chroniques littéraires

Jake

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Bonjour tout le monde. J’espère que vous vous portez bien et que vous semaine a bien débuté. Si ce n’est pas le cas, rappelez-vous que nous en sommes à la moitié. Heureusement, les jours donnent l’impression de passer super vite. Je ne sais pas si c’est ça de vieillir, mais plus les années passent, et plus on a l’impression que les jours défilent à toute allure. Je suppose que c’est encore pire pour les parents, qui eux sont confrontés tous les jours à cette singularité. Un instant, ils portent un bébé, et l’instant d’après il faut l’accompagner à son bac, à la fac. Heureusement que je ne veux pas d’enfant. D’ailleurs, en parlant de parentalité, c’est un peu le thème du roman que je vais vous présenter aujourd’hui. Alors, je vous préviens tout de suite, c’est un roman assez triste, avec un sujet grave. Non, pas de maladie ici, mais une horreur bien plus insidieuse. Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler de Jake, un roman que j’ai pris un peu par hasard à la médiathèque, et que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher tellement j’ai été prise par l’histoire. L’auteur de ce roman est américain et se nomme Bryan Reardon, le livre est publié chez Gallimard, dans la collection série noire. Il est sorti en France en février 2018. Voici son résumé :

Simon Connolly est l’heureux père de deux enfants, Jake et Laney. Certes, la situation de cet homme au foyer est pour le moins originale et Simon n’est pas toujours très à l’aise dans ce rôle. Mais, cahin caha, la famille coule des jours paisibles… Jusqu’au jour où Doug Martin-Klein, un gamin associable dont Jake est le seul copain, tire sur plusieurs adolescents avant de se donner la mort.

Les survivants et les blessés sont peu à peu évacués mais Jake est introuvable. Et très vite soupçonné d’être le complice de Doug.

Commence alors pour Simon une véritable descente aux enfers. Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ? Comment a-t-il pu ne rien entrevoir du drame qui se profilait ? Jake est-il coupable ? Où est-il passé ?

Simon a tout pour être heureux. Il a une femme formidable, Rachel, et deux beaux enfants, Jake et Laney. C’est principalement lui qui les a élevés. A la naissance de Jake, il fit en effet décidé qu’il deviendrait père au foyer afin de s’occuper de son fils, puis de sa fille. Simon ne s’attendait cependant pas à ce que cette situation soit aussi compliquée. Non qu’il ne se débrouille pas avec ses enfants, qui sont géniaux, mais c’est tout l’à côté qui l’angoisse : les discussions avec les autres mères, la sociabilisation des autres enfants, sa place d’homme qu’il a l’impression de perdre… Simon a toujours le sentiment d’être à côté de la plaque. Mais il est sûr d’une chose, il ferait n’importe quoi pour ses proches, pour les protéger. Or, il se rend compte un matin qu’il a échoué. Le lycée de ses enfants a été pris d’assaut par quelqu’un qui a abattu au fusil des élèves. Et alors que peu à peu les survivants sortent, Jake reste introuvable. L’auteur de la fusillade était l’un de ses amis, alors où est Jake ? A-t-il pris part à la fusillade, comme semble le croire la police, les journalistes, les autres parents ? Et si Simon ne connaissait pas son fils autant qu’il le pensait ?

Tout d’abord, je voudrais évoquer le thème horrible de ce livre, celui d’une fusillade dans un lycée. Je suppose que cela fait partie des peurs des parents américains, celle de dire au-revoir à son enfant e matin et apprendre quelques heures plus tard qu’il a été pris pour cible dans l’endroit où il devrait être le plus en sécurité. Ici, treize mort, mais le chiffre, comme dans toute fusillade, aurait pu être bien pire. C’est un drame, un de ceux qui marquent à jamais ceux présents, les familles. Pas seulement celle qui ont perdu quelqu’un, mais tout le monde, toute la communauté. Or, ici, on voit tout ce qui arrive après la nouvelle. En France, lorsque cela se passe aux USA, on ne parle souvent que du débat des armes à feu. Mais dans le roman, l’auteur nous raconte comment cela se passe chez eux, la dérive aussi bien des policiers que celle des journalistes. Et c’est glaçant. A partir du moment où tout le monde s’aperçoit que Jake est manquant, il devient un suspect. Dès lors, il est traité comme suspect, alors que personne n’est certain qu’il était là. Vous imaginez l’effet que cela peut faire ? Simon lui-même finit par se demander si tout le monde n’a pas raison, si son fils a quelque chose à voir avec ce drame. Cela détruit des familles, des personnes. C’est une violence inouïe à laquelle personne ne peut être préparée. Car outre la suspicion insidieuse que cela provoque, les doutes engendrées, il y a aussi la violence des mots, les attaques qui ont lieu. Dans ce type d’endroit où tous les voisins se connaissent, savent où les autres habitent, il n’est pas facile de se cacher, d’échapper à la masse des journalistes, mais aussi des familles qui ont perdu un proche. Ce qui m’a marqué, ce sont les insultes, les reproches, faits à Simon et à Rachel. Certes, les parents sont responsables de leur enfants, de la manière dont ils évoluent, mais pas entièrement. Simon est lui-même traité de meurtrier, comme si c’était lui qui avait appuyé sur la gâchette. Mais est-il pleinement responsable du possible acte de son fils ? Aurait-il pu changer quelque chose à ce drame ? Ce jugement m’a choqué, d’autant plus que Simon a tout fait pour son fils. Et le pire, c’est qu’il est repris par tout le monde. On parle souvent des personnes qui commettent de tels actes, mais on oublie qu’ils ont une famille, et que les mots sont aussi violents que des armes. Et il est facile de devenir fou, violent, face à cette image que tout le monde nous renvoie. On oublie vite l’être humain qui se trouve à l’origine d’un tel drame, parce qu’on ne voit plus que l’horreur. Et parfois, cela peut mener à des jugements trop hâtifs, voire erronés.

Je me demande comment ma réaction sur le perron sera interprétée. La foule considérera mon absence de réponse et mon sourire comme une prédisposition à la froideur, à la psychopathie. La génétique, diront-ils, est la cause de tout ça. j’ai infecté mon fils dès l’aube de la création. Heureusement, penseront-ils, leur propre famille n’a pas les mêmes penchants. Nous ne pouvions pas rester sans réagir face à une telle vague d’indignation bien pensante. Donc, nos fils et nos filles ne deviendront pas des tueurs de sang-froid en grandissant… comme le mien. Mon Jake. La personne la plus gentille, la plus douce, la plus pure que j’aie jamais connu. Mais le doute persiste. Est-ce que je le connaissais vraiment ?

Ma vision redevient nette et je m’aperçois qu’il reste un personne, Mary Moore. Son visage a changé. Il dégouline à présent de jugement et de rage.

« Pourquoi ma fille? hurle-t-elle. Pourquoi pas la vôtre? »

Ça aussi, je l’absorbe, pour l’instant. Une fois la porte close, mon attitude se transforme. Bien ou mal, j’ai fait ce que j’ai pu pour Rachel et Laney. Maintenant, je dois tenir ma promesse.

C’est Simon, le père donc, qui raconte cette histoire. Lui qui est père au foyer, qui a tout abandonné pour ses enfants, pour les élever, est donc celui qui les connaît le mieux. Il a vu leurs premières fois, entendu leurs premiers mots. C’est un papa assez anxieux, qui aime savoir ce que font ses enfants, ce qu’ils aiment, etc. Il essaye aussi de toujours leur apprendre quelque chose, de leur donner une leçon profitable pour plus tard. D’un certain côté, c’est un papa philosophe, qui essaye de faire réfléchir ses enfants par eux-même tout en faisant en sorte qu’ils soient les plus gentils possibles. Il a peur du jugement des autres, que tous disent que ses enfants sont mal élevés, qu’ils auraient été mieux avec leur mère. Du coup, il en devient un vrai papa poule. C’est aussi quelqu’un de réservé, qui a du mal avec les autres. Et l’isolement qu’il a à cause de son rôle de père au foyer fait qu’il a du mal à s’intégrer aux groupes de maman, ce qui le conduit à être encore plus réservé, et souvent sur la défensive. Or, Jake lui ressemble beaucoup là-dessus. Est-ce alors de sa faute ? Simon se pose beaucoup de question et se sent énormément coupable de la situation, même avant la fusillade. Il est persuadé qu’il mène son fils sur un mauvais chemin, même si Jake semble heureux. En fait, le livre se découpe en deux parties. On alterne entre un chapitre dans le présent et un dans le passé. Simon cherche où est-ce qu’il a merdé, où est-ce qu’il a conduit son fils a être  le possible complique de l’auteur de cette fusillade. Il fouille ses souvenirs pour comprendre. Et plus il cherche, et plus il doute, et plus il se sent coupable. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Simon est un personnage qui m’a énormément touché, car on ne peut que se sentir proche de ce père qui part à la dérive, qui ne sait plus quoi penser de son fils. J’ai souffert avec lui, j’ai eu mal pour lui.

Une poupée se balance dans le vide, au bout d’une ficelle verte élimée. Le nœud autour de son cou est bien serré. Je fixe le visage abîmé de la poupée : un œil arraché, l’autre à moitié fermé, les lèvres rouges élargies et barbouillées par la pluie, les cheveux autrefois blonds ébouriffés en mèches sales et emmêlées. Je tombe à genoux, les larmes jaillissent au rythme de violentes pulsations. Je n’arrive pas à respirer. Je n’arrive pas à réfléchir. Je sanglote, je tousse, je vacille, je ne suis pas certain de pouvoir m’arrêter. Pour la première fois, je doute véritablement de mon fils.

Je vais rapidement à présent vous parler de Jake. C’est un personnage qu’on découvre à travers les souvenirs de Simon. Comme son père, il est timide, réservé. Il évite les groupes, et même s’il a des amis, il aime être entouré de ses livres, ses jeux vidéo. J’ai trouvé ça intéressant de ne le voir que par des souvenirs. On le découvre peu à peu, depuis sa naissance jusqu’au drame. Cela contrebalance alors les informations qu’on a sur lui, celles données par les médias, par tout ce que son père apprend au fur et à mesure. Cela le rend humain. De ce fait, on s’attache à lui, sans savoir s’il est responsable ou non de ce drame, s’il y a participé d’une quelconque manière. Et on a envie qu’il n’y soit pour rien. C’est un personnage assez tragique, qui donne l’impression d’être peu adapté au monde actuels, à ses codes de société. Lui aussi semble en décalage avec les autres, comme son père. Il est dans son monde. J’ai aimé son caractère, la manière dont il veille sur sa sœur. Ils sont très proches.

Ce roman est bouleversant, tant à cause de son thème, la fusillade dans ce lycée, que par la pression qu’on sent sur les épaules de Simon, son angoisse, et sa culpabilité. On a envie de l’aider, tout en se mettant à sa place, se demandant comment on réagirait si c’était notre fils, et en se mettant à la place des autres parents, ceux qui ont perdu leurs enfants dans ce drame. C’est un roman qui mêle plein d’émotions, parfois contradictoires. On veut que Jake soit retrouvé, qu’il aille bien, qu’il n’ait rien à voir avec a fusillade, mais comment réagir si cela est faux, s’il en est à l’origine ? Ce roman pose plein de questions. Et c’est grâce à ça qu’on a du mal à le lâcher. Ça et l’écriture très immersive de l’auteur. On ne veut pas lâcher ce roman jusqu’à la fin, jusqu’à la résolution de cette énigme, jusqu’à ce qu’on retrouve Jake. Le fait que les chapitres soient alternés, qu’on passe du présent au passé puis du passé au présent nous permet de découvrir Jake, de le découvrir, et de comprendre comment ce drame se met en place. Les souvenirs de Simon sont très précieux. On apprend ainsi à découvrir le père et son fils, leur relation. Je ne vous le cache pas, ce roman m’a tiré quelques larmes. L’histoire est vraiment bien écrite, et on ne peut qu’être touché par ce qui arrive à cette famille, face à son traitement. On ne peut que se mettre à sa place. On ne peut pas rester insensible face à la détresse de Simon, criante, et face au drame qui se joue face à lui.

« Laissez-moi vous poser une question à tous, dis-je en espérant que ma voix reflétera la confiance que je ressens. Pourquoi la police n’a-t-elle retrouvé mon fils ? »

Chose incroyable, n silence suit ma requête, à tel point que j’entends le grognement des moteurs des vans en bruit de fond. (…) Au moins la moitié des reportes semble comprends ce qu’ils viennent d’obtenir, un nouvel angle, quelque chose d’inattendu à relater. Je distingue dans leurs yeux le besoin d’en savoir plus, et je sais qu’ils me laisseront parler.

« Quand des enfants disparaissent, il y a des patrouilles ; il y a des numéros verts… et il y a de l’empathie. Pourquoi personne n’a demandé des nouvelles de Jake ? Demandé s’il allait bien ? Non, il a été condamné, et avec quelles preuves ? (…) Aucune caméra de sécurité, à ma connaissance, ne montre que mon fils était présent à l’école pendant la fusillade. Où est l’arme encore fumante ? Un post sur Facebook ? Des mails d’adolescents. Vérifiez l’historique de vos propres enfants. Il se peut que vous le trouviez étrangement similaire. Au lieu de camper dans mon jardin, allez chercher Jake. Aidez-moi à le retrouver, je vous en prie. »

En résumé, je vous conseille vivement ce roman. Il faut le lire, rien que pour toutes les émotions qu’il apporte. C’est un très bon roman. J’ai conscience que le thème abordé n’est pas simple, qu’il va peut-être rebouter certaines personne, mais c’est dommage parce que c’est un roman à découvrir, qui parle de parentalité, de culpabilité, mais aussi énormément d’amour. Car jamais Simon ne cesse d’aimer Jake. Et ce roman parle aussi de la manière dont on juge rapidement quelqu’un, à quel point les informations vont vites sans être examinées, à quel point tout le monde a un avis sur tout et n’hésite pas à le dire, qui à détruire des gens. C’est un roman qui fait réfléchir. Malgré son thème tragique, c’est pour moi un coup de cœur et c’est un roman qui va me marquer pendant longtemps.

Et vous ?

Cela vous arrive-t-il d’être marqué par un roman ?

Il y a-t-il des sujets que vous évitez dans vos lectures ?

Qu’est-ce qui peut vous touchez dans une histoire ?

Vous faire pleurer ?

Bon mercredi à tous 😀

 

5 réflexions au sujet de « Jake »

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