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Le Triomphe des Ténèbres

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Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous profitez bien de cette semaine remplie de jours fériés et de ponts. Cela fait du bien, d’autant plus que le soleil et la chaleur sont en rendez-vous, ce qui est d’autant plus plaisant. On se croirait en été, de quoi nous donner des envies de voyages dans des endroits lointains. Cependant, aujourd’hui, je ne vais pas vous faire découvrir une nouvelle contrée, ou vous faire voyager dans un pays étranger. Non, aujourd’hui, on va plutôt voyager dans le temps. Comment ? Aujourd’hui, je vous entraîne dans un passé pas si lointain, en pleine Seconde Guerre Mondiale. Alors, vous êtes prêts ? Je vous préviens tout de suite, le voyage ne sera pas de tout repos, et vous n’en ressortirez pas indemnes.

Si vous suivez mon blog depuis un moment, vous devez savoir que je ne suis pas friande des histoires qui se déroulent pendant la Première ou la Seconde Guerre Mondiale. Tout simplement parce que je trouve que ces deux périodes ont été beaucoup exploitées, et parce que c’est souvent la même chose, avec de méchants Allemands et des Juifs qui tentent de sauver leurs peaux. Ce sont aussi des histoires terribles, avec beaucoup d’horreur, et j’en ai lu beaucoup étant enfant et adolescente, et maintenant je ne peux plus. J’ai saturé. Ces histoires, je les fuis donc comme la peste. Cependant, quand j’ai vu que le Triomphe des Ténèbres, qui se déroule donc pendant la Seconde Guerre Mondiale, était proposé en service presse sur la plateforme NetGalley, j’ai presque sauté dessus. Son résumé m’a séduite, et j’avais très envie de découvrir ce roman. Pour une fois, il y a de l’originalité dans ce thème de la Seconde Guerre Mondiale. Et je n’ai pas été déçue, car je vous le dis tout de suite, je ne suis vraiment pas loin du coup de coeur avec ce roman. Je vais donc vous en parler aujourd’hui. Il a été écrit en commun par Eric Giacometti et Jacques Ravenne, tous deux journalistes. Ce roman est sorti le 4 avril chez les éditions JC Lattès. Je les remercie d’ailleurs, ainsi que la plateforme NetGalley, de m’avoir permis de découvrir ce titre. Il s’agit d’un premier tome. Voici son résumé :

1938. Dans une Europe au bord de l’abîme, une organisation nazie, l’Ahnenerbe, pille des lieux sacrés à travers le monde. Ils cherchent à amasser des trésors aux pouvoirs obscurs destinés à établir le règne millénaire du Troisième Reich. Son maître, Himmler, envoie des SS fouiller un sanctuaire tibétain dans une vallée oubliée de l’Himalaya. Il se rend lui-même en Espagne, dans un monastère, pour chercher un tableau énigmatique. De quelle puissance ancienne les nazis croient-ils détenir la clé  ?

À Londres, Churchill découvre que la guerre contre l’Allemagne sera aussi la guerre spirituelle de la lumière contre l’occulte.

Dans ce roman, on a plusieurs personnages principaux qui nous racontent leurs aventures. Ainsi, on passe aussi bien de Himmler, le chef des SS et responsable de la solution finale des Juifs, à Tristan, jeune Français enrôlé dans l’armée républicaine d’Espagne, à Laure, propriétaire du château de Montségur, à Churchill. Tous ces personnages sont là pour nous faire voir l’Histoire Mondiale d’une autre manière. Car Himmler est persuadé que l’Allemagne peut gagner la guerre contre l’Angleterre, nous sommes en 1938 et la France est déjà tombée, en utilisant des artefacts anciens et très puissants, en forme de svastika, la croix gammée originale. Il existerait quatre de ces artefacts disséminés dans le monde, un pour chaque élément. Le roman commence par le vol d’un livre, qui conduit une expédition menée par les SS d’Himmler au Tibet, expédition qui a vraiment existé, le roman se basant sur des faits réels, et qui permet à l’Allemagne Nazie de récupérer le premier artefact. La chasse aux autres est alors lancée, et c’est sur le deuxième artefact que ce roman se concentre.

Je vais commencer cette chronique par vous parler de ce qui m’a sidéré dans ce roman. Sincèrement, on n’en sort pas indemne de cette histoire. On est à la fois horrifié, incrédule, surpris, et il y a plein d’émotions qui nous traversent pendant cette lecture. J’ai été agréablement surprise par toutes les connaissances apportées par les auteurs. Car il faut bien comprendre que, même si c’est un roman, c’est basé sur des faits réels. L’expédition au Tibet ou celle à Montségur ne sont pas des inventions, tout comme la volonté d’Himmler de trouver des objets ésotériques. Les auteurs le rappellent à la fois au début du roman, et à sa fin, on apprend encore des choses sur ce que faisait la division spéciale des SS fondée par Himmler, celle qui cherchait par exemple le Graal. Ce ne sont pas des inventions des auteurs, mais bien des événements de l’histoire retrouvés par les historiens. Cela montre l’originalité de cette histoire, qui reprend une vision réelle de la pensée d’Himmler pour la romancer. On découvre ces personnages, qui ont existés et ont fait autant d’horreur, d’une manière dont ne parlent pas les livres d’histoire. Et fait c’est d’autant plus glaçant, car on comprend qu’ils étaient un peu, voire totalement, fous. Himmler était complètement obsédé par la grandeur du peuple allemand, par le besoin d’imposer sa supériorité au monde, par le fait de trouver des preuves mystiques, surnaturelles, de la grandeur du Reich. Il fait encore plus peur que les autres personnages, que Hitler, qu’on a l’impression ici de n’être qu’un pantin. Ainsi, j’ai appris que c’est Himmler lui-même qui a empêché Hitler d’envahir l’Angleterre par la mer en 1940, attaque qui aurait pu été fatale à Churchill, qui a conseillé à Hitler de rencontrer Franco, puis d’attaquer la Russie. J’ai beaucoup aimé découvrir dans le même temps les jeux de pouvoir qui s’opéraient autour d’Hitler, la manière dont ses proches conseillers se tiraient tous les pattes. J’ai trouvé ça intéressant et aussi passionnant. J’ai aussi appris des choses sur la guerre qui avait permis à Franco de prendre le pouvoir, ou la manière dont les Anglais voyaient ce conflit. Il est aussi fait mention de la division allemande de Berlin qui tirant l’horoscope tous les jours de chaque membre du parti. En lisant ce roman, j’ai appris plus de choses sur cette période qu’à travers toutes mes études. En se servant des preuves que les Allemands cherchaient des objets ésotériques et en romançant ces informations, les deux auteurs de ce roman nous donnent plein d’informations véridiques sur ce qu’il s’est passé à cette époque. Plus que l’originalité de cette histoire, c’est ce qui m’a marqué.

Himmler inclina la tête pour le remercier.

  • Tout à fait. Le Caudillo doit régler ses dettes. Après tout nous l’avons soutenu dans son soulèvement avec armes et soldats à profusion. Sans notre légion aérienne Condor, il n’aurait jamais gagné sa guerre civile.
  • Que proposez-vous exactement ? demanda Hitler à Himmler.
  • Sollicitez officiellement une rencontre avec le général Franco, répondit le chef de la SS. Et de préférence chez lui. Poussez-le à déclarer la guerre aux Anglais. Il ne pourra rien vous refuser.
  • Et sous quel prétexte fumeux les Espagnols, exsangues après quatre années de guerre civile, vont-ils se lancer dans cette opération ? s’enquit Goebbels d’une voix mielleuse.

Himmler répondit de bonne grâce, il mettait un point d’honneur à intérioriser son mépris.

  • Gibraltar, voyons, Joseph. Le territoire de Gibraltar appartient aux Anglais depuis plus de deux cents ans, c’est une verrue intolérable pour les Espagnols. (…) Si l’Espagne entre en guerre, Churchill sera obligé de renvoyer une partie de sa flotte là-bas pour protéger sa base et il dégarnira ses côtes. Du moins tant qu’il croira que nous avons abandonné notre projet d’invasion.

Hitler ferma les yeux quelques secondes, puis les rouvrit dans un sourire radieux.

  • Excellent, mon cher Heinrich.

Comme je l’ai dit plus haut, ce roman nous apprend plein de choses tout en nous racontant une histoire. Et ce que j’ai beaucoup aimé, c’est que j’ai aussi appris des choses qui n’avaient rien à voir avec la Seconde Guerre Mondiale. En effet, une partie de l’histoire se déroule à Montségur, un château de l’Ariège. Si vous avez vu l’émission La Carte aux trésors de la semaine dernière, ils sont passés à ce château, haut lieu de l’histoire cathare, donc du Moyen-Age. C’est celui qu’Himmler a fait fouiller, en vrai, et où il s’est déplacé en personne. On ne sait pas ce que les SS ont trouvé, mais cela bien sûr émoustillé l’imagination de nos deux auteurs, qui ont retranscrits dans cette histoire, qui l’ont donc décrit, qui ont repris des données historiques pour s’en servir dans leur roman. J’ai apprécié découvrir une autre histoire, celle des cathares, qui accentue alors dans ce roman le côté Indiana JonesOn sent vraiment qu’on fait partie d’une chasse au trésor essentiel pour l’Histoire mondiale, un trésor qui peut tout faire basculer. Le fait de situer une partie de l’histoire dans ce château permet de nous inclure dans cette chasse, de nous donner l’air d’archéologue répondant à des grands mystères de l’Histoire encore aujourd’hui non résolus. Cela ajoute aussi du suspens, une certaine tension, dans le roman. C’est vraiment une mise en abyme que j’ai trouvé géniale. Cela donne une force supplémentaire à cette histoire, tout cela en continuant à se fonder sur des éléments réels.

  • Tu as encore beaucoup à apprendre sur Montésgur. Là où tu te trouvais cet après-midi, juste sous l’éperon où les croisés ont installé leur trébuchet, s’ouvre un gouffre, invisible sous les broussailles. Et il n’est pas le seul, les anfractuosités, les failles regorgent sur le pog.
  • Elles ont été fouillées, explorées ?
  • Uniquement par les chauves-souris, plaisanta Jean, mais il y a un autre mystère : les cathares s’installent au château vers 1200 et vont y rester plus de quarante ans, deux générations, des centaines d’hommes et de femmes…
  • Où veux-tu en venir ?
  • Beaucoup sont morts. Où sont leurs tombes ? Où sont-ils enterrés ? Aucun ossement n’a jamais été retrouvé.
  • Tu veux dire qu’il y aurait une nécropole ?
  • C’est probable. D’autant qu’il y a un autre indice. En mars 1244, les assiégés acceptent de se rendre, ils demandent une trêve : deux semaines sans attaque. Après quoi, ils livreront le château.
  • (…) Mais pourquoi ce délai de grâce ? Qu’ont fait les cathares pendant ce temps ?
  • Nul ne le sait, mais il devait y avoir beaucoup de morts, suite aux bombardements et aux derniers combats. Au bas mot des dizaines. Que sont devenus les corps ?
  • (…) Et si cette nécropole existe, tu crois que les Allemands ont une chance de la trouver ?
  • Avec des moyens et des spécialistes, peut-être. Mais il y a sept cents ans qu’elle est cachée….

Je vais à présent vous parler de Tristan, le jeune Français qui se retrouve, bien malgré lui, dans cette aventure. Pourquoi vous parler de Tristan plutôt que de Laure, la propriétaire du château ou de Marlorley, l’Anglais qui se lance lui aussi à la poursuite de ces artefacts ? Tout simplement parce que Tristan est le personnage, selon moi, avec Himmler, qui prend le plus de place dans ce roman. Déjà, il est celui qui est présent dès le début de l’histoire, enrôlé à ce moment-là dans l’armée espagnole qui se bat contre Franco. Ensuite, parce que son destin m’a marqué. Il lui arrive vraiment plein de choses dans ce roman, des bonnes et des très mauvaises. Enfin, parce que c’est le personnage qui amène de l’humour dans ce roman qui est tout de même assez sombre. J’ai aimé son caractère rebelle, complètement inconscient par moment, mais qui ne se laisse jamais abattre. Il cherche toujours une solution pour se sauver la mise, pour rester en vie. Il est frondeur et n’hésite pas à dire tout ce qu’il pense. En fait, il a tout du héros charismatique, qu’on a envie de suivre. Il m’a fait penser à Indiana Jones, ou ces autres personnages courageux qu’on voit dans les films du même genre. Et il est très intelligent, doté d’un savoir artistique impressionnant, ce qui va l’aider dans sa survie. C’est vraiment un personnage intéressant, qui amène un plus à l’histoire. On n’arrête d’ailleurs pas de craindre pour sa vie, ce qui amène du frisson.

Quoique surpris, Tristan continua à regarder au loin, vers le fond du jardin. Par moments, des casques gris émergeaient des buis impeccablement taillés, précédés du bruit sourd d’une paire de bottes. Même dans la douceur d’un parc, il était difficile d’oublier qu’on était en prison.

  • Il y a quelques jours, Heinrich Himmler a effectué une visite officielle en Espagne. Il en a profité pour se rendre au monastère de Montserrat.
  • J’ignorais que le chef des SS était un amateur de vie spirituelle…
  • (…) Et il a eu la désagréable surprise de ne pas trouver ce qu’il était venu chercher. Or il semble que, juste avant le passage du Reichsführer, vous avez, vous aussi, été pris d’une irrésistible envie de visiter cette abbaye ?

Tristan décida de répliquer sur le même ton.

  • Je suis comme le Reichsführer, je ne rate jamais une occasion de m’instruire.
  • Et on s’instruit beaucoup mieux la nuit, en compagnie d’amis armés, c’est bien cela ?
  • L’Espagne n’est pas très sûre en ce moment.
  • Quant au gardien, si vous l’avez crucifié, c’est sans doute parce qu’il était un piètre guide touristique, n’est-ce pas ?

Dans un duel à fleurets mouchetés, le perdant est toujours celui qui ne sait pas s’arrêter à temps. Tristan décida de ne pas faire un assaut d’ironie de plus.

  • Si vous faites allusion au trésor du monastère, vous savez déjà qu’il a été en totalité remis aux autorités républicaines juste avant la débâcle. Il n’en reste rien.

L’écriture des deux auteurs est très fluide. Les pages se tournent quasiment toutes seules. Il y a du suspens, de la tension, c’est tellement bien raconté qu’on a du mal à lâcher ce livre. Personnellement, j’aurai pu le lire d’une traite, même s’il est assez épais. Les descriptions sont dans l’ensemble bien faites, même si j’ai apprécié qu’il y ait des schémas de temps en temps, afin de mieux appréhender le château de Montségur, par exemple. Les nombreux détails fournis donnent d’ailleurs très envie de se rendre sur les lieux afin de voir ce que les personnages voient. J’ai aimé les différents personnages, la manière dont ils réagissent aux situations, tout cela en se mêlant parfaitement aux faits réels. C’est un roman qui se lit très bien, qu’on a envie de dévorer.

En résumé, c’est vraiment un roman que j’ai adoré. Je ne l’ai presque pas lâché tellement j’avais envie de savoir comment l’histoire allait se terminer. J’ai frissonné avec les personnages, j’ai été horrifiée par l’horreur de ce qui se passe, de la folie d’Himmler et des SS. J’ai appris plein de choses sur l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, sur les cathares aussi. Il est certain que je me précipiterai sur la suite dès qu’elle sera disponible. J’ai vraiment envie de savoir jusqu’où vont nous mener les deux auteurs. C’était un vrai plaisir de lire ce roman. Je ne suis pas passée loin du coup de cœur avec cette histoire. Je vous le conseille donc vivement, surtout si vous avez envie de découvrir la Seconde Guerre Mondiale d’une autre manière, sous un autre angle, celui qu’on évite en général de parler. C’est un excellent titre.

Et vous ?

Il y a-t-il des sujets dans des romans que vous préférez éviter ?

Aimez-vous apprendre beaucoup de choses dans une histoire ?

Qu’aimez-vous retrouver dans un roman historique ?

Cela vous embête-t-il si, dans un roman historique, celui-ci ne colle pas avec la vérité ?

Bon 8 mai à tous 😀

3 réflexions au sujet de « Le Triomphe des Ténèbres »

  1. J’ai lu beaucoup de livres aussi pendant la guerre, surtout la Seconde. J’avais vu ce livre passer mais sans savoir de quoi il en retournait exactement. Intéressant visiblement, j’aime le fait que ce soit bien documenté et qu’il y ait un peu d’originalité 🙂

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