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Evie

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Bonjour les amis. J’espère que vous allez tous bien et que vous profitez bien de vos vacances, pour ceux qui ont la chance d’en avoir. Ici, tout va bien, le soleil brille assez souvent et nous pare de ses couleurs automnales. On attend juste que les températures baissent encore pour se croire réellement en automne. Sinon, ma pile de copies à corriger descend petit à petit, et je peux déjà vous assurer que donner des notes, ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Je suis une sentimentale et je regrette de mettre certaines notes, mais il faut les faire progresser, mes élèves, et quand ils répondent à côté, je n’ai pas vraiment le choix.

Aujourd’hui, on va rester dans le thème de l’enfance avec un roman que vous avez souvent vu ces dernières semaines dans mon C’est Lundi, que Lisez-vous? En effet, c’est un roman que j’ai commencé en septembre et que je viens tout juste de terminer. Non pas que l’histoire ne soit pas bonne, c’est juste que j’ai lu d’autres livres entre temps. Ce roman, c’est un polar qui s’intitule Evie. Aujourd’hui, je vous en propose enfin la chronique. Ce roman a été écrit par K. L. Slater et est sorti aux éditions Milady, en août 2018. Merci aux éditions Milady et à la plateforme NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman. Voici son résumé :

La personne que vous aimez le plus au monde est en danger…

Il y a trois ans, la petite Evie, 5 ans, a disparu en sortant de l’école. La police n’a jamais réussi à la localiser. Aucun indice, aucune piste. Rien. La petite s’est évaporée. Mais Toni le sait : sa fille est vivante. Encore faudrait-il qu’elle puisse l’exprimer ! Car Toni est enfermée dans un terrible silence. Personne ne l’écoute, personne ne l’entend. Pourtant, Evie a besoin d’elle. Toni doit réaliser l’impossible si elle veut la sauver.

Nous sommes en Angleterre. Toni et sa fille Evie viennent de déménager afin de se rapprocher de la mère de Toni, qui les aide beaucoup. Car Toni a beaucoup de mal à relever la pente depuis que son mari, soldat, est mort en Afghanistan. Pour tenir le coup, elle se bourre de médicaments, sans le dire à personne. Mais son attitude ne trompe pas, surtout lorsqu’Evie est obligée de la réveiller en pleine journée. Ce déménagement, c’est l’occasion de prendre un nouveau départ. Et pour Evie, le fait de rentrer dans une nouvelle école. Or, quelques semaines plus tard, Evie disparaît. Personne ne sait où elle est. C’est comme si elle n’avait jamais été là. Que c’est-il passé ? Où est la petite fille ? Et qui a oser l’enlever ?

Ce roman se découpe en trois temps qui se mélangent dans le récit. Nous avons d’abord Toni, qui raconte ce qui est arrivé il y a trois ans, puis l’institutrice assistante d’Evie, qui parle elle aussi, et enfin ce qu’on suppose être Toni, trois ans après l’enlèvement d’Evie, plongée dans un coma d’où elle tente de sortir. Nous alternons ainsi entre le passé et le présent, dans le but de comprendre ce qui a pu arriver à cette petite fille. Dans sa construction, il m’a un peu fait penser à Une Seconde de Trop

Je vais d’abord commencer cette chronique par vous parler de Toni. Dès le début, on sent que cette mère est dépassée. Elle ne sait plus comment réagir avec sa fille, avec sa mère, avec les autres. Il n’y a que sa peine, immense, et son désir de fuite. Seulement, on sent aussi à quel point elle aime sa fille, et à quel point elle a le désir de s’en sortir, pour elle. Toni est prête à tout pour sa petite fille, l’unique souvenir d’une vie à trois qu’elle adorait.  Alors, elle se bat, tous les jours, afin de s’en sortir. Elle lutte contre elle-même, contre sa dépendance, contre ses démons. Et même si parfois elle y succombe, elle se promet de tout faire pour protéger son enfant. C’est un personnage qui m’a fait de la peine, pour lequel j’ai eu beaucoup d’empathie. On ne peut que s’attacher à elle. On se doute dès le début qu’elle n’a rien à voir avec la disparition de sa fille, et qu’elle est très choquée, détruite, par ce qui est arrivée. On ressent aussi toute sa culpabilité, Toni est persuadée, même avant cet événement, d’être une mauvaise mère. Et comme elle le fera remarquer à la fin, tout le monde pense que c’est sa faute, elle est la mauvaise mère, celle qui ne méritait pas son enfant et qui l’a laissé disparaître. Elle représente toutes ces mères qui, un jour, se retrouvent seules à élever leurs enfants et qui se font juger aux moindres problèmes alors qu’elles font tout pour leurs enfants. Et ce qui rajoute au drame, c’est toute la détresse de Toni déjà présente, ses mauvais choix qu’elle fait pour éviter de souffrir et qui vont la faire passer pour une droguée pour tout le monde. Mais la vérité de Toni, c’est qu’elle fait confiance aux mauvaises personnes et c’est ce qui va conduire à la disparition de sa fille.

Les mains tremblantes, je sortis de mon sac le flacon à moitié rempli de petits comprimés bleu pâle. Le nom d’Andrew figurait en caractères gras sur l’étiquette blanche.

Après l’épreuve que j’avais vécue ce matin, ça ne me ferait pas de mal.

Je n’avais rien gagner à me mettre ainsi dans tous mes états. Ce n’était bon ni pour Evie ni pour moi.

Peut-être que je me montrais trop dure avec moi-même. Des tas de gens buvaient quelques verres de vin le soir, quand ils se sentaient déprimés. Personne ne semblait les juger pour autant ; on en plaisantait même.

Un comprimé, un seul. Pas de quoi en faire une histoire. Juste pour me détendre et oublier mes problèmes.

Juste pour aujourd’hui.

Je vais à présent vous parler du deuxième personnage qu’on suit dans cette histoire, celui d’Harriet Watson, l’assistance de l’institutrice d’Evie, celle qui va la prendre la petite fille sous son aile, mais qui a aussi des pensées bien particulières. Et encore, ceci est un euphémisme. C’est le personnage antipathique de l’histoire, celui vers qui nos soupçons vont automatiquement se porter. Dès qu’elle apparaît, on comprend que c’est un personnage qu’on va détester. On a juste envie de lui retirer les enfants dont elle s’occupe, de la frapper presque. C’est un personnage dangereux, qui ne semble n’avoir aucune excuse pour ce qu’elle fait. Et pourtant, plus l’on découvre son environnement, sa famille, plus l’on se dit qu’elle s’est retrouvée dans un engrenage qu’elle ne maîtrise plus vraiment. Après, personnellement, cela n’a pas réussit à me faire l’apprécier, mais peut-être que pour d’autres lecteurs, ils seront être plus sympathiques avec elle. En tout cas, son personnage provoque plusieurs sentiments, qui vont s’entremêler jusqu’au dénouement.

  • Et si tu nous parlais un peu de ta famille, Evie ? reprit Harriet en souriant.

Elle vit la respiration de la petite devenir plus saccadée, nota le rose qui lui montait aux joues. Evie se tint coite. (…)

  • Et ton papa ?

Harriet observa, fascinée, l’apparition de deux taches rose foncé au milieu des joues de l’enfant.

  • C’était un soldat, articula-t-elle d’une voix à peine audible.
  • C’était un soldat ? (…) Explique-nous pourquoi tu dis que ton papa était un soldat, poursuivit Harriet (…).
  • Il a eu un accident, répondit Evie.
  • Que genre d’accident ? fit Jack.

Evie baissa la tête.

  • Jack t’a posé une question, insista Harriet. Tu veux bien répéter, Jack ?
  • Que genre d’accident ?
  • il est tombé dans un précipice en Af… Af-gan-stan, dit Evie d’une voix entrecoupée. Il est mort.

Elle s’essuya les yeux du dos de la main.

  • Il est tombée dans un précipice, Jack, dit Harriet. (…) Et voilà l’histoire d’Evie, conclut Harriet d’un ton enjoué. Sa mère ne travaille plus et son papa était un soldat, mais il est tombé dans un précipice et il en est mort.

Justement, parlons-en, de ce dénouement. Sincèrement, je ne m’attendais pas à une telle fin. Tout le long du roman, on ne peut faire de des suppositions sur ce qui est arrivé à Evie. D’autant plus que sa disparition en tant que telle intervient vraiment vers la fin, la plupart du roman étant consacré aux souvenirs de Toni et à leur arrivée dans cette nouvelle ville, avec son nouveau travail, sa peine et sa détresse, et l’arrivée dans la nouvelle école d’Evie. Le moment de la disparition en tant que telle n’est que dans les dernières pages, si bien que pendant la grande majorité du roman, on ne sait même pas comment la fillette s’est volatilisée. Cela m’a d’ailleurs un peu perturbée, car je commençais à trouver ma lecture longue, me demandant comment elle allait se terminer. Du coup, par rapport à cela, j’ai trouvé que le dénouement en tant que tel se passait très vite. Sur les dernières pages, nous avons plusieurs informations qui nous sont données et tout s’accélère vraiment, si bien qu’on a l’impression que tout est traité très vite. Je crois que j’aurais préféré un peu plus de détails, de lenteur pour bien tout intégrer. La fin passe vraiment à toute vitesse, surtout qu’il y a de nombreux rebondissements qu’il nous faut intégrer. Je pense que l’auteur aurait pu faire ça de manière différente pour nous faire cogiter un peu plus, qu’on cherche un peu plus qui est responsable de la disparition d’Evie, d’autant plus que les coupables semblent sortir un peu de nul part. J’aurais aimé plus d’indices pour arriver à un tel résultat. Mais ce n’est que mon avis. En tout cas, je regrette un peu cette fin qui ma paraît presque bâclée tellement elle passe vite.

Les passages dans le présent, avec ce qu’on suppose être Toni plongée dans le coma, sont assez terrifiants. il est facile d’imaginer cette femme piégée dans son propre corps, autour de qui n’arrête pas de tourner le corps médicale, et qui est incapable non seulement de s’exprimer, mais aussi de certifier à tous qu’elle est encore en vie. Car c’est bien ça son problème : mise sous respirateur, elle ne semble plus n’être qu’une coquille vide, alors que son esprit est toujours là. Et qu’Evie est toujours portée disparue. Quel cauchemar pour ne mère d’être incapable de faire quelque chose pour son enfant, d’être prisonnière de son propre corps et d’être incapable de continuer la lutte, les recherches. On n’a alors qu’une envie, qu’elle s’en sorte, que personne ne l’a débranche avant que la vérité n’éclose. Car c’est la vie d’Evie qui est en jeu.

Je dérive entre conscience et inconscience – je ne dors pas, pas vraiment. Je ne rêve pas, je ne me retourne pas, je ne remue pas pour trouver une position plus confortable. C’est juste un rideau de ténèbres qui tombe, sans prévenir.

Puis, tout d’un coup, je suis de retour, le regard rivé au plafond, tentant de comprendre ce qui m’est arrivé et quand ça va s’arrêter. Quand je vais me remettre à bouger et à parler. Pour leur parler d’Evie, leur expliquer ce qui s’est passé, que tout est de ma faute. (…)

La porte s’ouvre, me ramenant dans le présent, et je me tiens prête. Bien sûr, les médecins ne peuvent pas me débrancher comme ça, mais ce jour finira par arriver.

A l’intérieur, je crie, je me débats, je donne des coups de poings. Tout ce qui est en mon pouvoir pour leur montrer que je suis toujours là, et bien là. Ils ont forcément un moyen de le savoir, de dire si quelqu’un est vivant ou non ?

Mais la pièce reste parfaitement silencieuse, et je reste parfaitement immobile. Je suis prise au piège dans un vide entre la vie et la mort.

En ce qui concerne l’écriture du roman, je l’ai vraiment apprécier. A part ces petits défauts sur la fin, j’ai vraiment pris plaisir à lire ce polar. J’ai aimé les rebondissements à la fin, le fait qu’on ne soit sûr de rien jusqu’à la fin, Et j’ai beaucoup aimé suivre les sentiments de Toni dans cette histoire, le jugement qu’elle porte sur elle-même, ses doutes, mais aussi son désir de faire mieux. J’avoue qu’elle m’a agacée à replonger souvent, mais tout est bien expliqué et on comprend aisément pourquoi elle fait ça, pourquoi elle a besoin de l »aide de ces médicaments. Les passages avec Harriet sont aussi intéressants même si elle fait froid dans le dos. En tout cas, les sentiments de tout le monde sont bien exploités. Et le roman se lit très vite et bien. La preuve, je l’ai repris et terminé hier, j’avais du mal à le lâcher sur la fin. Même si je trouvais cette dernière un peu longue à venir, je devais le terminer tellement la pression s’accentue à partir d’un certain moment. Et j’admire les rebondissements faits par l’auteur, de nombreux rebondissements auxquels on ne s’attend vraiment pas et qui remettent à plat toutes nos théories.

En résumé, c’est un polar que je ne regrette pas d’avoir lu. J’ai pris plaisir à découvrir les versions de Toni et d’Harriet et à imaginer ce qui avait pu arriver à la petite Evie. Je me suis prise au jeu des suppositions, des pièges mis sur notre chemin par l’auteur. C’est un bon polar, malgré les petits défauts notés plus haut sur la conclusion que j’aurais souhaité plus étoffée, mieux amenée en amont. Mais ce n’est que mon avis. C’est donc une lecture que je vous conseille et qui j’espère vous déroutera. C’est aussi un roman qui fait réfléchir sur la manière dont nous jugeons les parents dans un tel drame. C’est un roman intéressant, qui est à lire.

3 réflexions au sujet de « Evie »

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