chroniques littéraires

Le Signal

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que votre semaine s’est bien passée. Ici, je commence à compter les heures qu’il me reste avec mes classes. D’un côté, c’est agréable de se dire que la fin de l’année approche et que je ne vais plus revoir certains élèves, mais de l’autre, c’est un peu la catastrophe car je me dis que le temps passe très vite et que je n’arrive pas à faire tout ce que je voulais faire. J’ai pris notamment un peu de retard avec une classe et cela me désespère un peu car je ne sais pas comment je vais le combler, même s’il n’y a rien de vital en soi, qu’ils ont vu le plus important.

En parlant de choses vitales, j’ai terminé cette semaine un roman dont je dois absolument vous parler, car il permet beaucoup de relativiser certaines choses, de se dire que tout ce qu’on croit être dramatique n’est au final que peu de choses face à la mort. Et oui, aujourd’hui je vais vous livrer mes impressions sur le roman Le Signal, écrit par Maxime Chattam et publié chez Albin Michel. Il est sorti en fin d’année 2018, en octobre. J’en avais beaucoup entendu sur les réseaux sociaux à l’époque, je ne pouvais donc pas passer à côté de cette histoire, qui saura vous rafraîchir cet été. Voici son résumé :

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Fall. Jusqu’ici, tout va bien. Un vrai paradis.

Si ce n’étaient ces vieilles rumeurs de sorcellerie, ces communications téléphoniques, brouillées par ces cris inhumains, ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse les adolescents, et ce shérif complètement dépassé par ces crimes horribles.

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

Alors, dans cette histoire, nous suivons principalement la famille Spencer, composée de Tom, qui est le père, d’Olivia, la mère, mais aussi Chad et Zoey, leur enfant, et leur neveu Owen, venu s’installer avec eux suite aux décès de ses parents. Voulant fuir New York et une vie trépidante, la famille s’installe à Mahingan Fall, une petite ville de Nouvelle-Angleterre perdue dans une cuvette, cernée de montagnes. Leur installation et leur adaptation à leur nouvel environnement se fait bien, mais des événements étranges commencent à survenir dans la ville, et dans leur maison. Zoey a peur dans sa chambre, Chad se fait mordre par quelque chose d’étrange, et leur chien refuse d’aller dehors. Si ce n’était que cela, mais des crimes sans explication se déroulent en ville. Et voilà qu’un épouvantail menace de tuer Chad et Owen. Que se passe-t-il vraiment à Mahingan Fall ? Est-ce lié à la présence de Salem Village, non loin, et de ses procès pour sorcellerie ? Et si la vérité était bien pire encore ? Une chose est certaine, nous sommes face à un roman d’horreur pure. Le roman se découpe en plusieurs parties, avec celle avec la famille Spencer, celle avec les policiers de la ville, et celle avec les morts.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à vous préciser que c’est mon premier roman de Maxime Chattam. Je n’avais en effet encore rien lu de lui, et je ne savais donc pas réellement à quoi m’attendre en le commençant. Je savais juste que ce roman était effrayant, puisque c’était quelque chose qui revenait souvent sur les réseaux sociaux, et j’avais envie de me confronter à cet univers finalement assez éloigné de ce que je lis d’habitude. Toutefois, j’ai enchaîné ce roman après avoir lu le dernier roman de Stephen King, mais je reviendrai là-dessus car cela risque d’avoir son importance. Je vais donc d’abord vous parler de l’univers de ce roman. Et je peux vous assurer que nous y sommes plongés dès les premières lignes. Je ne vous cache pas que j’ai failli abandonner ce livre dès la première centaine de pages lues. Ce roman n’est pas seulement effrayant, il est aussi très dérangeant. L’univers est assez malsain, et gore. Si vous n’aimez pas l’évocation du sang, cela ne sert à rien de le lire, car de l’hémoglobine, il va en couler énormément dans cette histoire. C’est certainement le premier roman où je lis autant de descriptions de scène d’horreur, de violence, de découpage de corps. Et je suis habituée aux romans policiers. Mais là, nous sommes à un niveau supérieur. Je pense que toute cette violence gratuite m’a un peu dérangée. Alors, certes, le roman fait vraiment peur, mais je crois que la peur n’a pas besoin de sang pour se manifester. Or, ici, nous en avons beaucoup, beaucoup de scènes où le sang coule. Et cela m’a un peu perturbé. En fait, je dirais que trop de sang tue l’effet que cela doit emmener. Cela dégoûte de la lecture du roman. Cependant, l’effet de peur est vraiment bien fait car il ne nous lâche pas, et je dois vous dire que j’ai eu un peu de mal à dormir pendant quelques nuits, et que les images suggérées par cette lecture vont me pourchasser encore un peu. Notre coeur bat à toute vitesse sur plusieurs passage du livre, et c’est glaçant d’imaginer ce que cela serait en réalité, dans notre monde. On a réellement peur et ce but est atteint dès le début.

Lorsqu’il comprit qu’il basculait en direction des enfants monstrueux et lorsqu’il entendit leurs exclamations d’hystérie, Lennox agita les mains comme un chaton cherchant à se retenir avant de chuter dans le vide. L’expression de terreur sur son visage dépassait ce qu’il aurait été possible de supporter pour un adulte.

Plus loin, Steve likait un commentaire sur sa page Facebook et s’apprêtait à ouvrir sa boîte mail lorsqu’il entendit les hurlements.

Sur le coup, il songea à un animal comme un porc ou éventuellement un chien qui venait de se prendre une voiture et qui gisait devant le restaurant, les tripes à l’air et agonisant. Puis, il identifia la provenance et ne vit pas son fils. Son cœur se mit à battre très fort. Alors, il reconnut, au milieu des vociférations insoutenables, ce qui était la voix de Lennox, ou du moins une tonalité qui s’en rapprochait. Mais la souffrance la déformait tant qu’il n’en fut pas totalement sûr.

Le tube du toboggan sautait, pris de convulsions violentes. Des ombres se battaient à l’intérieur.

Enfin, des éclaboussures coulèrent sur les parois, dans le tunnel.

Le temps que Steve se précipite sur l’air de jeux, le sang de son fils coulait en bas du toboggan, et recouvrait les balles en plastique d’une teinte uniforme.

Un beau rouge carmin.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est qu’on est face à tout le Folklore américain, à toutes ces légendes qui peuvent déclencher des peurs, face à toutes ces zones d’ombres de l’histoire de ce pays qui sont à l’origine des histoires d’horreur. Ainsi, celle qui est le plus évoquée est celle de l’histoire de Salem Village, de ces femmes jugées, torturées, assassinées, parce que considérées comme des sorcières. Ceci nous plonge tout de suite dans l’ambiance, mais aussi dans l’histoire sanglante des Etats-Unis, qui devient alors source de mystère. Comment ne pas croire aux fantômes lorsque l’on apprend que dans sa maison à vécu une sorcière possible ? Comment ne pas avoir peur des monstres lorsque l’on évoque le Wendigo et sa soif de sang ? Comment ne pas s’inquiéter lorsque l’on sait que sous le collège, des Indiens ont été massacrés ? L’auteur joue alors parfaitement avec ces peurs, avec ces histoires, pour nourrir celles de ses personnages. De ce fait, ce roman n’est pas seulement une histoire de fantômes ou de monstres, mais bien d’esprit nées de nos cultures, de nos peurs, et que nous avons façonnés. Et ce qui fait que le roman se déroule aux Etats-Unis, à mon avis, c’est parce que cette terre est riche d’histoires monstrueuses, certainement bien plus qu’en Europe, entre les histoires venues des Indiens, celles des Colons, des massacres, des sorcières, du puritanisme et autres. C’est aussi ce qui va faire la variété de l’horreur que nous allons retrouver ici, et le fait que l’on ne sache pas vraiment à quoi nous avoir affaire au début.

– Vous devriez donner dans le sanglant, continua Logan. Et puis ici vous seriez inspiré !

Olivia fronça les sourcils.

– Il y a un taux de criminalité élevé à Mahingan Falls ?

– Plus aujourd’hui, bien sûr, mais dans le genre antécédents lourds, notre casier est plutôt bien chargé : C’est pas Tessa Kaschinski qui vous aurait déballé tout ça, on ne s’en vante pas tant que les nouveaux venus ne sont pas déjà pieds et poings liés chez nous avec leur crédit immobilier : gloussa-t-il. Vous connaissez les sorcières de Salem ? Tout le monde les connaît. Eh bien, Salem est à peine à une vingtaine de kilomètres au sud, et en réalité, la plupart de ces filles venaient d’ici même ! Oui, madame : Sauf qu’on ne pouvait pas les juger sur place, c’était un minuscule patelin à l’époque, alors ils les ont transportées jusqu’à la grande ville la plus proche : Salem. Et puis avant ça, il y a eut les Indiens, le massacre des… c’étaient lesquels déjà ? Les Pennacooks ! Une véritable boucherie. Et pendant la prohibition, Mahingan Falls était un repaire de bootleggers avec les règlements de compte que l’on imagine. J’allais oublier : nous avons aussi abrité Roscoe Claremont, le tueur en série des falaise au siècle dernier.

Je vais à présent vous parler des personnages. Nous sommes face à une famille qui se retrouve rapidement projetée dans l’horreur. Seulement, ils ignorent qu’ils vont chacun affronter, de leur côté, ce qui est surnaturel. En effet, les parents ne vont pas croire immédiatement qu’il y a quelque chose qui ne va pas, alors que les deux adolescents, Chad et Owen, vont le comprendre assez vite. Ils vont alors tout faire pour combattre cete menace. C’est d’ailleurs ce que j’ai beaucoup aimé chez eux, cette manière d’affronter la vérité dès le début, et malgré la peur qu’ils ont, d’y faire face, de se dire tout de suite qu’ils sont menacés de mort et qu’ils doivent attaquer les premiers. De ce fait, Chad et Owen se montrent très courageux, voire même téméraires. Ils se battent comme des adultes face à des créatures dont ils ne savent rien. Et parce que ce sont encore des enfants, ils comprennent plus facilement la menace, ce qu’elle peut être. C’est ce qui est intéressant avec eux, et le fait qu’ils se préparent vraiment à ce qui les attend. J’ai adoré les suivre dans leurs préparations, dans leur compréhension de ce qui se passe. D’autant plus qu’ils mêlent leurs amis à cette histoire, que cela devient une aventure à plusieurs, une histoire qui pourrait tous les tuer. A l’inverse, les parents ne comprennent pas tout de suite ce qu’il se passe, ce à quoi ils sont confrontés. Il faut plus de temps, notamment à Olivia, pour accepter que la menace n’est pas naturelle. On sent que les parents, les adultes, sont plus rationnels. C’est certainement ce qui va leur faire perdre du temps, mais sil savent aussi réagir, contrairement à d’autres. J’ai beaucoup apprécié la personnalité d’Olivia, qui est louve et prête à tout pour protéger sa meute. Ainsi, elle va accepter ce qui semble impossible pour protéger les siens, et même ceux qui se rattache à ce qu’elle considère sa famille. C’est une femme avec un sacré tempérament.

– Jamais on ne trouvera assez d’excuses pour enchaîner les nuits ensemble jusqu’à la rentrée, répondit Connor. Et si l’épouvantail ne débarque pas d’ici là, on fait quoi ensuite ? Non, on ne peut pas attendre.

Tous comprirent que Connor avait un plan plus audacieux, mais à l’air extrêmement grave qu’il arborait, ils surent également que c’était un plan très dangereux.

– Tu veux qu’on y retourne, c’est ça ? percuta Owen.

Connor dévisagea ses copains, un par un.

– Il le faut. Si on reste sans rien faire, il va nous retrouver. Et on va se faire avoir. On n’a pas le choix, en fait. Il faut y aller et faut le détruire.

Corey se raidit.

– Wow ! Le tuer ? Carrément ,

– T’as des scrupules à détruire un monstre, toi ?

– D’abord, c’est quoi des scrupules ?

Owen s’interposa.

– Connor a raison, il faut agir en premier. Avant que l’épouvantail ne nous trouve.

– Et comment on fait ça ? demanda Chad. C’est pas exactement un être normal. Y a pas de mode d’emploi…

En début de chronique, je vous évoquait rapidement l’une de mes autres lectures, le dernier roman de Stephen King. Je n’avais pas spécialement envie de les comparer, d’autant plus que je ne vous ai pas encore fait la chronique de L’Outsider, mais inconsciemment, cette comparaison existe toute de même, même si elle n’est pas voulue. Je précise aussi que je n’ai pas lu les classiques de Stephen King, comme Ça, mais j’ai vu sur quelques avis que beaucoup avait comparé Le Signal à Ça. Ce n’est pas mon cas. Ma comparaison existe car ce sont seulement deux livres que j’ai enchaîné, deux romans dans le même domaine. En effet, nous sommes sur deux romans d’horreur écrits par deux maîtres de l’horreur. Or, il y a quelque chose dans le Stephen King que j’ai préféré par rapport à ma lecture du Signal. J’ai mis du temps avant de mettre le doigts dessus, pour comprendre pourquoi j’avais préféré ma lecture de L’Outsider. C’est parce que le sang est moins présent, c’est certain, mais aussi parce que King joue plus avec le mystère. En ce qui concerne Le Signal, on devine assez aisément ce qu’il se passe, que des êtres surnaturels sont présents et jouent avec les humains. Il m’a manqué tout l »aspect recherche, enquête, qu’on retrouve dans L’Outsider. En vérité, j’ai eu l’impression que cela était relégué en arrière plan, que tout était misé sur l’horreur, et moins sur l’enquête policière pourtant mise en place. Or, j’avais certainement besoin que tout ne se joue pas sur l’horreur, sur la peur mise en place, mais qu’on en sache plus sur les créatures, même si beaucoup d’informations sur données, mais pas toutes. Le fait de creuser davantage le récit policer m’a manqué, et le fait d’avoir lu d’affiler ces deux romans m’a permis de le comprendre, c’est pour cela que j’avais besoin de vous parler de cette comparaison.

En résumé, c’est un livre qui m’a beaucoup marqué, où j’ai été entraîné dès le début dans l’univers, mais où j’ai aussi noté des choses qui me déplaisaient. C’est une bonne lecture, qui fait peur, que j’ai pris plaisir à lire, mais dont je suis soulagée d’être parvenue à la fin. Je me suis attachée à certains personnages, pas à tous, et j’ai parfois été déçue de la manière dont c’était traité. Je vous conseille ce roman si vous aimez ce genre de roman, et j’attends de savoir si les choses que j’ai remarqué dans cette chronique vous ont gêné ou pas. Ce roman reste intéressant à lire et c’est un bon roman.

Et vous ?

Lisez-vous ce type de roman ?

Qu’aimez-vous retrouver dans ces lectures ?

Au contraire, que n’aimez-vous pas retrouver dans ces romans ?

Qu’est-ce qui peux vous plaire dans ces récits ?

Bon dimanche à tous 🙂

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4 réflexions au sujet de « Le Signal »

  1. Perso j’adore Chattam. L’histoire de ce livre fait peur, mais beaucoup moins que ceux où il y a des enquêtes judiciaires, car cela reste une fiction. Lit la « conjuration primitive » , mais évite de penser que c’est peut-être tiré de faits pas tout à fait irréelles.

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