chroniques littéraires

Premier arrêt après la mort

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Bonjour les amis. J’espère que vous vous êtes bien remis de votre long week-end, et des élections. Ca y est, ces dernières sont enfin terminées, on devrait avoir un peu la paix avant les législatives. Ou pas, ça va dépendre des journalistes. D’ailleurs, pour ce nouvel article sur le blog, qui signe la reprise de chroniques littéraires, je vais à mon tour vous parler de politique. En effet, aujourd’hui, je vais vous parlez d’un des romans que j’ai lu la semaine dernière. Il s’agit d’un thriller construit autour de la vie politique française et la situation géopolitique internationale. C’est un roman capable de vous donner quelques sueurs froides à cause de la manière dont est imaginer le futur. Car nous sommes dans le futur, en 2018. Ce roman a été écrit par Jacques Attali, célèbre pour sa carrière politique aux côtés des présidents de la Ve République et ses positions économiques. Ce thriller est sorti le 8 mars chez les éditions Fayard, je vous l’avais d’ailleurs présenté dans ma wish-liste #3. Voici son résumé :

Juillet 2018 : l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Belgique sont touchés par une terrible vague d’attentats ; les tensions en mer de Chine font craindre le début d’une troisième guerre mondiale. La France semble épargnée, jusqu’à ce qu’on retrouve un cadavre, calciné et mutilé, attaché à un arrêt de bus, puis un deuxième.

Au troisième corps supplicié découvert place Beauvau, un mystérieux correspondant annonce l’imminence d’une catastrophe : la France est prise de panique. Le président de la République demande que l’enquête soit confiée à une jeune et brillante commissaire, Fatima Hadj. Elle a vingt jours pour arrêter l’auteur de ces assassinats barbares. Sinon…

Nous sommes donc en 2018, en France. La situation mondiale est très tendue, quatre attentas ont lieu presque simultanément en Europe, par un groupe terroriste africain ayant repris le contrôle de Daesh et Al Qaida. Des migrants quittent en masse l’Afrique pour leur échapper. Des portes avions chinois, nord-coréens, sud-coréens, japonais et américains se font face en Mer de Chine pour la revendication d’îles artificielles près de Taiwan. Quand à la Russie, elle cherche à installer des fusées et des armes nucléaires à Kalingrad. Cela fait un an, depuis l’élection présidentiel, que le pays n’a pas été attaqué par des terroristes. Or, deux jours après le 14 juillet, à un arrêt de bus en province, un corps est découvert près de Versailles. Il n’a plus de tête, de jambe ou de pied pour être identifié. Il n’a sur lui qu’un mot, le début d’un poème. Et à partir de là, d’autres corps sont découverts les jours suivants, dont le 2e près d’Ajaccio, et le 3e juste devant le ministère de l’Intérieur. Avec ces trois corps, qualifié par la presse d’acte terroriste et par l’Elysée de fait divers, Fatime Hadj est nommée à la tête de l’enquête. Or, elle doit partager toutes ses découvertes avec le plus proche conseiller du président, qui cherche à garder un œil sur elle. Et bientôt, les corps s’enchainent, un par jour, avec chacun une phrase d’un poème anglais, un auteur mort pendant à la fin de la Première Guerre Mondiale à cause d’un ordre absurde. Un ultimatum par les tueurs est donné : au bout de onze morts, une révélation sera donnée, une révélation qui changera la France. Fatima doit rapidement trouvé qui se cache derrière ces meurtres et quelle terrible révélation sera faite, une révélation qui a un lien avec l’actuel Président de la République.

En fait, il s’agit bien d’une enquête policière, avec des meurtres, à laquelle va être confrontée notre jeune héroïne Fatima, jeune car elle est la première commissaire à gravir aussi rapidement les échelons. Elle va devoir trouver qui assassine de sang-froid des hommes et les met en scène sur les arrêts de bus. A travers elle, on suit l’enquête. La politique n’est au début qu’en arrière plan, et prend de plus en plus de place à mesure que l’enquête avance et que Fatima noue des liens avec le conseiller du Président, au fur et à mesure que l’échéance promettant une révélation tonitruante avance. Ces meurtres, un par jour pendant onze jours, sont barbares, et ne laissent derrière eux que peu de preuves. Fatima va avoir besoin de toute l’aide possible pour dénouer tous les fils de cette histoire. Je ne vous en dirais donc pas plus pour ne pas gâcher le suspens de la révélation finale.

On s’attache assez rapidement à cette jeune femme, fille d’immigrés, de divorcés, qui a elle-même divorcée, qui s’inquiète pour ses enfants, et qui se retrouve de plus en plus dépassée par les événements. Bien qu’elle fasse tout pour garder la tête froide, cette affaire met tous ses nerfs à l’épreuve. Ne trouvant que peu de preuves, à part celles laissées par l’assassin, elle va en plus succomber au charme du conseiller du Président, et va aussi risquer son poste, et voir ses enfants être surveillés par un autre service de police. Ajouté à tout cela son père malade, ses cauchemars, Fatima est l’exemple même du héro à problème obligé de se dépasser pour mener à bien son enquête. J’ai apprécié de voir cette flic, qui se veut forte, tombée amoureuse, puis s’inquiéter pour ses enfants. En fait, Fatima ressemble à n’importe quelle femme moderne, divorcée, dépassée, amoureuse, et essayant d’être sur tous les fronts quoi qu’il arrive. Je pense donc que je me suis retrouvée dans son personnage. On a presque envie de devenir son amie, de l’aider à supporter ce qui lui arrive, d’être près d’elle pour la rassurer.

Cette nuit-là, Fatima avait dormi seule, dans son appartement du quai de Valmy. Elle y vivait depuis deux ans avec ses enfants, deux garçons de 10 et 8 ans, Issa et Raphaël. A 35 ans, cette jolie brune aux yeux verts, grande et fine, s’était séparée depuis peu de leur père, un avocat vedette du barreau de Paris, Jean-Marie Bezard, spécialiste dans les divorces. Une séparation, puis un divorce difficile, qui l’avaient plongée dans un début de dépression dont elle n’était sortie que par le travail, et par l’apprentissage de deux nouvelles langues étrangères (sa passion). Inquiète pour sa santé, sa mère, Samy, qui vivait depuis vingt ans dans un grand duplex au sixième et dernier étage de ce même immeuble, avait réussi à lui obtenir, et à financer, au moment de sa séparation, cet appartement de quatre pièce, au premier étage, que Fatima n’aurait jamais eu les moyens de s’offrir seule. Dans ce même immeuble où Fatima avait vécu depuis l’âge de 15 ans, avec sa mère, au dernier étage.

J’ai été étonnée, et très séduite, par le travail d’imagination et d’anticipation écrit par l’auteur. On sent en effet qu’il s’est beaucoup documenté pour imaginer un futur crédible, un futur qui fait hélas bien peur. Je ne sais pas quand il a commencé à écrire ce roman, mais en ce qui concerne les actualités mondiales, elles sont présentes, comme l’élection de Trump ou les affrontements de celui-ci avec la Corée du Nord. On a même un président à la tête de la France, un homme que rien ne prévoyait à ce rôle, comme si Attali savait à l’avance qui serait élu. En lisant le roman, on a l’impression de lire les actualités mondiales telles qu’elles pourraient être écrites dans un journal. Je crois que c’est pour cela que ce futur fait autant peur, c’est qu’il semble tout à fait crédible. On peut tout à fait s’attendre à ce que des attentats frappent le siège de l’Union Européenne, l’Allemagne, l’Italie, etc. Ou que des migrants viennent mourir sur les plages italiennes, poussés par la peur de leur pays. Ou que le Japon demande l’arme nucléaire. Ou que la Chine tente de reprendre à Taïwan des iles artificielles. Tout semble possible.

A Berlin, l’avant-veille, 14 juillet, à partir de 17h54, sept hommes, munis de badges de service, avaient réussi à passer tous les contrôles de sécurité, pourtant considérablement renforcés dans la ville depuis les attentas de Noël 2016, et avaient pénétré dans la salle de conférence du Bundestag où ils avaient tiré à la kalachnikov sur les parlementaires en session. Ils avaient pu mitrailler pendant huit minutes, faisant 134 morts, avant d’être abattus par la police. En tout cas, c’est ce qu’on crut un moment, mais on n’identifia que quatre de leurs corps et on conclut que, si invraisemblable que cela puisse paraître, trois d’entre eux avaient réussi à s’enfuir, dans la panique générale qui s’en était suivie.

En Italie, en Belgique et aux Pays-Bas, exactement au même moment, d’autres bâtiments officiels avaient été visés par des tireurs : le palais Chigi, résidence du président du Conseil, à Rome, le Berlaymont, où se trouvent les bureaux de la Commission européenne à Bruxelles, et le siège de la Cour pénale internationale à La Haye, manquant de peu la présidente, la juge argentine Silva Fernandez de Gurmendi, visiblement la cible de l’attentat.

Ces trois attaques avaient fait respectivement 17, 6 et 15 morts. A Rome, les quatre tueurs avaient pu s’échapper. A Bruxelles, ils avaient tous été tués. A La Haye, l’attenta avait été commis par un « drone-suicide », technique déjà utilisé en Irak.

D’ailleurs, cette impression de crédibilité se retrouve aussi dans la résolution de l’enquête. Celle-ci semble d’abord une enquête banale, comme il y en a plein dans les romans policiers, avec un tueur qui tue de manière violente, rituelle, plusieurs personnes. Sauf que, comme je le disais au début de cette chronique, cette affaire, on le devine très vite, est liée au pouvoir en place. Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous spoiler, mais la résolution de ces crimes liés au gouvernement semble elle aussi tout à fait crédible. C’est-à-dire que les justifications derrière ces meurtres sont plausibles. Cela pourrait tout à fait arriver. On pourrait avoir un tueur, demain, qui tue pour les mêmes raisons. On a l’impression que l’auteur est assez au fait de ce qui se cache derrière le pouvoir, les squelettes qui peuvent y être dissimulés. En fait, derrière un mobile tout simple qu’on apprend à la fin, c’est toute la manière dont fonctionne le pouvoir qui est remise en cause. Et, avec des phrases choquent distillés tout au long du roman, on sent la tension qui entoure le gouvernement et ses secrets.

  • Qu’est-ce qui semble invraisemblable ? Les assassinats ciblés ? Les meurtres gratuits ? Allons donc ! Tu ne sens pas la violence revenir en force dans le pays et dans le monde ? Tu ne sais pas que, l’an dernier, plus de huit cents personnes sont mortes assassinées dans la seule ville de Chicago ? Que plusieurs centaines de gens meurent chaque année de règlements de comptes entre bandes rivales en France ? Que des centaines meurent encore, d’assassinats plus ou moins sadiques ? Tu ne sais pas que, dans les tréfonds les plus cachés d’Internet, on peut aujourd’hui, en toute impunité, acheter des esclaves, commander des tueurs à gage, se faire livrer un organe, louer des enfants pour une semaine ou une année, faire tirer un drone sur un village d’Irak ou sur un quartier de Mexico ? Ca ne te paraît pas plus invraisemblable que cette histoire ? Et pourtant, c’est vrai. A l’instant où nous parlons, des centaines de transactions de ce genre se déroulent quelque part dans le monde.

(…)

  • Il n’est pas un monstre ; il est juste un exemple extrême de ce à quoi peut conduire l’exercice du pouvoir. Il est aussi à l’image du pays, fait de grandeur et d’illusions, de mesquineries et de petites compromissions. La France, c’est à la fois le pays de la Résistance et de la Collaboration ; le pays où la police est capable de sadisme et d’héroïsme, de révolte lucide et de fascination pour ce pouvoir.

En ce qui concerne l’écriture du roman, il se lit très bien. On a du mal à le lâcher car on est happé par l’histoire, par toute cette tension qui est sous-jacente. Cette dernière est très bien retranscrite, on la sent être dans le sillage des personnages, en eux. C’est pour cela qu’on n’arrive pas à quitter le roman, parce qu’on ne sait pas quelle nouvelle catastrophe va leur arriver, si elle sera mondiale ou liée aux meurtres. On n’a qu’une envie, celle de savoir, ce qui fait qu’on avale les pages sans forcément les voir. En fait, je l’ai même trouvé trop court. Le roman fait à peine 184 pages, j’aurais aimé un peu plus. Le style de l’auteur est assez fluide pour qu’on ne s’arrête pas sur certaines phrases.

Ce roman, bien qu’il ne soit pas un coup de cœur, est très bon. J’ai apprécié le fait qu’on ne s’arrête pas seulement aux meurtres ou à la politique, mais que toute l’histoire soit liée aussi à un poème datant de la Première Guerre Mondiale. Grâce à celui-ci, j’ai pu apprendre des choses sur la fin de cette guerre, sur les horreurs commises à ce moment-là, et la bêtise humaine. Je conseille donc la lecture, qui m’a fait passer un très bon moment. Si vous aimez les policiers et les complots à grandes échelles, ce roman est fait pour vous. C’est une histoire à lire.

Et vous ?

Vous aimez les romans policiers teintés de politique ?

Vous trouvez que cela ajoute quelque chose d’essentiel à l’histoire ?

Ou alors, vous trouvez que cela manque d’originalité ?

Bonne semaine à tous 🙂

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2 réflexions au sujet de « Premier arrêt après la mort »

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