chroniques littéraires

En voiture, Simone

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que le soleil brille toujours par chez vous. Ici, l’été s’est bien installé, il fait super beau et super chaud. C’est dommage, j’ai un peu perdu le moral cette semaine. En effet, alors que je revenais d’une super journée à la mer où j’ai pu me vider la tête, j’ai appris que le poste de professeur dans le collège où j’étais cette année venait d’être pourvu par quelqu’un d’autre que moi, et surtout que tous les postes du départements venaient eux aussi d’être pourvus. Pour le moment, je n’ai donc rien pour la rentrée. Je n’ai plus qu’à croiser les doigts pour que le rectorat me trouve quelque chose, ou que la département de la Loire-Atlantique ait besoin de professeur de français. Ou que la situation se débloque en août. Cela fait beaucoup d’incertitude et j’ai horreur de cela. Vivement que j’ai mon concours.

Du coup, comme je déprime, j’ai ressortie l’une de mes dernières lectures, qui est parfaite pour penser à autre chose. Je vais aujourd’hui vous parler du roman En voiture, Simone d’Aurélie Valognes, publié chez le Livre de Poche, sorti chez eux en mai 2017. Il faut savoir qu’il s’agit d’une réédition en poche, mais que le titre original est Nos adorables Belles Filles, sorti chez Michel Lafon en mai 2016. Ne vous étonnez donc pas si vous trouvez ce titre sous un nom différent. Voici son résumé :

Pour une comédie familiale irrésistible, il vous faut:
Un père, despotique et égocentrique, Jacques.
Une mère, en rébellion après 40 ans de mariage, Martine.
Leurs fils. Matthieu, éternel adolescent mais bientôt papa de trois enfants. Nicolas, chef cuisinier le jour et castrateur tout le temps. Alexandre, rêveur mou du genou.
Et surtout… trois belles-filles délicieusement insupportables !
Stéphanie, mère poule angoissée. Laura, végétarienne angoissante. Jeanne, nouvelle pièce rapportée, féministe et déboussolée, dont l’arrivée va déstabiliser l’équilibre de la tribu.
Mettez tout le monde dans une grande maison en Bretagne. Ajoutez-y Antoinette, une grand-mère d’une sagesse (bien à elle) à faire pâlir le dalaï-lama, et un chien qui s’invite dans la famille et dont personne ne veut.
Mélangez, laissez mijoter… et savourez !

Dans cette histoire, nous suivons une famille tout ce qu’il y a de plus ordinaire, avec la mère, le père et les trois enfants. Mais voilà, les trois enfants, trois garçons, ont bien grandi et sont devenus des hommes. Mariés ou non, ils font entrer dans la famille trois femmes, à des moments différents. Or, comment trouver un nouvel équilibre avec ces « pièces rapportées » ? Le roman tourne autour de cette question, sur l’acceptation de l’autre, mais aussi de la famille, de la dure place de belle-fille dans une famille déjà soudée, tout cela avec beaucoup d’humour et d’émotion.

En lisant le résumé, on a l’impression que le roman tourne exclusivement autour des belles-filles, et cette impression est accentuée par le titre original. Or, j’ai trouvé qu’on tournait surtout autour de la relation entretenue par les deux parents, Martine et Jacques. Ce roman n’est pas vraiment une histoire autour des belles-filles, mais plutôt de la manière dont l’amour doit être renouvelé dans un couple, lorsque sonne notamment l’heure de la retraite, lorsque le couple se retrouve tout seul, sans travail, avec selement l’autre pour compagnie. Avec les questions du corps qui se transforme, qui vieillit. Certes, le récit dépend beaucoup des belles-filles, qui sont le point de rupture dans le couple de Martine et Jacques, qui leur permet de voir que quelque chose ne va pas, mais ce que je retiens de cette histoire, finalement, c’est celle de Martine et de Jacques. Les belles-filles sont au final assez secondaires, présentes seulement pour faire vaciller le couple et pour que Martine se pose certaines questions, ce qu’elle n’aurait pas fait à un autre moment de sa vie.

Je vais maintenant vous parler du personnage de Martine. J’ai été touchée par cette femme malheureuse, qui ne sait plus quoi faire pour attirer l’attention de son mari. Elle s’éloigne de ses enfants à cause de lui, alors que c’est tout ce qu’elle ne veut pas. Mais dans le roman, elle prend conscience de beaucoup de choses, qu’elle est d’abord une femme libre, et donc qu’elle n’a pas besoin de son mari pour exister. Je pense qu’elle représente beaucoup de femmes, même à l’heure actuelle dans notre pays, qui n’ose pas aller contre la volonté de leurs maris, qui sont finalement dépendantes de lui, et de leur couple. Or, Martine ose ici s’affranchir de toutes les règles en prenant les choses en main. Elle ose faire des choses pour elle-même et non plus pour ses enfants, son époux ou son couple. Juste pour elle, parce qu’elle en a envie. Et là-dessus, elle est finalement rejointe par ses belles-filles, qui l’aident à évoluer, à accepter ce changement. J’ai apprécié de suivre ce changement qui s’opère chez elle. Elle devient une femme moderne, qui doit inspirer de nombreuses femmes qui se trouvent dans la même situation qu’elle. Cette alliance qu’elle mène avec ses belles-filles est géniale à suivre, car cela permet d’être de connivence avec elles dans leur lutte pour ne plus être cataloguées comme des boniches, ou celles qui élèvent les enfants. La révolution de Martine est ce qui m’a fait le plus plaisir dans cette histoire.

Tout cela, pourtant, passait bien au-dessus de la tête de sa femme. Les efforts de Jacques étaient notables, mais c’était elle qui était en pleine révolution. Elle s’imposait chaque jour de découvrir quelque chose de nouveau. Pour la première fois de sa vie, elle s’était fait chouchouter dans un institut de beauté, s’autorisant une pédicure – difficile à apprécier, chaque effleurement déclenchant un fou rire. Elle avait aussi suivi un cours de cuisine pour apprendre à préparer des sushis.

Elle avait fait le grand ménage de printemps dans ses armoirs – elle avait donné trois gros sacs à Laura pour qu’elle les apporte à Emmaüs. Cerise sur le gâteau, elle avait pris rendez-vous avec un tatoueur. Elle en rêvait depuis toujours, elle allait enfin avoir son petit tatouage discret sur le haut du pied. Pour la première fois, elle se passerait de demander l’autorisation à son mari, et se garderait le plus longtemps possible de lui montrer. Son petit secret à elle. Pour elle. Deux mots, simples, carpe diem, pour se souvenir de vivre pleinement et de profiter de ses proches chaque jour. Tout le reste était devenu inutile.

Je vais à présent vous parler de Jacques, l’autre membre de ce duo de parents confrontés à leurs belles-filles. Autant Martine est prête à faire des efforts, autant Jacques pas du tout. D’ailleurs, il ne s’intéresse pas du tout à ces nouveaux membres de sa famille, dont il est persuadé qu’elles ne sont là que pour l’embêter. Jacques, c’est l’exemple parfait de l’homme qui pense que tout lui est dû, que les femmes doivent être à son service. Il ne s’en rend pas compte, mais c’est ce qu’il pense inconsciemment. Il est le chef de famille, tout le monde doit lui obéir. Et il ne se rend pas compte que la société avance, avec de grands changements et que tout le monde ne pense pas comme lui. Il se supporte pas qu’on le contredise, alors lorsque l’une de ses belles-filles est végétarienne, il s’engouffre dans la brèche en ne faisant que des menus avec de la viande, etc. Il est tout sauf compréhensif. Seulement, avec Martine qui fait sa révolution, il se retrouve obligé de mettre de l’eau dans son vin. On ne peut pas dire que pendant une bonne partie du roman, ce soit un personnage agréable, sympathique. On a surtout envie de le détester. Les repas de famille avec lui sont justes mortels. Et pourtant, c’est un personnage que j’ai pris le temps d’apprécier, car il évolue brutalement de manière positive, et c’est ce que j’ai aimé. Il prend brusquement conscience de l’enfermement dans lequel il a plongé sa femme, puis du risque qu’il a de perdre ses fils, ses petits-enfants. Il comprend qu’il se comporte comme un sale macho égoïste et qu’il doit changer. C’est un personnage qui a su me toucher car, finalement, lui non plus n’est pas heureux. Il s’est juste enfermé lui aussi dans le quotidien à attendre que le temps passe, sans profiter de la vie. Et la chute, lors de sa compréhension, fait mal. En fait, on a de la peine pour lui, et on est content de voir son évolution.

Jacques aurait bien rétorqué que le chalet était à lui et qu’il était donc livre de s’y inviter quand il le souhaitait, mais quelque chose l’avait retenu et il s’était tu. La raison, peut-être ? Tout de même, il était décidé : il l’appellerait le soir, pour savoir si elle était bien arrivée et vérifier qu’elle lui faisait toujours la tête ou non.

Elle voulait partir seule, il ne s’y était pas opposé. Si Martine était pleine de doutes, en quoi cela le concernait-il ? Et pourquoi se sentait-il coupable ? Elle avait même admis que, s’il ne l’écoutai plus, à sa décharge, cela faisait longtemps qu’elle ne s’écoutait plus elle-même non plus. Elle avait conclu avec une telle réflexion philosophique du genre : « Je ne saurais dire ce qui me manque, mais je me rends compte maintenant que l’important ce n’est pas d’avoir les bonnes réponses mais de se poser les bonnes questions ».

(…) Plongée dans l’obscurité d’une journée qui s’annonçait sans soleil, la maison était devenue très silencieuse. Jacques n’était pas d’humeur à écouter de la musique, pas même Michel Sardou. Il décida alors de faire ses mots croisés mais ne trouva aucun mot. C’est vrai que d’habitude c’était Martine qui l’aidait à débloquer la situation.

(…) Dans la cuisine, il ne trouva rien de très appétissant. Le frigo ne contenait que des restes. Martine ne lui avait même pas fait les courses pour la semaine. Il retourna s’assoir le ventre creux.

J’ai beaucoup aimé les autres personnages, dont Jeanne et Antoinette. Cette dernière amène beaucoup d’humour dans l’histoire et j’ai apprécié les leçons de vie qu’elle donne, non seulement à Jeanne, mais aussi à Martine et à son fils Jacques. Son personnage est juste savoureux et je pense que c’est celui que j’ai préféré. J’espère être aussi sage qu’elle si j’atteins son âge. En tout cas, elle m’a fait plusieurs sourire, ce qui n’est pas difficile dans ce roman qui est plein d’humour. Presque toutes les situations prêtes à sourire, et d’autres nous font carrément rire. Chacune des belles filles fait une faute grave qui apporte des situations cocasses, tout comme les bêtises de Jacques. Et les dialogues entre eux sont marqués l’absurde, par des réparties impressionnantes. Cela est d’autant plus vrai lorsque tous les personnages sont réunis, comme pour Noël ou les vacances d’été, et qu’ils se disputent. Il faut dire qu’avec deux parents, trois fils, trois belles-filles et deux petits garçons, cela en fait du monde, alors lorsque tout le monde s’énerve, les clash ne peuvent qu’arriver. Et dans cette famille, c’est en permanence que les erreurs sont commises et que nos personnages se retrouvent en position de s’entre tuer. C’est du comique de situation, qui nous fait sourire et qui nous fait penser qu’on aimerait pas être à la place des personnages.

– Jacques, je suis sérieuse. Où est mon chien ? reprit Laura. Je l’ai cherché partout et je ne le vois nulle part.

– Mais il était là il n’y a même pas une heure, à me sauter dessus et à me piquer mon gâteau ! Il ne doit pas être loin.

(…) – Attends, Laura, ce n’est sûrement rien, la rassura Martine. On va tous s’y mettre. Jack ne peut pas être bien loin. Il était encore là, il y a quelques minutes.

– Je vais mettre un peu de musique pour détendre l’atmosphère, proposa Jacques en actionnant la chaîne hi-fi. Mais où est mon CD ? Qui l’a enlevé ? Pour mettre Goldman, en plus !

– Ce n’est pas le moment de nous chauffer les oreilles avec ta musique. Viens plutôt réparer tes erreurs et chercher le chien avec nous, lui lança Martine.

– Mes erreurs ? J’ai le dos large ! Ce n’est pas moi qui suis sorti et ai laissé la porte ouverte derrière moi, suivez mon regard… dit-il en tournant la tête vers Stéphanie.

– Jacques, vraiment, on s’en contrefiche de savoir à qui incombe la faute, reprit Martine.

– Enfin, cela ne serait pas arrivé si on avait laissé le chien attaché dehors, comme je le proposais depuis le début !

– Stop ! s’énerva Martine. Tu dépasses vraiment les bornes.

L’écriture de l’autrice est fluide et le roman se lit très bien. D’ailleurs, je l’ai lu en une journée. Les scènes sont amusantes et on s’imagine facilement les personnages. Je trouve que cette lecture m’a fait penser à la série En famille, c’est un peu le même style et l’on s’amuse beaucoup à suivre ces différents personnages, à voir leurs évolutions au cours de notre lecture.

En résumé, j’ai beaucoup aimé ce roman et je ne peux que vous le conseiller. C’est une lecture parfaite pour l’été, sans prise de tête, qui se lit vite et qui donne le sourire. On passe un excellent moment avec les personnages et l’on regrette d’arriver à la fin tellement on voudrait encore les voir se disputer, continuer à les suivre et à voir leur évolution sur la durée. C’est une très bonne lecture qui est à lire.

Et vous ?

Aimez-vous les livres avec de l’humour dedans ?

Appréciez-vous les romans qui parlent du quotidien ?

Qu’aimez-vous lire pendant les vacances ?

Bon samedi à tous 🙂

6 réflexions au sujet de « En voiture, Simone »

  1. En effet, quand le besoin se fait ressentir, je lis des Feel-Good pour me remonter le moral. Mes lectures de l’été sont surtout légères et sans prise de tête.Je te souhaite bon courage, je sais que l’attente peut insupportable. Bon weekend !

    J'aime

    1. Merci beaucoup de ton commentaire qui me remonte un peu le moral 🙂 J’espère que l’attente ne va pas trop s’éterniser et surtout que j’aurais quelque chose à la rentrée 🙂
      Les romans feel-good, lorsque ça ne va pas, c’est vraiment génial. En fait, même quand ça va, ça fait toujours du bien ^^ Heureusement qu’ils sont là 😉 l’été, c’est parfait ^^
      Bon weekend à toi aussi 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Je confirme pour les Feel-Good. C’est un genre génial pour tout moment quand il est bien écrit. Et je croise les doigts pour toi. Je sais ce que c’est d’attendre. Je te conseille de garder le moral, cela ne sert à rien de te faire mal. Profite de ton été et il sera toujours temps de t’en soucier à la rentrée. Bisous

        J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s