chroniques littéraires

Celle qui voulait conduire le tram

Bonjour tout le monde. J’espère que vous passez un excellent weekend prolongé, et surtout que vous avez la chance de ne pas travailler demain. Je sais que cela n’est malheureusement pas le cas pour tout le monde. Or, c’est toujours bien de profiter des jours fériés, d’autant plus qu’on entre dans une période où il va il y en avoir presque toutes les semaines. Pour ma part, cela me décale un peu. Les vacances plus les jours fériés font que je ne sais plus quel jour nous sommes. Heureusement que j’ai le blog pour m’en rappeler. Vivement mardi et le retour au collège pour retrouver un rythme plus normal.

Justement, en parlant de collège, j’ai profité de mes vacances pour lire un roman que j’ai emprunté à mon CDI. C’est justement un livre pour les collégiens, ou même les lycéens et les plus vieux. Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de la guerre. Si vous me suivez depuis longtemps sur ce blog, vous devez savoir que ce n’est pas un sujet qui me plaît beaucoup, surtout si l’on parle de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale, toujours orientée dans un seul sens. Or, ce qui m’a plut dans ce roman, qui m’a donné envie de le lire, c’est justement parce qu’il aborde la guerre sous guerre sus un autre angle, avec notamment ses conséquences. Ce roman, intitulé Celle qui voulait conduire le tram, a été écrit par Catherine Cuenca et est sorti en octobre 2018 aux éditions Talents Hauts. Le roman est soutenu par Amnesty Internationale. Voici son résumé :

1916 : les hommes sont mobilisés sur le front. À l’arrière, les femmes prennent la relève. Parmi elles, Agnès est embauchée comme conductrice de tramway. Lorsque son mari, Célestin, rentre blessé de la guerre, il supporte mal qu’elle gagne plus que lui. Une fois la paix revenue, Agnès est renvoyée : les hommes doivent retrouver leur place. Révoltée par cette injustice, elle s’engage dans le mouvement des suffragettes. C’en est trop pour Célestin.

L’histoire se passe pendant la Première Guerre Mondiale et après sa fin. Nous suivons le personnage d’Angèle, une jeune ouvrière qui, à cause du manque d’hommes suite à leur mobilisation sur le front, se retrouve à piloter un tram à Lyon. Il faut savoir que cela était un métier d’homme, tout comme celui de contrôleur. Les femmes n’avaient pas le droit de l’exercer, normalement. Mais le temps de guerre est loin d’être normal. Or, Angèle prend goût à son nouvel emploi, qu’elle adore. Et à la liberté que cela occasionne. Mais lorsque son mari rentre chez lui, blessé, avant la fin de la guerre, il n’a qu’une hâte, qu’elle le rejoigne à l’usine, comme avant. Et lorsque la guerre se termine, Angèle est en effet renvoyée et n’a d’autre choix que d’obéir à son mari. Seulement, maintenant que ses yeux sont ouverts et qu’elle a pris conscience que son rôle ne se limite pas à celui d’épouse ou de mère, qu’elle peut faire les mêmes choses qu’un homme, Angèle va rejoindre le mouvement des suffragettes. Et se battre pour ses droits.

Je vais commencer cette chronique par vous parler de ce qui m’a beaucoup séduit dans cette histoire. Je trouve cela très intéressant de parler de la guerre de cette manière, en évoquant les femmes qui sont restées derrière afin de s’occuper du pays. En effet, j’ai l’impression que l’on parle plus souvent des troupes françaises, de ceux qui ont combattus, dans les quelques romans qui existent sur la Première Guerre Mondiale, et ils sont moins nombreux que ceux parlant de la Seconde Guerre. Je trouve donc cela original, et surtout pédagogique, d’évoquer ces femmes sans qui le pays n’aurait pas pu continué à fonctionner. On oublie en effet souvent que ce sont elles qui ont tout fait. Et c’est bien de rappeler qu’elles n’avaient pas forcément le choix. Même si Angèle choisie de devenir contrôleuse, elle se retrouve conductrice parce qu’il n’y a plus d’homme. Elle n’a pas choisi cet état de fait, elle ne s’est pas battu pour. Au contraire même. Seulement, la guerre ne lui laisse pas le choix, et cela lui permet de se rendre compte qu’elle a les mêmes capacités qu’un homme. Le roman permet alors de comprendre comment on en arrive, en France, aux suffragettes. Cette histoire raconte le combat d’une femme pour ses droits, à partir de ce qui est arrivé pendant la Première Guerre. On voit ainsi à quelles difficultés elles se sont confrontées, aussi bien politiques que morales. Car on se rend assez vite compte que ces femmes qui exercent un métier d’homme ne sont pas appréciées. Et cela est d’autant plus criant après l’arrêt de la guerre, où elles sont toutes remerciées et s’aperçoivent de ce que l’on raconte dans leurs dos. Lorsque Angèle retourne à l’usine, elle voit que toutes ses collègues la méprisent pour ce qu’elle a fait. Cela démontre toute la complexité de cette époque, où certaines se sont rendus compte de leurs capacités, et d’autres ne veulent surtout pas en entendre parler. Et cela est encore plus évident dès que le vote des femmes est évoqué. Beaucoup de femmes ne veulent pas en entendre parler. Cela est donc intéressant de plonger dans le mouvement des suffragettes et de comprendre comment les femmes ont pu se battre pour ce droit aujourd’hui acquis, droit qu’elles n’ont pas obtenus tout de suite.

– Nous sommes sur la bonne voie ! Apporte-moi les draps dès que tu le peux. Et n’hésite pas à parler de la manifestation aux femmes de ton usine.

– C’est inutile, soupire Agnès. Aucune ne comprend ce combat.

– Pourquoi ? C’est l’intérêt de toutes les femmes qui est en jeu !

– Mes camarades se satisfont de leur sort. Comme moi, avant la guerre, ajoute la jeune ouvrière dans un souffle.

La conflit avait creusé un fossé infranchissable entre elle et ses collègues d’atelier. Ces dernières la regardaient de travers parce qu’elle leur avait faussé compagnie pour exercer un métier de privilégié, jugé contre-nature par-dessus le marché. A l’usine, elle avait retrouvé des femmes qui ne s’offusquaient pas de toucher une paie deux fois inférieure à celle des hommes. Beaucoup d’entre elles se plaignaient de devoir travailler pour assurer les revenus du ménage et vivaient comme une malédiction le fait de délaisser leur foyer dix heures par jour. Elles ne comprenaient pas que c’était là le chemin vers leur indépendance et leur liberté…

Je vais à présent vous parler de l’héroïne, Angèle. Lorsque l’histoire commence, nous sommes en 1945, avec Luce, la nièce d’Angèle. On comprend rapidement qu’Angèle a disparu en 1919, et qu’elle est certainement morte. Le récit a alors pour but de ne faire comprendre qui était Angèle et quelle personnalité elle avait. On découvre alors une jeune femme aimante, prête à tout pour son mari. C’est même pour lui qu’elle décide de devenir contrôleuse, afin d’avoir plus d’argent qu’en travaillant à l’usine, dans le but de lui envoyer plus de colis. Au fil du récit, elle devient plus courageuse, son travail en temps que conductrice de tram lui donne plus de confiance en elle. Lorsque son époux, Célestin, revient de la guerre, elle est aux petits soins avec lui, mas commence déjà à s’opposer à lui. Et lorsque la guerre se termine et qu’elle est remerciée, obligée de retourner travailler à l’usine, Angèle se révèle combative et rebelle. Elle ne supporte plus sa vie et les injustices d’être une femme. Elle s’engage alors à changer sa condition, à donner plus de droits aux femmes. Bien sûr, elle a aussi beaucoup de doutes. Par moments, elle a l’impression de faire des choses contre nature, immorales, mais elle sait aussi qu’elle n’a pas le choix si elle veut prendre sa vie en main. C’est ce qui doit la mener vers la libération. Elle n’hésite alors pas à sortir du statut de femme servile dans lequel elle était enfermée. Je me suis beaucoup attachée à elle, à son combat et à ses idées. Elle ne se laisse plus marcher sur les pieds et ose se rebeller contre l’ordre établi, alors que c’est loin d’être simple.Elle a un esprit révolutionnaire que l’on voudrait suivre.

Les deux policiers se regardent, visiblement amusés. Puis ils se dirigent vers Renée d’un pas assuré. Quant le policier moustachu s’approche de son amie, Agnès s’interpose.

– Vous ne l’arrêterez pas !

– le travestissement est interdit pas la loi, madame.

– C’est peut-être la loi, mais cette loi est injuste !

– Je ne tiendrai pas compte de vos propos, madame, réplique le policier avec condescendance. Vous avez manifestement perdu l’esprit.

A ces mots, la révolte submerge Agnès.

– Je vous défends de me parler sur ce ton ! hurle-t-elle.

Saisissant sa pancarte, elle l’abat sur la tête du policier. Touché à la tempe, l’homme vacille. Renée en profite pour le repousser sans ménagement, tandis que son collègue essuie une gifle magistrale de Marthe.

Venons-en à l’autre personnage central, qui est celui de Célestin. On ne le voit pas dans la première partie du roman, puisqu’il est au front, mais à son retour, il prend de plus en plus de place dans la vie d’Angèle. Après tout, c’est son mari, mais une chose est certaine, cela ne lui plaît pas du tout qu’elle ait le métier d’un homme. Il écoute beaucoup les commérages de l’usine, et cela le pousse à être méchant, mesquin, avec son épouse. Et même à se montrer violent. Ce n’est pas un personnage que j’ai apprécié, et cela est fait exprès. A aucun moment, on ne peut éprouver de la sympathie pour lui, sauf peut-être lorsqu’il rentre blessé et infirme du front. De ce fait, il est peut-être un peu cliché, le symbole du mari violent qui en arrive à frapper sa femme, à l’empêcher de sortir. Evidemment, il boit beaucoup trop aussi. C’est vraiment l’archétype du sale mari, du personnage qu’on a envie de voir disparaître. C’est peut-être un peu facile de la part de l’autrice, même si cela marche forcément, on déteste rapidement Célestin. Mais d’un autre côté, sa facette d’homme violent est ce qui va pousser Angèle à se battre. Il a donc un rôle important dans cette histoire, car sans lui, Angèle ne se serait pas engagée chez les suffragettes et serait restée l’épouse servile qu’elle était. Il est le mécanisme qui met l’histoire en branle, cette partie sur le droit des femmes, et permet aussi de rappeler qu’à cette époque, la femme appartenait à son mari, qu’il avait presque tous les droits sur elle et qu’elle ne pouvait pas divorcer comme elle le souhaitait. Cela se ressent d’autant plus dans les articles que lit Luce concernant la disparition de sa tante, lorsque les policiers écartent tout de suite l’idée que Célestin ait pu faire du mal à sa femme, et que la coupable, ça ne peut être qu’elle. Célestin est donc le personnage qui pousse à la révolte, à la répulsion aussi.

– Te voilà enfin ! clame une voix lourde de sommeil.

Célestin s’approche de sa femme, l’air suspicieux. Une aigre odeur de vin se dégage de ses vêtements chiffonnés. Désormais, c’est chaque soir qu’il s’arrête au bistrot en rentrant du travail. De retour chez lui, il s’affale dans un fauteuil, étourdi par l’alcool, et dort parfois jusqu’à la nuit.

– Où t’étais passée ? s’enquiert-il brutalement.

– J’étais à l’épicerie, répond Agnès, déconcertée. Il manquait de la farine et du sucre. Pourquoi cette question ? Qu’est-ce qui t’arrive ?

– Il m’arrive que je déteste ta façon de sortir en douce !

– Tu dormais et j’allais juste faire une course à deux rues d’ici. Je n’allais pas te réveiller pour ça !

Célestin roule des yeux furieux.

– Tu aurais dû ! braille-t-il. A partir de maintenant, je veux que tu me préviennes quand tu sors !

– Pour quelle raison ?

– Tu veux me faire tourner en bourrique ou quoi ? Je te rappelle qu’on est mariés ! Tu as peut-être pris des habitudes en mon absence, mais c’est fini aujourd’hui ! Je veux savoir où tu vas !

(…) Célestin… Agnès referme lentement les portes du placard. Célestin est son époux. Pour autant, a-t-il le droit de contrôler ainsi ses faits et ses gestes ? Bientôt, si elle n’y prend pas garde, il lui interdira de sortir sans sa permission ! Peu à peu, le trouble laisse place à la colère. Il a suffi d’un instant pour balayer huit jours d’hésitations et de scrupules. Demain, elle sera au rendez-vous fixé par Renée. Ensemble, elles assisteront à la réunion de Madeleine Pelletier.

Le roman se lit très bien, rapidement, et il est très accessible aux collégiens. On prend plaisir à suivre l’écriture de l’autrice. Le texte est fluide. Je regrette toutefois que l’aspect roman policier, que l’on a lorsque l’on commence notre lecture, ne soit pas plus mis en avant. J’aurais en effet aimé suivre Luce dans ses investigations. J’aurais aussi souhaité que les suffragettes soient plus développées. Je suis restée un peu sur ma faim, d’autant plus qu’à un moment, nous avons la comparaison avec le Royaume-Uni, dont les femmes ont le droit de vite plus que chez nous. J’aurais aimé que soit développé un peu plus le pourquoi cela a été aussi compliqué à mettre en place en France, ce qui a bloqué. Cela aurait été possible avec la vision de Célestin sur ce droit acquis de l’autre côté de la manche, et même de l’Atlantique. Mais ce n’est que mon avis, je trouve en effet que cela manquait un peu. Cependant, on apprend pleins de choses avec ce roman sur les droits des femmes et leur liberté, comme le fait qu’elles ne pouvaient pas porter des pantalons et que si c’était le cas, c’était soit des inverties, ce qui était déjà horribles, soient des lesbiennes, ce qui était encore pire. On a, avec ce récit, un autre regard sur ces droits auxquels nous ne pensons plus.

En résumé, c’est un roman que j’ai bien aimé. Certaines petites choses m’ont dérangée, mais ce roman est plaisant à lire et possède réellement un aspect pédagogique intéressant. Il permet de mieux comprendre notre histoire et de dévoiler le personnage d’une femme forte et courageuse, avide de liberté. Je le conseille aux plus jeunes afin qu’ils comprennent que tous nos droits ont une histoire et que des gens se sont battus pour les acquérir, et se battent aussi pour les préserver. Dans le même registre, pour les plus autres lecteurs, il y a La vieille dame qui avait vécu dans les nuages, qui parle de ces femmes, aux Etats-Unis, qui se sont battues, engagées dans l’armée pour participer à la seconde Guerre Mondiale et qui se sont aussi battues pour leurs droits.

Et vous ?

Lisez-vous des romans parlant de l’histoire de France ?

Lisez-vous des romans féministes ?

Qu’aimez-vous dans ces histoires ?

Bon dimanche de Pâques à tous 🙂

3 réflexions au sujet de « Celle qui voulait conduire le tram »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s