chroniques littéraires

Qui ne se plante pas ne pousse pas

Bonjour les amis. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez un bon weekend. Pour ma part, je sais déjà que ce dernier va être trop court. Cela est la faute au changement d’heure. Je déteste passer à l’heure d’été. Vivement que cela soit supprimé. D’autant plus que je ne comprends pas le principe, puisque nous sommes décalées de deux heures avec le soleil. Mais bon, il paraît que c’est pour l’électricité. J’espère juste qu’on ne restera pas à l’heure d’été pour toujours, une fois que le changement d’heure n’existera plus.

Aujourd’hui, je vous retrouve sur le blog pour vous présenter une nouvelle chronique littéraire. Je vais en effet vous parler d’un roman que j’ai lu ce mois-ci, et que je compte bien me faire dédicacer samedi prochain au salon du livre de Montaigu. C’est un roman que j’ai dans l’ensemble aimé, même si certaines petites choses m’ont manquées. Je tiens à préciser que c’est le premier roman que je lis de cette autrice. Ce roman, c’est Qui ne ne plante pas ne pousse pas, de Sophie Tal Men. C’est une autrice dont j’avais hâte de découvrir la plume. C’est son dernier roman, qui est sorti fin février 2019 chez les éditions Albin Michel. Voici son résumé :

Lorsqu’elle apprend qu’elle est malade, Jacqueline mesure plus que jamais le prix de chaque instant. Au crépuscule d’une vie riche d’expériences et de souvenirs, elle veut faire partager son goût du bonheur aux deux êtres qui comptent le plus à ses yeux. Alexandre, le garçon qu’elle a élevé, jeune interne en médecine, et Margaux, sa petite-fille, qui travaille dans l’illustre chocolaterie familiale. Tous deux ne sont qu’à la moitié du chemin et déjà happés par leur vie professionnelle ! Depuis les falaises du Cap Fréhel où la vieille dame les a réunis, elle met sur pied un projet un peu fou pour qu’enfin ils ne s’empêchent plus de rêver et écoutent battre leur coeur. Car savoir qui on est, c’est savoir où on va… sans redouter les obstacles qui vous font grandir !

Dans ce roman, nous suivons donc trois personnages : Jacqueline, la grand-mère un peu fantasque qui est mourante, Alexandre, le petit-fils qu’elle n’a pas eu mais qu’elle adore, qui est sur le point de se marier, et Margaux, la petite-fille prodige fan de chocolat qui est toujours en voyage d’affaire dans le monde entier. Jacqueline, en apprenant la maladie qui va la tuer, décide de réunir sa famille, soit Alexandre et Margaux. Mais comme elle ne fait pas les choses à moitié, c’est la rencontre d’eux-même qu’elle cherche à organiser. Ainsi, elle va d’abord mener un jeu de piste afin que ces deux-là se retrouvent, et comprennent ce qui est évident : ils doivent grandir et reprendre le contrôle de leur vie, devenir enfin heureux. Car Jacqueline, en bonne personne âgée, sait bien que ses deux petits-enfants ne sont pas heureux et qu’ils ne leur manquent pas grand chose pour le devenir.

Je vais commencer cette chronique par vous parler du personnage de Jacqueline. Après tout, c’est par elle que l’histoire commence, c’est elle qui tire les ficelles, du moins au début. C’est une femme âgée, vivant seule, en Bretagne, c’est une excellente cuisinière, une femme qui adore sa famille, mais surtout qui est excentrique. Cela se remarque lorsqu’elle rend visite à Alexandre, elle ne passe pas inaperçue. Elle a encore un côté très enfantin, qui fait qu’elle se moque de ce que peuvent penser les autres. Elle est libre mentalement. Elle a aussi un caractère très fort. Elle assume toutes ses actions et va jusqu’au bout de ses idées. C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé, notamment grâce à cette excentricité, ce grain de folie qu’elle garde jusqu’au bout. On peut croire qu’elle fait de l’ingérence en cachant sa maladie à ses petits-enfants, au début, et en les envoyant à sa recherche à l’autre bout du monde. C’est certain que Jacqueline a envie de contrôler certaines choses, mais elle le fait pour la bonne cause, parce qu’elle a envie d’aider, de faire comprendre certaines choses évidentes aux autres. Après, a-t-elle raison ? Le lire nous le dira. Sa méthode n’est peut-être pas la meilleure. Mais elle a le mérite d’essayer. Et de rester fidèle à elle-même. J’ai apprécié qu’elle ne se laisse pas abattre par la maladie, qu’elle ait ce besoin à tout prix de résoudre certaines choses avant la fin. C’est un personnage super positif et je pense qu’on aimerait tous lui ressembler si un tel événement devait nous arriver. J’ai apprécié les indices qu’elle laisse sur son chemin, ses proverbes qui suivent sa route. C’est un personnage plein de sagesse. Elle représente la grand-mère qui donne ses conseils de manière sage, celle qui écoute, celle que finalement on voudrait tous avoir. Même en sachant la fin, qui ne peut être que fatale pour elle vue sa maladie, on ne peut n’être que touchée par ce qui lui arrive. Personnellement, cela m’a ému. J’ai été triste. Toutefois, j’ai été un peu déçue, parce que je trouve que, finalement, elle n’est pas assez présente dans le roman. J’auras souhaité qu’elle soit plus là, qu’on la voit plus. Mais après tout, c’est normal, car ce n’est pas son histoire qui nous est raconté, mais celle de Margaux et d’Alexandre.

A travers la porte Alexandre aperçut la marquise, tout sourire, assise droite sur son brancard. Rien ne manquait à la panoplie : sa robe bustier, ses rubans autour du cou et son chignon frisé sur le dessus. Pourquoi cet accoutrement et cette moue de petite fille espiègle ? Pourquoi cela ne lui disait rien qui vaille ? Comme la tâche de sang qui maculait sa cheville.

– Jacqueline ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu es tombée ? De plus près, l’hémoglobine semblait épaisse et crémeuse. Avec une étrange odeur de sauce tomate. Et ce rouge, ce n’est pas du sang !

– Du ketchup, mon garçon ! Bon diagnostic, bravo !

Je vais à présent vous parler de Margaux. C’est un personnage avec qui j’ai eu un peu plus de mal. En effet, j’ai trouvé dès le début qu‘elle était un peu imbue d’elle-même. Elle est persuadée que sa vie est parfaite, qu’elle n’a rien à changer. Or, elle ne se pose jamais, ne vit que pour son travail, n’a pas d’amis, passe son rare temps libre avec son cousin, et enchaîne les relations qui ne durent qu’une nuit. On sent tout de suite qu’elle a des choses à régler mais elle se voile la face, persuadée qu’elle ne peut pas faire autrement, et qu’elle aime sa vie, alors qu’en fait, elle est épuisée de courir sans cesse. On comprend peu à peu pourquoi elle est comme ça, la pression qu’elle se met sur les épaules. Toutefois, cela ne m’a pas aidé à l’apprécier plus que cela. En fait, Margaux m’a quelques fois bien saoulée. On a envie de la bousculer, de lui faire entendre raison, car elle est très têtue. Elle est aussi la petite fille gâtée, et elle agit un peu de la même façon avec les gens qu’elle le ferait avec des objets. Cela se voit dans la manière dont elle traite son assistante, Sandy. Et pourtant, elle n’est pas une patronne casse-pied. Mais elle attend qu’on puisse répondre à chacun de ses désirs dans l’heure. Cependant, elle a une histoire touchante, et c’est un personnage intéressant lorsqu’elle baisse les armes. Seulement, elle a une sacrée fierté et j’ai trouvé qu’elle mettait beaucoup de temps avant de percuter qu’elle ne va pas bien. On a l’impression qu’elle sait tout mieux que tout le monde, ce qui m’a un peu agacé. Mais comme je le disais, cela s’explique par son histoire. J’aurais aimé que cette dernière soit un peu plus étoffée, plus décrite, car elle n’est finalement évoquée qu’à certains moments, en filigrane. Peut-être que si on avait eu plus de souvenirs de Margaux jeune, de sa fragilité, cela m’aurait aidé à apprécier son personnage plus tôt. Toutefois, je dois reconnaître qu’elle a une belle évolution et que j’ai nettement préféré la Margaux de la fin de l’histoire que celle du début.

– Et Sandy ? Où est-elle ?

– Je lui ai donné quelques jours de congés.

– Maintenant ? Je croyais que…

– Margaux, c’est Noël, au cas où tu l’aurais oublié ! Elle a bien le droit de passer les fêtes en famille !

La marquise haussa les épaule d’une moue contrariée. Une famille ? Depuis qu’elle travaillait à ses côtés, Sandy avait su se rendre indispensable. Une présence qui la rassurait. Une force tranquille. Mais qui était-elle réellement ? Elle s’en voulut de n’avoir jamais pris la peine de l’interroger. A force de se focaliser sur son travail, elle avait tendance à oublier qu’on puisse avoir une vie à côté. Pourquoi ne lui avait-elle pas dit qu’elle désirait rester ? Sans doute pour ne pas l’inquiéter. Noël. Voilà plusieurs années qu’elle ne le fêtait plus. Depuis la mort de sa mère, rentrer dans une église lui était impossible. Et à quoi bon s’offrir des cadeaux quand on ne croyait plus au Père Noël ? Elle se demanda ce qu’avait penser Sandy en l’entendant perdre ses moyens, la veille au soir ? S’en était-elle réellement rendue compte ? Une telle peur panique, c’était la première fois que cela lui arrivait. Un tel sentiment de vulnérabilité. Et si Alexandre avait raison ? Si elle n’était pas si infaillible que ça ? A cette idée, un frisson la parcourt, et elle s’efforça de sourire pour masquer son trouble.

Passons à présent au dernier membre du trio. Alexandre est un personnage que j’ai immédiatement aimé. On sent tout de suite qu’il est perdu dans sa vie, qu’il ne sait plus comment en reprendre les rênes et qu’il se laisse vivre. Cela s’aperçoit dès qu’on le découvre, lorsqu’il évoque son futur mariage. C’est un personnage qui se noit. On ne peut donc n’avoir que de l’empathie pour lui. Lui aussi on a envie de le bousculer, mais pas de la même manière que Margaux, puisque Alexandre se rend bien compte qu’il ne va pas dans la bonne direction, alors que Margaux y fonce sans se poser de question. Alexandre se pose beaucoup de questions sur sa vie, il sait, d’instinct certes, que quelque chose ne va pas dans sa vie, même s’il a besoin de l’aide de Jacqueline pour comprendre ce qui lui manque. Je l’ai trouvé plus attachant justement à cause de toutes ces interrogations. J’ai aussi beaucoup aimé sa relation avec Jacqueline, qui n’est pas sa grand-mère, mais qui est tout comme. On sent qu’ils sont très proches, même si la vie les a éloigné. Et c’est la même chose avec Margaux. Je me suis sentie proche de lui car, finalement, c’est la vie qui lui a fait prendre la mauvaise direction. Il a voulu faire comme tout le monde, et avec son métier prenant, puisqu’il est médecin à l’hôpital, il n’a pas pris du recul sur certaines choses. Sa petite-amie voulait se marier, il n’a pas su dire non. Cela est la même chose pour son travail. Nous vivons dans un monde avec un rythme effréné et cela porte préjudice à certaines personnes comme Alexandre. Heureusement, il se reprend, avec l’aide de Jacqueline. On a envie de l’aider, nous aussi. Ce ce qui le rend si sympathique, c’est qu’il ressemble finalement à n’importe lequel d’entre nous.

Les habitudes du quotidien, voilà ce qu’il s’apprêtait à découvrir en se mariant. Que connaissait-il d’Hortense ? Sa façon d’être en vacances, ses envies, ses projets. Mais comment était-elle réellement dans la vie de tous les jours ? En robe de chambre à partir de dix-sept heures ? Pourquoi cette tenue le rebutait autant ? Sans doute parce que – pour lui – elle avait une autre connotation. Avec, pour décor, une chambre d’hôpital. Le « dress code » de ceux qui sont déjà trop faibles pour s’habiller. Pourquoi ne s’était-elle pas changée avant de l’appeler ? L’effort de séduction disparaissait-il, une fois la bague au doigts ? Mince, sa bague ! Où l’avait-il posée déjà ? Il cacha sa main gauche derrière son dos – trop loin pour accéder à sa table de nuit – et reprit le fil de la conversation.

Je vais enfin vous parler de la plume de l’autrice. Je ne vous cache pas que j’ai eu du mal à me plonger dans le roman. Alors, après, à chaque fois que j’essayais de le lire, j’étais interrompue par des actions extérieures. Peut-être que c’est pour cela que j’ai eu du mal et que j’ai été obligée de forcer ma lecture. Toutefois, une fois que j’ai été bien plongée dedans, j’ai eu du mal à le lâcher. Je voulais voir jusqu’où aller Jacqueline allait mener Margaux et Alexandre. Une fois que leur enquête se met en place, on a forcément envie de savoir la suite. De plus, j’ai adoré la visite de Cuba faite par nos deux jeunes adultes. L’autrice nous donne vraiment envie de visiter ce pays, de marcher sur les traces des trois personnages. Comme eux, on veut visiter la ville, sentir le soleil sur notre peau, découvrir cette autre culture, sentir les arômes de la nourriture, des fleurs, et nous mélanger à la population locale. C’est un pays qui ne m’attirait pas vraiment, mais l’avoir découvert de cette façon-là me donne envie d’y aller. C’est la même chose avec le chocolat, domaine de prédilection de Margaux. Bon, je suis déjà une fan du chocolat, mais c’est intéressant de le voir d’une autre manière, à travers ceux qui le travaillent, qui le vendent. C’est une jolie découverte. Les sentiments des personnages sont comme les paysages, bien décrits, bien menés. On se doute de la fin, mais c’est bien fait, avec les doutes d’Alexandre et de Margaux, avec leur tristesse aussi. La mort de Jacqueline, qui est donc prévisible, est touchante et triste sans en faire trop, sans qu’on s’arrête là-dessus, sans qu’on ne pense qu’à cela. Elle est belle sans durer trop longtemps. On est ému, mais sans que cela soit cliché. Tout est bien dosé et montre que la vie doit continuer. C’est aussi un titre avec de l’humour, qui permet de contrebalancer la fatalité de la fin. Et cet humour s’accorde parfaitement avec le ton de l’histoire, osant ainsi nous faire sourire, alors que l’histoire est toute de même triste. Les personnages secondaires sont attachants aussi, surtout Sandy et Raphaël, je n’ai pas été fan d’Hortense, la promise d’Alexandre, que j’ai trouvé encore plus horrible que Margaux. Ceci permet encore plus d’apprécier le roman. C’est donc un roman qu’on prend vraiment plaisir à lire, bien mené.

En résumé, c’est un roman que j’ai apprécié. Certaines petites choses m’ont dérangées, comme le fait qu’on ne voit pas assez Jacqueline ou que Margaux est un peu agaçante au début, mais dans l’ensemble c’est un bon roman, plein de positivité malgré la tristesse et la mort qui règne sur Jacqueline. On n’est pas loin du roman feel-good, un roman à lire pour se faire du bien. C’est une lecture que je conseille et qui ne peut que plaire.

Et vous ?

Aime-vous les romans dont la fin est prévisible ?

Est-ce que la mort annoncée d’un personnage dès le début vous dérange ?

Aimez-vous les feel-good ?

Que cherchez-vous dans de telles histoires ?

Bonne semaine à tus 🙂

2 réflexions au sujet de « Qui ne se plante pas ne pousse pas »

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