mes écrits

Mao

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez un bon week-end, même vous qui n’aimez pas le foot. Ici tout va bien, même si j’ai parfois l’impression de déborder sous le travail. Entre les romans à lire, les chroniques à écrire, mon roman à terminer et les matchs de foot à suivre (un peu ^^), j’avoue que j’ai parfois l’impression d’avoir beaucoup de choses à faire. Et pour ne rien arranger, cet été, je me suis encore inscrite à un concours d’écriture, qui a lieu tous les ans depuis maintenant quatre ans, sur le site de fanfiction d’Harry Potter sur lequel j’écris aussi. D’ailleurs, en parlant de ce concours, j’ai aujourd’hui eu envie de changer un peu l’article traditionnel du dimanche. Aujourd’hui, je ne vais donc pas vous présenter l’une de mes dernières lectures, mais plutôt le premier texte que j’ai écris pour ce concours. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas partie sur de la fanfiction, mais sur de l’original. Ici, il n’y a donc pas besoin de connaître l’univers d’Harry Potter pour comprendre mon texte.

Je reconnais qu’il pourrait être mieux. La date limite pour le rendre était hier, c’est aussi un concours avec des contraires – logiques – il n’est donc pas aussi parfait que si j’avais pu y réfléchir pendant des semaines. Cependant, j’espère bien, un jour, étoffer ce texte pour en faire une histoire bien plus longue, comme un roman. J’ai déjà toute l’idée en plus. On verra à ce moment là. En attendant, voici les contraintes auexquelles j’étais soumise, ainsi que le thème du texte :

« Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les cultures de tous les pays »
Mahatma Ghandi

Le Tournoi des Trois sorciers a pour but de créer des ponts entre les jeunes générations sorcières de pays différents.

Vous devrez écrire un texte dont le thème principal est le choc des cultures, entre votre (ou vos ) personnage principal et une communauté étrangère. Cette rencontre peut avoir lieu, par exemple lors d’un événement international (sportif, politique, culturel), d’un voyage, voire à travers une correspondance… C’est comme vous voulez !
[ Contrainte Heron ] Votre héros devra être confronté à quelque chose qui pourrait être de la Magie ( libre à vous d’en faire vraiment de la magie, de la science, ou de conserver le doute). ♥ « Ni oui, ni non, ni blanc, ni noir » ! Les mots Oui, non, blanc, noir sont interdits. ♥ Votre texte comprendra au moins un dialogue de deux cent mots ♥ Contrainte de mots :800 mots minimum

Et voici mon texte : Mao 

« Mao

LeCerf parle tout seul. Il ne s’en rend même pas compte. Il a une vingtaine d’adolescents face à lui, et il préfère partir dans un monologue inintéressant plutôt que d’essayer d’interagir avec nous. Je regarde autour de moi. La plupart de mes camarades sont en train de piquer du nez. Il faut dire que commencer la journée par deux heures d’histoire, ça n’aide pas. Surtout quand on a un professeur comme LeCerf. Je suis certain qu’il serait capable d’endormir n’importe qui. Et puis, on s’en moque nous, de la manière dont la Première Guerre Mondiale a commencé. C’est si loin.

Brusquement, la porte de la salle de classe s’ouvre. Immédiatement, comme mus par un instinct collectif, nous nous redressons tous. Pour ma part, je cache aussi avec mon bras le dessin que j’étais en train de faire. Je ne tiens pas à recevoir de punition alors que je n’écoute rien au cours. D’autant plus que ce n’est pas n’importe qui qui rentre dans notre classe à ce moment-là : c’est Delrico, notre directeur. Lui, ce n’est pas un rigolo. Il est préférable d’être un bon élève sage, sinon les ennuis nous tombent rapidement dessus.

Il n’est pas seul. Derrière lui, une adolescente de notre âge fait la moue. Elle le suit en traînant des pieds. Comme tout le monde, je la dévisage. Elle baisse la tête, semblant gêner d’être ici. Son visage est ovale, ses yeux bridés. Sa peau est colorée par le soleil et ses cheveux couleur corbeau lui cachent une partie de ses traits. Ils lui tombent devant les yeux, coupés pourtant assez courts, mais d’une manière inégale. Lorsqu’elle relève la tête, elle nous fusille du regard. Elle ne semble pas heureuse d’être ici. Je la comprends. Je connais que peu de personnes heureuses d’être coincées ici.

– Je vous présente Mao Young. Elle vient d’arriver chez nous il y a peu. Elle vit maintenant chez sa tante, mais elle arrive tout droit de Chine, du Tibet pour être précis. Je compte sur vous pour l’accueillir comme il se doit et lui faire aimer notre beau pays et notre jolie ville.

Certains hochent la tête, d’autres ont déjà des sourires moqueurs aux lèvres. Je sais d’avance que cette nouvelle va prendre dur ici. Elle ne va pas être acceptée comme ça, malgré tout ce que peut nous demander le directeur. Le fait qu’elle ait des traits asiatiques ne va pas l’aider. Et ses vêtements ne sont pas du tout à la mode. Ils flottent sur elle, comme s’ils étaient trop grands. On dirait qu’elle sort d’un endroit hors du temps. Elle détonne parmi nous, qui portons tous des vêtements de marques. J’ai déjà de la peine pour elle.

– Tu peux aller t’assoir, lui ordonne le patron du lycée.

Les yeux sombres de la fille parcourent la classe, avant de tomber sur moi. Pourquoi ça ne m’étonne pas ? Je suis le seul isolé dans cette salle. Les autres ont tendance à m’éviter. C’est pour cela que je sais ce qu’elle va vivre ces prochains mois, parce que je suis passé par là.

La dénommée Mao s’avance vers moi, avant de se laisser tomber sur la chaise libre juste à côté de la mienne. Puis, elle place ses mains dans ses poches, son dos profondément enfoncé dans son dossier, l’air un poil provocateur. Je crois que j’aime bien son attitude.

– Alex !

Je sursaute à l’annonce de mon nom. Évidemment, j’aurais dû m’attendre à ce qui allait suivre.

– Tu vas servir de guide à Mao pour aujourd’hui. Montre-lui notre beau lycée.

Sur ces mots, le directeur tourne les talons et nous laisse comme deux ronds de flan. Il ne nous en dit pas plus sur Mao, si bien que notre professeur d’histoire la regarde, l’air écarquillé, un peu perdu. Il doit se demander si elle parle français. En fait, c’est ce que tout le monde se demande. Puis, en haussant les épaules, LeCerf reprend le fil de son cours, comme si de rien n’était. Mes camarades retombent dans leur torpeur. Et moi, je fixe Mao, qui n’a pas sorti de cahier, qui a les yeux dans le vide.

– Ferme ta bouche, des mouches vont y rentrer, me dit-elle soudain en se tournant vers moi.

Je lui obéis immédiatement. Je dois avoir l’air d’un ahuri. Et je retourne à mes notes, tout en m’interrogeant sur celle qui occupe la place à côté de la mienne.

Heureusement, après l’histoire, nous sommes en pause. Et pour une fois, j’ai une bonne excuse pour ne pas aller en permanence. Je compte bien profiter de l’heure qui va suivre pour montrer le lycée à Mao, et surtout la pièce que je préfère dans tout ce bagne. Je l’entraîne d’ailleurs là-bas dès que je peux.

– Où tu m’emmènes ? râle-t-elle derrière moi.
– Tu vas voir, je lui réponds, un brin malicieux. Tu vas adorer.

Au fond de moi, je prie pour que ce soit réellement le cas. Cette pièce, c’est l’une de mes préférées, mais je pense bien être le seul à la fréquenter. Enfin, je pousse la porte de mon antre et fais passer Mao devant moi. Elle fait quelques pas dans la salle. Celle-ci est plongée dans l’obscurité. J’en suis content. J’aime quand les rideaux sont fermés. Cet endroit devrait toujours être comme ça.

– Tu fais quoi, là ? demande Mao.

Je la vois à peine, alors que je ferme la porte. Elle s’est tournée vers moi. Je crois qu’elle a les mains sur les hanches. Elle n’a pas l’air contente. Une boule se forme dans ma gorge. J’espère ne pas me tromper. Une fois la porte fermée, je cherche à tâtons l’interrupteur et le presse dès que je le trouve. Aussitôt, la lumière se fait et des milliers d’étoiles apparaissent. Il y en a partout : sur le plafond, sur les murs, même sur le sol. C’est pour cela que j’adore cette salle : elle nous montre tout le système solaire. Je trouve étonnant que le lycée n’en fasse pas plus la promotion. Après tout, c’est rare de posséder un tel endroit. En tout cas, moi j’aime y passer le plus de temps possible.

Mao est subjuguée. Je le devine dans la pénombre. Elle regarde tout autour d’elle, l’air émerveillé. Elle se penche même pour observer les étoiles sur le sol. Dire que, lorsque tout est apparu, elle a sursauté, comme si je venais de faire un tour de magie. Cela me fait sourire.

– C’est magnifique, dit-elle.

C’est rare qu’on me dise une chose pareille lorsque j’emmène quelqu’un ici. En général, les gens me trouvent bizarre et s’ennuient vite en ma compagnie.
Soudain, j’entends des pleurs. Mao est en train de pleurer. Intrigué, ne sachant pas trop comment réagir, je m’approche d’elle. Pourquoi pleure-t-elle ? Je me sens perdu.

Enfin, elle renifle et me regarde. Je suis tout prêt d’elle. Elle plonge ses yeux dans les miens.

– Je suis désolée. Je crois que c’est le décalage horaire. Je suis un peu fatiguée.
– Tu es arrivée depuis longtemps ?
– Avant-hier. Ma tante est venue me chercher à l’aéroport.
– Mais pourquoi tu es là ?

Elle hausse les épaules. Elle arrête de me regarder pour porter son attention sur les étoiles.

– J’aime bien cet endroit. Ça me rappelle chez moi. On pouvait voir les étoiles dès que le ciel était dégagé.
– Tu en as de la chance ! Ici, on ne voit jamais rien.
Les lumières de la ville gâchent tout. Elles ne s’éteignent jamais.
– J’ai remarqué ça. C’est dommage. C’est sans doute ce qui va me manquer le plus.
– Je t’envie. J’aimerais passer ma vie à regarder les étoiles.
– Tu sais, tout n’était pas rose, loin de là. Par exemple, on n’avait pas l’eau courante.
– C’est pas possible !
– Et je devais marcher pendant des heures avant d’aller à l’école. Dis, comment c’est possible que les étoiles soient dans cette pièce ? C’est de la magie ?
– Si seulement. Ce sont juste des diodes disposées un peu partout. On a essayé de reproduire l’univers le plus fidèlement possible.
– Le système solaire ?
– Tu as bien été à l’école ? Tu n’as pas appris que la terre faisait partie du système solaire.
– J’ai juste appris à lire et écrire en mandarin, ainsi que compter et l’histoire de mon pays. Le reste, c’est ma mère qui me l’apprenait, en français. À part le fait que la terre soit plate et le nom de certaines étoiles, je suis plutôt ignorante. On n’avait pas le temps pour ça.

Sa voix se perd dans l’émotion. Je déglutis.

– Et internet ?
– J’habitais dans les montagnes ! Internet, j’ai découvert ça ici, comme les ordinateurs ou la télévision. D’ailleurs, comment vous faites, avec tous ces écrans ? Ça me donne mal à la tête. Il y en a partout !
– Mais ça permet d’apprendre plein de choses ! Par exemple, c’est comme ça que j’ai appris que notre système solaire s’appelait la Voie Lactée, et que ce n’est pas le seul qui existe dans la galaxie. Avec internet, on peut même suivre les robots envoyés sur Mars, ou ailleurs. C’est un vrai puits de savoir.
– Des robots ? Sur Mars ? C’est de la magie !
– C’est de la science. Il n’y a rien de magique là-dedans.
– Si tu le dis. Je ne sais même pas ce qu’est un robot. C’est comme si tu me parlais chinois.

Je la dévisage. Se moque-t-elle de moi ? Elle semble si sérieuse.

– Tu n’as vraiment rien appris à l’école ?
– Je te l’ai dit : juste les bases. On n’avait pas le temps pour ça, pour parler des étoiles, ou d’autre chose. Tu sais comment c’est compliqué à apprendre, le chinois ? Et puis, c’est dangereux, d’aller à l’école, par chez nous. Il y a des heures de marches, la montagne à descendre, et à monter. Notre village est trop petit pour en avoir une à nous, alors il faut aller dans la vallée. Après, on s’entasse dans des salles comme ici, mais à soixante. On est tous serrés, et l’on a à peine de quoi écrire. Et les niveaux sont souvent regroupés. Chaque saison de récolte, on abandonne tout pour aller travailler dans les champs. Je n’ai donc pas eu le temps d’apprendre ce qu’est un robot.

Je ne peux pas en entendre plus. Je me précipite vers l’ordinateur qui se trouve dans la pièce. Je l’allume. Sa lumière vient un peu recouvrir celle des étoiles, mais cela n’a pas d’importance. Je me connecte sur YouTube, où je pianote à toute vitesse dans le moteur de recherche, sous les yeux médusés de Mao. Si je crois ce qu’elle m’a raconté, elle peut être étonnée. Pour elle, c’est comme si je faisais de la musique avec un instrument inconnu. Enfin, je trouve ce que je cherche. Je lance la vidéo. Elle colle son nez à l’écran, ses yeux grands ouverts. Devant elle, Curiosity avance sur le sol de la planète rouge. Je change la vidéo, et on le voit se poser sur le sol de Mars. Je change encore de vidéo, et l’on suit la Tesla d’Elon Musk s’envoler dans l’espace. Mao passe par plusieurs émotions différentes, je le vois bien. Je me demande ce qu’il peut se passer dans sa tête. Comment peut-on vivre comme elle a vécu et découvrir les merveilles de la civilisation brusquement ? Cela ne m’étonne pas qu’elle pense que cela est de la magie. Cela y ressemble, en effet. Je crois que je vais adorer lui montrer ce qu’elle n’a encore jamais vu. Des étoiles brillent dans ses yeux quand elle me regarde à nouveau.

– Bienvenue au XXIe siècle, lui dis-je avec un sourire. »

Merci de m’avoir lue 🙂

Et vous ?

Faites-vous aussi des concours d’écriture ?

Aimez-vous partager vos textes avec les autres ?

Sinon, qu’est-ce qui vous en empêchent ?

Bon dimanche à tous 😀

 

Une réflexion au sujet de « Mao »

  1. Quand je le peux, j’essaye de participer à des concours d’écriture. Je trouve cela absolument fascinant, cela me rappelle la bonne époque du collège où on faisait marcher notre imagination en écrivant des histoires qui avaient certaines contraintes en fonction des cours. Je faisais toujours du zèle à ce moment-là, difficile de m’arrêter. Cela me manque, et j’aimerais faire plus de concours de ce type, mais comme toi, je manque de temps, entre les chroniques, les lectures, les sorties culturelles avec les amis et le foot, of course (merci papa de m’entraîner dans ton engouement !) ! J’avais fait un concours d’écriture sur ma plateforme de blogs il y a deux ans que j’avais gagné, j’en avais été très fière de mon texte, quelque soit le résultat. Concernant ton texte, je le trouve très beau et j’aime beaucoup le fait que tu parles de la magie des choses simples, comme aller à l’école, avoir accès à internet et à l’information, des choses qu’on ne prend même plus en considération alors qu’elles sont magiques pour beaucoup de personnes comme Mao qui n’y avaient pas accès alors. Merci pour ce beau texte, j’ai vraiment apprécié ma lecture ♥ Passe une bonne journée 😀

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