a du mal avec les autres, non pas parce qu’elle est introvertie, mais parce qu’elle n’a de cesse de les comparer aux insectes, ce qui fait qu’elle classe les gens en fonction de ce qu’elle perçoit d’eux au premier abord, sans chercher parfois à les découvrir. Elle est bornée, et quand elle a une idée en tête, elle n’en démord pas, et cela se retrouve donc avec les autres, lorsqu’elle considère que les gens sont comme ça, et pas autrement. Elle ne parvient pas à les décataloguer, ce qui la fait passer à côté de certaines personnes. Ses rapports avec les hommes sont compliqués parce qu’elle les classe, et parce qu’elle s’imagine tout de suite une vie avec eux. Elle est fleur bleue, mais cela en devient obsessionnel. Et lorsqu’elle obtient enfin de l’homme un rendez-vous et plus, elle ne parvient pas à être satisfaite. Heureusement, Rose cherche à se soigner. De ce fait, elle en devient sympathique, parce qu’elle se rend compte qu’elle n’agit pas normalement, et que cela la pénalise. J’ai aimé son évolution, au sens où elle finit par comprendre ce qui ne va pas chez elle, et qu’elle cesse de chercher la perfection chez les hommes. Elle se montre plus égoïste aussi, en prenant en compte ce que elle, elle veut vraiment. Elle tient plus facilement tête aux autres. Je l’ai trouvé touchante dans sa découverte d’elle-même, de son passé. Et Rose est très généreuse, elle ne se laisse pas corrompre lorsque l’on parle de transformer sa luciole en couper verts américains. Elle garde son idée de base, sauver le monde. C’est un personnage qui évolue bien, et que j’ai apprécié de suivre dans son aventure. Elle grandie tout au long de l’histoire, prenant enfin son indépendance par rapport à sa grand-mère et à sa mère.

Rose resta à table. Hébétée.

Elle ne comprenait pas ce qu’il se passait en elle. Quelqu’un montait dans la voiture qu’elle conduisait, la poussait, prenait le volant et jouait aux autos tamponneuses. Il y avait toujours ds morts et elle contemplait le carnage, impuissante. Avait enfin de protester, c’est pas moi, c’est pas moi.

C’est qui alors ?

Toujours pareil …, elle songea. Encombrée d’une violence familière. Une éruption de colère qui ne lui appartenait pas. Babou disait en riant qu’il faudrait la rebaptiser Rose Etna Robinson.

Pourquoi, mais pourquoi ? J’étais heureuse ce soir dans cette vie inventée. Il m’aimait, je l’aimais. Nous habitions Manhattan. Nous avions deux enfants, tris belles chambres, quatre télévisions. Je me laissais avaler par un bonheur rassurant qui m’engloutissait dans ses sables mouvants. Je n’étais plus qu »un petit morceau de rien du tout dissous dans l’immensité de l’autre au dernier rang du cinéma.

Je vais à présent vous dire ce qui, pour moi, fait la grande originalité de ce roman, et me donne envie de le défendre. Je comprendrais en effet que l’on me dire que le personnage de Rose n’a rien de sympathique, ou que le thème principal de ce roman n’est pas traité de la meilleure manière possible. Ce sont en effet des critiques que j’ai vu sur les réseaux sociaux alors que j’écrivais mon propre avis. Cependant, s’il y a bien une chose que l’on ne peut pas retiré à ce roman, qui m’a fait accrocher à ce dernier, et me donne envie de le conseiller, c’est que j’ai adoré toute la partie avec les insectes. Grâce à cette histoire, j’ai découvert pleins de choses sur les insectes, et sur le monde de la recherche. C’est un roman qui a presque une vision éducative, et qui rappelle non seulement les enjeux financiers que peuvent rapporter ces petites bêtes, mais aussi que nous en avons cruellement besoin. Alors, certes, on apprend bien plus sur la vie sexuelle des insectes que sur leur apport à notre environnement, mais j’ai su voir tout le travail de recherches mené ici par l’autrice, ainsi que l’intérêt de nous parler de tout cela, intérêt d’autant plus d’actualité avec la mise en lumière du monde de la recherche actuellement. Je trouve donc que tout ce travail apporte vraiment une plus-valus à cette histoire, qui n’est pas qu’une simple romance avec une héroïne étrange, mais bien une histoire autour des insectes et de ce qu’ils peuvent apporter à la science, et sur nous-mêmes. C’est ce que je retiendrais de ce roman.

Récemment, le Tenebrio molitor était devenu à la mode et même à la pointe de la mode. Des biologistes français avaient réussi à le transformer en protéines propres à la consommation. Une première usine avait été construite à Dole, une nouvelle allait être implantée près d’Amiens. Production annoncée : 10 000 tonnes de protéines d’insectes en 2020. Une farine d’excellente qualité. La région d’Amiens venait d’allouer 125 millions d’euros au constructeur. Pour l’instant, la consommation de ces protéines étaient réservées à l’alimentation des poissons mais tout le monde espérait la développer pour les humains. Des juristes travaillaient à la modification des textes européens pour obtenir l’autorisation. Bientôt on en ferait des gâteaux ou des steaks. On n’avait pas le choix : il fallait nourrir dix milliards d’humains en 2050. Les bonnes vaches normandes, charolaises, limousines ou gasconnes n’y suffiraient pas. Le Tenebrio molitor était un ver très intéressant car il offrait de multiples débouchés. Avec la carapace, on fabriquait des cosmétiques, avec les crottes, des engrais, avec le corps, des protéines. C’était en outre une matière première propre et écologique. Le beau ténébreux ne faisait pas pipi, produisait un caca sec, inodore. Se contentait d’une maigre pitance, n’avait pas besoin d’eau. Enfin, il était très résistant.

Parlons enfin de l’écriture de ce roman. Elle est fluide et le livre se lit bien. Le fait de ne pas avoir de chapitres, mais simplement des paragraphes espacés entre eux afin de marquer les changements de l’héroïne, de la période, ne m’a pas dérangé, et j’ai même trouvé cela intéressant. Je dois cependant avouer qu’au début de ma lecture, j’ai eu du mal, parce que le personnage de Rose ne me plaisait pas, et qu’il m’a fallut du temps pour apprécier ma lecture, pour l’apprivoiser. C’est quelque chose qui peut être récurrent avec cette autrice, car elle écrit vraiment des livres personnels, au sens où son style lui appartient vraiment, et qu’il n’y a que elle qui écrit de cette manière. Ses romans sont très particuliers, voire déstabilisants pour certains. C’est on aime ou on n’aime pas, mais il y a vraiment de demi-mesures. C’est aussi ce qui me plaît avec Pancol, parce qu’elle ose ce que les autres n’osent pas. C’est assez intéressant et plaisant. Le ton de ce roman est vraiment particulier, mais c’est aussi ce qui m’a finalement plu. Et le voyage proposé à New York donne vraiment envie de découvrir la ville tellement elle est bien décrite.

En résumé, c’est un roman que j’ai apprécié, je vais donc vous le conseiller. J’ai aimé le personnage de Rose et la manière dont elle prend son indépendance vis-à-vis de sa famille, des hommes, de son passé. Ce n’est pas une simple histoire de romance ici, mais bien une histoire de femmes, de famille, qui se dessine entre les lignes. J‘ai adoré tout ce que l’on apprend sur les insectes, ce qui rend le roman original. Le thème central du roman est intéressant et aide à se mettre à l place des victimes, et peut peut-être aider certaines à en parler. J’ai aimé tout le mystère qui est fait sur le passé de Rose. c’est un roman que je conseille, même s’il peut paraître déstabilisant pour certains. C’est une lecture agréable, sans prise de tête, mais avec un message fort.

Et vous ?

Il y a-t-il des thèmes que vous n’aimez pas retrouver dans les romans ?

Qu’est-ce qui pourrait vous faire abandonner une lecture ?

Le style de l’histoire peut-il vous pousser à renoncer à un roman ?

Bon dimanche à tous 😀

Et prenez soin de vous ❤

Une réflexion au sujet de « Bed Bug »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s