challenge·chroniques littéraires

Les combats de Sara

Bonjour les amis. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé une bonne semaine, même si cette dernière a été marquée par un changement climatique important. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai commencé la semaine en pull et je la termine en tee-shirt. Il a fait super froid, et maintenant il fait trop chaud. C’est assez énervant ces changements de temps. Je préférerais avoir un vrai temps d’automne en ce moment, plutôt qu’un semblant d’été. D’autant plus que je ne sais plus du tout comment m’habiller. Cela me permettrait d’être plus zen, car en ce moment, j’ai encore du mal à m’habituer à mon nouveau travail, et à mon emploi du temps. Comme je suis en weekend dès le jeudi après-midi, la joie d’être à temps partiel, le vendredi a tendance à être oublié, j’ai l’impression que l’on est samedi. Je me sens totalement décalée. Et j’ai notamment oublié de vous programmer un article mercredi. Je vais essayer de faire en sorte que cela n’arrive plus.

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’une de mes dernières lectures, qui rentre en plus dans le cadre du challenge de la rentrée scolaire. Et oui, je passe mon temps a lycée, mais cela ne me gêne pas de lire un roman qui se passe dans ce cadre particulier. Le roman dont je vous parle s’intitule Les Combats de Sara et a été écrit par Arnaud Ravel. Ce roman a été publié chez les éditions Oskar en avril 2017. C’est un roman pour adolescent que tout le monde peut lire. Voici son résumé :

Sara, 17 ans, a de fortes convictions morales et politiques. Aussi, quand la police débarque dans son lycée pour arrêter un de ses camarades sans-papiers, elle n’hésite pas une seconde et organise la résistance.

« Il y a urgence, point barre ! »

Blocus du lycée, manif, concert de soutien…

La lutte est belle, l’action est grisante, mais à trop se chercher dans l’Autre, Sara en oublierait presque sa propre vie…

Dans cette histoire, nous suivons deux personnages principaux. Il y a Sara d’un côté, adolescente de dix-sept ans, fille du professeur de philosophie du lycée. Son grand-père maternel était un immigré. C’est une très bonne élève. Et il y a Sam, de la même classe de Sara, un gothique, solitaire, qui passe son temps à dessiner. Son rêve, partir se perdre dans les forêts de Sibérie. Nos deux personnages ne se fréquentent pas, n’étant pas du même monde. Or, un jour, la police débarque pour arrêter Mihai, un jeune migrant en France sans papier, qui est pourtant élève au lycée. Sans même réfléchir aux conséquences de ses actes, Sara se met en travers de leur chemin. A partir de là, la révolte s’organise, et Sara va la mener jusqu’au bout, même si pour cela elle doit faire voler en éclat sa famille, même si pour cela sa lumière doit se confronter à l’ombre de Sam, et inversement.

Ce qui m’a séduite dans ce roman, c’est justement l’aspect politique qu’il possède. On parle d’immigration, d’arrestation de lycéen au sein même d’un établissement de la République. Le roman a donc un aspect fort, une histoire qui doit être marquante. Or, j’avoue que j’ai été assez déçue de la manière dont cette histoire est finalement traitée. L’arrestation de Mihai n’est en vérité qu’une excuse pour parler des migrants, du blocus d’un lycée, et de la rencontre entre Sam et Sara. J’ai vraiment eu l’impression que Mihai était mis de côté, et que du coup, on niait finalement son histoire. En fait, Mihai n’apparaît réellement dans le roman qu’à la fin. Pendant toute une grande partie du récit, il est en fuite, si bien qu’on ne connaît pas son histoire, on ne sait pas d’où il vient, qui il est, et cela ne semble déranger personne. Sara est pleinement dans sa lutte, un peu comme le serait une rebelle, une fille en rébellion contre la société, une adolescente qui ne veut plus écouter personne, et Sam est là en observateur. Alors, certes, on évoque la manière dont sont traités les migrants, leur mode de vie qu’ils n’ont pas choisi, et Sara va même à la rencontre de certains d’entre eux, mais j’ai trouvé tout cela assez brouillon. Je trouve que le roman ne va pas au bout des choses, et ce n’est finalement qu’un moment passager dans la vie de nos deux héros, qui vont pourtant se retrouver liés par cette histoire. Cette histoire n’est qu’une excuse pour que Sam rencontre Sara, pour qu’ils se mettent ensembles. Et c’est vraiment ce qui m’a dérangé, car lorsque l’on lit le résumé, on ne s’attend pas vraiment à cela. D’autant plus que plusieurs histoires viennent se mêler à ce récit, je pense notamment à Houria, l’une des amies de Sara, partie à l’étranger pour se marier. Certes, elle discute avec Sara, mais je trouve que son personnage n’est pas du tout exploité, et j’aurais voulu en savoir plus sur elle. Finalement, ce roman parle juste de manifestation, de combat de lycée qui finissent par passer leur bac et aller à l’université. Et je m’attendais à un combat beaucoup plus fort, à un roman avec un message derrière.

Sara ne répondit pas immédiatement. C’était encore confus dans sa tête. Tout arrivait-il en même temps ? il aurait peut-être mieux valu dire que tout finissait en même temps.

– J’ai l’impression qu’il y a quelque chose que finit et je ne sais pas pourquoi mais j’ai peur.

– Peur de quoi ?

– Peur de l’avenir, peur de passer à autre chose, peur de passer mon bac et de quitter le lycée, peur de changer de vie, peur que ma vie n’ait plus de sens. Il y a quelques jours, je me suis surprise à penser que j’aimerais que la grève ne finisse jamais et que toute ma vie je continue à chercher Mihai.

– C’est pour ça que tu l’as laissé s’échapper ?

Sara sentit en elle une bouffée d’angoisse, même si elle savait que sa mère plaisantait.

– Beau programme. Une vie entière consacrée à faire la grève ! poursuivit cette dernière.

– Je suis idiote, non ?

– Tout est allé si vite ces derniers jours… Tu n’as pas regardé devant toi.

Je vais à présent vous parler de Sara, qui est donc le personnage central de cette histoire. J’aurais vraiment aimé m’attacher à elle, mais cela n’a pas vraiment fonctionné. Pourtant, Sara a tout du personnage que l’on apprécie, elle devient militante par convictions, elle essaye réellement de tout faire pour Mihai. Et pourtant, je trouve qu’elle ne va pas au bout des choses et qu’elle fait de mauvais choix, ce qui fait que son personnage n’a pas eut sur moi l’impact qu’il aurait dû avoir. De plus, Sara est une fille intelligente, aisée, et cela ne plaide pas toujours en sa faveur. On s’aperçoit assez vite que même si elle a un goût de justice, elle ne sait pas vraiment ce qu’elle défend, et elle prend conscience petit à petit de la vie qu’ont les personnes comme Mihai. De ce fait, Sara devient une jeune idéaliste qui se bat pour une personne alors qu’elle devrait se battre pour tous. La grève l’arrange aussi beaucoup car cela lui permet de ne pas penser à son futur, à ce qu’elle va devenir après le lycée. On a en fait en face de nous une jeune fille perdue qui essaye de se raccrocher à ce qu’elle connaît, soit la justice. Et même si elle a des valeurs, elle ne a tendance à ne pas assez réfléchir, à s’arrêter à la moindre difficulté, à ne pas aller au bout des choses. Elle cherche les solutions de facilité, cela se voit autant avec Mihai qu’avec Sam ou même Houria, ou même avec sa mère. De ce fait, même si elle ressemble finalement bien à une jeune lycéenne, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle.

– Sara, tu te souviens, dit Houria sur un ton plus grave, lorsque tu m’as dit l’autre jour que j’étais prisonnière de ma famille, des coutumes, des traditions, tu te rappelles ?

Sara était triste d’entendre à nouveau ces paroles qu’elle avait adressées à Houria.

– Bien sûr que je me rappelle.

– Eh bien c’est toi en ce moment qui est prisonnière de ceux qui t’entourent… Sara la rouge et Sam le noir, ça ne colle pas dans ton monde.

Sara se sentit heurtée au fond d’elle par les paroles sans concession d’Houria, même si elle avait conscience de leur justesse. (…)

– Mais toi Houria, pourquoi acceptes-tu ce mariage ?

Il y eut un moment de silence.

– Je suis incapable de vivre sans ma famille.

Si Houria avait voulu échapper au sort que lui réservaient les hommes de sa famille, les conséquences auraient été très lourdes pour elle. Quel courage lui aurait-il fallu ? Sara aurait-elle été, elle, capable de rompre avec les siens et partir un jour très loin pour échapper à son destin comme elle l’avait pensé la dernière fois ? Elle n’en était plus tout à fait sûre.

Je vais maintenant m’attarder sur le personnage de Sam. Je l’ai nettement préféré à celui de Sara, tout simplement parce que Sam ne se cache pas derrière une cause ou les autres. Sam est un personnage entier, qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense, même si cela va à l’encontre de tout le monde. Il n’essaye pas d’être le parfait adolescent, et même s’il est un peu cliché dans le fait d’être gothique, il fait tout pour se contenter d’être lui-même. J’ai aimé son cynisme, et le fait que, à cause de cela, il se rende bien mieux compte que Sara que toute ce qui se passe, la manifestation et autre, ne peut pas durer, et que cela n’est qu’éphémère. Il a pleinement conscience de la situation et il est réaliste. Même si Mihai parvient à rester en France, ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer des migrants qui arrivent chaque jour. Un de sauvé mais combien de mort, ou de renvoyés ? Sam est plus au courant de certaines choses que Sara, et il n’essaye de sauver personne, se contentant de regarder les autres. J’ai aussi apprécié sa manière de voir le monde, en observateur. Il ne fait rien changer, certes, mais il porte un lourd jugement sur les autres. C’est un personnage assez sombre, qui vit au jour le jour. Il ne s’agite pas mais prend son temps pour évoluer. Il se moque de la société et de ses convenances. Son personnage est intéressant à suivre, avec une logique bien à lui.

– Baz, c’est décidé : je vais partir dans la forêt de Vlavosk.

– Où ça ?

– Dans la forêt de Vlavosk. C’est une forêt en pleine Sibérie. Une forêt tellement sombre qu’on ne voit quasiment jamais la lumière. Pour la rejoindre, on ne peut y aller qu’à pied et il faut une semaine.

– Bonne nouvelle ! Qu’est-ce que tu feras là-bas ?

– Rien.

– Rien ?

– Enfin, je m’exercerai à ne rien faire. Parce qu’il faut drôlement s’entraîner, tu penses. C’est le but d’une vie ! On est trop déformés. Regarde autour de toi… Dès qu’il se passe quelque chose, la première idée qui nous vient à l’esprit, c’est d’agir, agir à tout prix… sans se rendre compte que l’action accélère la chute. Baz, nous sommes comme dans du sable mouvant, c’est évident : plus nous nous agitons, plus nous nous enfonçons ! Alors qu’il faudrait peut-être savoir ne rien faire et ne pas céder à la tentation de l’action.

La plume de l’auteur est agréable, le roman se lit bien, j’ai cependant été déçu sur certains chapitres par certains de ses choix dans la manière de raconter. En effet, il y a plusieurs ellipses qui rendent le texte fluide, plus court, mais qui dans le même temps nuisent, à mon avis, à l’histoire. Je trouve que ces ellipses sont mal dosées, ou du moins qu’elles ne permettent pas de s’attacher aux personnages puisqu’on passe sous silence certaines choses qui les concernent. Certes, l’auteur se concentre sur l’essentiel, qui est donc la manifestation et les sentiments naissants de nos deux personnages, mais je pense que certains passages auraient mérités d’être beaucoup plus étoffés, comme par exemple le moment du concert de soutien, plutôt que d’autres moments, qui n’ont peut-être pas forcément lieux d’être. Bien entendu, ce n’est que mon avis, mais je trouve que ce roman aurait pu être découpé différemment. Je suis restée sur ma faim pendant cette lecture et j’ai eu l’impression que des éléments importants m’échappaient justement parce qu’ils n’étaient pas écrit. Et j’ai été frustrée de voir comment certains personnages étaient mis de côté sans qu’on en sache plus sur eux. Toutefois, le roman se lit bien et sa lecture est fluide. On passe un bon moment.

En résumé, c’est un roman sur la construction de soi qui est intéressant, que je peux vous conseiller, mais qui pour moi à louper son but premier, du moins celui amener dans le résumé, celui de parler des migrants. On a plutôt une histoire sur le fait de grandir, de quitter ses parents, son confort, et sur le besoin de se raccrocher à l’enfance, de se rebeller contre le monde adulte et ses lois parfois perverses. On a deux personnages qui sont en lutte contre le système, chacun à leur manière. Et qui finissent par évoluer à la fin. Ce n’est donc pas vraiment à quoi je m’attendais, mais il n’empêche que cette lecture est intéressante, même si certains points auraient mérités d’être beaucoup plus étoffés, racontés, qui pour ma part m’ont laissée sur ma faim.

Et vous ?

Etes-vous parfois déçus de vos lectures ?

Lisez-vous les résumés et attendez-vous à une certaine histoire ?

Si vous lisez les résumés et que l’histoire ne correspond pas à ce que vous attendiez, êtes-vous déçus ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Les combats de Sara »

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