chroniques littéraires·service presse

Un petit grain de sable

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous profitez bien de ce temps estival. Pour ma part, je regrette de ne pas avoir réservé quelqu’un part, de ne pas partir en vacances. Cela me ferait pourtant du bien. C’est dommage aussi de ne pas avoir d’amis qui vivent loin chez qui je pourrais squatter. Du coup, pour m’évader, il ne me reste plus que les livres. Mais je noircis le tableau, la mer n’est tout de même qu’à une heure de voiture de chez moi. Et maintenant que j’ai changé de véhicule, il ne me reste plus qu’à m’adapter à ce dernier et prendre enfin le large pour quelques heures, quelques jours.

En parlant de s’évader, aujourd’hui je vous emmène en Allemagne, à la découverte de l’une de mes dernières lectures. Vous connaissez Hambourg ? Personnellement, je ne suis jamais allée dans cette ville, mais je vais vous la faire découvrir avec le roman Un petit grain de sable, écrit par Petra Hülsmann et publié aux éditions de l’Archipel. Je remercie d’ailleurs ces dernières, ainsi que la plateforme NetGalley, qui m’ont permise de découvrir ce titre. Il s’agit d’une romance feel-good contemporaine. Le roman est sorti le 12 juin 2019. Voici son résumé :

La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Isabelle, 27 ans, aime que chaque chose soit à sa place.

Voilà dix ans qu’elle travaille chez une fleuriste, déjeune chaque jour dans le même restaurant et regarde chaque soir un épisode de son feuilleton favori.

Alors, quand Isabelle rencontre l’homme de ses rêves, Alex, aussi charmant qu’intelligent et attentif, plus rien ne manque au tableau de sa vie rêvée.

Pourtant, il suffit d’un rien pour craqueler ce joli vernis… La boutique pour laquelle elle travaille va fermer pour cause de faillite. Elle se met à douter d’Alex. Et, pire que tout, son restaurant préféré a un nouveau patron – un sale type arrogant… C’en est trop.

Sa vie si parfaite s’écroule et Isabelle devra alors se réinventer. Pour le pire… ou le meilleur ?

Dans cette histoire, nous suivons Isabelle, une jeune fleuriste, qui agence le plus possible sa vie. Tout y est programmé, que ce soit les horaires de sa semaine que ce qu’elle fera tel jours. Elle a beaucoup de rituels et si l’un d’eux volent en éclat, c’est une vraie angoisse pour elle. Or, voilà que son restaurant préféré, celui où elle va manger tous les jours la même chose, vient de fermer. A la place, un nouveau restaurant, avec de nouveaux plats. Et le gérant, Jens, refuse de servir à Isabelle ce qu’elle désire. S’ensuit la fin de son émission préférée, et l’annonce que la boutique de fleurs qu’elle a l’intention, un jour, de racheter, est en faillite. Heureusement, Jens et ses piques sont là, avec Merle, sa soeur, dont il a la garde. Isabelle a besoin de ses deux-là, et de ses amis, pour se rattacher à quelque chose. Et puis, il y a Alex, qui vient d’arriver dans sa vie et qui a tout de l’homme parfait. Mais lorsque le quotidien n’est plus ce qu’il est, pourquoi ne pas continuer à le détruire, pour enfin se découvrir ? Isabelle ne le sait pas, mais elle n’est pas au bout de ses surprises.

Je vais commencer cette chronique par vous présenter le personnage d’Isabelle. J’avoue qu’elle m’a quelque peu agacée au début de l’histoire. Isabelle est le personnage type qui ne veut rien voir changer. Elle est engluée dans son quotidien, dans ses principes, et a tendance à chercher la petite bête partout. Elle voudrait en plus que tout le monde soit comme elle. Elle a son jour pour la lessive, pour aller au cimetière, pour voir ses amis, etc. Tout doit être réglé au millimètre près. Elle ne se laisse aucune surprise, aucune marche de manœuvre. Elle est très rigide. Ceci s’explique par une histoire familiale assez compliquée, où elle a dû très tôt prendre la place de sa mère, géré un quotidien pour elles deux, car sa mère était dépassée entre son travail, sa fille et la mort du père de celle-ci. Isabelle a donc peur du moindre changement. De plus, elle rêve au prince charmant, à un homme qui serait comme ce père qu’elle n’a pas connu, parfait. Elle ne se rend pas compte qu’en pensant ainsi, elle s’empêche d’être heureuse. Cependant, au fur et à mesure que l’histoire avance, Isabelle prend conscience de certaines choses, jusqu’au grand bouleversement qui va voir sa vie être totalement transformée. Je crois que j’ai commencé à vraiment apprécié son personnage à ce moment-là, lorsqu’elle se met à dérailler complètement, lorsqu’elle n’ a plus rien à quoi se raccrocher. On avait un peu avant des signes de sa fragilité, qui faisait qu’on voyait un peu sous le vernis qu’elle s’obligeait à mettre sur elle-même, mais à ce moment-là, tout casse, et Isabelle se découvre elle-même. Elle est alors attachante, car elle prend conscience de tout ce qu’elle s’est imposé, de la rigidité de sa vie. Et surtout, elle prend conscience de ce qu’elle veut vraiment, et non pas ce qu’elle fantasme. Elle reprend pieds avec la réalité des choses, sans tout rendre parfait. Elle redevient humaine, d’une certaine manière. J’ai aimé ce nouvel aspect de sa personnalité, car elle est presque comme une enfant qui se découvrirait et qui découvrirait le monde. Elle porte un nouveau regard sur les choses, et c’est super intéressant. Elle se dévoile enfin et prend des risques. Et surtout, elle aime vraiment.

Brigitte soupira.

– Vingt-sept ans, ce n’est pas un âge pour se cramponner à ce point à ses petites habitudes. Un peu de spontanéité !

Ce n’était pas la première fois que Brigitte me disait ça, car elle faisait partie des gens qui ne supportaient pas la routine. Mais moi, elles me rassuraient, je trouvais le monde trop imprévisible, et chaotique pour réussir à me passer de repères. Je n’aimais pas me laisser porter, je préférais tout prévoir et, de mon point de vue, ce n’était absolument pas une question d’âge. Et puis, je savais me montrer spontanée, j’avais déjà fait des choses un peu folles, comme…

Enfin bref, tout ça pour dire que je tenais à mes petites habitudes et je n’aimais pas le changement.

Je vais à présent vous parler du personnage que j’ai préféré dans cette histoire. Il s’agit de celui de Merle, la sœur de Jens. Âgée de seize ans environ, elle est un peu perdue au début du récit. En effet, elle est obligée de vivre avec son demi-frère Jens, bien plus âgé qu’elle, parce que ses parents, tous deux archéologues, ont décidés de partir à l’autre bout du monde faire des fouilles. Hambourg n’est pas sa ville, et elle n’aime pas spécialement le lycée. D’apparence gothique, elle préfère être dans les bars que dans une salle de cours. Cependant, dès qu’elle rencontre Isabelle, elle s’attache à elle, voyant en elle aussi bien une amie qu’une mère de substitution. On voit alors un changement s’opérer en elle. Merle devient plus mature, et surtout, elle trouve sa voie. Il faut dire qu’à cause de Jens, elle est obligée de passer du temps en cuisine. Isabelle devient alors pour elle une figure maternelle, celle qui est capable de prendre son parti contre son frère, ou au contraire aider ce dernier à discuter avec Merle. C’est donc Merle qui fait entrer Isabelle dans leur duo pour en faire un trio. C’est aussi elle qui va tout faire pour qu’Isabelle se rapproche de Jens. Merle se découvre non seulement des dons de comédienne, mais aussi de manipulatrice. Et lorsqu’elle a une idée derrière la tête, c’est compliqué de la faire changer d’avis. J’ai aimé son caractère affirmé, tout ce qu’elle fait pour que les autres se plient à ses volontés. Merle est un personnage qui m’a beaucoup amusé. J’ai apprécié sa candeur, son air enfantin aussi. C’est une adolescente rebelle mais qui sait aussi se montrer sage. Elle a simplement besoin d’amour et d’écoute, ce qu’elle ne trouvait pas avant.

– Bonsoir, Isabelle, dit-elle comme si de rien n’était en me tendant un récipient en plastique. J’ai préparé des meringues au chocolat et je me suis dit que tu en voudrais peut-être.

– C’est très gentil, merci beaucoup.

Sans y être invitée, elle passa devant moi et alla s’asseoir sur le canapé du salon.

– Je t’en prie, entre, dis-je en haussant les sourcils. Et maintenant, tu veux bien me dire comment tu sais où j’habite ?

– Je n’avais pas ton adresse exacte, mais l’autre soir, quand on est rentrées de la piscine ensemble, je me suis souvenue que tu avais tournée à gauche. J’en ai déduit que tu vivais dans cette rue. Et comme je savais que ton nom de famille est Wagner, j’ai cherché sur les interphones de chaque immeuble.

J’en restai bouche bée quelques secondes, puis pris place à côté d’elle et posai le récipient sur la table basse.

– Je trouve ça flippant, Merle. Et tu voulais me voir parce que… ?

– Je me suis engueulée avec Jens, répondit-elle en se mordillant les ongles.

Je soupirai intérieurement.

– Pour changer. Et à propos de quoi, cette fois ?

– Il a eu un appel de ma prof principale ce matin et il a appris que… que j’allais plus trop en cours.

Evidemment. Voilà qui expliquait tout ce temps libre et sa réponse évasive à mes questions sur l’école et les devoirs.

– Et quel rapport avec moi ?

– J’ai pensé que tu me comprendrais et que tu serais de mon côté, répondit Merle en m’implorant de ses yeux rougis de larmes. Tu as eu mon âge, après tout.

Les autres personnages sont eux aussi intéressants. J’ai aimé la franchise de Jens, sa manière de toujours taquiner Isabelle, le fait qu’il ait du mal aussi avec sa sœur, tout simplement parce qu’il ignore comment veiller sur elle, parce que ce n’est pas son rôle. J’ai apprécié le cynisme qu’il pouvait avoir dès qu’Isabelle parle d’amour, le fait qu’il ait déjà vécu des histoires qui se sont mal terminées. Brigitte aussi a su me séduire, même si je regrette que son personnage soit moins attachant que les autres, tout simplement à cause des mauvais choix qu’elle fait. J’ai aimé les amis d’Isabelle, la bonne ambiance qu’ils ont su mettre dans cette histoire. Je note un gros bémol pour la mère de cette dernière, qui est grandement responsable des problèmes de sa fille. Je me demande comment Isabelle n’a pas su voir que sa mère ne jouait pas franc-jeu avec elle, comment elle a pu croire ce qu’elle lui disait sans jamais remettre en cause la vision de l’homme parfait que celle-ci lui a inculqué. Enfin, vous me connaissez à présent, j’ai été assez surprise par la présence d’Alex et du fait qu’Isabelle tombe sous son charme. Moi qui ne lis pas toujours les résumés, ou qui les oublie, je ne m’attendais pas à tomber sur un tel personnage, qui correspond tout à fait à sa vision de l’homme parfait. Autant j’ai trouvé certains éléments du roman prévisibles, autant la présence d’Alex permet de contrebalancer cela, de se poser des questions sur la manière dont le livre va se terminer. J’ai trouvé cette présence originale, ce qui permet d’avoir du relief dans l’histoire. Et son personnage nous en met plein la vue.

Le moment magique que j’avais attendu si longtemps était en train d’arriver. Alors que je regardais Alexander Lange dans les yeux, je sentis un sourire se dessiner sur mes lèvres, mon cœur battre à toute allure et des papillons voler à toute berzingue dans mon ventre. Le « boum ! » était clair, net et précis. Je me trouvai enfin face à l’homme de mes rêves.

L’histoire se lit relativement bien. On prend plaisir à suivre Isabelle, même si elle chouine souvent, et on adore les répliques salées de Jens à toutes ces remarques. Le style de l’autrice est fluide, il y a de l’humour, de l’émotion. On passe un bon moment avec tous ces personnages. je regrette cependant qu’il n’y ait pas plus de descriptions d’Hambourg ou de la mer du Nord, mais c’est parce que ce sont des endroits que je ne connais pas. Le fait qu’Isabelle soit la narratrice ne m’a pas posé de problème, je pense même que c’est ce qui nous aide à mieux la comprendre, à se mettre à sa place. Sans cela, je pense en effet qu’on passerait à côté de ses explications, du mal être qui se trouve en fait en elle. La narration à la première personne est donc ici essentielle.

En résumé, c’est un roman que je vous conseille. C’est un livre très bien pour l’été. C’est une lecture agréable, qui se lit bien. Il sera parfait pour vos vacances. Ce qui m’a beaucoup plu, ce sont les échanges entre Jens et Isabelle, pleins de réparties, et je pense que c’est ce qui fait la force de ce roman. Alors, si vous aimez voir les couples se formés et se tester avant à coups de phrases plus ou moins polies, n’hésitez plus.

Et vous ?

Quel roman allez-vous glisser dans votre valise cet été ?

Qu’aimez-vous lire lorsque sonne l’heure des vacances ?

Quels sont les genres que vous préférez ?

Bonne journée à tous 🙂

2 réflexions au sujet de « Un petit grain de sable »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s