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Quelqu’un à qui parler

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Bonjour les amis. Nous voilà enfin à la fin de la semaine. J’espère que pour vous que celle-ci s’est bien passée. De mon côté, ça y est, je suis enfin en vacances. Ca va me faire du bien car je commençais à saturer des enfants que je garde. Ils peuvent être des anges comme des démons, et parfois c’est assez usant, surtout quand on a pas son mot à dire puisque ce sont les parents qui décident, forcément. Bref, aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler d’un roman fantastique plutôt jeunesse que j’avais lu dans le cadre de mon week-end à lire, en janvier. Cependant, hier après-midi j’ai reçu un livre qui a chamboulé tout mon programme. En effet, cette chronique sur ce roman fantastique, vous l’aurez plutôt mardi, et aujourd’hui, je vais vous parler du roman reçu hier.

Alors, ce roman, j’ai commencé à en entendre parler sur Facebook, sur la page de sa maison d’édition, XO, ainsi que sur quelques pages de blogueurs qui avaient pu le lire en avant première. Il est en effet sorti cette semaine. Son résumé et la vidéo faite par la maison d’édition m’a tout de suite donné envie de le lire. Donc, quand j’ai vu qu’il était proposé en partenariat avec le site Livraddict, j’ai sauté sur l’occasion et j’ai eu la chance de faire partie des sélectionnés. Bon, j’ai mis toutes les chances de mon côté, en le demandant dès que ce partenariat à été mis en ligne. Je devais faire partie des premières à le demander. Il est donc arrivé hier, et je remercie XO Edition et Livraddict pour ce livre que j’ai dévoré dans l’après-midi. Si je peux vous en parler aujourd’hui, c’est que je l’ai terminé. Je pense que vous l’avez deviné, ce roman a été un gros gros coup de cœur. Je remercie son auteur, Cyril Massarotto, de m’avoir fait passer un si bon moment. Voici le résumé de Quelqu’un à qui parler :

Samuel fête ses trente-cinq ans, seul face à des assiettes vides. La déprime est proche. Il attrape alors son téléphone mais réalise qu’il n’a personne à qui parler. Soudain, un numéro lui revient en mémoire : celui de son enfance et de la maison du bonheur familial depuis trop longtemps disparu.

Tiens, et s’il appelait ? À sa grande surprise, quelqu’un décroche. Et pas n’importe qui : c’est à lui-même, âgé de dix ans, qu’il est en train de parler ! Mais que dire à l’enfant que l’on était vingt-cinq ans plus tôt ?

Finalement, chaque soir, à travers ce téléphone, Samuel va s’interroger : l’enfant que j’étais serait-il fier de ma vie ? Aurait-il vraiment envie de devenir l’adulte que je suis aujourd’hui ? Ne l’ai-je pas trahi en renonçant à mes rêves ?

Grâce à ce dialogue inattendu et inespéré, Samuel va, peu à peu, devenir acteur de sa vie. Et avancer, enfin !

Nous suivons donc Samuel le jour de ses trente-cinq ans. Sa vie est peu réjouissante, il est tout seul, ses parents sont décédés, il n’a pas d’amis, à part un couple de personnes âgées qui a dû partir à l’hôpital dans la soirée, il n’a pas de petite amie, pas d’enfant. Dépité par sa vie, il va alors boire la bouteille de champagne achetée pour l’occasion et va décider, sur un coup de tête, de téléphoner à son ancien numéro, celui qu’il avait lorsqu’il avait 10 ans. Et là, le petit Samuel, celui qu’il était à cette époque, va lui répondre. Il va ainsi, au fil des jours, pouvoir communiquer avec celui qu’il était enfant, comparer ses rêves et ce qu’il est devenu. Ces conversations vont profondément chambouler Samuel de trente-cinq ans, qui va alors entreprendre des changements dans sa vie. Il va se rendre compte qu’il a renier l’enfant qu’il était alors pour se laisser balloter par la vie. Mais le Samuel adulte va aussi changer la vie du Samuel enfant, car il le sait déjà, un drame se prépare dans les mois qui viennent dans la vie de cet enfant, et quelques petits changements pourront lui apporter une paix nécessaire. En parallèle, l’entreprise du Samuel adulte reçoit pendant six mois la visite de Li-Na, une jeune Chinoise supervisant la fusion entre l’entreprise parisienne et celle chinoise. Evidemment, Samuel va tomber sous son charme et, grâce à son double enfant, il va entreprendre de la conquérir.

Pour commencer, j’ai adoré la conversation téléphonique entre le jeune Samuel et celui adulte. C’est une excellente idée qui fonctionne très bien de confronter l’enfant que nous étions à celui que nous sommes, de voir avec les yeux d’enfants la manière dont notre vie a évoluée, en bien ou en mal. Ici, Samuel enfant a vécu un drame dans son enfance, la perte de sa mère, ce qui va le transformer à jamais. Seulement, l’enfant auquel parle Samuel adulte n’a pas encore vécu ce drame. Il est encore innocent et naïf. Il rêve encore, et c’est ce qui va permettre à notre adulte de se reconstruire. Tout est fait par téléphone, si bien qu’on ne découvre Samuel enfant qu’à travers son discours dans le combiné. J’ai aimé la manière dont le petit Samuel confrontait ses rêves à la dure réalité que vit le Samuel adulte. J’ai aussi apprécié ses désillusions, et l’envie qu’il a de se battre, de pousser l’adulte qu’il est devenu dans ses retranchements, le pousser à changer. Ce n’est pas parce que la réalité qu’il vit ne correspond pas à celle de ses rêves qu’il faut abandonner les rêves et l’envie de changer. C’est ce que va apprendre l’enfant à l’adulte.

  • Bon, je te rappellerai demain, je dois te laisser, là, j’ai un dîner.
  • Avec une fille ?
  • Non, un couple d’amis.
  • Ce serait mieux avec une fille. Oh d’ailleurs, elle est belle ta femme ?
  • Quoi ?
  • Ben, ma future femme, elle est belle ? Elle s’appelle comment ?
  • Je ne suis pas marié.
  • Nul ! T’as divorcé c’est ça, comme les parents de Fréderic ?
  • Non, je ne me suis jamais marié….
  • Encore plus nul ! Papa et maman ils se sont mariés à vingt et quelques et toi à trente-cinq ans t’es pas marié ? Pourquoi ?
  • Je ne sais pas, c’est compliqué…

(…)

« Je sais bien que je n’ai que dix ans et que c’est toi l’adultes, mais je te jure que j’ai pas du tout envie de faire ce que tu fais. Le foot tant pis, mais écrivain, on peut l’être encore quand on est vieux, non ? (…)

  • Mais c’est pas si simple, Sam, pour écrire il faut être inspiré, et puis ça prend du temps, et je ne sais même pas si j’ai encore le début de ce que j’ai écrit…
  • Je m’en fiche. Tu joues plus au foot et t’es pas marié, donc le soir tu as le temps d’écrire, non ?
  • Eh bien, oui, si on vent…
  • Alors voilà, tu le fais !
  • Ecoute, je vais voir ce que je peux faire…
  • Non. Promets.

Le fait d’avoir le personnage adulte et enfant permet de s’identifier à l’un et à l’autre, et aussi de s’y attacher. Chacun des deux est touchant par ce qu’il vit, et par la manière dont il le surmonte. J’ai apprécié la fraicheur et l’enthousiasme du jeune Samuel, qui ne pense qu’à rire et à vivre, et qui ne comprend pas ce qui a pu se passer pour qu’il devienne cet adulte qu’il juge austère. A l’inverse, j’ai aimé la manière dont Samuel adulte accepte de suivre les conseils, voir les ordres, du jeune Samuel afin de retrouver cet état d’esprit qu’il avait oublié. Grâce à lui, il se redécouvre.

Je réfléchis au fait que toute ma vie, j’ai détesté la violence. J’ai toujours pensé que les problèmes devaient être résolus par tous les moyens possibles, mais pas avec des coups. J’ai fait mienne la maxime de Marcel selon laquelle la violence est l’arme des faibles ; et j’ai toujours pensé ne jamais m’y abaisser.

Mais les choses ont changé, depuis peu : le petit Sam a réussi à se rebeller, face à Simon. Et il n’a pas utilisé la sagesse, lui, il a réglé le problème directement, de face, avec un bon coup de tête. Le simple fait de savoir qu’il l’avait fait m’a tellement soulagé que je me demande si je ne vais pas écouter l’enfant qui sommeille en moi… Une incartade du côté sombre. Une seule.

Ce que j’ai vraiment aimé dans ce roman, c’est toute l’émotion qui nous est transmise par lui. J’ai été émue à certains passages qui sont vraiment touchants. On sent tout l’amour que Samuel a à donner, tout son amour pour sa mère, son père, et celui qu’il était enfant. J’ai aimé la relation qu’ils développent tous les deux, marqués par ce même passé qui les lie. J’ai apprécié aussi la relation que le Samuel adulte a avec ses voisins âgés, le couple de Marcel et Marceline. On sent qu’il les considèrent comme des parents de substitution, et c’est touchant la manière dont ce couple veille sur lui. Mais ce qui m’a surtout émue, c’est ce besoin que va avoir Samuel adulte de veiller sur le petit, de le préparer à ce qui va suivre. J’ai apprécié toute la tendresse qu’il met dans ce qu’il ne peut pas changer et dont il prépare petit à petit l’enfant qu’il était alors afin de l’aider à surmonter tout ça.

  • Ben alors, c’est quoi que tu dois me dire ?
  • Mon Sam, je voulais te dire qu’aujourd’hui est un jour particulier… Enfin, je voulais te parler du bonheur et … Non, en fait, je voulais te dire que…
  • Que quoi ?
  • Te dire que… Que tu dois aller faire un gros câlin à maman, ce soir.
  • Mais je lui en fais tous les soirs, des câlins.
  • Oui, je sais. Mais là, tu vas retourner dans sa chambre et tu vas lui faire le plus gros et le plus long câlin que tu ne lui aies jamais fait. Tu vas battre le record du monde du câlin… Et tu vas lui faire maintenant, d’accord ?
  • D’accord, oui… Mais pourquoi maintenant ?
  • Tu sais pourquoi, mon grand. Tu le sais… »

Je ne tiens plus : je raccroche.

Et je pleure.

Vingt-cinq ans après, je pleure la mort de ma mère comme si c’était la première fois ; et je me rends compte que c’est la millième fois que je pleure ainsi, le cœur vide, comme si je découvrais le chagrin à chaque fois.

Au fond, chaque larme versée pour un être aimé parti trop tôt est une première fois.

J’avais un peu peur que certains actions changent le cours du temps. En effet, nous avons le Samuel adulte qui parle au Samuel enfant, on peut donc croire qu’il peut impacter le futur de ce dernier, ce qui produirait alors un paradoxe temporel. Il pourrait prévenir le jeune Samuel de certaines choses. Or, l’auteur se sort facilement de ce problème en incluant la notion de « destin ». Samuel ne pourra donc rien changer, car tout doit revenir à sa place afin d’éviter ces fameux paradoxe. J’ai trouvé cela intéressant, car finalement, rien ne peut changer dans la vie du Samuel adulte. Et puis, le voudrait-il vraiment ?

En ce qui concerne la plume de l’auteur, elle est fluide et très légère. On est happé par le texte, les pages s’enchainent presque toutes seules. Il est même assez difficile de lâcher le livre tellement on avale les pages les unes après les autres. On est porté par l’histoire et le texte coule tout seul. On ressent parfaitement les émotions, les étapes par lesquelles passent les personnages, et on n’a qu’une envie, poursuivre la lecture. Je dirais même qu’on est transporté dans l’histoire, on se compare à ces personnages, on se voit dans eux. On est touché par le texte. On retrouve bien l’enfant dans les mots de Samuel, on sent bien le décalage qu’il a entre lui et l’adulte. C’est très dur de rendre les paroles d’un enfant, de faire que cela soit crédible. Ici, l’auteur s’en sort parfaitement. Personnellement, j’aimerais être capable d’écrire de cette manière, de pouvoir plonger le lecteur dans cette sorte de transe qui nous pousse à terminer le livre et à être touché en même temps parce qu’on lit. Je pense d’ailleurs que je vais rechercher les autres romans de cet auteur pour comparer avec ce roman-ci, et voir si tout cela est présent dans chacun de ses textes. Il est possible qu’il devienne un de mes auteurs phares.

Je conclue donc cette chronique en vous conseillant de vous jeter sur ce roman et de le lire. J’ai vraiment adoré cette histoire lue rapidement. Pour moi, ce roman reste un immense coup de cœur que je prendrais certainement plaisir à relire. Je vous en conseille fortement sa lecture. Une chose pour moi est sûre, le charme de l’histoire, pourtant simple, opère. C’est une lecture très agréable, sans prise de tête.

Et vous ?

Quel a été votre dernier gros coup de cœur ?

Quel roman vous a touché dernièrement à sa lecture ?

Quel conseil l’enfant que vous étiez pourrait vous donner si vous vous croisiez ?

Bonne semaine 🙂

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5 réflexions au sujet de « Quelqu’un à qui parler »

  1. J’adore ce thème et je suis une grande fan des livres temporels, que ce soit du type destin ou modifications du futur, mais j’ai quand même de grosses réticences pour une raison bête, qui est l’éditeur. Malgré tout l’intérêt que je peux trouver à une histoire c’est toujours la forme qui m’importe, et XO est quand même une maison très grand public donc j’ai peur de trouver ça mal écrit. Et ce que tu dis ne m’aide pas beaucoup à me décider… Être entrainé par l’histoire, c’est pas du tout ce que j’aime: j’aime voir le travail d’une écriture littéraire, voir des parallèles, des métaphores intéressantes, des mots qui parlent sans avoir besoin de raconter… Les extraits que tu as montré.sont surtout des dialogues donc j’ai du mal à me faire une idée… Tu pourrais dire quelque chose pour me convaincre qu’il faut le lire ? 😀 Sauf si tu penses que ça ne me plaira pas 😛

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    1. Ah mince. J’avoue que du coup, j’ai un peu de mal à te le conseiller, vu ce que tu dis. Pour moi il a été un gros coup de cœur, et l’histoire peut te plaire si tu aimes ce type de récit, mais c’est sur qu’au niveau de l’écriture, ça risque d’être plus compliqué. Ce n’est pas vraiment de « la grande littérature », même si je déteste dire ça. Je pourrais en effet le comparer dans le style aux romans de Marc Lévy… Je ne sais pas si ça t’aide à te décider 😦 C’est vrai qu’il y a pas mal de dialogue, ou de passage sur les sentiments, c’est fluide, mais sans doute pas ce que tu cherches… Je pense que si tu as un doute, je te conseille plus de lire des romans qui vont te plaire, et garder celui-là pour un moment où tu auras moins de choses à lire, pour que tu ne regrettes pas s’il ne te plait pas 🙂

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      1. Le style XO je ne sais pas… Par exemple je suis fan de Mireille Calmel qui publie chez eux et c’est pas du tout le même style 😀 Mais bon, j’aime plutôt ce qu’ils font ^^ (et c’est Musso qui publie chez XO, Levy c’est chez Michel Lafon :p )

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  2. Oui, je sais qui publie où, c’est toi qui a parlé de Levy. Mais l’autre c’est la bête noire, je ne prononce son nom que pour en dire du mal, donc j’en i pas parlé.
    Ils font peut être des exceptions mais XO a quand même une ligne très grand public (c’est pas si mal, au moins ils ont une vraie ligne éditoriale, qui permet de vite répérer. Un auteur qui est chez XO je ne m’y penche pas beaucoup)

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