chroniques littéraires·littérature Asiatique

L’étrangère

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Bonjour tout le monde. En ce dernier jour des  vacances scolaires d’été, je vous présente enfin mon article en retard. Et oui, comme vous avez dû le voir, je n’ai rien publier la semaine dernière. J’ai en effet profiter de ma dernière semaine, ainsi que de l’anniversaire de ma maman dimanche. Mais je reviens enfin vers vous pour vous parler de ma dernière lecture asiatique. Ceci est un moyen de vous emmener voyager une dernière fois pendant les vacances. Ce roman qui nous vient de Corée du Sud a été une vraie pépite pour moi, un coup de cœur. J’y ai découvert une auteure que j’admire maintenant beaucoup, notamment parce que son parcours est admirable. En effet, aujourd’hui, je vais vous parler d’un récit-témoignage sur le parcours d’une auteure qui s’est beaucoup battue pour être là où elle en est aujourd’hui, et qui nous livre ce parcours dans ce roman que je vous présente. Cette auteure, il s’agit d’Eun-Ja Kang, et son roman se nomme l’Etrangère, publié aux Editions Seuil en 2013. J’aimerai beaucoup trouver d’autres romans de cette auteure, mais il semblerait que ma médiathèque ne possède que celui-ci. En tout cas, c’est avec plaisir que je vous parle de son histoire :

Eun-Ja Kang, enfant, vit dans un petit village coréen. Sa famille est pauvre mais unie et aimante. Elle fait de son mieux pour être la meilleure élève de sa classe. Mais en Corée dans les années soixante-dix, l’école valorise d’abord les enfants de famille aisée. Lorsqu’un nouvel instituteur est nommé et la félicite pour ses notes excellentes; la vie d’Eun-Ja bascule. Elle est la première de sa classe, et même, il lui offre un cahier d’exercice. Un cahier à elle… Un trésor.

Eun-Ja grandit. Au lycée, elle découvre le français qu’elle choisit comme option. Elle voue une véritable passion à cette langue, à tel point qu’elle décide de devenir écrivain : plus tard, elle écrira des romans en français. Pour décrocher une bourse d’études à l’université de Séoul, il lui faut être reçue première au concours d’entrée. Elle travaille jour et nuit, assimile une année de grammaire française en trois mois. Elle vit et respire pour sa passion du français.

Eun-Ja est une jeune femme à présent. A Séoul, elle rencontre un homme qui l’aime et pense à l’épouser. Mais son amour fou pour le français est le plus fort.

Nous avons donc ici retranscrit le parcours d’une femme, l’auteure, qui raconte depuis son enfance jusqu’à une partie de sa vie ce qu’à été cette dernière. Le roman se découpe en quatre parties, avec la première qui relate son enfance à la mort de son père, la deuxième qui se concentre sur son entrée à l’école, la troisième sur le collège et le lycée, et la quatrième sur sa vie à l’université. Ainsi, chaque partie permet de suivre notre auteure et héroïne dans les différentes étapes de sa vie, mais aussi dans ses découvertes du fonctionnement de la société coréenne. Chaque étape est l’occasion de découvrir une nouvelle manière de vivre pour les habitants de la Corée du Sud. Ce que je n’avais pas compris au début, c’est que nous sommes dans les années 1960 environ. En fait, tout le texte est au présent, il n’y a aucune marque de temporalité qui pourrait nous aiguillonner sur les années qui passent. Je pensais donc que le roman se déroulait plus près de nous en terme de temps, aux environs des années 1980. Je me demande donc maintenant si la vie en Corée du Sud a beaucoup changé par rapport à ce que raconte Eun-Ja.

Eun-Ja vit donc dans un tout petit village en Corée. Ce dernier est si petit qu’il n’y a même pas l’eau courante, juste un puit où tout le monde va puiser l’eau dont il a besoin. Elle est la cadette de cinq enfants nés du mariage de ses parents, et elle a un demi-frère né d’un précédent mariage entre son père et une autre femme. Les plus grands ont déjà quittés la maison pour aller travailler à l’usine et dans la capitale, Séoul. Lorsque le récit commence, Eun-Ja vit avec son père malade de l’alcool, sa mère qui travaille dans les rizières, et ses deux sœurs Mi-Sun et Sun-Hi. J’avoue que j’ai eu du mal avec les noms, qui pour moi se ressemblaient tous. Mais on finit par si faire. Le père d’Eun-Ja finit par mourir, laissant sa famille pleine de dette. Mais Eun-Ja est encore trop petite pour saisir vraiment ce qu’il se passe. Pour elle l’enterrement est une fête, une occasion de revoir toute sa famille, une occasion pour elle aussi de nous la présenter. Eun-Ja passe alors toutes ses journées avec sa mère, puisque personne d’autre ne peut s’occuper d’elle, il n’y a pas de garderie ou autre pour les enfants de son âge.

Puis on enchaîne avec la seconde partie, où Eun-Ja va à l’école, à travers des chemins compliqués. Il lui faut en effet beaucoup marcher avec ses sœurs pour atteindre l’école. On peut ainsi voir à quel point il est dur pour les enfants des petits villages pour atteindre l’école, située dans une petite ville. Raconter tout cela, à quel point ce chemin pouvait être difficile mais aussi plaisant à faire pour la petite fille permet aussi à l’auteure d’aborder le poids qui pèse sur ses épaules. En effet, contrairement à d’autres parents de ce petit village reculé, la mère d’Eun-Ja est prête à se sacrifier, à se tuer à la tâche, pour que ses filles puissent faire des études. D’ailleurs, il n’y a pas qu’elle qui fait se sacrifice de travailler à s’épuiser, c’est aussi le cas du frère et de la sœur ainée, qui justement travaillent à l’usine afin d’envoyer les trois plus jeunes sœurs aussi loin qu’elles peuvent aller dans les études. Tous font tous pour qu’elles entrent à l’université, ou du moins qu’elles soient diplômées du lycée. Au contraire, les autres parents du village gardent leurs enfants avec eux ou les envoient à l’usine pour qu’ils puissent les faire vivre. Ce qui contraint les trois sœurs a éprouver pas mal de pression, puisque tous les espoirs de leur famille se trouve placés sur leurs épaules, alors même qu’elles sont toutes jeunes, qu’elles sont encore au lycée ou au collège.

Nous ne pouvons pas compter encore sur le soutien de mon frère, qui vient de terminer son service militaire de trois années et qui cherche un métier dans le commerce. Puis-de d’ailleurs demander à mon frère le sacrifice auquel il est prêt en tant que fils aîné? Pourquoi l’aîné doit-il porter les lourdes responsabilités du chef de famille? Pourquoi Jong-Seok doit-il se sacrifier pour financer les études de ses petites sœurs? Il y a pleins d’aînés qui s’y refusent. Il y a même pleins de pères qui s’y dérobent. (…) Certains de nos voisins, qui reçoivent chaque mois les salaires de leurs enfants travaillant dans des villes industriels, raillent déjà ma mère qui s’endette pour payer les frais de scolarité de ses filles et qui rêve de les voir à l’université ; ils la comprendraient encore si elle se sacrifiait pour des garçons.

Eun-Ja, étrangement, ne ressent pas beaucoup cette pression, puisque pour elle est concerne surtout sa sœur Sun-Hi depuis que leur sœur Mi-Sun est partie travailler à l’usine. Eun-Ja se contente donc simplement d’être une bonne élève, sans briller forcément. Elle a passion pour la littérature, notamment occidentale, mais rien de plus. Contrairement à ses sœurs qui avaient des dons particuliers, à lesquelles elle est constamment comparée, Eun-Ja ne cherche pas à briller en classe. Elle se contente d’être la première, mais sans participer aux différents clubs qui sont animés au collège. Elle ne fait pas de course ou de théâtre. Mais elle lit beaucoup. Et un jour, alors qu’on lui offre un livre, elle découvre ce pour quoi elle est faite. Sa vie maintenant, ce sera l’écriture.

 Je tombe immédiatement amoureuse du petit prince qui me salue debout sur une planète. (…) J’aimerais m’envoler vers là où le petit prince se trouve. (…) Qui a imaginé ce conte? Saint-Exupéry. Qui est Saint-Exupéry? Un écrivain français. Français. Où se situe la France? Est-ce loin? ce doit l’être, même très. Comment y aller? Par avion? Par avion… (…) Jamais je ne pourrai prendre l’avion ni voyager aussi loin. (…) Et maintenant, j’ai envie d’écrire librement des choses imaginaires. Imaginer un désert que je n’ai jamais vu, imaginer un bonhomme surgissant de nulle part, imaginer une contrée autre que la mienne, imaginer des personnages qui naîtront au fil des lignes que j’écrirai… Je rêve, je rêve d’écrire.

Eun-Ja a donc son rêve. C’est aussi sa première rencontre avec la France. Or, avec son entrée au lycée, elle choisit le français comme seconde langue, inspirée par cette rencontre qu’elle avait fait avec le pays de Saint-Exupéry. Et elle est bien inspirée, car sa rencontre avec cette langue va être jouissif pour elle. C’est presque une rencontre amoureuse qu’elle fait, lui inspirant un nouveau rêve : non seulement elle sera écrivain, mais elle écrira en français, en France. Elle ne vit donc plus que pour aller vivre là-bas. Mais pour réaliser ce rêve, il faut qu’elle aille à l’université. Or, les finances de sa famille ne sont pas au beau fixe. Il lui faut être la meilleure de tous les lycées de sa région pour décrocher une bourse totale lors de l’examen pour rentrer à l’université. Elle doit donc être la première en tout, et pas que de son lycée, mais de tous ceux de la région. Elle qui ne travaillait plus vraiment que le français fait tout pour rattraper son retard. Y arrivera-t-elle? A force de travail, Eun-Ja réussit le rêve de sa famille.

Outre toute cette histoire sur le français, les études, il y est aussi pas mal question d’amour dans ce roman. Au début on a l’amour de la famille, mais à partir de l’entrée au lycée, en plus de cet amour pour le français. Eun-Ja découvre le pouvoir qu’elle peut exercer sur les hommes. Elle découvre aussi les sentiments amoureux, ceux qui brisent le cœur. Avec son entrée à l’université, c’est la chair qu’elle découvre, un besoin charnel presque aussi obsédant pour elle que l’est le français. Elle n’a plus que deux raisons de vivre alors, celui de faire l’amour et celui de lire en français. Cela est assez étonnant puisque la société coréenne est assez puritaine, ce que va découvrir Eun-Ja. La société parle de mariage, de ne pas se tenir la main en public, de ne pas trop laisser libre cours à ses pulsions. Eun-Ja ne fait rien de tout cela. Au contraire, elle brave les interdits.

C’est alors l’occasion dans le roman de parler de la place de la femme dans la société coréenne. Alors qu’Eun-Ja est jugée comme une dépravée, une femme qui finit par sauter sur tous les hommes qui lui plaisent, allant jusqu’à tromper son copain, l’épouse de son frère est presque répudiée parce que son fils, mit au monde à l’entrée d’Eun-Ja à l’université, a un bec-de-lièvre. Cette malformation est forcément dû à la femme qui n’a pu que commettre quelques pêchés pour avoir un tel enfant. Eun-Ja se rebelle contre cette idée, mais elle ne peut rien faire de plus, et sa belle-sœur finit elle-même par croire que c’est de sa faute. C’est un passage assez dur.

A la vue de ma belle-sœur qui m’accueille, je suis prise de compassion : on dirait une coupable qui salue une juge. Fille moderne de Séoul, elle n’en n’est pas moins celle de la société coréenne, dans laquelle on a coutume de considérer la belle-fille comme coupable de chaque malformation de son nouveau-né : soit elle a été incapable de s’abstenir d’une nourriture interdite, soit elle a commis des actes impurs pendant sa grossesse, soit elle paie pour un crime qu’elle avait perpétué dans sa vie antérieure. Par le passé, la naissance d’un enfant portant une malformation grave servait de motif suffisant pour renvoyer « la coupable » à sa famille d’origine ou pour donner au mari « victime » le droit de prendre une seconde épouse.

J’aimerai encore vous dire pleins de choses sur ce roman, mais pour que la chronique ne soit pas interminable, je ne peux que vous conseiller de le lire. Je rappelle que ceci est une histoire vraie, qu’Eun-Ja raconte sa propre histoire. J’ai été marquée par son courage et sa volonté de fer. Elle a réussi à aller jusqu’au bout de ses idées, de ses envies. Je suis très admirative. Le français n’est pas la langue la plus simple à apprendre, et dans ce roman, qui n’est pas une traduction, on ne voit pas la différence avec qui serait né en France. Eun-Ja a réalisé son paris, elle est devenue auteure française, récompensée par quelques prix en France. Son histoire fait réfléchir, elle met en lumière le pouvoir de la volonté. Le seul défaut que je peux trouver à ce livre, c’est le fait qu’il me manque une chronologie. En effet, presque tout se passe à l’école. J’aurai aimé savoir quand la rentrée avait lieu, car pour moi il est clair qu’elle n’est pas en septembre, mais sans doute au printemps. J’aurais donc voulu en savoir plus la dessus pour me repérer dans les différentes années qui passent dans la vie d’Eun-Ja. Néanmoins, ce roman reste un coup de cœur pour moi.

Et vous?

Quel serait votre rêve le plus cher?

Seriez-vous prêt à mettre tout en œuvre pour le réaliser?

Bonne fin de vacances 😉

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4 réflexions au sujet de « L’étrangère »

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