chroniques littéraires

Né sous une bonne étoile

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vos proches vont eux aussi bien. Ici, c’est assez triste, j’ai appris qu’une de mes élève avait tenté de mettre fin à ses jours et une autre a attrapé le virus. Cela ne me permet donc pas de me réjouir des annonces faites hier par notre premier ministre, qui décale la reprise des lycéens. Peut-être que cela aurait dû être fait bien avant. Mais cela est fait. J’espère donc que cette accalmie va permettre à mes élèves de préparer au mieux leur rentrée de l’année prochaine, de se concentrer sur leurs vies, et non pas sur le bac ou leurs notes. La période est vraiment anxiogène et il faut se recentrer sur l’essentiel.

Aujourd’hui, je vous emmène quand même sur les bancs de l’école avec l’une des mes dernières lectures. J’avais hâte de vous parler de ce romans, parce que c’est l’un de mes coups de cœur du mois. Cela faisait un moment que je n’avais pas été autant touchée par l’une de mes lectures. Je vous parle en effet du dernier roman d’Aurélie Valoges, publié aux éditions Mazarine et sorti en papier en mars 2020. D’ailleurs, j’ai bien fait de l’acheter avant le confinement, au moment de sa sortie. Vues toutes les chroniques élogieuses que j’ai vu passer sur cette histoire, j’aurais été déçue de ne pas avoir à le lire. Voici son résumé :

A l’école, il y a les bons élèves … et il y a Gustave. Depuis son radiateur au fond de la salle, cet éternel rêveur scrute les oiseaux dans la cour ou les aiguilles de la pendule qui prennent un malin plaisir à ralentir. Il aimerait rapporter des bonnes notes à sa mère, mais ce sont surtout les convocations du directeur qu’il collectionne. Pourtant, Gustave est travailleur. II passe plus de temps sur ses devoirs que la plupart de ses camarades, mais contrairement à Joséphine, sa grande-sœur pimbêche et première de classe, cela ne rentre pas.

Pire, certains professeurs commencent à le prendre en grippe et à le croire fainéant. Parfois, il suffit d’un rien pour qu’une vie bascule du bon côté… Un roman universel, vibrant d’humour et d’émotion

Dans ce roman, nous suivons donc Gustave, un petit garçon de la région parisienne qui grandi au fil des saisons, et sortie au fil des rentrées scolaires. Or, l’école, ce n’est vraiment pas son truc. Et même s’il a envie d’apprendre, ses professeurs n’ont de cesse de lui reprocher sa lenteur et son manque d’implication. Perpétuellement en échec, Gustave se décourage. Jusqu’à ce qu’il fasse LA rencontre qui va tout changer.

Je vais commencer cette chronique par vous parler bien évidemment, du personnage central de cette histoire, qui est Gustave. Il est trop touchant. Je pense que n’importe quel personne ayant eu des difficultés à l’école, même sur une courte durée, peut se reconnaître en lui. C’est un petit garçon intelligent, mais qui a besoin de prendre son temps, qui n’a pas forcément une belle écriture, et qui est certainement dyslexique. Et comme ses professeurs l’abandonnent, il se décourage, cela est logique dans son cas. On n’a qu’une envie, c’est de l’aider, et de rentrer dans les plumes de ces professeurs qui ne font que l’enfoncer. D’autant plus que Gustave s’aperçoit, avec l’âge, qu’il n’a pas forcément les bonnes cartes en main dès le départ. Même s’il aime lire, il n’y a pas forcément beaucoup de livres chez lui, et la télévision est allumée dès que son père rentre. Sa mère, dépassée, à de plus en mal à l’aider. Et il vit dans une cité où il vaut mieux ne pas aller à l’école pour ne pas être embêter. Gustave se bat donc contre son environnement, et sans aide, il ne peut que s’épuiser. C’est ce qui m’a vraiment touché avec ce petit garçon, c’est que quoi qu’il essaye, cela se retourne forcément contre lui. C’est vraiment triste, parce qu’il se démène, tout cela pour rien, parce que le système le détruit. On a alors envie de se battre avec lui, pour lui. Ce qui est touchant aussi, c’est la relation qu’il entretient avec sa mère. Il ne veut absolument pas la décevoir, c’est son seul but. Il veut qu’elle soit fière de lui, comme n’importe quel enfant. Mais voilà, les adultes autour de lui ne parviennent pas à comprendre cela, et même sa mère, finalement, ne saisit pas ses appels à l’aide. Je trouve que Gustave parle à l’enfant qui est encore en nous, et c’est un personnage qui m’a fait pleurer, parce qu’on ne peut pas rester indifférent face à sa détresse et sa volonté de s’en sortir. Ce garçon n’est pas bête, mais il est traité comme si c’était le cas, simplement parce qu’il est différent, plus sensible que les autres. La relation qu’il a avec son père est horrible et toute aussi destructrice que celle qu’il a avec l’école. Sincèrement, en lisant cette histoire, je pensais à tous les Gustave laissés sur le chemin de l’école, broyés par le système. C’est assez horrible de savoir que ce personnage reflète une réalité terrible, mais qui existe, et sur laquelle on ne devrait pas passer à côté.

En passant les grilles de l’école, un soir, Gustave soupira de soulagement : il avait réussi, une journée de plus, à échapper à toute punition malgré un Sekou qui lui donnait du fil à retordre. Quand ce n’était pas des coups de coude pour lui faire rater ses lignes d’écriture, il lui piquait ses stylos ou lui gribouillait sur le bras, à la barbe de M. Villette. Gustave avait aussi hésité à lever le doigt pour dénoncer son voisin, mais il s’était abstenu, persuadé qu’il aurait davantage été bousculé dans la cour à la suite de sa délation. Et puis, chaque fois qu’il avait tenté d’interroger son professeur, M. Villette l’avait toujours rabroué d’un « Arrêtez avec vos questions, Gustave. Baissez le bras. » Il commençait à bien comprendre que la curiosité était un vilain défaut.

Assis sur le banc devant l’école, Gustave attendait Joséphine. Il comptait les années qui le séparaient de la fin de sa scolarité. Plus ou moins dix. Entre l’ennui, le stress et les injustices, il ne voyait pas comment il tiendrait aussi longtemps. Lui qui avait toujours eu soif d’apprendre, de questionner les professeurs, et qui trépignait de quitter la maternelle, était vraiment déçu : il avait imaginé tout autre chose du CP. Il découvrait que l’école n’était pas seulement un lieu où l’on apprenait, mais où, parfois aussi, l’on souffrait.

Venons-en à présent au personnage de Joséphine, la sœur surdouée de Gustave. Bien que je n’ai pas connu les mêmes échecs scolaires que Gustave, je me suis retrouvée dans son personnage. Cela est encore plus vrai pour le personnage de Joséphine, où j’ai eu l’impression de me revoir au même âge. Non pas parce que j’étais surdouée, même si je grimpais dans les classes supérieures sans le moindre effort, du moins jusqu’au lycée, comme Joséphine, mais parce que, comme elle, j’avais compris assez jeune comment fonctionne le système. Joséphine sait qu’elle est née du mauvais côté de la barrière, et elle fait tout pour s’en sortir, quitte à s’oublier en chemin. Joséphine n’a qu’un seul rêve, celui de quitter sa cité et de devenir quelqu’un. Elle s’imagine faire de grandes études, et de gagner beaucoup d’argent dans un métier prestigieux. Elle ignore seulement lequel. Elle peut paraître prétentieuse et froide, mais elle m’a fait pensée un peu au personnage de Sheldon Cooper dans The Big Bang Theory. Elle ne fait pas exprès d’être insensible, ce n’est pas une manière d’être, de se donner un genre ou même pour se protéger, c’est simplement dans sa nature. Cependant, elle aime son frère, et elle finit par essayer de l’aider. J’ai bien aimé leur relation, très pudique et remplie de tendresse. Finalement, Gustave est la personnage avec qui elle est le plus proche dans sa famille, elle qui ne voit pas beaucoup son père et qui déteste sa mère. J’ai donc trouvé le personnage de Joséphine très touchant aussi, et elle m’a autant émue que son frère, même si ce ne sont pas pour les mêmes raisons. J’ai aimé son caractère volontaire, piquant aussi, et son besoin de se battre contre ses origines.

– Je suis en colère, Gus-Gus. On n’est pas armé dans la vie quand notre seul bagage est la sous-culture, souffla-t-elle. On dit « Otis » et je pense ascenseur. Ça te semble normal, toi ?

– Bah oui… C’est notre marque d’ascenseur.

– Non ! Je ne peux pas te laisser dire ça ! La plupart des gens imaginent tout de suite Otis Redding, le jazzman. On est nivelé par le bas, Gus-Gus.

Dans son lycée, Joséphine côtoyait désormais du beau*monde, mais ce qu’elle avait d’abord pris pour une saine émulation lui avait rapidement miné le moral. Elle avait l’impression que les chances du départ n’étaient pas identiques, que les dés étaient pipés.

Gustave et Joséphine n’avaient pas les mêmes repères que leurs camarades des beaux-quartiers, et alors ? Ils n’auraient pas su distinguer l’odeur d’une rose de celle d’une pivoine, mais ils auraient su reconnaître entre mille celle du cannabis. Celle du hall d’entrée de leur immeuble. Comme une madeleine de Proust de leur enfance.

– On est biberonné à la médiocrité, continua Joséphine. Avec les programmes télé qui ne font pas de mal. Aussitôt vus, aussitôt oubliés ! Mieux encore si on s’endort devant ! Prozac cathodique ! Moins cher que la Sécu ! Efficacité prouvée. Vu à la télé.

Venons-en à présent au problème principal de ce roman, à son cœur. C’est l »école, le système, et les professeurs qui méprisent les enfants justement parce que ce sont des enfants. On est face ici à une critique du système scolaire qui broie les enfants, les élèves, et les détruit. Ce n’est pas normal d’aller à l’école avec une boule au ventre, avec la peur de l’adulte, surtout lorsqu’on est innocent. On est ici face à des adultes qui déversent leurs colères, leurs amertumes, sur leurs élèves. Ils sont tous désabusés, déçus, voire carrément méchants. Le pire, c’est qu’en tant que professeur, moi qui vois le milieu depuis l’intérieur, on ne peut pas dire que cela ne reflète pas une certaine réalité. Oui, l’école est là pour faire du chiffre sur les enfants, en rationnant l’aide, en aller trop vite, en en laissant de nombreux sur le carreaux. Heureusement, certains des adultes que croisent Gustave ont encore leur passion des débuts, une certaine volonté de se battre et d’aider les enfants. Cela donne envie de faire la même chose, de défendre ces enfants laissés pour compte, abandonnés par la société. Cela a permis de me faire réfléchir sur la manière dont j’enseigne, même si c’est en lycée, et que la plupart des élèves avec de grandes difficultés ont été réorientés avant. D’ailleurs, on parle aussi du problème de la réorientation selon les notes des élèves dans cette histoire, sans même demander à l’enfant ce que lui veut pour son avenir. En vérité, on s’aperçoit que la scolarité de l’enfant se fait sans lui, qu’il n’est qu’un spectateur de son propre avenir. Ce qui est intéressant, c’est que Gustave a des difficultés dans certaines matières, mais pas dans toutes, mais qu’il est jugé que sur ses échecs. Et le pire, c’est que sa mère qui l’aide, est elle aussi jugée comme si elle ne faisait rien, comme si elle était responsable des échecs de son fils. Et Joséphine, pourtant bonne élève, surdouée même, ne se retrouve pas non plus dans ce système non fait pour elle. Le système n’est pas fait pour les élèves brillants, ni pour ceux qui ont du mal. Il est fait pour tous les autres, sans jamais s’adapter. Ce roman met bien en évidence ces inégalités, et c’est ce qui rend cette histoire d’autant plus terrible et cruelle, mais aussi réelle. C’est ce qui fait qu’on se retrouve dans ce récit.

Melle Bergamote fixa le Principal :

– Monsieur Pinçard, en tant que référent du décrochage scolaire de cet établissement, j’aimerais rencontrer le jeune Aubert pour faire le point, et ce, avant qu’on ne convoque la mère.

M. Pinçard l’arrêta ans son élan :

– Non. Ce môme, c’est une cause perdue : on le réoriente. Avec des lacunes pareilles, il n’a rien à faire là. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Et vous, vous avez mieux à faire avec les autres élèves qui se donnent vraiment la peine. elève suivant : Berret !

En ce qui concerne l’écriture de ce roman, elle est toujours aussi fluide et percutante, les émotions sont transmises avec justesse, ce qui nous permet de nous mettre à la place des personnages. Le roman se lit très bien, et on n’a pas envie de le lâcher. Je me suis freiner dans ma lecture pour ne pas le terminer trop vite. On a envie de rester avec les personnages, de ne pas mes quitter. On a l’impression qu’ils font partie de nous, de notre famille. En refermant le roman, on ressent alors un vide. J’aurais aimé qu’il soit plus loin pour ne pas le refermer si vite. C’est un vrai plaisir de lire les chapitres courts, mais intenses, de cette histoire. Je le relirai avec plaisir d’ici un an.

En résumé, c’est un gros coup de cœur, et même le coup de cœur de ce début d’année. J’ai vraiment adoré cette histoire et je la relirai certainement. Lorsqu’on est professeur, on a parfois tendance à oublier les élèves, à ne penser qu’au programme, qu’aux heures qui passent vite, aux notes à donner, et l’on oublie qu’on parle d’avenir, de futur, de futures adultes. Ce roman permet de voir les élèves d’une autre manière, et je suppose que c’est la même chose pour les parents immergés dans cette histoire, qui voient le système d’une autre manière. Parfois, les professeurs font parties du système, et parfois, ils se battent contre, eux aussi. C’est une vraie leçon de vie que l’on a avec Gustave. Je ne peux que vous conseiller cette lecture, à vos enfants et à vous. C’est un rman à lire absolument.

Et vous ?

Avez-vous des bons souvenirs d’école ?

Quels sont les romans qui vous ont marqués à cette période ?

Vous souvenez-vous de professeurs en particulier ?

Quelle était votre matière préférée ?

Bon mercredi à tous 😀

Et prenez soin de vous. 😉

Une réflexion au sujet de « Né sous une bonne étoile »

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