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La loi de Gaia

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Bonjour les amis. Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour notre habituel rendez-vous du jeudi, rendez-vous effectué dans le cadre du #JeudiAutoEdition. Je vous rappelle, ce rendez-vous a été crée par les blogueurs et les auteurs autoédités dans le but de valoriser les romans autoédités, dans le but de les mettre enfin en avant. L’autoédition, c’est lorsqu’on ne passe pas par un éditeur pour proposer son roman, qu’on s’occuper soi-même de le mettre en ligne, de sa mise en page, etc. Aujourd’hui, je vais donc vous parler d’un roman autoédité que je viens tout juste de finir. Je remercie par ailleurs l’auteure de ce roman de me l’avoir envoyé, ainsi que la patience dont elle a fait preuve puisque j’aurais dû lire son roman depuis longtemps déjà. Ce roman s’intitule La loi de Gaia, écrit par Caroline Giraud. Il est sorti cette année. Il est catalogué par Livraddict comme étant un drame. Pour moi, je dirais que c’est à la fois une romance et un livre de science-fiction, même si cette dernière est très légère. Voici son résumé :

Loi de Gaia, article 1
Les survivants du pays détruit par l’explosion nucléaire sont déchus de leur humanité et doivent porter un tatouage permettant de les identifier. Chaque tatouage représentera un animal symbolisant le crime commis. Un loup pour le meurtre, un lion pour le viol, un renard pour la torture et un tigre pour le rapt d’enfants.
Article 2
Les tatoués seront distribués aux familles et amis des victimes pour leur permettre de se venger de leurs crimes. Un maître a tous les droits sur son tatoué, excepté celui de le tuer. Il peut le battre, l’exploiter, le revendre, l’enfermer, etc.
Article 3
Toute atteinte d’un tatoué sur un civil sera punie par un emprisonnement à vie dans un camp de torture.

Paris croule sous les bombes et les fusillades depuis que Kagan Közul est revenu se venger de ceux qui l’ont injustement envoyé en prison cinq ans auparavant. Des trois coupables, il n’en reste plus que deux : Sarah et Milian se haïssent, mais à présent ils doivent survivre, ensemble.

Nous avons ici deux personnages principaux, Sarah et Kagan Közul, et les chapitres alternent entre le présent, que raconte Sarah, et le passé, que raconte Kagan. Celui-ci est l’un des derniers rescapés d’un pays détruit par une bombe nucléaire. Ceux qui l’ont lancé, au terme d’une guerre compliquée, ont voulu se donner bonne conscience. Pour cela, ils ont fait croire que chaque habitant de ce pays était un criminel. On ne va donc pas regretter d’avoir atomisé tout un pays qui regorgeait de meurtriers, de violeurs, etc. Et pour les survivants à la bombe, pour qu’ils se taisent sur cette supercherie, on a aussi fait croire qu’ils étaient des criminels. On les a tatoués, chaque tatouage représentant un crime, et on les a envoyé dans des familles qui ont tout pouvoir sur eux, afin de servir d’esclave. Ces hommes et ces femmes n’ont plus le statue d’être humain, même pas celui d’être vivant.

Kagan, innocent des crimes qu’on l’accuse, mais porteur d’un tatouage Lion, qui signifie qu’il est un violeur multi-récidiviste sur des jeunes filles mineures, atterrit dans la famille de Bill et d’Ingrid, qui ont deux enfants, Sarah, qui a dix-sept ans, et Nathan, son grand frère. Sarah étant en pension toute l’année, les deux parents ne sont pas inquiétés de ce qu’il se passerai lorsqu’elle reviendrait à la maison pendant les vacances et croiserait Kagan, qu’ils adorent rouer de coups. Ils pensaient que tout se passerait comme d’habitude, que leur serviteur n’oserait pas regarder la jeune fille qu’est leur fille, qu’il subirait son travail d’esclave sans rien dire. C’était sans compter sur le caractère rebelle de Sarah, qui ne supporte pas qu’un être humain soit traité de cette manière. Peu à peu, une amitié va naître entre eux, et plus si affinité.

Mais dans le présent, les choses ne sont pas aussi joyeuses. Cinq ans sont passés depuis que Sarah a passé cet été chez ses parents. Cinq ans qu’elle n’a pas revu Kagan, qui s’est retrouvé accusé de l’avoir violé. Sarah n’a pas réussi à prendre sa défense, et il a été envoyé en prison, une prison qui est un camps de torture. Depuis, elle vit dans la culpabilité d’avoir rien fait pour sauver celui qu’elle aime. Surtout que Kagan s’est échappé, et tue tous ceux qui sont responsables de son emprisonnement. Sarah sera bientôt sa victime. Tout comme Milian, qu’elle a rencontré en boite de nuit, et qui a participé à l’accusation de Kagan. Les deux nouveaux amis vont donc tout faire pour lui échapper.

Ce que j’ai d’abord apprécié dans ce roman, c’est toute la philosophie qui y est développée. En effet, on part de l’idée que Kagan est innocent des crimes qu’on l’accuse, mais à force de l’accuser, il va vraiment devenir coupable. La prison va le rendre fou, et il va vouloir tuer celle qui lui avait rendu son humanité. Cette idée est assez intéressante je trouve, on détruit tout ce qui rend un humain être humain en le traitant pire qu’un animal, et ce dernier trouve tout de même la force d’aimer, avant d’en venir à la haine, car l’amour lui est interdit. L’idée aussi qu’un gouvernement fasse passer tout un pays comme coupable afin de justifier l’usage de la bombe nucléaire est aussi intéressante. Elle montre les dérives qu’un gouvernement peut faire, tout ceci en se justifiant grâce à des publicités et de grandes campagnes de dénigrements. Du coup, tout le monde ne réfléchit plus. Dès qu’une personne voit un tatoué, cela signifie forcément qu’il est coupable et doit être traité en tant que tel. Je pense qu’on a ici une réflexion sur la manière dont on doit traiter nos criminels : est-ce que cela signifie qu’ils soient coupables d’un crime pour les retirer leur humanité ? Une personne coupable ne peut-elle pas se racheter ? Après tout, Sarah se croit elle aussi coupable d’un crime, celui d’avoir abandonné Kagan lorsqu’il avait le plus besoin d’elle.

Ton ennemi a un arme puissante, destructrice, inhumaine. Une arme qui existe pour ne pas être utilisée, et qui sera utilisée, s’ils continuent. Tu essaies de dire qu’ils ne sont pas toi, que ta famille, tes amis, et tes connaissances ne sont pas ces hommes qui détruisent tout sur leur passage. Mais ton ennemi est meurtri, endeuillé, et te hait de plus en plus. Il veut te détruire. (…) Alors, il a une solution : il faut que ce soit toi, le monstre. Il faut que tu n’aies plus rien d’humain, que tu sois un criminel, que ce soit toi, l’inhumain, que tu ne sois plus qu’un insecte qu’il pourra écraser sans le moindre remord. Il doit donc inventer des crimes.  Il doit prouver au monde entier que tu es un monstre et que ton anéantissement le sauvera. Il cherche des preuves qui n’existent pas. Il construit un modèle de criminel. Il produit un meurtrier. Des centaines de meurtriers. Il montre que ton pays n’est qu’une usine à meurtrier. Il les piège, pour que des actes involontaires ou forcés deviennent des preuves irréfutables. Jusqu’à ce que ce soit le bon moment. Il utilise son arme. Elle détruit tout. (…) Et toi, tu es le prisonnier de guerre. (…) Alors, à toi aussi, on t’invente un crime, on te colle un tatouage pour pouvoir te reconnaître facilement. Et on t’envoie dans un autre pays, parce que le tien n’existe plus. (…) Tu peux aider à relancer l’économie. On invente donc une nouvelle loi, qu’on appelle loi de Gaia : on décide que tu travailleras comme un esclave, et que tes maîtres auront tous les droits sur toi. Ils n’auront aucune réticence à te traiter comme ils le font, parce que tu es un monstre et qu’ils ont enfin leur vengeance sur tous les crimes de la terre.

En parlant de Sarah, c’est un personnage auquel j’ai eu un peu de mal à m’attacher. Que ce soit dans le passé ou dans le présent, j’ai trouvé que c’est une jeune fille qui vivait trop dans son propre monde et qui ne pensait pas assez aux conséquences de ses actes. Certes, dans le passé elle n’a que dix-sept ans, c’est une adolescente rebelle qui tombe amoureuse, elle ne voit pas que Kagan risque sa vie tous les jours, et dans le présent elle est un peu plus mûre, mais elle continue à mal agir. En fait, elle n’arrive pas à se séparer de l’image de Kagan qu’elle a, et elle ne vit que dans le passé. J’aurai aimé qu’elle réfléchisse un peu plus, pas seulement pour elle, mais aussi pour Mira, et qu’elle se laisse moins porter par ses émotions. Car en faisant cela, nous seulement elle attire auprès d’elle Milian, mais elle se met aussi en danger volontairement. Il faut attendre le dernier chapitre pour vraiment comprendre sa décision envers Kagan, qu’elle n’avait finalement pas le choix, même si j’aurai aimé qu’elle agisse parfois autrement.

En fait, ce qui m’a un peu dérangé avec Sarah, c’est sa manière de raconter l’histoire. Le texte est en effet assez bien écris, j’ai été portée par les mots de l’auteure, seulement, lorsque Sarah raconte au présent ce qui lui arrive, elle le fais en parlant aux personnes qui sont présentes, ce qui donnent des semi-dialogues avec des « tu » partout, si bien qu’on ne sait plus parfois à qui elle s’adresse vraiment. Ainsi, lorsque son frère et Milian sont dans la même pièce, elle peut parler des deux hommes, dans la description de ce qu’il se passe, en disant « tu » à chacun d’entre eux, et il faut être assez attentif pour savoir en vérité à qui elle s’adresse mentalement.

Tu tournes la tête vers moi. Je te fixe mais je ne te vois même plus, tu as laissé place à l’image haïe et tu n’es déjà plus un homme. Tu vois que je te dévisage, tu comprends que ça fait déjà un moment. Je n’arrive pas à lire l’expression dans tes yeux, tu es trop loin. Est-ce que tu sais qui je suis ?

Une présence à mes côtés attire enfin mon attention ailleurs. Ca y est, Alicia, tu es revenue. Où étais-tu ? J’ai oublié. Toutes mes pensées étaient lancées vers lui.

Le personnage de Kagan est assez intéressant, et j’ai adoré la manière dont lui raconte ce qui se passe. On ressent tout à fait ses émotions, sa peur face à son amour pour Sarah, ses doutes aussi sur une possible manipulation de sa part. Son histoire est touchante, on n’a qu’une envie, qu’il puisse partir avec elle loin de la loi de Gaia, même si on sait déjà que cela ne va pas arriver. Kagan est un personnage qui souffre beaucoup, on a donc envie de le sauver.

Ils n’allaient évidemment pas se satisfaire de cette excuse. Les deux policiers s’échangèrent un regard sceptique. Ils s’approchèrent de moi et un rictus effrayant se dessina sur leurs lèvres quand ils virent ce que représentait mon tatouage. Le coupable était tout désigné. Pour eux, il n’y avait aucun doute possible.

Sarah, de son côté, n’avait pas l’air perturbée.

(…)

  • Vous êtes mineure ?
  • Oui.
  • Bien !  » s’exclama-t-il d’un air qui voulait clairement dire : « Et une circonstance aggravante de plus !  » D’ailleurs, je perçus une espèce de satisfaction à cette réponse. Toute occasion d’accuser un tatoué était une occasion à prendre. Justement, il précisa : « Un tatoué accompagnant une mineure ne peut pas avoir de bonnes intentions. » Nous avions bien compris : c’était inutile de parler, j’étais coupable, juste parce qu’ils en avaient envie. Comme ils n’arrivaient pas à mettre la main sur le véritable meurtrier, ils avaient l’occasion d’arrêter un autre coupable. Pour combler l’ennui. Ou pour se donner bonne figure face à la population.

La fin est très triste. Je me demande si une suite, pour sauver ce qui peut l’être, est prévu. J’attendais presque, avec cette lecture, à me retrouver dans une dystopie, avec Sarah et Kagan qui font voler en éclat le système des tatoués. J’avoue que j’aurais aimé cela, même si l’histoire est ici très bien et que je comprend que ceci n’aurait pas été possible avec Mira. J’aurai aimé que la fin soit plus optimiste. L’avant-dernier chapitre a presque réussi à me faire pleurer tellement les émotions sont à leur comble, exacerbées par ce qu’il se passe. Je plains beaucoup Sarah.

Je vous conseille donc la lecture de ce roman. J’avoue, malgré l’écriture agréable à lire de l’auteure, avoir eu du ma avec le premier chapitre, justement à cause de cette manière particulière de Sarah pour raconter, mais une fois celui-ci passé, j’ai vraiment été immergée dans l’histoire, et elle m’a beaucoup plu. Bravo à l’auteure, c’est un roman à lire, à découvrir. Vous pouvez d’ailleurs vous le procurer ici.

Et vous ?

Quel est le dernier roman qui vous a ému ?

Quel est votre dernier roman de SF lu ?

Vous imagineriez-vous traiter vos ennemis comme vos esclaves ?

Bonne fin de semaine à tous 😀

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