chroniques littéraires

La Jeune Fille et la Nuit

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Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous êtes prêts à dire au revoir au mois d’avril. Et oui, cette semaine nous entamons enfin, mai, et qui dit, mai dit ponts, donc jours fériés, et surtout on se rapproche de juin, et de l’été. De quoi avoir du baume au cœur. On va pouvoir enfin avoir de beaux jours – il semblerait en effet que ces derniers se soient faits la malle cette semaine – et on va pouvoir lire dehors. D’ailleurs, en parlant de lecture, j’ai le livre qu’il vous faut. En effet, cette semaine, je me suis ruée sur le dernier Guillaume Musso, et de ce roman dont je vais vous parler aujourd’hui. Alors, je le dis tout de suite, quitte à me faire lyncher, je ne suis pas une grande fan de Musso. Déjà, je préfère nettement les romans de Marc Lévy. Ensuite, depuis La Fille de Papier, qui était un immense coup de cœur pour moi, je n’ai plus du tout accroché avec les romans de Musso. Je crois que le dernier roman de lui que j’ai lu, c’est Central Park, et je ne suis même pas allée au bout tellement l’écriture et les personnages m’ont saoulé. En fait, maintenant, c’est un auteur que j’évite, même si je me tiens informée de ce qu’il publié. On ne sait jamais. C’est comme ça que j’ai repéré sa dernière sortie, La Jeune Fille et la Nuit. Le résumé me tentait beaucoup, alors je me suis dit : « Pourquoi pas » ? Du coup, je me le suis pris dès sa sortie. Et pour une fois, je vous spoile un peu cette chronique, car je n’en suis pas ressortie déçue de cette lecture.

La Jeune Fille et la Nuit est sortie mardi, soit le 24 avril, aux éditions Calmann-Lévy. Voici son résumé :

Un campus prestigieux figé sous la neige
Trois amis liés par un secret tragique
Une jeune fille emportée par la nuit

Côte d’Azur – Hiver 1992
Une nuit glaciale, alors que le campus de son lycée est paralysé par une tempête de neige, Vinca Rockwell, 19 ans, l’une des plus brillantes élèves de classes prépas, s’enfuit avec son professeur de philo avec qui elle entretenait une relation secrète. Pour la jeune fille, « l’amour est tout ou il n’est rien ».
Personne ne la reverra jamais.

Côte d’Azur – Printemps 2017
Autrefois inséparables, Fanny, Thomas et Maxime – les meilleurs amis de Vinca – ne se sont plus parlé depuis la fin de leurs études. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Vingt-cinq ans plus tôt, dans des circonstances terribles, ils ont tous les trois commis un meurtre et emmuré le cadavre dans le gymnase du lycée. Celui que l’on doit entièrement détruire aujourd’hui pour construire un autre bâtiment.

Dès lors, plus rien ne s’oppose à ce qu’éclate la vérité.
Dérangeante
Douloureuse
Démoniaque…

En hivers 1992, alors que la neige envahit Antibes, deux personnes sont portées disparues au prestigieux lycée de Saint-Exupéry : Vinca, jeune adolescente de 19 ans, et son professeur de philosophie, avec qui elle semblait avoir une relation. Pour tout le monde, ils sont partis tous les deux afin de vivre au grand jour leur relation. Seulement, depuis 1992, personne n’a de leurs nouvelles. Ils n’ont même jamais été revus. En 2017, Thomas revient sur la Cote d’Azur. Lui connaissait bien Vinca, c’était son grand amour, la fille pour laquelle il aurait été prêt à se damner. Or, aujourd’hui, s’il revient, c’est parce que d’importants travaux vont être faits dans le lycée. La réunion des anciens élèves qui est organisée est d’ailleurs propice au lancement de ces travaux. Mais Thomas est là pour les empêcher. Car dans le mur du gymnase se trouve un corps qui ne doit pas être découvert, un corps qui est là depuis ce fameux hiver 92 et qui pourrait remettre en question toute la théorie sur la disparition de Vinca et du professeur de philo.

Alors, comme je l’ai dit plus haut, ce qui m’a interpellé dans ce roman, c’est son résumé. Il est digne d’un polar, voire d’un thriller. Nous sommes là face à un vrai mystère : qu’est-il arrivé à Vinca et à Alexis Clément, le fameux professeur de philo ? Qui est le cadavre emmuré dans le mur du gymnase, et quelle est l’implication du héros, Thomas, dans ce drame ? Et surtout, qui a envie de faire resurgir cette affaire vieille de vingt-cinq ans en menaçant les protagonistes de l’époque ? Nous sommes donc là avec une ambiance qui monte crescendo à mesure que les révélations sont faites. Plus ça va, et plus la pression s’intensifie sur Thomas, car il semble bien que quelqu’un veuille se venger de ce qui est survenu ce fameux hiver, et que cette personne est prête à tuer, même à tuer. J’ai beaucoup aimé ce suspens qui grimpe au fur et à mesure qu’on lit ce livre. Pour moi, c’est son gros point fort. Le fait qu’on enquête sur un crime de plusieurs années est intéressant. Non seulement on se retrouve confronté à une cold case, avec ce que ça implique : des personnages qui ont bien changés, des souvenirs à faire revivre, une époque différente, mais en plus on est immergé dans les années 1992, à une époque que certains d’entre nous n’ont pas connu. Personnellement, je suis trop jeune pour m’en souvenir, je n’avais que deux ans. C’est alors assez sympathique de se retrouver plongé dans l’ambiance de ces années-là, qui nous semble alors bien loin. Et cela favorise la pression qui se retrouve sur les épaules de nos personnages, car ce qui était impossible dans les années 90, notamment dans les sciences scientifiques, l’est aujourd’hui. Et si les preuves remontent au grand jour, ils seront forcément inculpés. Il y a donc une certaine urgence : celle d’empêcher les travaux, que le cadavre soit découvert, et aussi que tout ce qui les relie au crime soit enterré détruit, afin de ne pas mettre en péril leur vie d’aujourd’hui. Et accessoirement, sauver leurs vies de la personne qui les menace.

Puis je regagnai ma place pour récupérer ma veste accrochée au dos de ma chaise. Quand je jetai un coup d’œil sur la table, je sentis mon cœur s’accélérer. En mon absence, quelqu’un avait plié en deux la photocopie de l’article et posé dessus une paire de lunettes de soleil. Des Ray-Ban Clubmaster aux verres colorés. Qui m’avait joué cette mauvaise blague ? Je regardai autour de moi. Dino parlait avec un type près des postes à essence. Hannah arrosait ses géraniums de l’autre côté de la terrasse. À part les trois éboueurs qui prenaient leur pause, attablés au comptoir, les rares clients étaient des lycéens qui travaillaient devant leur MacBook ou chattaient sur leur téléphone portable.

Merde

Il me fallut prendre les lunettes en main pour admettre que ce n’était pas une hallucination. Lorsque je les soulevai, je remarquai qu’on avait annoté la coupure de journal. Un simple mot tracé d’une écriture ronde et appliquée.

Vengeance.

J’avoue avoir parfois eu du mal à apprécier le personnage de Thomas, à me retrouver en lui. Ainsi, il est assez déroutant dans sa manière de traiter sa famille. On sent tout de suite qu’il n’est pas proche d’eux, ce qui le fait passer à côté de certains détails qui peuvent se révéler importants. C’est la même chose avec ses amis : il les considère comme des proches, mais il ne prend que très peu de leurs nouvelles. En vivant aux États-Unis, il s’est un peu coupé de tout le monde, s’en même s’en rendre compte. On s’aperçoit bien vite que Thomas vit dans son monde rempli de mots et de livres, et que la réalité lui échappe souvent. Il est aussi encore fou amoureux de Vinca, il l’idolâtre complètement, ce qui m’a un peu agacée, comme s’il vivait encore cette période de sa jeunesse et qu’il n’avait pas de recul nécessaire sur cette période. Cela le fait passer à côté de choses importantes, et on a l’impression qu’il est encore plongé dans cette période, comme s’il n’avait jamais grandi et qu’il était encore un adolescent. Cependant, c’est aussi un personnage qui a su me toucher dans sa solitude, notamment lorsqu’il comprend, vers la fin, certaines choses. Il est tellement dans son monde qu’il n’a pas vu ce qu’éprouvaient les autres à son égard, l’amour de ses proches auxquels il est complètement passé à côté. C’est la même chose avec Vinca, il était tellement obsédé par elle qu’il n’a pas tout vu, et il souffre encore de cette obsession qu’il ne parvint pas à dépasser. En fait, Thomas est un personnage torturé par sa jeunesse, parce qu’il a fait et pas fait, par le fantôme de celle qu’il a aimée jusqu’à se détruire. En ce sens, il est assez touchant. Et j’ai aimé sa ténacité à vouloir absolument trouver qui leur voulait du mal à tous. C’est aussi un bon ami qui va tout faire pour protéger les siens.

Il me présenta ses enfants, deux petites boules d’énergie au sourire éclatant, et pendant quelques minutes nous oubliâmes nos soucis grâce à leurs facéties. Emma et Louise étaient adorables, rigolotes, craquantes. À voir le comportement de ma mère – et même de mon père qui nous avait rejoints -, je compris que Maxime était un familier de la maison. Je trouvais assez improbable de voir mes parents dans le costume de grands-parents et, pendant un instant, je me dis même que, d’une certaine façon, Maxime avait pris dans ma famille la place que j’avais laissée en partant. Mais je n’en éprouvais aucune amertume. Au contraire, le devoir que j’avais de le protéger de notre passé m’apparut comme une obligation encore plus impérieuse.

En ce qui concerne les personnages secondaires, je les ai trouvés tous intéressants. Ils apportent tous quelque chose à l’histoire, même ceux qui brillent par leurs absences, comme Vinca ou le professeur de philosophie. D’ailleurs, plus on apprend des choses sur Vinca, plus elle semble détestable, jusqu’à ce qu’on comprenne la fragilité qui se trouvait derrière ses actions. C’est étonnant comment un tel personnage, qu’on ne voit finalement quasiment pas, qu’au travers des souvenirs de ceux qui sont toujours là, puisse prendre autant de place. On sent que Vinca est un personnage central, celle qui est le moteur de toute cette histoire. Elle est dans les pensées de tout le monde, bien plus que son possible amant Alexis Clément. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé l’obsession qu’on pour elle les filles de Saint-Exupéry. Comme le dit l’un des personnages, Vinca est figée dans son éternelle jeunesse, elle ne peut que fasciner. Elle qui attirait déjà tous les regards continue à le faire alors même qu’elle n’est plus là, qu’elle n’est qu’un souvenir. Je pense que c’est justement grâce à ça qu’elle prend autant de place dans l’histoire, parce qu’elle n’est qu’un souvenir auquel tout le monde pense sans cesse jusqu’à faire naître une obsession morbide de la part de tout le monde. L’autre personnage dont je voudrais parler, c’est celui de Fanny, qui est en permanence dans l’ombre de Vinca, même une fois devenue adulte. J’ai été touchée par sa vulnérabilité. J’ai bien cru qu’elle allait craquer à plusieurs reprises. Fanny semble être le personnage faible de cette histoire, celle qui n’a pas la force de faire face à la vérité, qui passe son temps à pleurer, mais il s’avère qu’elle a des choses à dévoiler, et qu’elle est bien plus forte qu’elle ne le laisse penser. J’ai aimé son amour toujours présent pour l’un des personnages, même toutes ces années après, qui font qu’on ne peut qu’être touchée par ce qu’elle vit. Enfin, j’ai une petite mention spéciale pour la mère de Thomas. Je n’en dirais pas plus, mais c’est un personnage que j’ai beaucoup aimé de voir se dévoiler, et j’aurais peut-être aimé qu’elle soit plus présente dans l’histoire.

Son sac est tombé par terre. Les yeux rougis par la colère, Fanny me bouscula. (…) Furieuse, elle me donnait des coups dans la poitrine :

  • Tu as tout abdiqué pour elle. Pour lui plaire, tu as renoncé à tout ce qui constituait ta singularité. Tout ce qui faisait que tu étais un garçon différent des autres.

C’était la première fois que je voyais Fanny perdre le contrôle. Était-ce parce que je savais qu’il y avait un fond de vérité dans ce qu’elle disait que j’encaissant les coups comme une punition ?

Lorsque j’estimai que la pénitence avait assez duré, je la pris doucement par les poignets.

  • Calme-toi, Fanny.

Elle se dégagea et plongea la tête entre ses mains. Abattue, je la vis vaciller sur ses jambes.

  • J’ai accepté de faire les photos parce que je voulais te les montrer pour discréditer Vinca à tes yeux.
  • Pourquoi y as-tu renoncé ?
  • Parce qu’à l’époque ça t’aurait brisé. Je craignais que tu ne fasses une connerie.

L’écriture de l’auteur est très fluide. Le suspens est rondement bien mené, si bien qu’on a beaucoup de mal à lâcher ce roman. En fait, comme vous pouvez le constater, je l’ai dévoré, puisque je l’ai eu mardi, et jeudi il était terminé. C’est vraiment une histoire prenante. Les chapitres s’enchaînent vraiment très bien, et le fait qu’on ait quelques passages dans le passé ne posent pas de problème, je pense même qu’ils sont une bonne idée, afin de mieux s’immerger dans les souvenirs des personnages, dans ce qu’ils ont vécus et pourquoi ils ont faits tels ou tels choix. J’ai cependant trouvé que la fin était un peu rapide, abrupte, comme si elle était là pour faire durer le roman. Toutefois, les rebondissements sont bien dosés, ils arrivent toujours au bon moment. Pour ma part, je n’ai cependant pas été surprise par ces derniers. N’ont que je m’y attende, je ne l’ai avais pas forcément devinés, mais ils ne m’ont pas pris par surprise, ce n’étaient pas d’énormes révélations, à mon avis. Je crois qu’à force de lire des thrillers, il est plus compliqué de me surprendre par des rebondissements. Je pense qu’ici, ces derniers sont plutôt classiques. Même le suspect final ne m’a pas surpris plus que cela. Ceci n’empêche pas que le mystère est bien fait, que l’enquête est vraiment prenante. En fait, la seule chose qui m’a vraiment dérangée dans ma lecture, ce sont toutes les références à Macron. Certes, je peux comprendre que le roman soit ancré dans l’air du temps, qu’il fasse mention de la réalité, et cela correspond au personnage de Maxime se destinant à devenir député En Marche, mais cela m’a gêné. Autant dans un roman américain cela ne me pose pas problème, mais là si. Je me suis même demandé si, par moment, on n’avait pas un roman pro-Macron. Quand je lis une telle histoire, je trouve cela dérangeant. Pour moi, c’est le point faible de ce roman.

En résumé, j’ai beaucoup aimé ce roman. Pour moi, c’est une très bonne lecture, qui m’a fait passer un très bon moment. Comme dit plus haut, j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher. J’avais, comme les personnages, très envie d’avoir le mot de la fin de cette histoire, comprendre un drame avait pu se jouer en cet hiver 92. Ce n’est cependant pas un coup de cœur à cause de ce dont j’ai parlé plus haut, de toutes ces références à notre président qui m’ont vraiment agacée. Mais dans l’ensemble, le rythme et le suspens sont vraiment bien présents, on craint pour la vie des personnages, la pression monte vraiment peu à peu, on s’immerge bien dans la ville d’Antibes, où se passe le principal de l’histoire. Vraiment, c’est un récit qui fonctionne très bien. Je dirais même que c’est un roman qui m’a réconcilié avec l’auteur. Peut-être que je lirais ses ouvrages précédents. En tout cas, c’est un roman que je vous conseille. Même si vous n’êtes pas très romans policiers, il devrait vous convaincre.

Et vous ?

Lisez-vous beaucoup de romans de Guillaume Musso ?

Qu’aimez-vous retrouver dedans ?

Aimez-vous lire les nouveautés dès qu’elles sortent ou attendez-vous un peu ?

Bon dimanche à tous 😀

 

6 réflexions au sujet de « La Jeune Fille et la Nuit »

    1. Merci beaucoup 🙂 ça m’aurait bien plu de participer, mais vu que je compte envoyer un roman, j’ai vu que je ne pouvais pas être chroniqueuse… J’y réfléchie encore pour les catégories Catégories Littérature Blanche, Young Adult et Littérature Noire et je te tiens au courant 😉

      Aimé par 1 personne

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