chroniques littéraires

Georges, le monde et moi

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé une excellente semaine. Pour ma part, j’ai trouvé qu’elle est passée en un éclair. Je crois que je commence enfin à être dans le rythme. C’est un peu balo puisque les vacances arrivent elles aussi à grands pas. Il faudra donc bientôt tout recommencer. En attendant, je suis enfin débarrasser des réunions parents/profs, où je ne suis pas vraiment à l’aise. J’ai quelques semaines de répit avant d’en avoir de nouvelles, cette fois où je serais seule avec les parents. Bonjour l’angoisse. Et je dois me concentrer sur la pile de copies qui attendent bien sagement sur mon bureau que je trouve le temps de les corriger.

D’ailleurs, aujourd’hui je compte rester avec vous dans le domaine de l’adolescence, du lycée, en vous présentant l’une de mes dernières lectures, qui se passe justement avec des lycéens. Ce sont même des lycéens français.. Je vais vous parler d‘une histoire d’amour que je vous conseille. Je vais en effet vous présenter le roman Georges, le monde & moi d’Illana Cantin. Ce roman est sorti aux éditions Hachette en septembre 2018 et je me demande bien pourquoi je n’en ai pas plus entendu parler à sa sortie. Voici son résumé :

Avant, je me serais décrit comme le mec de base : des notes dans la moyenne, une famille aimante, un petit groupe d’amis.

Avant, j’étais l’archétype du geek qui termine avec la jolie fille à la fin d’un film.

Bref, j’avais une vie banale.

Et puis Georges a débarqué, avec son franc-parler et ses blagues pourries, et tout a changé. Mon monde s’est désaxé.

Clairement, je n’allais pas finir avec la jolie fille.

Dans ce roman, nous suivons Priam, un jeune lycéen en Terminale S qui ne sait pas quoi faire de sa vie, qui a des amis mais qui n’est finalement pas à l’aise avec sa vie. Je dirais même qu’il se contente de se laisser porter en attendant que quelque chose se passe. D’ailleurs, il attend depuis des mois que Gabrielle, la jolie fille de sa bande d’amis, le remarque et sort avec lui. Or, tout ce petit monde vole en éclat le soir où Georges, un garçon d’un autre lycée, débarque chez Priam en passant par la fenêtre. Georges est tout ce que Priam n’est pas : il est populaire, drôle, il attire les regards, il est très bon en maths, et il assume tout ce qu’il dit. Georges ne semble n’avoir peur de rien, si ce n’est de ssa famille, qu’il déteste, et à qui il refuse d’avouer son homosexualité. Un fois Georges dans sa vie, Priam se retrouve propulsé dans un autre univers, où tout est plus intense, et pour notre jeune héros qui analyse tout, la route va être compliquée, aussi bien en terme d’émotions qu’en terme d’aventure. Au final, parviendra-t-il à trouver sa place dans ce maelstrom de sentiments ?

Je vais commencer cette chronique par vous parler de Priam, puisque c’est lui le héros de cette histoire et puisque c’est lui qui la raconte. Tout le récit est en effet vu de son point de vue. Priam est un garçon banal, qui n’est pas des plus populaires, qui n’a pas d’excellentes notes, qui rêve d’une fille qui lui est inaccessible, qui a toujours des parents qui s’occupent de lui, qui s’aiment, mais qui essayent aussi de le laisser faire ses propres choix. Priam ressemble finalement à n’importe quel adolescent qui écoute que le monde va mal, mais qui ne peut rien faire pour changer cela, qui n’a pas de plan de carrière, qui ne sait pas quoi faire après le lycée et qui s’inquiète de trouver une place dans le vaste monde. Je dirais que je me suis beaucoup retrouvée en lui car j’avais les mêmes angoisses à son âge. Or, ces angoissent empirent lorsque Georges arrive dans sa vie, car Georges fait basculer son monde, lui apportant une fantaisie que Priam a du mal à contrôler. Ce que j’ai apprécié chez le personnage de Priam, ce qui m’a beaucoup touché chez lui, c’est justement cette peur qu’il a, ce fait de ne pas parvenir à lâcher du lest s’il ne contrôle pas tout. C’est un personnage très stressé, et c’est ce qui lui bouffe la vie. Or, on voit son évolution tout au long du roman. Il finit par s’ouvrir petit à petit avec la présence de Georges, et à se rendre compte qu’il n’est peut-être pas aussi banal qu’il le pense, qu’il a lui aussi un rôle à jouer dans le monde. J’ai beaucoup aimé suivre cette évolution, cette prise de conscience qui s’opère chez lui et qui l’amène à réfléchir sur sa vie, sur ses capacités et sur ce qu’il a envie de faire. On a un Priam beaucoup plus mature à la fin du roman, mais évidemment, cette évolution ne se passe pas sans heurts, et il paraît évident que Priam avait besoin de toute l’aide possible pour parvenir à ce stade. C’est comme un papillon sortant de sa chrysalide, il lui faut beaucoup de temps. En tout cas, j’ai beaucoup aimé son personnage car il fait des remarques assez justes sur tous ceux qui l’entourent, et j’ai été triste lorsqu’il était blessé par les autres, ou lorsque son monde ne tournait plus comme il le désirait et que cela lui faisait perdre la tête. Cependant, je pourrais comprendre les personnes me disant que Priam a aussi un côté agaçant, car ses angoisses l’empêchent vraiment de vivre, et il se pose dix mille questions à chaque minute qui passe, ce qui fait qu’à un moment donné, on voudrait juste qu’il se laisse vivre. Mais cela, personnellement, ne m’a pas dérangé, même s’il fait souvent un pas en avant et dix en arrière. Ce qui est intéressant, c’est qu’il a conscience de tout cela, et du fait que cela l’empêche de vivre.

Cette année, j’ai eu l’opportunité de réaliser des choses incroyables, notamment une : j’ai appris à réfléchir. Peut-être que ça a toujours été mon problème, mais sûrement que c’est aujourd’hui un avantage.

Plus j’ai réfléchi, plus j’ai appris à me connaître moi-même. On me pensait différent, on m’a dit que j’étais un angoissé chronique, un malade du contrôle. Ces gens-là, vous, ces personnes qui m’ont diagnostiqué, avaient tort. Je suis désolé pour les médecins qui ont passé huit ans de leur vie à étudier la neurologie et la psychiatrie mais moi, Priam, dix-huit ans, je vous prouve que vous avez tort.

Ok, il y a une part de moi qui souffre d’angoisse, de panique, qui cherche à contrôler son petit monde. Je ne diminuerai pas la gravité de la situation, pour tous les autres qui se battent chaque jours avec leurs troubles. Mais en ce qui me concerne, n’exagérons rien. Je ne pense pas être un angoissé chronique. Je suis un adolescents. Et comme tous les adolescents, j’ai la pression. La pression de la société, la pression de la vie. « Si tu ne fais pas de bonnes études, que tu ne prends pas les bonnes décisions, tu va rater ta vie ! »

Quelles sont les bonnes décisions ? Est-ce que les décisions que la société trouve bonnes (faire des études de droit, avoir une brillante carrière…) seront celles qui me rendront le plus heureux ?

C’est tout le problème de ce que je vis, et de ce que tous les autres jeunes de mon âge vivent. Certains parviennent mieux à les gérer que d’autres, et je fais partie des autres.

Je vais à présent vous parler de Georges. Son personnage est vraiment spécial et il représente, je pense, l’ami que tout le monde voudrait avoir dans sa vie au moment du lycée. Georges ne se prend pas la tête, il vit au jour le jour en essayant de profiter au maximum de la vie. Ses amis peuvent compter sur lui, il est loyal et n’abandonne jamais ses proches. Il a une excellente répartie et sait se faire aimer. Mais la présence de Priam dans sa vie va aussi remettre en cause certaines choses. Jusque-là, Georges ne se prenait pas la tête, mais avec Priam, il va avoir quelques sueurs froides et va parfois devoir remettre en question son mode de vie. Car Priam va se mettre à compter beaucoup pour lui, et parce qu’avec toutes ses angoisses, Georges va devoir faire des efforts pour être patient. Or, son caractère volcanique va provoquer quelques problèmes aux deux garçons. Ce que j’ai apprécié avec Georges, c’est son apparente décontraction, son humour, mais aussi tous ses doutes. Car ne venez pas croire que Georges est aussi cool qu’il le dit. Lui aussi a des peurs, comme celle d’affronter son père, ouvertement homophobe. Or, Georges est gay et il n’ose pas en parler avec sa famille de peur d’être rejeté. Car même si Georges les déteste, il a aussi besoin d’eux, c’est sa famille. Il a aussi peur de perdre Priam, que ce dernier cesse de l’apprécier. Et il en fait des tas pour que cela n’arrive pas. Ce qui est aussi intéressant avec lui, c’est qu’il parle sans filtre, osant dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Et il est très lucide sur son monde, celui des fils à papa aisés. Car la famille de Georges a beaucoup d’argent, ce qui lui impose d’être un fils modèle. Georges a un côté rebelle appréciable, même s’il ne va pas finalement aux bouts des choses. Il est celui qui pousse les autres, sans même le vouloir, à se dépasser, à aller au bout de leurs idées, à se révéler. Il apporte beaucoup au groupe d’amis de Priam, et ils gagnent tous en maturité pendant l’année qui s’écoule. Même Georges se retrouve transformé par cette aventure, il devient plus posé à la fin, découvrant, grâce à Priam, ce qu’il veut faire. Même si la transformation est moins flagrante que celle de Priam, elle existe aussi. J’ai adoré son humour et son comportement, parfois sans gêne, mais qui le caractérise. Sa rencontre avec Prima est juste savoureuse.

C’est en relisant son prénom plusieurs fois que je me suis rendu compte que je ne le connaissais pas jusqu’à cet instant.

Georges. C’était à la fois tellement banal et peu commun ! A l’heure où ma classe était composée de trois Maxime, deux Enzo et quatre Lucas, Georges résonnait différemment : vieux, royal. Ça ne lui correspondait pas.

Le gars qui avait débarqué dans ma chambre par ma fenêtre et fait mes maths avait plus l’allure d’un Léo, à la limite d’un Nathan, voire, pour rester dans le délire des prénoms vieillots comme le le sien, d’un Lucien. Mais certainement pas celle d’un Georges.

Je n’arrivais pas à déterminer si je l’appréciais ou pas. C’était marrant : il s’était caché sous mon lit, et je devais avouer qu’il avait un certain talent pour les jeux de mots mythologiques. Mais en même temps, c’était carrément flippant : en l’espace d’une petite demi-heure dans ma chambre, il avait eu le temps de récupérer mon adresse e-mail, de mémoriser mon exercice ou de se l’envoyer et, en rentrant chez lui, il avait résolu mon DM de maths, par « élan de gentillesse ».

Il avait couché avec le petit ami d’une fille.

C’est une histoire d’amour, je vous l’ai dis plus haut. Vous l’avez donc compris, nous sommes face à un roman de diversité, qui met en place un récit avec des jeunes garçons qui se révèlent être homosexuels. J’ai été séduite par cet aspect de l’histoire. Certes, j’ai pris ce roman à la médiathèque justement parce que j’avais deviné que l’histoire se terminerait ainsi, que l’on n’était pas seulement face à une histoire d’amitié, mais j’ai été séduite aussi par la manière dont le récit se met en place, par la manière dont cette romance se déroule. Elle nous met face aux doutes de Priam, qui n’a jamais été attiré par les garçons, mais qui se retrouve attiré par Georges. Il se demande donc s’il est amoureux de Georges ou s’il est gay. Or, le roman nous fait bien comprendre que cela n’a finalement pas d’importance, Priam aime Georges pour que ce qu’il est, non pas parce que c’est un garçon. Si Georges avait été une fille, cela se serait passé de la même façon pour lui. Et c’est ce que j’ai trouvé de très intéressant, car ce roman nous rappelle que ce qui compte, ce n’est pas la sexualité, ou du moins le genre de la personne que l’on aime, mais bien les sentiments que l’on éprouve pour elle. Le sexe de cette personne ne change rien. On est presque face à un livre militant, qui rappelle l’intérêt de l’amour et l’important des sentiments. Bien entendu, nous sommes aussi face à des réactions qui ne sont pas bonnes face à cet amour. Je crois que dans un tel livre, on ne peut pas passer à côté des personnages homophobes. Certains diraient que c’est dommage, que c’est cliché, et pourtant, je trouve que cela reflète aussi la réalité. Ce qui est super intéressant dans ce roman, c’est que nous avons justement un personnage qui se découvre homophobe, qui ne supporte pas la relation entre Georges et Priam, et qui fait du mal aux deux héros, mais qui au final, revient sur sa position, avec le temps et un peu de compréhension. Ce roman ne diabolise pas toutes les personnes homophobes, il rappelle cependant que l’inconnu peut faire peur et que certains réagissent mal, mais qu’il faut aussi les comprendre. Cela peut sembler étrange d’avoir un tel parti pris dans un roman pareil, mais je le trouve intéressant car il nous parle justement d’amitié, et que parfois, il faut accepter que tout le monde ne réagisse pas comme on l’attendait, qu’il faut du temps, mais qu’au final, la compréhension peut se faire. C’est à chacun d’y mettre du sien. Ce que j’ai beaucoup aimé aussi, c’est toute la lutte de Priam face à se sentiments, et celle de Georges pour lui laisser du temps. Tous les deux mettent du temps à assumer leur couple, et cela va provoquer de graves répercussions chez eux, et c’est ce qui va les faire grandir. Leur romance n’est pas simple, elle connaît beaucoup de haut et de bas, mais c’est ce qui les fait grandir et leur montre à quel point ils s’aiment. J’ai trouvé que cette lenteur correspondait bien aux deux personnages et nous laissait vraiment le temps de nous mettre à la place de Priam.

Je ne comprenais pas mes réactions ; je faisais le contraire de ce que mon coeur voulait, simplement parce que je laissais mes peurs prendre le contrôle. J’allais tout gâcher. J’allais gâcher ma relation avec Georges.

– J’ai paniqué, ai-je avoué pour me justifier.

Il m’a ignoré. Décidé à ne plus jamais le laisser m’échapper, pas après m’être questionné si longtemps sur mes sentiments à son égard, j’ai posé une main sur son épaule pour le forcer à me faire face. Il s’est dégagé avec brutalité et s’est enfin retourné.

– Que tu veuille pas en parler à ta famille, a-t-il commencé, je comprends. Même si elle est beaucoup plus compréhensive que la mienne. OK, je comprends. Que tu veuilles ne rien dire à tes amis, ça passe encore, je peux cautionner que c’est difficile de lâcher ça entre deux parties de cartes. Mais des inconnues ? Sérieusement, Prima, des inconnues ? Qu’est-ce que je suis censé faire ? Vivre dans l’ombre, être ton secret, attendre que tu me donnes un signal pour venir te parler ? Je suis pas une foutue maîtresse à ton service !

Il avait raison. Je le savais. J’ai regardé autour de moi : plusieurs clients des bars nous regardaient. Dans les parages, il devait bien y avoir quelques amis alcooliques de mon père. J’ai entraîné Georges à l’abri des regards indiscrets.

En ce qui concerne le style d’écriture du roman, il est est super fluide et le livre se lit très bien. Le fait qu’il soit écrit à la première personne, que ce soit Priam qui nous le raconte, permet de se mettre à sa place, de comprendre toutes les étapes par lesquelles il passe pour se construire et pour construire sa relation avec Georges. Je pense que si cela avait été l’inverse, le roman aurait perdu une partie de son intérêt car Georges n’aurait pas eu les mêmes doutes que Priam, or ce sont les doutes de ce dernier qui sont les plus intéressants, qui nous montre tout l’intérêt de cette histoire, le fait que l’on peut aimer les filles et tomber amoureux d’un garçon, mais qu’il faut aussi savoir profiter de la vie pour ne pas se détruire la santé. Les sentiments du garçon sont très bien décrits et on a vraiment l’impression d’être dans son esprit, de traverser les mêmes étapes que lui. La romance est bien construite et même si parfois les réactions des personnages nous semblent exagérées, ou en trop, elles sont aussi importantes pour la suite. Je suis assez bluffée par la manière dont grandissent les deux personnages, la manière dont ils deviennent de plus en plus matures au cours du récit, qui doit parfaitement coller à la réalité de lycéen.

En résumé, c’est un roman que je ne peux que vous conseiller. La romance est toute doucet et toute mignonne, alors même si vous n’êtes pas très M/M, soit romance entre garçons, celle-ci ne devrait pas vous déranger car elle se concentre vraiment sur les sentiments entre les deux personnages, et on a parfois tendance à oublier que Georges est un garçon, ou que Priam en est un aussi. Je pense même que cette histoire peut aider certains lycéens à se construire, même s’ils ne sont pas le même cas de figure que Priam, car on a finalement un roman sur l’adolescente et les changements opérés par la dernière année de lycée et les peurs pouvant survenir sur l’après lycée. C’est un livre à mettre entre toutes les mains. Lisez-le.

Et vous ?

Aimez-vous les romances homosexuelles ?

Qu’aimez-vous retrouver dedans ?

Trouvez-vous que les scènes avec des personnages homophobes soient clichées ?

Ou au contraire, quest-ce qui vous gêne dans ces romances ?

Bon dimanche à tous 🙂

2 réflexions au sujet de « Georges, le monde et moi »

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