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La vielle dame qui avait vécu dans les nuages

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Bonjour les amis. J’espère que votre semaine se passe bien. Heureusement, il fait un peu moins froid, on peu enfin rester un peu dehors pour lire un peu. Eh oui, je lis dehors en attendant que l’école des petits que je garde ouvre, et j’avoue que même si le froid ne me gêne pas, tenir ma liseuse avec mes gants, ce n’est guère pratique. Depuis le début de la semaine, j’apprécie donc ce redoux. Aujourd’hui, je reviens vers vous pour vous présenter une nouvelle chronique littéraire. Aujourd’hui, je vais en effet vous parler du petit coup de cœur que j’ai eu pendant mon week-end à 1000, ce week-end, dont je vais bientôt vous présenter le bilan. Ce roman, je vous l’avais donc en partie présenté lors de mon billet sur ce challenge. Il s’agit de La Vieille Dame qui avait vécu dans les nuages, écrit par Maggie Leffler et paru en 2016, aux éditions HarperCollins. J’ai pu le lire grâce au partenariat qu’à le blog avec le site NetGalley. Je les remercie d’ailleurs de m’avoir envoyé ce roman que j’ai dévoré. Voici son résume :

A 87 ans, Mary Browning sent que le temps est venu pour elle de raconter son histoire et les secrets qu’elle garde enfouis depuis de si longues années. En fait, depuis le jour où un parachutiste est tombé dans le jardin de ses parents, faisant éclore son rêve : devenir aviatrice. Cette passion, Mary l’a vécue intensément, à chaque seconde de sa vie. Mais, en retour, elle a payé le prix fort, allant jusqu’à renier ses origines juives et sa famille pour suivre son destin. A qui confier et transmettre le récit de ce qui fut à la fois son feu sacré et sa grande faute ? La réponse arrive en la personne d’une très jeune fille. En elle, Mary croit retrouver les traits de Sarah, sa sœur adorée qu’elle a dû abandonner. Un signe du destin qui marque le début d’une amitié aussi belle qu’improbable, faite de confidences et de récits extraordinaires jusqu’à l’émouvante révélation finale…

En fait, dans ce roman, nous suivons deux personnages principaux, qui sont Mary et Elyse. Mary est une vieille femme qui fête ses 87 ans, et qui anime un atelier d’écriture. Elle-même n’écrit plus depuis des années. Entourée par les membres du club d’écriture, tous des personnes de son âge, qui écrivent pour la plupart leurs mémoires, elle commence à se demander si elle-même ne devrait pas se lancer dans une telle entreprise. Or, cette envie lui vint lorsqu’Elyse, jeune fille encore lycéenne, entre dans le club. Cette dernière se rêve en écrivain. En elle, Mary croit voir sa sœur Sarah, qu’elle n’a pas revue depuis plus de 60 ans. Elle propose alors un marché à Elyse, celui de taper ses mémoires en échange d’un peu d’argent. Elle va alors lui raconter sa vie, dont ses années en tant que pilote dans l’armée américaine, faisant partie de l’équipe secrète des pilotes femmes, reconnues seulement ces dernières années par le gouvernement Obama, pendant la Seconde Guerre Mondiale. De fil en aiguille, Elyse va aussi mettre le doigt sur le secret de Mary, jeune fille juive qui a mis à la fin de la guerre toute sa vie derrière elle. En parallèle, Elyse va aussi en apprendre plus sur elle-même et sa famille qui part en lambeau. Nous alternons alors entre trois points de vue différents, qui sont ceux de Mary, d’Elyse, et de Mary enfant/adulte, quand elle s’appelait encore Miriam.

Justement, j’ai apprécié ces points de vue différents, car ceci nous permet d’avoir la vision de Mary âgée, mais aussi de celle qu’elle était enfant ou adulte et qu’elle a fait ces choix qui la déterminent à présent. On comprend mieux Mary à travers ses souvenirs, ces souvenirs qui sont en fait exposés à Elyse, qui les écoute. En même temps que nous, la jeune fille découvre qui était Mary quand elle était encore Miriam. On sait ainsi pourquoi elle a changé de nom, ce qui est arrivé à Sarah et on découvre sa vie de pilote non reconnue par l’armée. De la même manière, on en apprend plus sur Elyse, qu’on voit aimé et subir sa famille. Ces différents points de vue nous aident alors à nous attacher aux personnages. Parce qu’ils sont écrits à la première personne, on a accès à toutes les émotions des filles, à tous leurs rêves aussi. Mary partage ceux qu’elle espérait quand elle était encore Miriam, toutes ses croyances et tous ces espoirs, même si elle sait que la plupart vont échouer. Elle essaye de retrouver l’état d’esprit qu’elle avait dans ces moments qu’elle raconte à Elyse, puis, quand on revient au présent, elle les commente, mais seulement pour elle. En fait, le personnage de Mary devient extrêmement sympathique grâce à cela, elle devient comme une grand-mère qui nous raconterait des souvenirs. Elyse le prend justement comme ça, et elle aussi s’attache à la vieille femme, qui va d’ailleurs beaucoup l’aider dans ses problèmes familiaux.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Miriam, la jeune Mary, qui est très volontaire et qui sait  ce qu’elle veut. Certes, l’époque n’est pas facile, nous sommes à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, elle a perdu son père, elle est juive et est une femme dans une période de l’histoire où il vaut mieux éviter d’être l’un ou l’autre, même si nous sommes aux USA, mais elle ne cesse de croire en son rêve, celui de voler. Elle met d’ailleurs tout en place pour parvenir à ses fins. Et lorsqu’il lui faut prendre le choix le plus dur de sa vie, celui de laisser derrière elle sa famille pour devenir quelqu’un d’autre, elle le fait, même si elle hésite beaucoup. Par amour, elle se renie donc, et met aussi de côté son passé, celui d’aviatrice. Il faut énormément de courage pour faire ce qu’elle fait. C’est un personnage qui vit beaucoup de mauvaises choses, mais qui est encore capable d’aimer et de tout donner par amour. J’ai aussi aimé son côté féministe, qui désespère d’être une femme et de ne pas pouvoir voler comme les hommes, surtout qu’elle est une grande pilote. C’est aussi une fille qui a beaucoup de répartie pour l’époque, et qui ne se laisse pas marcher dessusSon rapport à sa religion est aussi intéressant, elle la met assez facilement de côté et on sent que le fait d’être juive est plus une peur pour elle qu’une fierté.

Ce soir-là, j’écoute la radio toute seule quand la voix de franklin Roosevelt retentit sur les ondes. Oncle Hyman est encore à la boutique et Sarah est déjà repartie pour New York avec ses affaires, mais j’imagine que mon père est à côté de moi et ouvre grand ses yeux bleus en écoutant le président annoncer un tout nouveau programme de formation au pilotage, financé par l’Etat fédéral et destiné à élargir la réserve des pilotes disponibles. Lorsque Roosevelt explique que les participants à cette formation de quatre mois seront recrutés dans les universités partenaires et que vingt mille étudiants auront la possibilité de piloter, mon père me tape le genou en criant de joie « Saisis ta chance, Miriush ! »

Je monte à l’étage, où ma mère lave le sol de la salle de bains à quatre pattes. Comme elle ne s’est pas relevée depuis cinq minutes pour essorer son éponge, je parle à son dos.

  • Pardon de m’être montrer ingrate. Je veux aller à l’université.

Elle s’interromps un bref instant avant de reprendre son labeur en s’adressant à la cuvette des toilettes :

  • J’en ai déjà parlé à Hyman. Il dit que c’est inutile puisque tu peux apprendre la comptabilité sur le tas.
  • Mais je veux faire des études.

Ma mère finit par se retourner et lève vers moi un regard étrangement vulnérable.

  • J’obtiendrai mon diplôme de secrétaire, je te le promets. Je t’en prie, maman, donne-moi ma chance.

C’est ainsi que trois ans plus tard, en juin 1941, au printemps de ma première année d’études à l’université de Pittsburgh, débute ma double vie d’apprentie pilote clandestine.

Le personnage d’Elyse aussi est très intéressant car il permet d’avoir le point de vue d’une jeune fille sur le récit de Mary. Elle permet aussi d’apporter un peu de fraîcheur au texte, et prépare à la fin de l’histoire. Son personnage est essentiel. Il permet de s’inquiéter pour Mary, mais aussi de la considérer comme une grand-mère aimante. Bien qu’Elyse ait déjà une grand-mère, c’est vers Mary qu’elle va se tourner lorsque ses parents vont parler de divorcer, ou lorsqu’elle apprendra que sa grand-mère est gravement malade. J’ai aimé la relation qu’Elyse et Mary vont développer. Elyse permet aussi de suivre une jeune adolescente et de faire le parallèle avec ce que Mary a vécu 60 ans plus tôt, quand elle était Miriam. On sent le gouffre qu’il y a entre les deux époques, mais où l’amour est toujours aussi important.

Vous le savez si vous suivez ce blog depuis un moment, je ne suis pas fan des romans parlant de la Seconde Guerre, ni même des romans historiques qui se passent après le 18e siècle. Or, dans celui-ci, ce sujet ne m’a pas du tout dérangé. Certes, la guerre est présente, la famille de Miriam craint la montée d’Hitler, on parle de Pearl Harbor, des camps de concentrations dont tout le monde est au courant avant le débarquement, mais cela reste léger. Miriam ne part pas au front, elle est là pour s’occuper du pays. Ce roman nous permet de comprendre comment les Etats-Unis se sont organisés après Pearl Harbor et leur entrée dans la guerre. Miriam est certes juive, elle a peur de ce qui peut lui arriver si la guerre est perde et qu’Hitler envahit les USA, mais elle est aussi déjà prête à oublier qui elle est. En fait, j’ai eu l’impression dès le début que sa religion, qu’elle oublie de pratiquer lorsqu’elle est au camps d’entrainement de l’armée, n’était pas essentielle à ses yeux. Elle est prête à oublier qu’elle est juive. Elle regrette plus d’être une femme et de ne pas pouvoir voler comme elle veut. En vérité, on sent chez elle les prémisses de ce qui va lui arriver, c’est-à-dire oublier sa religion pour pouvoir vivre comme elle veut, sans vraiment le regretter.

J’imagine les Nazis déferlant dans les rues, brisant les vitrines, mettant le feu à notre synagogue, incendiant la boutique d’oncle Hyman avec ma mère et ma sœur à l’intérieur.

  • Si les Allemands débarquent ici, il faudra se cacher. Ou faire semblant de n’être pas juifs, dis-je.

Je m’attends à ce qu’elle me dise qu’ils ont des listes, qu’ils savent qui est qui, qu’ils nous dénicheront sous le plancher, derrière les rideaux dans le grenier, et que faire croire qu’on n’est pas ce qu’on est revient à se bercer d’illusions. Mais elle me répond froidement :

  • Tu ne peux pas renier ton peuple, Miri.
  • Mais si les Nazis venaient nous tuer…

J’entends grincer son lit : elle venait de se tourner contre le mur.

  • Si tu apprends à voler, c’est pour une bonne raison, dit-elle enfin.

En fait, avoir des personnages juifs nous permet de réfléchir aussi sur le rapport à la religion, à la culpabilité de ceux qui ont survécus à la Shoah ou de ceux qui ne l’ont pas vécus car nés du bon côté de l’Atlantique. Mary est certaine qu’elle paie ce fait, et celui d’avoir mis de côté sa religion en même temps que son vraie nom. Au début de l’histoire, elle attend donc d’être délivrée de ce poids par la mort, jusqu’à ce qu’Elyse, véritable bouffée d’air fraîche, juive elle aussi, ne débarque dans sa vie. Elyse va permettre à Mary de se réconcilier avec son passé.

La dernière chose que je dirais sur ce roman, c’est que j’ai vraiment apprécié découvrir cet aspect de l’histoire des Etats-Unis, ce programme de pilote femme dans l’aviation qui a été enterré à la fin de la guerre et qui n’est ressorti que dernièrement, grâce à l’envie du président Obama de décorer ces femmes qui se sont battues pour le pays. J’ai aimé découvrir cette histoire. A la fin du roman, l’auteure nous livre ses recherches sur ces femmes, ses discussions avec celles qui avaient survécus. On sent là-dedans, ainsi que dans le roman, tout le respect et la gratitude que l’auteure a envers elles. Ce roman leur rend vraiment hommage, surtout qu’il est très bien écrit et bien documenté. Je pense que ce roman doit faire parler de lui en cours d’histoire de l’autre côté de l’Atlantique, afin que les jeunes filles sachent le courage dont on fait preuve ces femmes à l’époque, elles qui ont vécus la guerre, le sexisme du pays et les tentatives de sabordage de leurs avions.

Le 26 juin, alors que nous nous changeons après la gymnastique et enfilons nos combinaisons de vol, Murphee entre en courant dans le dortoit.

  • Ils arrêtent tout !

Je cesse de lacer mes ranger pour la considérer.

  • Ils arrêtent le programme ! répète Murphee.

J’ai la poitrine serrée et n’arrive pas à parler.

  • Ils n’ont pas le droit ! dit Grace.

Murphee nous tend à chacune un polycopié, comme un pilote distribuant des ordres d’évacuations. Nous voilà devenues des civiles dans une ville sur le point d’être rayée de la carte. C’est une lettre du général Arnold nous informant que le 20 décembre 1944, le Women Airforce Service sera dissout. A compter d’aujourd’hui, plus aucune nouvelle pilote ne sera formée.

  • Et la pétition au Congrès ? dis-je enfin.
  • Tu as entendu les lobbies : nous n’étions pas là pour les remplacer mais pour les libérer pour le combat. Les hommes vont rentrer à la maison, ils veulent récupérer leur boulot. Le projet de loi est tombé à l’eau. Nous ne faisons pas partie de l’armée et nous n’en feront jamais partie.

Bref, je ne peux donc que vous conseillé ce roman qui a été un coup de cœur pour moi. Et la fin est juste magnifique, car un dernier rebondissement nous y attend. J’aurai encore pu vous parler de ce roman pendant longtemps, alors je ne peux que vous conseiller d’aller le lire.

Et vous ?

Cela vous arrive-t-il de lire des romans historiques romancés ?

Quel a été votre dernier coup de cœur dans ce genre-ci ?

Si vous n’en lisez pas, pourquoi ?

Bonne semaine à tous 😉

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