chroniques littéraires

Juste de l’autre côté de la mer

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez une excellente semaine. Pour ma part, je profite de mes derniers jours de vacances, qui n’en sont pas vraiment puisque je me retrouve à devoir aller travailler. J’ai en effet deux pré-rentrées de programmées, dans les deux établissements où je vais être cette année, et les trois derniers jours de cette semaine vont donc être occupés par cela. Je sens que cela va me faire des journées chargées. En plus, j’ai le stress qui monte à toute vitesse. Il me reste une partie de mon emploi du temps à connaître, mais je suis super angoissée à l’idée de me tromper, de ne pas réussir à tenir ma classe, d’être rabrouée par les collègues comme cela a pu être le cas cette année car ma classe faisait trop de bruit, ou être confrontée à de gros problèmes de discipline. Je croise fort les doigts pour que cette rentrée se passe bien.

En attendant, je vous propose de partir un peu en vacances en vous faisant découvrir le Maroc, et un endroit assez reculé qu’est l’Atlas marocain, puis Tanger. Aujourd’hui, je vais en effet vous présenter un roman jeunesse qui permet de relativiser tous les problèmes qu’on peut avoir chez nous, en vous plongeant dans l’enfer de ceux qui veulent venir chez nous. Aujourd’hui, je vous présente un roman qui parle d’immigration et du danger que celle-ci fait miroiter aux jeunes. Il s’agit d’un roman qui s’intitule Juste de l’Autre Côté de la Mer, et qui a été écrit par Ingrid Thobois et publié aux éditions Bayard en 2018. Voici son résumé :

Lilia et Medhi, 15 ans, des jumeaux qui ont grandi dans l’Atlas marocain, se retrouvent livrés à eux-mêmes dans les rues de Tanger. De l’autre côté du détroit de Gibraltar, l’eldorado européen attire Mehdi comme un aimant. Mais pour Lilia, il est hors de question de risquer sa vie pour un miroir aux alouettes…

Dans ce roman, nous suivons deux jumeaux adolescents, Lilia et Medhi. Tous les deux vivent dans un petit village reculé de l’Atlas marocain, dans un endroit où le réseau ne fonctionne pas et où seule la vie à l’ancienne existe. Mais voilà, des changements interviennent. Eric, un professeur français, passe une semaine en été là-bas tous les ans, depuis la mort du papa de Lilia et Medhi. Il leur parle de la France, ce pays si loin et pourtant si proche, où Medhi rêve d’aller. La vallée n’est d’ailleurs plus si coupée du monde, voilà que le nouvel iman ne supporte pas les étrangers, ni la manière d’enseigner de la mère de Lilia et de Medhi. Cette femme livre refuse de se plier aux règles de l’Islam. Qu’à cela ne tienne, son frère, revenu soudainement, décide d’embarquer Lilia et Medhi à Tanger pour les éloigner de l’influence néfaste de leur mère. Or, l’oncle se révèle un horrible personnage. Livrés à eux-même à Tanger, face au Détroit de Gibraltar, les jumeaux doivent choisir entre passer ou rester. Mais feront-ils le bon choix ?

Ce qui m’a attiré dans ce roman, c’est l’idée de parler de migration, de montrer ce qui pouvait attirer en France tous ces jeunes des pays africains. Je trouvais cela intéressant de parler de ce sujet, notamment aux adolescents, qui est le public visé par cette histoire. Et pour une fois, le roman ne s’intéresse pas à la guerre, qu’elle soit en Syrie ou ailleurs, mais évoque bien l’envie de s’en aller alors qu’on est dans un pays qui va plutôt bien, même si les conditions de vie peuvent y être difficiles pour certains, mais comme partout. Dans ce récit, on voit dès le début que Medhi n’est pas satisfait de sa vie, qu’il ne rêve que de partir, et pas n’importe où. Il rêve de l’Europe, de ce que cette dernière a à proposer. Il rêve d’être comme n’importe quel adolescent de son âge, avec un smartphone, un compte Facebook, de l’argent. Mais il sait qu’il ne peut pas avoir cela chez lui, dans sa vallée, car elle est un peu coupée du monde, du réseau. Mais il ne rêve pas de partir dans une grande ville, il veut la France, où il est persuadé d’avoir une meilleure vie. Au début du récit, j’avoue que j’étais un peu déboussolée, car je ne voyais pas où l’autrice voulait en venir en nous présentant le personnage d’Eric, mais en fait, il est la raison pour laquelle Medhi rêve d’ailleurs. Le français, en venant, en s’occupant des enfants comme des siens, parle de sa vie en France, ce qui fait rêver l’enfant. Cela et la télévision, bien entendu, qui montre que les bons côtés du pays. Mais plus on avance dans l’histoire, est plus l’obsession de Medhi devient plus forte que la raison. Le roman, qui se termine à Tanger, montre alors comment fonctionne vraiment les rêves de ces jeunes, persuadés qu’ils auront la belle vie en France, qui écoutent les mensonges promulgués par ceux qui sont en France, qui préfèrent cacher la vérité plutôt que de l’assumer. J’ai trouvé cela assez glaçant, car malgré la réalité des reportages, des morts, ces jeunes sont prêts à n’importe quoi pour vivre une autre vie que la leur. Cela démontre toute leur détresse et le manque de confiance qu’ils ont dans leur propre pays, qu’ils dénigrent.

Lilia et Medhi ne se voient plus, ne se parlent plus. Mais la jeune fille entend souvent les discussions de la petite bande, pas très discrète, quand le vent rapporte leurs paroles depuis la digue, ou s’ils traînent près de la maison : « Nassim, il paraît qu’il est devenu millionnaire en Espagne ! » « Azezki, il paraît qu’il vit comme un prince dans une villa gigantesque et qu’il a huit voitures ! » « Ils ont brûlé le détroit l’année dernière, l’un en se planquant sous un camion, l’autre à bord d’une barque, et ils sont arrivés en Europe les poches vide, on leur a donné plein d’argent, du travail, des papiers et tout ! ».

(…) Lilia meurt d’envie de descendre sur le port pour dire à ces naïfs que leurs héros sont des menteurs. Presque autant que les passeurs, ces escrocs de la pire espèce prêts à envoyer des gens au fond de l’océan pour se remplir les poches ! Quel harraga oserait dire à ses copains du bled, ou à sa famille, qu’il a fait tout ce voyage, investi tout son argent et pris tant de risque pour finalement se faire abandonner au milieu de la mer déchaînée sur un rafiot pourri, et pour vivre ensuite en Europe comme un clochard ? Aucun. Alors, tous autant qu’ils sont racontent des histoires. Quand ils appellent au bled, une fois par mois tout au plus, c’est pour raconter des fables inventées de toutes pièces : des succès, de l’argent, beaucoup d’argent. Tout, plutôt que de perdre la face.

J’ai eu beaucoup d’affection pour Lilia. Pendant tout le roman, c’est elle qui se bat, qui porte l’espoir d’avoir une vie meilleure, mais chez elle. Car elle considère l’Atlas marocain comme sa maison, sa patrie, et elle ne comprend pas le désir de son frère d’aller ailleurs. Lilia est une fille simple, qui se satisfait de ce qu’elle a. Temps qu’elle peut dessiner et aller à l’école, elle est heureuse. Mais son frère, avec ses rêves d’ailleurs et de grandeur, vont la détruire et elle va perdre tout ce qu’elle a. Pourtant, elle garde le sourire et essaye toujours de trouver une solution. Lilia, c’est un vrai rayon de soleil et on ne peut qu’être touchée par sa détresse mais aussi son envie de se battre, de ne pas abandonner et avoir gain de cause. Elle fait tout pour son frère et ne reçoit pas la pareille, pourtant elle continue. Elle possède une sacrée force de caractère qui la font supporter l’esclavage, la rue, et tenir. Elle n’abandonne pas. On ne peut aussi qu’être touchée par l’amour qu’elle ressent pour sa famille, notamment pour sa mère et Medhi. Elle serait prête à faire n’importe quoi pour eux, même se sacrifier. Cependant, son frère ne comprend pas cela, et je trouve que c’est très injuste envers Lilia, ce qui la rend encore plus touchante. C’est une jeune fille qu’on a envie d’aider et pour qui on a peur vu la manière dont la situation évolue pour elle à certains moments, elle qui se retrouve finalement toute seule.

Quant à Lilia, pour réussir à traverser la nuit, elle revoir les tatouages berbères de Malik et Kahina. Elle les redessine en songe un à un, avec minutie. Elle se concentre sur sa volonté de devenir un jour une très grande tatoueuse. Sa passion l’accompagne plus que jamais, lui donne un but, et sa force. « Une artiste, cette petite ! » Elle réentend Kahina, qui a toujours cru en elle. Et elle se dit que, quand on est fille de lionne, c’est pour devenir lionne à son tour.

A l’inverse, j’ai détesté le personnage de Medhi. Il est égoïste et facilement influençable. Je sais bien qu’il a des circonstances atténuantes, qu’il est mal dans sa peau et qu’il voudrait être comme tout le monde, ou du moins comme les jeunes qu’il voit à la télévision, mais j’ai trouvé qu’il se comportait souvent assez mal envers sa sœur ou sa mère. Le pire, c’est qu’il est aussi macho, et se comporte comme si tout lui était dû. J’ai du mal avec ce genre de caractère, d’autant plus que lorsqu’il se retrouve en danger, il compte sur sa sœur pour s’en sortir. Il est orgueilleux mais n’est pas capable de se défendre tout seul. Il est aussi jaloux et ne se rend pas compte de la chance qu’il a. Je ne me suis pas du tout attachée à lui, même si la fin laisse une certaine tristesse concernant son personnage. Je me demande aussi s’il n’est pas un peu caricatural pour les besoins de l’histoire, afin d’en faire un personnage qu’on n’aime pas, ou s’il reflète juste le mal être de toute une génération. C’est pour cela que je reste un peu en suspens sur son personnage, que j’ai un peu de mal à savoir à quoi m’en tenir avec lui. Mais il est capricieux et se comporte vraiment comme un enfant par moment. Je n’ai pas vraiment apprécier tout le mal qu’il fait à sa famille s’en même s’en rendre compte.

Pour le réseau téléphonique et les connexions internet, c’est à peu près tout le contraire ! Medhi enrage régulièrement à ce sujet, fasciné comme tous les adolescents du monde par les écrans et les communications instantanées. Il fallait voir comme ses yeux brillaient, l’année passée, lorsqu’Eric lui avait donné son ancien téléphone portable équipé d’une carte prépayée. Medhi avait eu l’air tellement heureux de ce cadeau !

(…) La batterie du smartphone affichait 100%. Medhi l’avait allumé, dévoré d’impatience.

Mais, avec une unique et capricieuse barre de réseau, il n’avait jamais pu recevoir ou émettre le moindre appel, le moindre SMS, ni surfer sur aucun site. Et même les jeux nécessitaient une connexion, ne serait-ce que pour être téléchargés.

Lilia se souvint de la colère monstrueuse de son frère quand il avait compris que ce smartphone ne lui servirait à rien ici. Il en voulait à la terre entière. Eric en avait pris pour son grade, et Boulmane était devenu le pire endroit du monde.

– Je suis dégoûté ! Pourquoi tu m’as fait ce cadeau ? Tu sais pertinemment que ça ne passe pas, ici ! Et pourquoi je suis né dans ce bled pourri ? Je ferai TOUT pour partir un jour !

Le roman se lit bien, la plume de l’autrice est fluide et on ressent bien les pensées des personnages. On s’attache à ces derniers et on a peur avec eux. J’ai lu le roman en à peine deux jours et on a du mal à en décrocher car on veut savoir comment tout cela va se terminer. Cependant, j’ai trouvé qu’il y avait pas mal de péripéties, et même si elles sont intéressantes et permettent de mieux comprendre comment les personnages en arrivent à Tanger, j‘ai trouvé que cela faisait un peu beaucoup, voir un peu surréaliste. Il leur arrive beaucoup trop de choses, à ces deux adolescents. En fait, l’immigration en tant que telle arrive tard dans l’histoire, et semble finalement n’être qu’en second plan, dans le dernier tiers de l’histoire, alors que selon le résumé, tout tourne autour de cela. J’avoue avoir été décontenancée par la structure du roman. Quand à la fin, elle m’a frustrée, si bien que je suis allée vérifier s’il n’y avait pas une suite. Elle laisse place à nitre imagination, ce qui est intéressant, mais en même temps, elle ne ressemble pas à une fin et je comprendrais si certains lecteurs en étaient déçus. Toutefois, j’ai adoré les descriptions de l’Atlas, de Tanger, et je trouve qu’on a envie d’y aller, de rencontrer ces populations qui finalement vivent dans l’ombre de l’Europe, et de les aider.

En résumé, c’est un roman intéressant, plaisant à lire, avec une héroïne touchante et attachante, une histoire qui nous fait traverser le Marco et qui nous amène face à ses populations qui rêvent de l’Europe. J’ai pris plaisir à lire ce roman et j’ai découvert avec lui certaines choses qu’on imagine pas sur les gens qui vivent dans ces zones reculées, ou même à Tanger. Cela fait prendre conscience de notre poids aussi dans l’immigration, dans la manière dont nous vendons notre pays, un peu à la manière des américains avec le rêve américains, alors que nous savons tous que ce rêve n’est pas aussi simple. C’est un roman qui fait réfléchir, et qui est à lire. Je vous le conseille donc, et même si l’historie est portée jeunesse, elle devrait parler au plus grand nombre.

Et vous ?

Quels thèmes aimez-vous retrouver dans vos lectures ?

Aimez-vous avoir un personnage que vous n’appréciez pas, ou préfériez-vous aimer tous vos personnages ?

Etes-vous dérangés par une fin qui n’en est pas vraiment une ?

Cela vous dérange-t-il d’être frustrés par une fin ?

Bon mercredi à tous 😀

Une réflexion au sujet de « Juste de l’autre côté de la mer »

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