chroniques littéraires·service presse

My Life Matters

IMG_20180910_182833

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien. Ici tout est calme, les feuilles commencent à tomber des arbres et nos journées sont rythmées par la sonnerie de l’école à côté. D’ailleurs, je suis toujours impressionnée par tous les cris que les enfants peuvent passer dans une cour de récré. Ils n’ont donc jamais mal à la gorge ? Ceux des filles, ce sont les pires tellement ils sont aigus. Je plains les surveillants et les instits qui sont tout le temps avec eux. Sinon, je suis enfin en train de rattraper mon retard sur les chroniques de cet été. Il est en effet temps que je vous présente certains de ces romans lus pendant qu’il faisait beau et chaud. Aujourd’hui, je vais d’ailleurs vous parler d’un roman qui m’a assez marqué, avec un sujet difficile. Il est justement sorti cet été, le 4 juillet, chez les éditions Hachette, et je pense que c’est un roman que tout le monde devrait lire, même s’il est plutôt pour les adolescents. Si j’étais professeur de français, j’essayerai de le faire étudier à mes élèves. Ce roman s’intitule My Life Matters, ce qui n’est pas le titre en VO, et il a été écrit par Jay Coles. Je vous préviens tout de suite, le sujet n’est pas des plus gais. Ce roman est même assez triste. Je remercie les éditions Hachette et le site NetGalley de m’avoir permis d’avoir pu le découvrir. Voici son résumé :

« Je n’oublierai jamais Tyler. Je ne veux pas que le reste du monde l’oublie non plus. »

Marvin Jonhson, 17 ans, est un excellent élève qui fait tout pour éviter les ennuis. Mais quand on est noir dans une Amérique de blancs, les ennuis ne sont jamais loin. Lorsque Tyler, son frère jumeau, va à une soirée organisée par un gang du quartier, Marvin l’accompagne, avec la ferme intention de veiller sur lui. Soudain, c’est le chaos. Descente de police, coups de feu. Marvin perd son frère dans la panique. Le lendemain matin, Tyler n’est toujours pas à la maison. Aucune nouvelle de lui. Lentement, la réalité s’impose : il a disparu. Pendant les jours qui suivent, Marvin et sa mère cherchent Tyler sans relâche. Jusqu’à ce qu’on leur annonce que le corps de Tyler a été retrouvé. Mais la vidéo qui tourne sur le web raconte une histoire encore plus glaçante : Tyler a été abattu par un policier, alors qu’il essayait de rentrer chez lui. Après ce drame, les réseaux sociaux s’emparent de l’histoire. Marvin semble être le seul à ne pas oublier que Tyler était plus qu’un fait divers…

Dans ce roman, nous suivons Marvin, jeune garçon américain de dix-neuf ans. Sa particularité ? Il est afro-américain, sa peau est noire. Cela pourrait être un détail, mais dans un autre pays, dans une autre ville. Car lorsqu’on vit dans l’Amérique de Trump, dans un quartier gangrené par les gangs et les trafics de drogue, ne pas être blanc est un énorme problème. Tous les jours ou presque, Marvin est confronté à la violence des autres, au rejet. Il est traité comme un pestiféré, même par le directeur de son lycée, un blanc. Cela ne l’empêche pas de rêver d’entrer au prestigieux MIT. Seulement, son frère Tyler, son jumeau, son double presque, disparaît après une fête. Une fête où il y a eut une descente de police. Dès lors, Marvin va tout faire pour retrouver son frère, pour savoir ce qu’il est devenu, quitte à fraterner avec un voyou, avant de voir son monde s’effondrer et de comprendre qu’il va devoir se battre pour restaurer la vérité sur Tyler.

Je vais d’abord commencer par vous parler du personnage principal, qui est aussi notre narrateur, Marvin. J’avoue qu’au début, il m’a un peu énervée. En effet, Marvin est un garçon sage, qui passe son temps avec ses amis, à faire ses devoirs ou à regarder la télévision. Il rêve d’un grand avenir, d’intégrer l’université, celle du MIT. Et c’est certain, il s’en donne les moyens, faisant tout pour éviter de se faire remarquer. D’un certain côté, il est un peu naïf, car il est persuadé que le monde, à l’extérieur de sa ville, n’est pas mauvais, qu’il y a sa place. La suite des événements va le faire tomber de son piédestal. Il a aussi un certain côté moralisateur, ce qui le fait entrer en conflit avec son frère jumeau, Tyler. Il croit en la justice et pense qu’à partir du moment où l’on se donne les moyens, la vie nous réussit. De ce point de vue, Tyler est plus réaliste, même s’il est aussi plus pessimiste sur leurs choses d’intégrer un monde de blancs. En fait, Marvin a tendance à oublier qui il est, d’où il vient. Il voit le bon côté des choses en se mettant des œillères. Il joue au garçon parfait, s’oubliant aussi. Il se prend pour ce qu’il n’est pas. Il n’assume pas vraiment le fait d’être quelqu’un de couleur et est persuadé que cela ne va pas lui jouer de mauvais tour. Cependant, j’ai beaucoup aimé son évolution, car avec le drame qui le touche, et aussi la violence face à laquelle il se retrouve confronté un peu avant, toutes ses certitudes volent en éclat. Et il comprend que son monde est divisé en deux, avec d’un côté les blancs et de l’autre ceux comme lui, qu’il ne peut malheureusement pas échapper à cela, malgré toute sa volonté. Certes, on pourrait croire qu’il devient un peu aigri en comprenant tout ça, mais ce n’est pas vrai. Il s’aperçoit juste de la réalité des choses. J’ai beaucoup aussi été touchée par sa tristesse, son désespoir face à la mort de son frère. On ne peut qu’être triste pour lui, avoir envie de le prendre dans nos bras pour apaiser sa peine. De même, j’ai été impressionnée par son courage, par le sursaut qu’il a lorsqu’il sort de son chagrin et qu’il prend les choses en main. Beaucoup de personne n’aurait pas son culot, son audace, sa soif de justice. Et surtout, il ne baisse pas les bras face aux épreuves. Il affronte même ce qui lui arrive, la police, pour que le drame qui l’agite ne soit pas un drame qui soit oublié. Marvin est un garçon courageux, qui va au bout des choses. J’ai aimé qu’il ouvre les yeux, qu’il se face enfin entendre. La mort de son frère l’aurait révélé à lui-même.

Si tu as un frère et qu’il meurt, tu fais quoi ? Tu cesses de dire que tu en avais un ? Tu considères qu’il appartient à ton passé et tu commences à l’oublier ?

Je me souviens d’énormes manifs qui se sont tenues après les assassinats de Noirs ou de personnes de couleur. Il faut que j’organise ça, moi aussi. je veux que les gens soient conscients de ce qui est arrivé à Tyler. Je dois faire entendre ma vois, ne plus me taire, ne plus rester isolé dans mon coin comme si j’attendais que les choses s’arrangent toutes seules.

Je vais maintenant vous parler du personnage de Faith. Le premier contact avec elle n’est pas des plus sympas, mais elle a ses raisons qu’on comprend plus tard. En fait, elle a le cœur sur la main et c’est certainement grâce à elle que Marvin parvient non seulement à accepter son chagrin, mais aussi à surmonter cette épreuve. C’est elle qui va le pousser à se battre. J’ai beaucoup apprécié ses remarques souvent justes. Elle est très mature pour son âge, elle voit aussi la vie d’une manière intéressante, sans philtre, sans naïveté. Et de ce fait, elle est à même de conseiller Marvin. C‘est un personnage auquel je me suis facilement attachée. Elle a des rêves, mais aussi une grande souffrance en elle. Et pourtant, elle ne se laisse pas abattre. Elle fait tout pour quitter cette vie qui l’emprisonne. C’est une fille courageuse, qui sait tenir tête à tout le monde, aussi bien à un chef de gang qu’à la police. C’est sans doute à cause de ce qu’elle a vécu. Elle est la fée qui veille sur Marvin, une sorte de lionne capable de se battre pour ceux auxquels elle tient. C’est un personnage incroyablement positif. Tout le monde voudrait une amie comme elle dans un tel moment.

  • Tu sais, Marvin, toi qui lis énormément, tu devrais écrire un poème. Ou un livre.

Je rigole. Je l’observe aussi pour arriver à décider si elle est sérieuse ou si elle se moque de moi.

  • Sérieux ! Je suis sûre que t’arriverais à écrire un livre sur ta vie et qu’ils se vendraient à des millions d’exemplaires.

Je m’installe plus près d’elle.

– Je n’y ai jamais pensé, mais t’as peut-être raison… (…) Tu veux faire quoi plus tard ? je demande.

  • Styliste.

Les murs de sa chambre sont couverts de photos de mode découpées dans des magazines. Ils forment des assemblages originaux et créatifs. Alors qu’elle me raconte les petites histoires de chacune de ses créations, je prends conscience d’un truc : c’est sa façon de s’échapper. Faith se noie dans des tonnes de Vogue, Teen et Ebony, pour s’en aller loin, très loin de Sterling point, à travers ses découpages.

Le thème de ce roman n’est pas des plus simples. Non seulement c’est un thème qui reste d’actualité, même si nous en entendons moins parler par chez nous, et c’est aussi quelque chose qu’on peut avoir du mal à appréhender si l’on n’est pas dans le même cas que ces personnages. C’est quelque chose qui peut presque ressembler à de la science-fiction tellement on oublie dans notre quotidien à quel point la violence contre les gens de couleur existe encore maintenant, et qu’eux la vivent tous les jours ! Ce roman évoque tout le même le racisme, d’abord celui latent, fait de mots, de regards, puis celui plus violent, pouvant mener à la mort juste à cause d’une couleur de peau. Et pourtant, ce sont des choses que certaines personnes vivent au quotidien. La mère de Marvin et de Tyler représente d’ailleurs bien ça : cette peur toujours présente qu’il arrive quelque chose de terrible à cause de ces origines. Et le pire, c’est que cette peur vient de la police, celle même qui devrait mettre fin à cette terreur, et qui en est finalement la cause. Plus le roman avance, et plus on monte dans l’horreur. Personnellement, ce roman m’a mis les nerfs en pelote, non pas à cause de son histoire, mais à cause du fait de savoir que cela arrive souvent là-bas, chez nous aussi. Que ce n’est pas seulement de la fiction, mais bien réel ! En lisant cette histoire, on n’a qu’une envie : celle de se révolter, s’indigner, de marcher à côté de ses gens qui ne font que se défendre, que vivre ! Malheureusement, beaucoup de garçons sont des Tyler en puissance, des jeunes sans histoire qui se feront frapper, tuer, pour rien. On ne peut qu’avoir le sang qui bout face à tout ce qui est raconté ici.

Maintenant ses mains me palpent, fouillent mes poches, mon pantalon.

  • Il n’a rien ! dit Ivy qui aide maintenant G-mo à retenir le flic.

Mais il est trop balèze, les veines de ses biceps sont gonflées. Il est bien trop lourd pour mes potes. Il me bouscule contre une étagère qui me transperce le dos. Soudain, un coup de poing dans le bide me plie en deux, un coup de genou dans les parties m’anéantit, je tombe, nez en avant. J’ai mal partout.

Il cherche à me passer les menottes, mais je gigote. Je dois remporter cette bataille, car c’est la dernière, l’ultime. G-mo et Ivy m’encouragent, aiguillonnent le flic.

  • Ah tu résistes, hein, tu résistes, voyou ?

Il me bloque les bras dans le dos, ma chair est en feu, mon coeur chavire, la sueur dégouline dans mes yeux.

  • Joe, arrête, dit enfin la caissière. Je crois qu’il a eu sa leçon pour aujourd’hui.

Je ne suis plus que douleur, partout, autour des poignets, à la tête, dans le dos, j’ai mal à en mourir, mourir sans avoir vraiment vécu. Pourtant, la seule pensée qui m’agite, c’est : quelle leçon devais-je donc apprendre aujourd’hui ?

Ne pas être un individu lucide ?

Ne pas se soucier d’une vie innocente, d’un garçon qui gît inconscient à quelques centimètres de moi ?

Ne pas se soucier de ma propre vie ?

Ne pas appartenir à ma race ?

Ce roman est très bien écrit, les chapitres sont fluides, s’enchaînent facilement, et surtout l’histoire est poignante. Certes, j’ai trouvé que la mort de Tyler, annoncée dans le résumé, arrivait assez tard, mais je comprend qu’on ait besoin de le voir en vie, avec son frère, pour que sa disparition soit encore plus tragique. Je regrette cependant que le résumé de l’éditeur nous spoile un peu. J’aurai aimé un peu plus de surprise sur sa mort, et c’est la même chose dans l’histoire. La vidéo de son assassinat est diffusée peut-être un peu tôt. Mais ce ne sont que des détails. Car le roman fonctionne très bien. Non seulement nous sommes émus face à cette mort, mais nous sommes aussi en colère face à la manière dont cette dernière est traitée. Cela démontre aussi toute l’horreur qui peut se cacher derrière les réseaux sociaux, où tout le monde sait toujours mieux que les autres, où tous peuvent donner un avis sur une mort, sur quelqu’un qu’ils ne connaissent pas ! Cependant, je regrette que le procès de l’assassin de Tyler passe un peu vite, soit presque passé sous silence. On ne sait pas vraiment si justice a été rendue. J’aurai voulue en savoir un peu plus la dessus, même si je comprenne que le roman soit surtout centré sur Marvin, sa douleur, puis son deuil. Sa colère ne dure pas longtemps.  La fin est donc un peu rapide à mon goût, pas assez finie, il reste des choses en suspens, ce qui m’a un peu déçue. Toutefois, je garde un excellent souvenir de cette histoire. C’est un roman qui a su m’énerver, par ce qu’il raconte, et qui m’a beaucoup émue aussi. Cette réalité qui se cache derrière cette fiction ne devrait pas exister !

En résumé, c’est une très bonne lecture, que je ne peux que vous conseiller. Tout le monde peut la lire. Si seulement elle pouvait aider à changer certains comportements, ouvrir les gens à d’autres. Pour qu’aucun Tyler ne subisse un tel sort. C’est un roman qui prend aux tripes et qui ne vous laissera pas indifférents.

Et vous ?

Qu’est-ce qui peut vous énerver dans une histoire ?

Qu’est-ce qui peut vous émouvoir ?

Aimez-vous lire des romans avec des sujets d’actualité ?

Bon mercredi à tous 😀

2 réflexions au sujet de « My Life Matters »

  1. Merci pour cette critique! J’ai aussi lu ce livre tout récemment. Même si l’histoire n’est pas très originale (il existe plusieurs romans sur la brutalité policière envers les afro-américains sur le marché qui suivent la même trame narrative), et que j’avais une vague impression de déjà-lu en lisant ce roman, j’ai tout de même bien apprécié ma lecture. https://mistikrak.wordpress.com/2020/03/23/my-life-matters/

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s