chroniques littéraires·partenariat

Sous nos yeux

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous profitez bien de vos vacances. Pour ma part, je commence enfin à en profiter. Il faut dire que depuis la fin de l’année scolaire, j’attends mon affectation pour la rentrée, et que cela m’angoisse beaucoup. Or, cette semaine, nous sommes entrés dans la période de vacances de tout le monde, c’est-à-dire que plus personne ne va me donner une affectation maintenant. Il faut que j’attende après le 15 août. Je peux donc arrêter de fixer mon portable en attente d’un appel et profiter du soleil pour aller lire dehors.

En attendant la rentrée ou de pouvoir aller à la plage, je vais vous parler aujourd’hui d’une histoire bien plus stressante que celle d’attendre une affectation ou le résultat d’un examen. En effet, si vous êtes parents, vous savez que la peur la plus grande, c’est celle de perdre vos enfants. Et si vous suivez mon blog depuis quelques temps, vous savez aussi que je suis assez fascinée par les histoires d’enlèvements d’enfants. Ce sont des récits policiers avec une certaine ambiance, tension, qui font que j’aime beaucoup les lire. Or, les éditions Bragelonne m’ont envoyer il y a quelques temps, en service presse, l’un de ces récits. Ce roman s’intitule Sous nos yeux et a été écrit par Cara Hunter. La version que j’ai reçue est celle de poche, sortie le 15 mai 2019, mais la version française est d’abord parue en mai 2018, toujours chez Bragelonne. Voici son résumé :

Alerte enlèvement : la petite Daisy Mason, 8 ans, a disparu lors d’une fête, donnée dans le jardin de ses parents. Elle était déguisée en pâquerette : elle portait une robe, des collants et des chaussures vertes, ainsi qu’une coiffe avec des pétales blancs. Et personne n’a rien vu. L’inspecteur Adam Fowley, qui prend en charge l’enquête, sait bien que, dans 90% des cas, c’est un proche qui a fait le coup. Il a lui-même perdu un fils, Jake, quelques mois plus tôt. Or, la famille de Daisy compte son lot d’étranges individus : sa mère fait ce qu’elle peut pour préserver les apparences, son père se montre systématiquement sur la défensive, et le petit frère ne dit pas un mot… Le vernis de respectabilité si cher à ce quartier de la classe moyenne s’effrite peu à peu sous la pression de l’enquête, des rumeurs et des réseaux sociaux. Les Mason, famille modèle, préfèrent parfois le mensonge par omission à la vérité, et des secrets inavouables sont sur le point d’éclater…

Dans cette histoire, nous suivons l’inspecteur Adam Fowley et ses collègues dans la recherche de la petite Daisy Mason. Elle a 8 ans et a disparu au cours d’une fête donnée chez ses parents. La famille semble affectée, désespérée face à cette perte, mais plus les jours avances, et plus les inspecteurs vont remettre en cause leur vision de l’histoire. D’autant plus que sans le corps de la fillette, il est compliqué de faire avancer l’affaire. Alors, jusqu’où cette famille comme tant d’autres est impliquée dans la disparition de la petite fille ?

Il est compliqué de parler de ce roman sans vous spoiler, alors je vais essayer de moins en dire. Je vais d’abord vous parler d’Adam Fowley, l’inspecteur en charge de l’histoire. Ce n’est pas le seul personnage que l’on suit, mais je trouve qu’il est assez simple de s’attacher à lui, même s’il ne dévoile pas grand chose de sa vie. Il peut sembler assez froid, mais il est très professionnel et tente de ne pas se laisser perdurer par tout ce qui l’entoure, par les avis des autres ou par celui de la presse. Tout ce qu’il veut, c’est retrouver Daisy vivante, même s’il est rapidement convaincu qu’elle est morte. Cependant, j’aurais souhaité qu’il soit un peu plus détaillé, qu’on en sache un peu plus sur lui, d’autant que de petits éléments sont distillés dans ce roman, sur sa vie personnelle, et qu’ils sont alléchants. On apprend ainsi qu’il a eut un fils et qu’il est décédé. Ce n’est que dans un autre roman, sur lui aussi, où l’on en apprend plus sur ce décès. Je trouve donc cela un peu dommage car cela permet de plus s’attacher à lui, d’autant plus que ce n’est pas le seul personnage que l’on suit. En faut, par moment, j’ai trouvé qu’il était un peu perdu au milieu des autres personnages, alors que c’est lui le personnage central. Toutefois, c’est un personnage que j’ai apprécié et que j’ai toujours envie de découvrir.

Je suis presque sorti de de la salle de presse lorsque mon téléphone sonne. C’est Alex. Je regarde l’appareil en me demandant si c’est une bonne idée de répondre. En fond d’écran, j’ai une de ces photos préinstallées sans intérêt. Des arbres, de l’herbe, le ciel. Je ne l’ai pas choisie, et en fait je m’en fiche. Je voulais juste quelque chose qui ne me rappelle pas le passé. Cette photo de Jake sur les épaules d’Alex, que j’ai prise l’an dernier, avec le soleil derrière eux qui faisait rougeoyer ses cheveux noirs. Je lui avais dit qu’il était devenu un peu grand pour servir de sac à dos, et il m’avait souri. (…)

Je prends l’appel.

– Salut, Adam. Où es-tu ?

– Au poste, conférence de presse. Il s’est passé quelque chose. Je ne voulais pas te réveiller…

– Je sais, j’ai vu les infos. Ils disent qu’un enfant a disparu.

(…) Elle marque un instant de silence. Puis :

– Parfois, je me demande si ce n’est pas pire.

Je me mets à l »écart et baisse le ton.

– Pire ? Qu’est-ce que tu veux dire ?

– L’espoir. Si ce n’est pas pire. Pire que de savoir. Au moins, nous…

Sa voix s’éteint.

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est que l’autrice nous en montre tous les travers, tout ce qui se cache derrière. En effet, nous ne suivons pas que l’affaire, que les recherches des policiers pour retrouver Daisy, mais aussi le traitement médiatique qui en est fait, notamment sur les réseaux sociaux, et cela est assez glaçant. On peut lire les commentaires faits par des inconnus, des gens qui n’appartiennent pas à la famille ou aux forces de l’ordre, ni même aux journalistes, et qui font leurs propres jugements, quittent à condamner des innocents. Pour eux, cela ne fait aucun doute, la famille est responsable de la disparition de la fillette. Cela m’a beaucoup fait penser au roman Une seconde de Trop, sur le même thème, où les parents voyaient ce qui étaient postés sur eux sur internet. C’est vraiment horrible car non seulement les parents perdent un enfant, mais ils ont en plus calomniés dans la presse, sur les réseaux sociaux. Ce qui est intéressant ici, c’est qu’on voit des gens prendre leur défense, mais aussi les dérives de ce traitement médiatique. Les réseaux sociaux entraînent la haine et les personnes perdent toute mesure. Ils sont prêt à s’attaquer à une famille, quitte à les blesser gravement, voire pire. Persuadés d’avoir raison, les gens veulent la vérité, quitte à l’extorquer par la violence. Le pire, c’est que cela paraît réellement réel. Nous savons tous que les réseaux sociaux, surtout dans ce genre d’affaire, peuvent conduire à montrer le pire de nous-mêmes, et que les utilisateurs savent toujours mieux que tout le monde la vérité. Si cette histoire était réelle, elle se passerait certainement comme cela. L’autrice nous montre donc les ravages de ces outils modernes.

MtN @Nuckleduster1989 – 9h09

« PTDR Un type couillu a éliminé ce putain de #Mason la nuit dernière – j’espère qu’ils sont tous morts. »

MickyF @TheGameBlader666 – 9h10

 » @Nuckleduster1989 Viens t’entendre les infos – peux pas y croire – bravo à celui qui a eu les couilles – #Mason. »

PeedoHunter @Peedofiletracker – 9h11

« @Nuckleduster1989 @TheGameBlader666 HAHAHA – t’aurais dû voir tout ça partir en fumée : absolument génial !!!

PeedoHunter @Peedofiletracker – 9h12

« @Nuckleduster1989 @TheGameBlader666 Pensais pas que ça allait prendre et, d’un coup, BOUUUM !!! Ça leur apprendra, à ces connards de pédophiles. »

Ce que j’ai vraiment apprécié dans ce roman, son point fort, c’est que jusqu’au dernier chapitre, on ne sait pas ce qui s’est passé avec Daisy. On apprend des choses au cours de l’enquête, mais soit elles ne concernent pas directement Daisy, soit elles sont contradictoires avec d’autres informations. Ainsi, ce roman est construit comme un labyrinthe, et l’on s’y perd, mais de la bonne manière. On passe notre temps à échafauder des théories, qui nous semblent crédibles, mais en fait, on ne voit pas la vérité arriver. Ce qui est intéressant, c’est que nous avons des flash-back avec Daisy, qui permet de la voir vivante, et d’en apprendre plus sur sa vie d’avant son enlèvement. Ces informations, qui sont parfois retransmises à Adam Fowley, ne le sont pas dans leur intégralité, ou d’un autre point de vue. En fait, tout passe par des témoins oculaires, qui interprètent les faits, comme le font finalement les inspecteurs. Et cela va les conduire en erreur, ou du moins à des décisions qui ne sont peut-être pas les bonnes. C’est ce qui contribue au fait que la vérité ne se comprend que vraiment à la fin, qu’elle nous surprend. J’ai beaucoup aimé cette surprise, qui nous font voir le livre d’une toute autre manière une fois qu’on l’a terminé. C’est très bien joué de la part de l’autrice.

Comme dans beaucoup de romans de ce type, la mère de l’enfant disparu devient la cible, celle qui est responsable de la disparition de son enfant, celle par qui cette perte est forcément arrivée. Ce roman n’échappe pas à cette règle. Sharon Mason se retrouve rapidement accusée de la disparition de sa fille. Cependant, je dois avouer que contrairement à d’autres titres, ici on a envie de croire en la culpabilité de la mère, tout simplement parce que cette dernière n’attire pas du tout la sympathie. Au contraire, elle fait même froid dans le dos. Mais est-elle vraiment responsable ? Et de quoi ? La question se trouve dans le roman et je vous invite à vous faire votre propre idée sur sa culpabilité.

GQ : Et la porte du patio ? Etait-elle ouverte lorsque vous êtes allée acheter de la mayonnaise ?

(Pause)

SM : Oui, je crois. Je ne me suis absentée qu’une minute.

AF : Donc, quand vous êtes partie, la maison était ouverte et la porte du jardon n’était peut-être pas fermée à clé. Avec deux jeunes enfants seuls à la maison.

SM : Vous ne pouvez pas m’accuser. Ce n’est pas ma faute.

AF : Alors, c’est la faute de qui, madame Mason ?

(…) SM : Je vous l’ai dit : il y avait toujours de la musique à l’étage lorsque je suis revenue.

AF : Mais vous ne savez pas si elle était là, en train de l’écouter. N’est-ce pas, madame Mason ?

Le roman se lit très bien, on est rapidement happé par l’histoire et par la disparition de la petite Daisy. J’ai aimé le fait qu’on passe de piste en piste sans vraiment en savoir davantage, et les flash-back sont intéressants pour comprendre comment était Daisy, quel genre de fille elle était avant tout cela. La plume de l’autrice est agréable et correspond bien à l’univers qu’elle met en place. Même si on n’arrête pas d’alterner les points devue, de passer des pensées d’Adam Fowley à la situation en général, des avis sur les réseaux sociaux aux retranscriptions d’interrogatoires, cela n’est pas gênant et rend l’histoire plus immersive encore. La tension pour la recherche de Daisy est bien faite, on ignore jusqu’au bout ce qui est arrivé d’elle, si elle est vivante ou non. Tout est bien fait et contribue à un faire de ce livre un bon roman que l’on a du mal à lâcher.

En résumé, je vous conseille la lecture de ce roman. C’est un bon roman policier qui nous mène en bateau, qui nous plonge dans l’horreur du quotidien d’une famille qui semblait tout avoir, mais qui a finalement beaucoup perdu. C’est un très bon roman sur la disparition d’une enfant et je pense vraiment qu’il plaira à tous ceux qui aiment les livres sur ce sujet. C’est un roman à dévorer.

Et vous ?

Aimez-vous les romans policiers parlant de disparitions d’enfants ?

Qu’aimez-vous retrouver dans ces histoires ?

Au contraire, pourquoi évitez-vous ces romans-là ?

Bonne journée à tous 🙂

Publicité

3 réflexions au sujet de « Sous nos yeux »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s