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Un coin d’azur pour deux

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez pu entamer cette fin d’année scolaire en toute sérénité. Pour ma part, je dois avouer qu’elle est assez compliquée. Je ne sais toujours pas où je vais être envoyée à la rentrée et cela m’angoisse beaucoup. J’ai donc déjà entamé mes révisions pour le CAPES de l’année prochaine, afin que cette situation, si possible, ne se répète pas trop souvent. J’ai hâte d’avoir le concours. D’autant plus que j’ai dis au revoir à mes collègues vendredi, et cela s’est fait dans les pleurs. Je déteste les au revoir et les fin d’années. Je n’aimais pas ça étant élève, mais alors pas non plus en étant prof.

Mais nous n’allons pas ressasser le passé. L’année scolaire est finie, il est temps d’aller de l’avant. Et pourquoi ne pas parler des vacances qui commencent tout juste, et dont il faut profiter ? J’ai justement le roman qu’il vous faut pour cette occasion, pour s’évader un peu. Je vous propose sur le blog mon avis sur le dernier roman d’Emma Sternberg, une autrice allemande, qui est publiée chez nous aux éditions l’Archipel, au moins pour ce dernier titre. Il est sorti le 9 mai 2019. Il s’agit d’un roman contemporain sentimental. Je remercie les éditions l’Archipel et la plateforme NetGalley de me l’avoir fait découvrir. Voici son résumé :

Capri, où tout commence… « Auteure cherche assistante personnelle pour des travaux de recherche et de lecture ». Quand elle tombe sur cette annonce, Isa saute sur l’occasion. Qu’a-t-elle à perdre ? Alex l’a quittée car ils ne pouvaient avoir d’enfant et son nouveau job lui fait amèrement regretter la librairie berlinoise où elle travaillait. La perspective de passer un été sous le soleil de Capri dans une superbe villa en bord de mer n’est pas non plus étrangère à sa décision. A son arrivée, Isa découvre qu’elle a été engagée par la célèbre romancière Mitzi Hauptmann qui, à 80 ans passés, a besoin d’aide pour rédiger ses mémoires. En écoutant Mitzi lui raconter sa vie, Isa comprend bien vite qu’elle est hantée par un éternel regret, celui d’avoir laissé filer son amour de jeunesse. Isa part alors à la recherche de cet homme. Peut-être n’est-il pas trop tard… Et qui sait si elle-même ne retrouvera pas le sourire ?

Dans ce roman, nous suivons Isa, une allemande d’une trentaine d’année, qui est perdue dans sa vie. Elle s’est fait larguée par son mari quelques mois plus tôt parce qu’ils n’arrivaient pas à avoir un enfant, et la librairie où elle a dorait travailler à dû fermer, l’obligeait à travailler maintenant dans un kiosque, ce qu’elle n’aime pas vraiment. Isa a besoin de s’évader, d’aller voir ailleurs. Ses amies sont toutes enceintes, avec des enfants, et elle tourne en rond à Berlin. Cela tombe bien, lorsqu’elle tombe par hasard sur Alex, son ex-mari, qui lui annonce qu’il va être père de jumeaux, Isa s’enfuit et tombe sur une annonce un peu étrange : une autrice a besoin d’aide sur l’île Italienne de Capri. Isa se laisse tenter par l’aventure, et contacte l’autrice. Il s’avère qu’elle la connaît et apprécie beaucoup ses ouvrages. Le contact passe bien entre les deux femmes, et voilà qu’Isa s’envole pour Capri. Que va-t-elle y découvrir ? Et si un changement de vie radical se trouvait au bout du chemin ?

je vais commencer cette chronique en vous parlant du personnage de Mitzi, qui est donc l’autrice qu’Isa vient aider à Capri. J’ai été un peu décontenancée par son personnage au début de l’histoire, et aussi à d’autres moments pendant ma lecture. Mitzi est en effet un personnage bien particulier, avec un caractère bien trempé. Elle a beau être âgée, elle ne se laisse pas mener par le bout du nez, elle a même tendance à mener les autres de cette manière. Lorsqu’on la voit, on a tendance à penser que c’est une femme sympathique, une possible grand-mère agréable, mais elle est loin de cette image. Je ne dis pas que Mitzi est un personnage désagréable, mais elle a des sautes d’humeurs qui font qu’elle nous perturbe. Mitzi est en fait un personnage très secret, ce qui fait que cela est étrange qu’elle veuille livrer ses mémoires au monde. Il y a un côté narcissique dans cette idée qu’elle assume, mais à sa manière. Elle ne se livre pas facilement, et c’est Isa qui est obligée de la pousser dans ses retranchements. Mitzi rêve aussi de retrouver son amour de jeunesse, mais elle refuse de le faire, ou qu’Isa l’aide. Mais lorsque celle-ci passe outre son avis, elle en est toute heureuse. En vérité, Mitzi est un personnage complexe, qui passe de la joie à la colère en un clin d’œil. Elle ne sait pas vraiment ce qu’elle veut, si bien qu’elle est au final aussi perdue qu’Isa, sauf qu’elle est persuadée que son âge avancé fait qu’elle n’a plus le droit au bonheur. Mais plus l’histoire avance et plus on s’attache à elle, car on découvre ses faiblesses. J’ai aimé la manière dont elle raconte son enfance, ce qu’elle a vécu et ce qui l’a poussé à devenir comme cela. Tout est fait en délicatesse, sans pathos. C’est intéressant à suivre. Même si Mitzi m’a cependant énervée par moments, avec ses idées préconçues, je l’ai trouvée attachante. On est heureux de la voir heureuse à la fin.

– A ton amour perdu.

– Oui, répond Mitzi simplement.

– Mais cela remonte à… soixante années ! Tu n’as jamais essayé de retrouver Johann ?

– Non, je n’ai… (Elle s’interrompt et hoche la tête) Ca ne s’est pas fait ! élude-t-elle. Et puis j’ai dû prendre ma propre vie en main. Je n’avais rien, aucune formation, aucun projet, aucun but – pas d’avenir. C’est à ce moment qu’a mûri en moi l’idée d’écrire un roman.

Elle me lance un regard alerte, l’air de me dire : Entamons un nouveau chapitre !

Mais je n’entends pas clore le chapitre Johann immédiatement.

– Je comprends, mais, durant ces soixante années, tu dois pourtant bien avoir e l’idée de retrouver la trace de ton amour perdu.

– Pourquoi aurais-je dû ? réplique-t-elle avec sécheresse. Lui non plus ne m’a pas recherchée.

En dépit du ton provocant et de la mauvaise foi de sa réponse, je comprends le message implicite : Mitzi se barricade, elle refuse de se livrer davantage.

– Finalement, ça aurait été beaucoup plus facile pour lui de reprendre contact, ajoute-t-elle d’un ton quelque peu acerbe. J’ai encore vécu tout un temps à Berlin, mes parents étaient des gens connus. Johann n’aurait eu aucun mal à me retrouver.

Venons-en à présent au personnage d’Isa. Dès le début, on est touché par cette jeune femme qui ne croit plus en la vie. Elle est même assez dépressive, lors du début du roman. Isa, qui a été abandonnée par celui qu’elle considérait l’homme de sa vie, n’a plus confiance en l’amour. Et elle subit sa vie, s’attachant de toutes ses forces à un passé révolu. Elle n’ose pas changer son présent, de peur de tout perdre. Et pourtant, elle n’est pas heureuse. Le fait de contacter Mitzi suite à son annonce la surprend beaucoup, car elle n’a normalement pas cette audace. Mais pour une fois, elle ose, et elle a bien raison. Le fait de voir Alex, son ex-mari, avec celle qui porte ses jumeaux est sans doute le coup de grâce pour elle. Heureusement, Mitzi accepte de l’engager, et la voilà partie pour Capri. C’est tout autant un séjour de travail pour elle qu’une manière de se reconstruire. En écoutant les souvenirs de Mitzi, en l’aidant dans la rédaction de ses mémoires, dans les recherches de cet amour passé, et grâce aux personnes qu’elle rencontre sur l’île, Isa va se retrouver face à ses faiblesses, à ce qu’elle n’ose pas affronter, face à ses blessures d’enfance. Elle va devoir se confronter à ces dernières pour pouvoir avancer. Elle va s’apercevoir qu’elle n’a pas fait le deuil de l’enfant qu’elle ne peut pas porter, et qu’à cause de cela, elle s’empêche d’être heureuse. Focalisée sur la maternité qui lui est refusée, elle est persuadée qu’elle ne peut plus être aimée, qu’elle est vouée à être abandonnée par tous les hommes qu’elle rencontre. Or, dans l’île italienne, elle va comprendre que la vie est faite de risques, et qu’elle ne peut pas se focaliser sur ce qui n’est pas, mais sur ce qui est. Cependant, cet aspect du roman est à double tranchant, car on est touché par la détresse d’Isa face à la maternité, mais j’ai aussi trouvé cela un peu agaçant, car cela revient souvent dans le roman. Toutefois, il est compliqué de juger Isa là-dessus, car elle est obsédée par cela. C’est un personnage que j’ai donc apprécié, même si son obsession m’a parfois fatiguée par moment. Mais elle fait partie d’elle et c’est ce qui l’a rend attachante, car elle a des faiblesses qui peut arriver à n’importe qui, des blocages qui l’empêchent d’être heureuse. Son personnage rappelle qu’il faut savoir prendre la vie comme elle vient, et qu’il faut prendre de vrais risques parfois. Je me suis retrouvée dans son personnage, car j’ai tendance, par moment, à penser comme elle.

Pour qui ne l’aurait pas encore remarqué, je ne suis pas vraiment femme à me lancer dans des folies. Au contraire, j’ai besoin de stabilité dans mon quotidien. J’aime me lever tous les jours à la même heure, rencontrer les mêmes voisins à la même heure dans la cour et garder toute l’année les mêmes collègues. J’aime la série télévisée Sur le lieu du crime, et la régularité avec laquelle tous les jours, à 20 heures, est diffusé le journal télévisé. Peu importe ce qui s’est passé, peu importe le chaos qui règne dans le monde. Je me maquille toujours exactement comme j’en ai pris l’habitude à l’adolescence. J’ai toujours, grosso modo, la même coupe de cheveux. Je connais mes meilleures amies depuis l’école primaire et, bien que je ne les voie actuellement pas aussi souvent que je le voudrais, il faudrait qu’elle partent très, très loin et qu’elles aient encore de très, très nombreux enfants pour qu’elles perdent leur place dans mon coeur.

Je suis quelqu’un de fidèle, pas une personne capable de changer de vie sur un simple caprice. Et y-a-t-il de plus grand caprice que de postuler pour un boulot d’assistante d’une écrivaine ?

Ce que j’ai aussi beaucoup aimé dans ce roman, c’est que l’autrice nous emmène à la visite de Capri. Personnellement, c’est une île que je ne connais pas du tout, si ce n’est pas par la chanson qui parle d’elle. J’ignorais ainsi que cette île appartenait à l’Italie. Or, grâce à la plume de l’autrice, qui décrit certainement parfaitement le paysage de l’île, on a l’impression de s’y promener en même temps qu’Isa. On a envie d’y aller, de découvrir à notre tour ce qui ressemble à un petit paradis. Si cela était possible, j’aurais déjà programmer pour mes vacances aller-retour là-bas tellement l’autrice nous vend bien l’île, nous donne envie d’y aller. Ce roman sent donc bon les vacances, la découverte. Et ce que j’aime aimé, c’est qu’elle ne s’arrête pas à la description des paysages de l’île, mais qu’elle parle aussi de la manière de vivre de ceux qui habitent là-bas toute l’année, de leur rapport aux touristes, de la nourriture, de la vie, tout simplement. On a alors l’impression d’y être, de connaître les bons endroits de l’île, les personnes à qui parler. Cela rend le texte très vivant. Et cela forme presque un huit-clos, où tout se trouve finalement sur l’île.

Quelle force habite le vent marin quand, sur le pont d’un bateau rapide, on fend les vagues qui mugissent et qui claquent ! Il me fouette, me décoiffe, chasse a loin toutes les pensées, tous les soucis. Comme si je sortais de mon existence terrestre et ne faisais plus qu’un avec le vent.

Tout là-bas surgissent, émergeant de la brume bleue de la mer, des contours escarpés qui évoquent un fantôme pliant l’échine. Capri. De loin, l’île paraît presque hostile : deux falaises anguleuses qi se dressent au-dessus de l’eau, pareilles aux murailles d’un château fort ou à un dragon endormi, rochers abrupts qui, rudes et durs, s’arc-boutent contre les vagues. Pourtant, à mesure qu’on approche, des tâches vertes de plus en plus nombreuses parsèment la forteresse de pierre. Je m’aperçois que des arbres et des buissons forment, au-dessus des falaises, comme une parure amicale. Je découvre les premières maisons, accrochées aux falaises, oiseaux prêts à l’envol, je vois des villas, des terrasses et des jardins, des vérandas croulant sous les plantes et d’où la vue sur la mer doit être vertigineuse. Marina Grande apparaît – je suppose du moins que le petit village blotti est le petit port où accostent les vedettes venues de Naples, de Sorrente et d’Ischia. Nous doublons des yachts luxueux qui regagnent à petite allure leur point d’attache, nous passons à côté de barques de pêcheurs et de gros bateaux de plaisance qui roulent et tanguent dans le bassin portuaire. J’aperçois de plus en plus de détails : des maisons aux couleurs vives bordant le port, avec, à leur pied, des cafés et des restaurants aux stores flottant au vent. Des parasols inclinés, des devantures colorées, une minuscules bennes à ordures sans portières, à peine plus large qu’une voiture d’enfant; des boutiques e souvenirs aux étalages pleins d’objets kitsch de toutes les couleurs, le port envahi par une foule de promeneurs.

L’écriture de l’autrice est fluide, le roman se lit très bien. Certes, il y a des choses auxquelles on s’attend, des rebondissements qui n’en sont pas vraiment, des éléments prévisibles. A croire que cela est obligatoire dans les romans contemporains de ce style. Personnellement, je ne me souvenais plus du résumé lors de ma lecture, mais certaines informations sont aisément devinables, elles sont sans surprise. Et pourtant, on se laisse facilement embarquer dans l’histoire, et on a du mal à lâcher le roman car on veut savoir la fin. On passe un bon moment avec Mitzi et Isa, sur Capri.

En résumé, c’est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. Il nous amène un dépaysement agréable, on s’attache aux personnages, on rit et on pleure avec eux, on découvre en même temps qu’eux leur force, mais aussi leurs faiblesses. C’est un roman avec plein d’émotion, qui se lit très bien. Je vous le conseille donc pour les vacances, c’est une bonne lecture qui ne pourra que vous plaire. N’hésitez pas à découvrir Capri avec Isa et Mitzi, ainsi que l’histoire de ces deux femmes pourtant opposées, mais qui vont beaucoup apporter à l’une et à l’autre.

Et vous ?

Aimez-vous lire des romans spécifiques pour les vacances ?

Avez-vous des genres que vous privilégiez pour ces moments de détente ?

Aimez-vous lire des romans qui vous font voyager ?

Bon dimanche à tous 🙂

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