chroniques littéraires

Les Noces de la Renarde

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et vos proches aussi. Ici, le moral se trouve vraiment au ras des pâquerettes depuis le discours de notre président. Jee suis rongée par la peur depuis que l’on parle d’un déconfinement progressif à partir du 11 mai, et de la réouverture des écoles. Bien que mes élèves me manquent, je ne suis pas prête à retourner en classe, pas tant que l’on est pas presque sûrs que c’est sans danger. Etant une personne à risque, il est hors de question que je mette ma vie en danger et celles de mes élèves, d’autant plus qu’en terminales, l’année est quasiment finie pour les élèves puisqu’ils n(ont plus le bac. Je trouve cela complètement fou.

Mais aujourd’hui, nous allons parler d’un autre type de danger sur le blog. Il s’agit des dangers provenant des autres, des désirs de vengeances qui peuvent parfois animer le monde surnaturel. En effet, aujourd’hui nous allons parler de monstres et de fantômes, et de guerres qu’ils mènent contre les humains. Je vais en effet enfin vous parler de ma lecture du roman fantastique Les Noces de la Renarde, de Florence Soulas. C’est une jeune autrice française dont j’avais beaucoup aimé le roman Rouille, que je n’ai d’ailleurs toujours pas chroniqué sur le blog. J’étais donc curieuse de découvrir son dernier titre, publié chez les éditions Scrineo en mai 2019. Voici son résumé :

1461, Japon. Hikari vit dans les forêts peuplées de croyances et de dieux du Japon du 15ème siècle et s’intéresse de près au village installé au pied de la montagne… à ses risques et périls.

2016, Tokyo. Mina, qui a le pouvoir de voir les yokaï, esprits et monstres du folklore japonais, va se laisser entraîner dans une chasse au démon, en plein cœur de Tokyo.

Deux univers qui se croisent et s’entremêlent, entre quête d’identité et désir d’émancipation

Nous sommes donc au japon, perdu entre deux époques et deux personnages. Il y a d’abord Hikaru, déesse sauvage dans le japon médiévale, qui voit les hommes gagner du terrain sur son monde, sa forêt, et qui est très attirée par eux ; et ensuite Mina, jeune adolescente dans le monde moderne, qui voit des fantômes et qui est poursuivie par un chat toutes les nuits dans ses cauchemars. A priori, elles n’ont rien en commun, mais les deux jeunes filles semblent en fait être beaucoup plus liées qu’elles ne le croit.

Je vais exceptionnellement commencer par vous parler du style d’écriture de ce roman. L’écriture de Florence Soulas est très immersive, c’est le gros point fort de son histoire. Ainsi, on a vraiment l’impression d’être à Tokyo avec Mina ou dans la forêt avec Hikari. Les descriptions sont bien menées et c’est ce qui donnent ce caractère immersive à l’histoire, le fait qu’on ait l’impression de voir ce que voient les personnages, de vivre ce qu’ils vivent. Les scènes d’action sont aussi bien faites, on sent la pression que subissent nos deux héroïnes et la peur qu’elles ressentent. Ce sont donc les points forts de ce roman. Cependant, et c’est le gros point noir pour moi de ce roman, c’est le fait qu’on n’arrête pas de passer de l’une à l’autre des deux héroïnes. Ainsi, le roman est composé par un va-et-vient entre Hikari et Mina, si bien qu’on s’y perd un peu, et qu’on perd de l’intérêt pour l’une et l’autre des deux filles. Sincèrement, c’est ce qui fait que je n’ai pas accrochée autant que je l’aurais pu à cette histoire, et je le regrette. De ce fait, mon avis est mitigé sur cette lecture, parce que je pense qu’elle méritait mieux, et que toute la partie avec Hikari est en trop. Pour moi, l’histoire aurait été très bien sans Hikari, dont on devine de toute manière toute l’histoire dès le début. Le fait d’avoir ce passage entre les deux filles est donc, pour moi, gênant, et fait que j’ai perdu de l’intérêt pour cette histoire, pourtant prometteuse. Je me suis aussi, du coup, perdue dans les personnages secondaires, qui sont nombreux à tourner autour des deux jeunes filles, et j’avoue avoir finie par décrocher, me contentant de lire sans me souvenir de qui était qui pour qui. Ce que je regrette donc, dans ce roman, ce n’est pas son écriture, mais bien sa construction, qui est pour moi ce qui m’a dérangée.

Je vais à présent vous vous parler du personnage d’Hikari. Pourquoi commencer par elle ? Parce que même si j’ai apprécié son personnage et cette plongée dans le folklore japonais, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à elle et à voir son utilité, comme je viens de l’énoncer plus haut. En effet, le personnage d’Hikari est sympathique, mais ses action sont prévisibles et mauvaises. Ainsi, dès le début de l’histoire on comprend qu’elle est à l’origine de ce qui va arriver, que tout ce qui va se passer va être de sa faute. On pourrait être touché par l’amour qu’elle éprouve pour un être humain, mais j’ai trouvé que cela était tout le contraire, tout simplement parce que l’on voit immédiatement que c’est un piège, que tout cela est fait pour qu’Hikari perdre son statut, son rôle au sein de sa famille. Du coup, même si son histoire d’amour est mignonne, on voit assez facilement où cela va la mener et ce qui va en être la conclusion. J’aurais aimé plus de suspens, d’envie de m’attacher à elle. D’autant plus que jusqu’au bout elle fait de mauvais choix, qui vont condamner sa famille. Elle aurait dû se montrer plus rusée, et c’est cela que je lui reproche, surtout qu’elle connaît les lois en vigueur et qu’elle les enfreint en connaissance de causes. On aurait pu s’attendre de sa part une réaction moins enfantine et plus mature, ce qui lui aurait permis de survivre. On peut aussi s’attacher à elle parce qu’elle est différente des autres, parce qu’elle démontre que même les dieux peuvent être attirés par des humains, mais même-là j’ai trouvé que cela n’avait pas fonctionné car en vérité, on ne peut qu’en vouloir à Hikari de se montrer ainsi, de dévoiler ses penchants rapidement. Certes, elle fait bien certaines choses, mais elle se laisse aussi piéger. Elle aurait dû comprendre plus rapidement que sa différence lui poserait des problèmes. En vérité, le seul moment où j’ai eu de la peine pour Hikari, c’est au moment de sa mort, aisément devinable là aussi. Mais dans l’ensemble, c’est un personnage dont je me suis rapidement lassée.

– Qu’est-ce que tu leur trouves ? demanda finalement Akane avec colère, désignant le village en contrebas. Ils sont lourds, patauds, barbares. Ils tuent la forêt, un arbre après l’autre.

– Je les trouve intéressants.

– Ils ne sont pas comme nous, ils sont faibles, asséna Akane.

– J’aime leur côté éphémère, toute cette énergie qu’ils dépensent pour le peu de temps qui leur est imparti. Il y a une certaine beauté dans leur faiblesse, comme tu dis.

– Tu devrais faire attention. Ces hommes-là ont beau prier les dieux, qui sait de quoi ils sont capables ? Si Ino découvre que tu es descendue au village…

Hikari sentit l’aiguillon de la peur lui mordre le ventre. Si ses escapades arrivaient aux oreilles de la cheffe du clan, la sanction serait exemplaire. Ino attendait depuis trop longtemps une excuse pour asseoir sa supériorité.

A l’inverse, j’ai pris plaisir à suivre Mina, non pas parce c’est une adolescente dans un monde moderne, mais parce qu’elle a ce qu’Hikari n’a pas, c’est à dire la volonté de se battre et de se défendre. Mina ne reste pas les bras croisés à attendre que le monde se consume, elle décide au contraire de se lancer à son assaut. Certes, cela lui prend du temps, parce qu’elle n’utilise pas ses dons, parce qu’elle s’y refuse, mais elle se rend finalement compte qu’elle n’a en fait pas le choix si elle veut vivre. Or, Mina veut vivre. Elle va alors tout faire pour comprendre qui elle est et pourquoi elle voit des fantômes. C’est ce que j’ai apprécié chez elle, cette volonté qui se met en place progressivement de comprendre. J’ai aimé aussi la manière dont elle s’émerveille du monde qui l’entoure. Elle possède alors une candeur appréciable, et une attirance de son âge pour un monde qu’elle refusait jusque-là de voir. De ce fait, la présence à ses côtés de Natsume est déterminante, puisque c’est elle qui va en quelque sorte la former. Mina se montre alors tenace et assidue dans ce qu’elle apprend, finissant même par prendre les choses en main, mais sans être téméraire. Ainsi, elle ne fonce pas dans la gueule du loup, et elle fait ce qu’il faut pou sauver ses proches tout en se montrant rusée. Elle devient alors un peu l’inverse d’Hikari en affrontant ce que cette dernière aurait dû affronter bien plus tôt. C’est aussi un personnage généreux avec les autres, lorsqu’elle sort de son enfermement social. Elle a à cœur d’aider les autres et même si elle ne sait pas toujours comment s’y prendre, elle est une amie sur qui on peut compter. Cela en fait un personnage attachant.

Mina laissa échapper un soupir résigné. Elle s’attendait à cette demande. Tous les spectres essayaient de s’attacher aux humains qui les percevaient, ce besoin de se raccrocher à la vie faisait partie de leur nature. Elle aurait voulu retourner au carton contenant les photos de son père, prendre le temps de les observer, d’en faire sortir les non-dits qu’elles contenaient. Mais la détresse qui brouillait le visage de Mayuri vrilla quelque chose dans son cœur. Mina connaissait la solitude. Dans les yeux gris du fantômes, elle lisait le reflet de son propre isolement. Elle hésita. En acceptant d’aider Mayuri, elle romprait définitivement avec sa ligne de conduite. Ce simple acte reviendrait à accepter ce don qu’elle repoussait de toutes ses forces, à accepter de s’en servir, de le reconnaître. Elle eut la sensation aiguë qu’en tendant la main au yokaï éploré, elle ne pourrait plus jamais revenir en arrière. Qu’elle franchissait un point de non-retour. Remisant ses questions sur son père dans son esprit, Mina se releva, époussetant de la poussière invisible sur son jogging informe, et fit signe à la jeune fille de la suivre.

Je vais maintenant vous parler de l’univers de ce roman. J’ai vraiment apprécié ce mélange entre la modernité et les Yokais, entre le monde moderne et le monde surnaturel. Ce roman permet d’évoquer ces divinités qui tentent de survivre dans un monde à présent gouverner par les humains, où la nature n’a plus les mêmes droits qu’avant, où le béton a remplacé les forêt et où les anciennes peurs n’existent plus. J’ai trouvé l’idée agréable et intéressante, car je trouve que cela nous permet de réfléchir sur ce que nous faisons justement à la nature, d’autant plus qu’avec le confinement, on revois certaines espèces reprendre leurs droits dans des lieux libérés des humains. J’ai apprécié la manière dont les êtres surnaturels tentent de survivre face aux humains, en se joignant à eux, en les évitant, en rêvant d’un monde sans eux. Mais ce qui m’a vraiment lus dans ce roman, c’est toute l’enquête policière qui se met en place autour de Mina. En effet, elle se retrouve enquêtrice afin de mettre la main sur un tueur de Yokais. Cet moment est vraiment exaltant car l’on comprend toute la menace qui plane sur leur monde. Le fait que Mina se retrouve à mener cette enquête avec une tueuse de Yokais, à la demande même d’un de ces derniers, est d’autant plus intéressante et rajoute de la pression sur l’histoire. C’est pour cela que j’ai préféré l’histoire de Mina à celle d’Hikari, parce que je trouve qu’il y a beaucoup plus de suspens et de plongée dans le monde surnaturel avec Mina qu’avec Hikari, et la pression de l’enquête rajoute un plus à l’histoire. On se retrouve alors dans une enquête magique, avec beaucoup de suspens et d’horreur.

Mina s’approcha pour observer ce qui gisait au sol. Un drap souillé de sang recouvrait le corps. Haku claque des doigts et deux colosses vinrent s’occuper du cadavre. Lorsqu’ils retirèrent le drap, une odeur âcre s’éleva dans les airs. Il faisait sombre et, même en plissant les yeux, Mina n’y voyait rien. Près d’elle, Haku agita ses longs doigts fins et des flamme se mirent à danser au creux de sa paume, éclairant la scène. Elle reconnut aussitôt Hebisu, le tengu qui avait discuté avec Natsume au Kogage. Mina sentit son cœur tomber dans son estomac. Une sensation de vertige la saisit. Son ventre se noua de dégoût et de peur. Livide, elle dut s’éloigner précipitamment pour vomir. L’oni ne dit rien, se contentant d’observer Natsume dont le teint était devenu cireux. La miko ferma les yeux et s’accroupit près du cadavre.

– Mina, appela-t-elle d’une voix douce.

Le ton presque suppliant de Natsume agit comme un électrochoc sur Mina. Elle s’essuya les lèvres d’un revers de main. Natsume concentrait toute son attention sur le cadavre mais Mina n’était pas dupe. La miko avait besoin d’elle, de ses pouvoirs. Forte de cette certitude, elle se releva et revint près du défunt.

En résumé, c’est un roman intéressant, mais que je n’ai peut-être pas lu au bon moment. En effet, c’est le roman que j’avais à l’annonce du confinement et pendant la première semaine, et j’avoue que mon état n’était pas le meilleur à ce moment-là. Cependant, je trouve aussi que l’histoire d’Hikari n’aurait peut-être pas mérité d’être racontée, afin que l’on se concentre vraiment que sur Mina, et que l’on découvre Hikari par filigrane, d’autant plus que les passages avec Hikari dévoilent toute l’histoire de Mina, et qu’on y perd en suspens. Les passages avec Hikari m’ont coupée dans l’enquête avec Mina que j’aurais plus appréciée sans cela. Je ressors donc mitigée de cette lecture qui avait pourtant tout pour me plaire, mais que je trouve mal construite. J’ai adoré toute l’enquête policière, mais certains passages étaient bien trop prévisibles. J’en conseille toutefois sa lecture à ceux qui pourraient être séduit par cette dernière, car le roman est intéressant et plaisant à lire, malgré ce que moi j’en ai retenu. peut-être que je le relirai un jour, en espérant avoir un autre avis dessus.

Et vous ?

Cela vous arrive-t-il d’être déçu par vos lectures ?

Pourquoi ?

Qu’est-ce qui vous dérange dans les livres que vous lisez ?

Bon mercredi à tous 🙂

Et prenez-soin de vous 🙂

4 réflexions au sujet de « Les Noces de la Renarde »

    1. Oui, la couverture est magnifique ^^ elle donne envie de lire le livre 😉
      Il n’est pas récent, il est de l’an dernier. C’est vrai que j’en ai entendu parler sur les blogs, lors de sa sortie. Il n’y a pas eu beaucoup de publicité dessus. Si tu as aimé Rouille, il devrait peut-être te plaire, même si c’est totalement différent 😉

      Aimé par 1 personne

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