chroniques littéraires

Le mari de mon frère, tome 1

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous avez passé une bonne semaine Ici, je commence tout juste à récupérer une voix normale. Ayant été malade la semaine précédente, avec une bonne extinction de voix, je suis doucement en train de récupérer cette dernière. J’ai donc passé ma semaine avec une voix de canard. Mais heureusement, la douleur a la gorge est passée, car sinon j’aurais encore eu bien du mal à forcer sur mes cordes vocales pour pouvoir faire cours. Cela est resté néanmoins assez compliqué, et je suis assez heureuse que les vacances soient enfin là. J’ai plein de choses à faire et je sens que ces quinze jours de pause vont passer à toute vitesse. Je dois rattraper le retard sur le blog, corriger mes nouvelles copies, rédiger mes cours pour la prochaine période, et pourquoi pas préparer le NanoWrimo. Ecrire me manque.

Aujourd’hui, je reviens néanmoins vers vous pour vous présenter l’une de mes dernières lectures. Et même si je suis en grand retard sur les chroniques que je dois écrire pour le blog, je ne pouvais pas passer à côté de celle-ci, car je ne peux que déjà vous conseiller de lire ce manga. Et oui, aujourd’hui je vais vous présenter le premier tome d’une série de manga qui ne comporte que quatre tomes et qui est terminée. Cette série s’intitule Le Mari de Mon Frère et est écrit et dessiné par le mangaka Gengoroh Tagame. En France, le manga est publié aux éditions Ankata. Le premier tome est sorti en septembre 2016. J’aurai aimé vous en parler dès sa sortie, mais j’avoue que je ne connaissais pas ce titre, sur lequel je suis tombée par hasard dans ma boutique de manga récemment. Voici son résumé :

Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a pas alors d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter.

Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses…

Dans cette histoire, nous suivons trois personnages, mais Yaichi est le personnage central. C’est autour de lui que l’histoire se construit. Il s’agit d’un jeune homme, environ la trentaine, qui élève seul sa fille, Kana, qui a une petite dizaine d’année. Yaichi ne travaille pas, se contentant d’élever du mieux possible sa fille, tout en faisant fructifier la maison léguée par ses parents, qu’il loue. Yaichi n’était pas fils unique, il avait un frère jumeau dont il n’a pas parlé à Kana, son frère étant parti s’installer au Canada. Or, un jour, le mari de son frère débarque chez lui. Ce dernier, appelé Mike, veut découvrir le Japon de celui avec qui il a partagé sa vie. Car Ryo, le frère de Yaichi, est décédé, laissant Mike seul. Mais Yaichi ne s’attendait pas vraiment à une telle visite. Et même s’il savait que son frère était homosexuel, il avait du mal à l’accepter. Alors, comment va-t-il faire pour laisser cet inconnu pénétrer dans son monde et pour pouvoir parler de ce frère qu’il a oublié et caché à tout le monde ?

Je vais commencer cette chronique par vous parler du personnage de Yaichi. C’est en effet autour de ses pensées que l’histoire se construit, et il est donc le personnage central. C’est un homme assez solitaire qui ne fait que s’occuper de sa fille. Je n’ai pas vraiment compris comment il occupait ses journées, à part en faisant le ménage et les comptes. Il n’a pas vraiment une vie réjouissante mais cela lui convient. Ses pensées sont assez simples et il évite de parler de sa famille. D’ailleurs, sa fille ignore qu’il avait un frère jumeau, signe qu’il ne communique pas beaucoup sur son passé. Mais cela change avec l’arrivée de Mike, le mari de son frère, et Yaichi se retrouve confronté à son homophobie. Non pas que cela le dérange vraiment que son frère ait été homosexuel, c’est simplement qu’il fait tout pour ne pas y songer. C’est une homophobie latente qu’il a, de celle qui pourrait lui faire dire qu’il n’a rien contre les homosexuels, tant qu’ils ne sont pas dans sa propre famille. En vérité, Yaichi ne sait pas comment se comporter avec Mike et il se rend compte qu’il enchaîne les clichés. Ainsi, il hésite avant de l’inviter à entrer chez lui, puis à l’héberger, à prendre du temps avec lui, etc. Le personnage de Yaichi sert donc à mettre en lumière cette homophobie de tous les jours, celle qui est aussi dangereuse que les insultes ou les coups subis par les homosexuels, car elle fait croire que les homosexuels ne sont pas des personnes comme les autres. Et Yaichi prend conscience au fur et à mesure de ce tome de la manière dont il traite Mike, qui serait totalement différente s’il était une femme. En fait, Yaichi est perdu face à ses sentiments, face à cette situation qui n’a rien de normal pour lui. Comme je l’ai dit au début de l’analyse de ce personnage, Yaichi est simple. Il aime que les situations suivent une certaine logique. Mais l’homosexualité de son frère ne rentre pas dans ce cadre. Ce qui fait que lorsqu’il apprend que son frère s’est marié au Canada, il ne sait pas quoi faire. Et face à Mike, c’est la même chose. De ce fait, même si c’est particulier de dire cela, je l’ai trouvé touchant. Ce qui m’a plu, c’est qu’il se rend compte que ses réactions sont exagérées, et qu’il n’a pas à réagir de cette manière. Il a conscience de son homophobie et il essaye de la changer, de ne pas dire à Mike ce qu’il peut parfois penser tout bas, tout en culpabilisant. Il apprend de ses erreurs. Et il se rend notamment compte qu’il a beaucoup de choses à découvrir. Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne rejette pas en bloc la situation, il l’accepte petit à petit, en faisant des efforts. Ce qui est touchant, c’est la manière dont il est déstabilisé, Il réagit de la manière dont le ferait beaucoup de personne, tout en se remettant en question.

Je vais à présent vous parler du personnage de Kana, qui est donc la fille de Yaichi. J’ai beaucoup aimé son personnage car, du fait de sa jeunesse et de son innocence, Kana ne se pose pas vraiment de question envers ce géant venu du Canada. Pour elle, il fait automatiquement parti de la famille. Alors, certes, elle a en vérité plein de question, mais elle n’est pas du tout dérangée par le fait qu’il soit un homme. C’est simplement que, vivant au Japon, elle n’avait encore jamais rencontré d’homosexuels. Mais elle n’a aucun a priori sur Mike, et elle l’accepte immédiatement, contrairement à son père. Cela va donc provoquer quelques décalages entre eux, et c’est finalement Kana qui met Yaichi en face de son homophobie, sans même le vouloir. C’est elle qui ouvre les yeux à son père sur la manière dont il traite Mike. On ne peut donc que s’attacher à cette petite fille qui n’a pas la langue dans sa poche, et qui se sent parfois bien seule à ne vivre qu’avec son père. Je me demande si dans le prochain tome on en saura un peu plus sur sa famille, sur sa mère. J’ai aussi aimé la manière dont elle compare son pays avec celui de Mike, qui est donc bien différent du sien sur la question de l’homosexualité.

Ce qui est aussi très intéressant avec ce manga, c’est qu’on y apprend des choses. En effet, entre certains chaque chapitre sont intercalées des petites notes historiques sur le mariage gay ou sur l’histoire de la maltraitance des personnes homosexuelles. J’ai ainsi appris des choses, des informations que l’on apprend pas ailleurs. C’est d’ailleurs, tout l’intérêt de cette histoire, à mon avis, qui a un ton assez pédagogique. On le voit avec ces notes, mais aussi avec le comportement de Yaichi, qui se retrouve confronté à ses pensées des pensées dont il ignorait l’existence, et avec les questions de Kana, qui découvre pour la première fois que des personnes de même sexe peuvent s’aimer. Et il y a aussi Mike, qui découvre la vie au Japon. On est donc face à une différence de culture, mais aussi de pensées, et c’est ce qui est intéressant ici. Chaque personnage apprend alors de l’autre. Mike vient pour apprendre la vie que menait son mari avant de partir au Canada, pour rencontrer sa famille ; Yaichi apprend de Mike qui était son frère, les réactions de sa fille, sa propre homophobie ; et Kana découvre la vie à l’extérieur de son pays, d’autres mœurs. C’est certainement ce qui rend ce manga tout doux, parce qu’à aucun moment on ne fait de jugement sur les réactions de Yaichi, sur ses pensées homophobes ou ses réactions exagérées. On apprend avec lui comment il faut réagir, que Mike est comme tout le monde et que ce n’est pas parce qu’il a épousé Ryo qu’il va sauter sur son frère jumeau, ce qui est l’une des premières pensées de Yaichi. J’ai vraiment apprécié cet aspect de l’histoire et j’espère que cela va perdurer dans la suite du manga.

En ce qui concerne le dessin, il n’est pas exceptionnel mais il a le mérite de se focaliser sur les personnages et leurs ressentis. Certes, le décor est vraiment relégué au second plan, mais cela ne m’a pas dérangé. Les traits, comme Kana, vont droit au but, sans fioritures. Ce qui est intéressant, c’est que contrairement à d’autres mangas, j’ai trouvé que les personnages masculins étaient tout carrés. D’habitude, ils sont des traits assez pures, voire féminins, ils ont des courbes fines, alors qu’ici, leurs traits sont plutôt coupés au couteau. Ils dont des mâchoires proéminentes et des épaules carrées. Cela ne m’a pas dérangé pour Mike, puisque cela correspond au cliché du canadien qui passe sa journée en chemise à carreaux à couper du bois, mais j’ai été plus étonné pour Yaichi, qui est japonnais. Cela change donc des dessins que l’ont peu voir ailleurs, et j’ai trouvé cela intéressant, car on a tendance à oublier que les japonais ne sont pas tous petits, minces, avec des airs presque androgynes. Et Kana fait très garçon manqué dans le dessin, alors que cela ne ressort pas vraiment avec son caractère. Le dessin apporte donc ici quelque chose en plus sur l’histoire, des sous-entendus non dits dans les dialogues, ou ds informations sur les personnages en eux-mêmes. Il contribue à lutter contre certains clichés.

En résumé, je ne peux que vous conseiller ce manga car non seulement il est intéressant, avec des informations que l’on apprend au fur et à mesure, avec un côté pédagogique agréable, mais en plus il permet de réfléchir à notre attitude. Comment aurions-nous réagit à la place de Yaichi ? Poserions-nous les mêmes questions indiscrètes que Kana, serions-nous remis à notre place comme elle le fait avec son père ? Ce manga permet de nous mettre face à l’homophobie latente, celle de tous les jours et à laquelle on ne pense pas forcément. Il y a une différence entre dire qu’on accepte les personnes homosexuelles et les accepter dans sa famille, chez soi, à sa table, sans se poser certaines questions, comme le fameux qui fait la femme ? Je trouve donc très intéressant d’aborder ce thème, cette manière d’être, et de mettre cela en parallèle avec l’attitude innocente de Kana qui ne comprend pas la réaction de son père. Comme on dit, la vérité sort de la bouche des enfants. J’ai beaucoup aimé les malaises provoqués par les remarques de Kana, alors que ce sont des questions d’enfant, mais des questions que se pose aussi Yaichi alors qu’il sait qu’il ne le devrait pas. J’ai hâte de voir comment son opinion sur Mike va évoluer au cours de l’histoire, au cours du voyage de Mike au Japon. Je vous recommande donc cette histoire, qui est à lire justement pour tout ce qu’elle apporte de réflexion sur soi et les autres. La manière tout est traitée l’homophobie est fait avec pédagogie et douceur, donc très bien faite. Et si cela inquiéterait certains lecteurs, cette histoire n’est pas du tout une romance.

Et vous ?

Choisissez-vous un manga en fonction de son dessin ?

Qu’est-ce qui est prioritaire pour vous dans un manga ?

Est-ce le dessin ? Ou le thème abordé ?

Bon dimanche à vous 🙂

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3 réflexions au sujet de « Le mari de mon frère, tome 1 »

  1. J’ai lu ce manga grâce à ma bibliothèque, il est génial ❤ Et le personnage de Mike est tellement taillé comme un gros nounours que je me suis tout de suite attachée à lui, j'ai failli en pleurer en le voyant si triste d'être seul !

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