chroniques littéraires

Cet été-là

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez un agréable weekend, et j’espère surtout que vous n’avez pas eu trop de dégât avec la pluie. L’avantage d’habiter dans l’ouest, même si l’on a un temps breton, c’est que les intempéries ne sont pas aussi violentes que dans le sud, surtout si l’on vit plutôt dans les terres. Et même si ce crachin qui tombe ici est assez désagréable, c’est toujours mieux que les inondations. Et cela donne encore plus envie de rester au chaud chez soi, avec un bon livre. Pour ma part, en ce moment, c’est plutôt avec mes copies, mais je commence enfin à en voir le bout. Maintenant, il faut préparer les conseils de classe.

Aujourd’hui, à cause notamment de la météo pluvieuse, j’ai eu envie de vous ramener en été, alors qu’il fait super chaud et que le soleil brille dans le ciel. Attention, ne vous attendez cependant pas à un coin de paradis. Même si cela y ressemble qui sais quel horrible secret ce lieu peut renfermer. Aujourd’hui, je vous parle d’une de mes dernières lectures, qui s’intitule Cet Eté-là. Il s’agit d’un roman policier écrit par Lee Martin et publié aux éditions Sonatine en février 2017. Voici son résumé :

Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s’est-il réellement passé cet été là ?

Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d’un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd’hui encore, qui manipule qui ?

Dans ce roman, on suit en fait trois personnages qui racontent ce qui est arrivé avant, pendant et après la disparition de Katie Mackey, âgée de 9 ans. Il y a tout d’abord Gilley, son frère, coupable d’avoir dénoncé le fait qu’elle n’avait pas rendue ses livres de bibliothèque à temps, ce qui l’a obligé à sortir de chez elle ce soir-là, puis Clare, l’épouse de Raymond R., qui serait le responsable de l’enlèvement de la fillette, et monsieur Dees, le professeur de mathématiques de Katie, qui travaillait avec elle ce fameux été. Tous les trois se souviennent de ce qui est arrivé, et chacun à leur manière, reconstitue le puzzle de ce qui a traumatisé une petite ville des Etats-Unis.

Alors, je vais commencer, une fois n’est pas coutume, par vous parler du récit en lui-même avant d’évoquer les personnages. C’est mis dans le résumé que nous sommes trente ans après les faits. J’avoue qu’en lisant cela, je m’attendais à ce qu’il y ait un fil conducteurs entre nos trois narrateurs, soit quelqu’un, comme un journaliste, qui pousserait nos trois protagonistes à se livrer, ou une émission de reconstitution. Mais en vérité, cela ne se passe pas du tout comme ça. Nos trois personnages se passent le relais au grès de ce que l’auteur a besoin de raconter, ce qui donne parfois une impression brouillon. Ce qui m’a donné cette impression, c’est que les faits ne sont pas toujours chronologiques et que parfois j’ai été un peu perdue entre tous les liens qui se font pourtant à la fin. En effet, on commence par la rencontre de Mr Dee avec Raymond R, puis par la disparition de Katie, avant de revenir sur certains éléments avant. Je pense que l’auteur fait exprès de nous perdre pour qu’on ne découvre par la vérité, mais à la lecture, c’est assez perturbant. Ce qui l’est aussi, c’est que comme il reste des zones d’ombre dans l’histoire, des personnages quine parlent pas, c’est un narrateur encore extérieur qui le fait. C’est là que je pense qu’un journaliste ou autre aurait pu être intéressant, plutôt qu’une voix qui ne fait que raconter les faits avec un certain détachement. J’avoue que ce qui m’a manqué dans cette histoire, c’est de m’attacher à Katie. C’est elle la victime, et j’ai eu le sentiment qu’elle était mise de côté, complètement effacée. Je n’ai pas vraiment réussie à éprouver de l’empathie pour elle, au sens où on ne la voit finalement que très peu. Peut-être que si on avait eu un peu plus de sentiment, avec des personnages extérieurs à l’affaire, cela m’aurait aidé à me projeter davantage. De même, je n’ai pas vraiment eu le sentiment qu’on était trente ans après l’affaire, tout simplement parce que cela ne se fait qu’à travers des allusions aux décors. Il m’a manqué cette projection dans le futur, on est en fait vraiment plus dans l’histoire de l’époque, aux moments des faits, que trente ans plus tard.

Parfois les gens arrêtaient leur voiture et prenaient des photos. C’était ce genre de maison. C’était ce genre de famille. Près de neuf années s’étaient écoulées depuis l’assassinat du président Kennedy, suffisamment longtemps pour que le choc s’atténue, mais pas assez pour que les gens oublient comment c’était d’avoir une famille comme les Kennedy, qui captivait le pays avec son charme, sa beauté. A Tower Hill, c’était les Mackey.

Durant les jours qui suivirent la disparition de Katie, Pete Wilson, qui développait les photos dans la boutique Fite Photography, affirma qu’il n’aurait pas pu compter le nombre de pellicule qu’il avait reçues comportant des clichés de la maison et du jardin des Mackey. « C’était comme su on était tous partis, déclara-t-il, toute la foutue ville, et que tout ce qui restait, c’était cette maison. »

Alors, je disais que je n’avais pas réussi à m’attacher à Katie, qui est finalement la grande absente de cette histoire, sauf sur les moments racontés avant sa disparition. Ce n’est cas le cas avec les personnages de Gilley et de Clare. En effet, ce sont des victimes collatérales de ce drame et on ne peut qu’avoir de l’empathie pour eux, qui n’y sont pour rien, et qui vont pourtant devoir vivre avec cette terrible histoire. Au début, je ne comprenais pas vraiment pourquoi le fait que Gilley parle de cette histoire soit aussi important, si ce n’est parce qu’il est le frère de Katie, mais on s’aperçoit, au fil du récit, que ce drame l’a mené vers une pente qu’il ne pouvait pas soupçonner. Ainsi, Gilley se retrouve à faire des choses qu’il n’aurait jamais imaginer, est qui vont le traumatiser à vie. Et qu’il va devoir vivre avec ce secret tout le restant de sa vie. Pour lui, ce récit est donc le moyen de faire sortir ses fantômes, de les expulser, de les partager afin qu’ils pèsent moins sur sa conscience. On se sent alors proche de lui car on se demande ce que l’on aurait fait à sa place, dans la même situation. De la même manière, j’ai éprouvé de la sympathie pour Clare, qui n’a rien fait de mal, elle, et qui se retrouve jugée par les autres, tout simplement parce qu’elle est tombée amoureuse de la mauvaise personne, celle qui est accusée de la disparition de Katie. Clare n’a fait que croire qu’elle avait le droit à une deuxième chance après la mort de son premier mari, et penser qu’elle avait encore le droit à l’amour même si elle s’approchait de la retraite. Il est vrai que dans ce genre de drame, on ne pense souvent qu’à la vie qui continue pour la famille des victimes, mais l’on oublie aussi la famille des condamnés, ceux qui vivent avec le poids de savoir, ou ne pas être certain, que leur proche était ou non un monstre. Dans le cas de Clare, tous les bons moments qu’elle a passé avec Raymond R. sont souillés, tâchés par ce qu’elle pense qu’il a fait à Katie. Sa vie est donc gâchée, et le pire, c’est qu’elle ne peut plus vivre dans sa ville car pour tout le monde, c’est impossible qu’elle n’ait pas soupçonné le fait que son mari pouvait faire du mal à une enfant. Dans cette histoire, c’est elle qui a le plus perdu, si on ne prend pas en compte la famille de Katie.

Pendant l’hiver, à la Top Hat Inn, Ray m’avait baisé la main, il m’avait appelée ma p’tite chérie. Je crois encore qu’il était sincère. Je crois que pour rien au monde il n’aurait voulu me faire du mal. Il a construit ce porche. Il a dit : Ma p’tit chérie, nomme ton paradis. Je crois ceci : comme la plupart d’entre nous, il portait un malheur en lui. Je ne dis pas ça pour le pardonner, je le dis simplement par honnêteté. C’était un homme malavisé, mais à l’intérieur – je jure que c’est la vérité – il était toujours ce petit garçon qui mangeait son sandwich à l’œuf frit dans un couloir sombre pendant que le tuyau de chauffage lui gouttait sur la tête. Je ne vous demande pas de l’excuser, seulement de comprendre qu’il y a des gens qui n’ont pas ce que les autres ont, et que parfois ils font le ma, ils deviennent tout imbus d’eux-mêmes et tentent toutes sortes de combines pour rétablir l’équilibre – pour mettre les briques et les joints d’aplomb, comme disait Ray. Ils prennent de mauvais tournants, se heurtent à des impasses, et parfois ils ne reviennent jamais.

J’en arrive maintenant au personnage de Mr Dees, le professeur de mathématiques de Katie. Il passe beaucoup de temps avec elle pour essayer de la préparer à la rentrée et de faire progresser son niveau dans cette matière. A 9 ans, il faut croire que c’est important. J’avoue que j’ai été assez perturbée par son personnage, car on ne sait pas vraiment quel est son rôle dans cette histoire et aussi parce qu’il éprouve pour la petite fille des sentiments très étranges. Pendant une bonne partie du roman, on se demande même s’il n’est pas un pédophile. Je ne dirais pas s’il est ou non impliqué dans cette disparition, je ne veux pas vous spoiler, mais je vais tout de même vous dire que ses sentiments envers Katie sont bien plus complexes que ce que l’on pense. C’est sans doute tout ce qui fait la force de ce personnage. En effet, Mr Dees est un vieux garçon qui ne connaît rien aux choses de l’amour. Je ne veux pas dire que la manière dont ses parents se soient comportés avec lui l’excusent, mais des explications sur son passé nous permettent de mieux le comprendre. En vérité, c’est un personnage qui fait pitié. Il n’est pas amoureux de Katie, au sens où il voudrait lui faire du mal, mais il voudrait être son père. En fait, il se projette dans une vie avec elle, où Katie lui appartiendrait comme un enfant appartient à ses parents. C’est un personnage très ambigu et on ne sait pas s’il lui a fait quelque chose ou non. Ce qui est néanmoins intéressante, c’est qu’il se rend compte que ses pulsions ne sont pas normales, il a donc conscience de son état. C’est pour cela que je dis qu’il fait pitié, car on ne peut pas éprouvé de sympathie pour lui, et en même temps, on peut avoir envie de l’aider. Il est comme une mouche qui se débattrait dans les toiles d’une araignée. Le fait qu’il soit proche de Raymond R. n’arrange rien.

Je vais vous dire une chose. Oui, j’aimais Katie. J’aimais son nez retroussé, l’éclat de ses cheveux châtains et leur parfum de fraise. Parfois, nous nous asseyions sur la balancelle du porche et elle s’approchait de moi pour que je puisse l’aider à résoudre ses problèmes d’arithmétique. Je sens encore ses cheveux qui me chatouillaient le vras quand elle se penchait sur son cahier. La première fois que ça c’est produit, j’avais éprouvé une chose que je n’avais pas su nommer, un étrange mélange de plaisir et de peur. J’avais à peine pu achever la leçon. J’avais commis des erreurs, avais dû biffer des nombres avec mon stylo jusqu’à ce que la page du cahier soit tâchée d’encre et froissée. « C’est ma faute ?  » avait-elle demandé, et j’avais répondu non. Je le lui dis encore maintenant. « Non, Katie, ça n’a jamais été de ta faute. » Comment aurais-tu pu connaître les recoins sombres du cœur d’un homme, un homme comme moi, qui ne s’était jamais marié, qui savait qu’il n’aurait jamais d’enfants ? Ton rire étonné quand je te disais que tu avais correctement résolu un problème, ta façon de joindre les mains et de t’exclamer : « Hou la la, monsieur Dees ! » – je n’aurais pu être plus comblé. La joie pure que tu me procurais, mon élève – oserais-je le dire ? – mon enfant.

Parlons à présent de l’écriture de ce roman. Personnellement, je l’ai trouvé bien écrit, si ce n’est le défauts cités plus haut, sur la construction de l’histoire. J’ai été happé par ce récit, et j’avais vraiment envie de savoir ce qui était arrivé à la pauvre Katie, et surtout qui était responsable de sa disparition. Certes, dès le début on comprends que Raymond R. a un rôle à jouer dans ce drame, mais la question est alors de savoir lequel, tout comme on veut connaître l’implication de Mr Dees dedans. En soi, cela reste un polar parlant de disparition d’enfant assez classique, mais ce qui est intéressant ici, c’est que pendant les trois quart du livre, on ne sait pas si Katie est morte ou vivante, et où elle se trouve. On a alors un vrai suspens qui se met en place, une tension palpable chez les personnages et qui les pousse à bout. J’avoue que j’aurai aimé que le mystère dure un peu plus, jusqu’à la fin de l’histoire peut-être, et que le fait de revenir trente ans plus tard sur ces faits s’explique à ce moment-là. Même avec du recul, j’ai du mal à voir l’effet des trente ans nécessaire à ce récit. On pourrait être un an après les faits, dix ou même cinquante, je pense que cela ne changerait pas grand chose. Et c’est ce qui me dérange un peu. Cependant, l’effet fonctionne, au sens où l’histoire est plaisante à lire et on l’on est happé par le récit, où l’on veut avoir le fin mot de l’histoire. Ce qui est très intéressant, c’est qu’on a le point final de cette histoire qu’à la fin, car dans ce récit, celui qui manque, c’est Raymond R, qui ne fait que dire certaines phrases par moment, mais qui ne prend pas vraiment part à ce récit. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a emmené son secret avec lui, et que les autres personnages n’ont pas son point de vue, qu’il leur manque forcément une partie de ce qui est arrive ce soir-là. Tout cela ne se révèle qu’à la fin, au moment où l’on sait ce qui est arrivé à Katie et pourquoi c’est arrivé. C’est la grande force de ce roman, le fait qu’on ignore jusqu’au bout les motivations du personnage central de l’histoire.

En résumé, c’est un bon roman policier parlant de la disparition d’une enfant. Les personnages ont intéressants à suivre même si l’on s’attache plus à certains que d’autres. Il y a certes des défauts dans la manière de raconter, ou du moins qui personnellement m’ont perturbée, mais l’histoire est plaisante à lire et le roman fonctionne. J’ai notamment apprécié les secrets qui se mettent en place pendant et après le drame, qui sont donc corrélés à la disparition de Katie, et qui n’auraient pas existé sans ce drame. On voit ainsi comment un tel événement peut peser sur une petite ville et détruire des vies, alors même que des personnes ne sont pas reliées à cette histoire, à l’enlèvement en lui-même. Il y a un suspens qui marche bien et que j’ai apprécié.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les récits de disparitions d’enfants ?

Aimez-vous vous sentir proches de la victime ?

Ou an contraire, de ses ravisseurs ?

Qu’est-ce qui vous importe dans ce type de récit ?

Bon dimanche à tous 🙂

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Une réflexion au sujet de « Cet été-là »

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