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Les mots entre mes mains

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Bonjour à tous. J’espère que vos vacances se passent bien. Les miennes ça va, elles passent hélas trop vite. Il va bientôt falloir penser à la rentrée. Et quoi de mieux que de penser à la rentrée en parlant de la rentrée littéraire? Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de ma dernière lecture, je l’ai fini hier. Il s’agit d’une des futures publications de la maison d’édition Préludes, le roman sort en effet le 24 aout. Ce roman, Les mots entre mes mains, a été écrit par Guinevere Glasfurd. J’ai pu lire ce roman grâce au partenariat que j’ai eu avec le site Livraddict et NetGalley, que je remercie beaucoup. Voici son résumé :

Quand Helena Jans van der Strom arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son appétit pour la vie et sa soif de connaissance trouveront des échos dans le cœur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, où les penseurs sont souvent sévèrement punis, où les femmes n’ont aucun droit, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Que peut-être leur avenir ?

Ce roman est basé sur une histoire vraie, celle de l’histoire d’amour entre le philosophe français Descartes et une jeune servante hollandaise, Helena. Vous savez que j’ai fais des études philosophie? J’ai d’ailleurs obtenu un master dans cette matière, et j’ai eu au cours de mon parcours un semestre entier consacré à Descartes. Etrangement, alors qu’on nous a rabâché que Descartes était un gros dormeur, qui prenait facilement froid, qu’il ne se levait jamais avant midi et qu’il était mort suite à un rhume après avoir pris froid dans le château de la princesse suédoise, je ne connaissais pas cette histoire d’amour. Je n’en n’avais jamais entendu parler, alors que cela fait aussi partie de la vie de ce philosophie, essentiellement connu pour avoir exposé la théorie que le corps était séparé de l’esprit, et le fameux « je pense donc je suis », dans Le Discours de La Méthode, une de ses œuvres les plus étudiées, notamment au lycée, avec les Méditations Philosophiques. Ce roman permet donc d’en apprendre plus sur ce philosophe, l’un des plus importants en France, qui pouvait paraître austère et froid.

Dans cette histoire, on suit Helena, une jeune fille, qui quitte sa petite ville natale par manque d’argent pour aller travailler à Amsterdam. Elle se fait embaucher en tant que servante par un vieil libraire anglais un peu ronchon mais très attachant. Cet homme de lettres est très heureux lorsqu’il apprend que Descartes va venir s’installer chez lui pour quelques mois. Le philosophe est coutumier de cela, il voyage dans toute l’Europe, cherchant la solitude et l’anonymat qu’il a du mal à obtenir en France. C’est après la condamnation de Galilée par l’Eglise, et avant l’écriture du Discours de la Méthode. Helena fait son travail normalement, se moquant un peu de cet homme qu’elle voit au début assez peu, se concentrant essentiellement sur le retour de son frère parti pour les Indes et sur l’apprentissage de l’écriture, qu’elle maîtrise au crayon mais pas à la plume. Puis, alors qu’elle se retrouve seule avec Descartes, elle apprend à le connaître, à suivre toutes les questions sur l’univers qui l’assaillent. Avec lui elle découvre la curiosité, et l’amour. Il y a aussi de très beaux passages sur la découverte des mystères du monde, où Descartes montre à Helena qu’il faut avoir les yeux grands ouverts pour se rendre compte de la magie de l’univers.

J’ouvre la porte en grand. Westermarkt est couverte de neige : tout scintille – les vitres, les balustrades, les pavés et jusqu’à notre marteau de cuivre. Mon souffle fait monter des nuages de buées qui étincellerait aussi si je pouvais l’attraper. Je fais un pas et la neige colle à mes chevilles. J’avance lentement pour ne pas tomber, aussi prudente qu’un enfant qui apprend à marcher. Je tends le bras ; des flocons se posent sur ma paume.

« Ils ne font penser à des fleurs, des fougères ou des plumes. Ils possèdent chacun plusieurs branches. » Je n’ai pas entendu le Monsieur venir. Je baisse la main ; il la relève. « Tu vois? » Je la rapproche. En effet, je vois des branches, de minuscules branches de glaces. « Quatre, cinq… » Il la soulève et cligne pour mieux voir, mais il est trop près et son souffle les fait fondre.

Il tombe maintenant de gros flocons soyeux.

« Ne bouge pas. C’est mieux. Quatre, cinq, six. Six rayons disposés en hexagones réguliers. »

Hexagone – quel mot étrange ! Si on pouvait le manger, il aurait un goût de cerise.

C’est un roman historique, qui nous décrit une période à la fois très lumineuse, beaucoup de découvertes sont faites, à l’image de Galilée et de la découverte que la terre tourne autour du soleil, les hommes réfléchissent à la place de l’humanité dans le monde, le Nouveau-Monde se fait coloniser, l’Asie devient un nouveau marché, etc. ; et même temps, c’est une période encore sombre, où la religion est très présente, où personne ne peut changer sa condition, on nait et on reste dans son milieu, où les femmes n’ont pas leurs places. Ainsi, alors que ces fameuses découvertes sont faites, les femmes restent à la maison à s’occuper des enfants, à broder, mais surtout pas à maîtriser l’art de la pensée, qui passe par l’écrit. Helena est une étrangère dans ce monde, non seulement elle est une servante, une femme, mais en plus elle sait lire et écrire. Descartes en est d’ailleurs étonné, comment une femme comme elle, être primaire et en plus de mauvaise condition, peut-elle maîtriser cet art aussi compliqué? Il va même essayer de l’étudier. Pourtant, le monde autour d’eux n’est que mots, seulement, les femmes ne peuvent pas y avoir accès. Il suffit de voir les réactions des personnes que fréquentent Helena lorsqu’elle évoque son talent, ou lorsqu’elle se promènent dans ces lieux investis par les mots. Helena est aussi conditionnée par ce fait, puisqu’elle éprouve de la gêne et parfois de la honte quand elle se retrouve dans cet univers dédié aux hommes, qui n’est donc pas le sien.

Je n’ai aucun mal  à trouver la bibliothèque : sans le savoir, je suis passée devant en allant à la rivière. Une fois dans la cour, je ne sais plus très bien comment m’y prendre et je me réfugie dans un coin. Je vois passer des hommes portant des livres, des rouleaux de parchemins, des liasses de feuilles ; d’autres marchant à petits pas, le dos voûté, murés dans leur silence ; certains sont vêtus d’un habit de velours brodé de fourrure et coiffés de tricornes à plumes ; des petits groupes chuchotent à voix basses, des jeunes gens, en pleine discussion, redressent les épaules ; ce sont des ecclésiastiques, des enseignants, des étudiants, des lettrés.

Je recule quand m’un d’eux m’aperçoit – mais il me regarde sans me voir. J’entends parler hollandais, français et des langues que je ne connais pas : le monde entier s’est donné rendez-vous ici. Pourtant, pas une femme n’en franchit le seuil, pas même une servante pour passer le balai – est-ce parce que penser ne fait pas de poussière ? Ma lettre n’est ni un parchemin, ni un livre – et je ne suis pas un homme.

Nous sommes dans les années 1630 environs, et outre le fait que les femmes n’aient pas leurs places dans la société de l’époque, il y a quelque chose qui remplace cette présence, quelque chose qui prend énormément de place dans la vie de chaque individu de l’Europe de cette époque. Il s’agit de la religion. Et puisque cette dernière est très présente à l’époque, elle est aussi très présente dans le roman. Helena, hollandaise est protestante, Descartes, français, est catholique. Au début, cette grande différence de religion, ou du moins de pratique, n’est pas essentielle aux yeux des deux protagonistes. Ils ne vivent pas ensembles, ils peuvent pratiquer chacun de leurs côtés. Mais cela change lorsque leur relation évolue, dû notamment à ce qui devait arriver, la naissance de de leur premier enfant, dévoilée dès le premier chapitre du roman. A partir de là, la religion va devenir une source de friction au sein du couple où Descartes refuse d’officialiser leur relation, la dévoiler au grand jour. Helena et sa fille se doivent de vivre cachés, et ceci pèse sur les épaules de la jeune femme. Quand à Descartes, il commence justement à avoir des démêlés avec l’église qu’il craint beaucoup suite à ce qui est arrivé à Galilée en Italie, surtout que lui aussi est arrivé aux mêmes conclusions scientifiques. L’église permet alors à chacun d’avoir ses frustrations, être une source de tensions, Helena ne pouvait y aller et voyant ça comme une punition, pour avoir eu sa fille hors du mariage, et Descartes la voyant comme une menace pour son travail.

Nous ne sommes pas allés à l’office. Ni ce dimanche, ni celui qui a suivi.

« L’église me manque, Monsieur. Puis-je y aller?

  • Nous portons Dieu en nous, Helena. »

Cette phrase, que j’ai déjà entendue, ne m’est d’aucun réconfort. Le ton calme et las qu’il emploie ne fait que m’énerver plus encore. Un Dieu intérieur, dissimulé à la vue? Ce n’est pas mon Dieu.

« Cela ne suffit pas !

  • Il va bien falloir. Nous n’avons pas le choix. »

Nous? Pourquoi m’inclure dans tout cela?

« C’est en pratiquant que nous faisons le bien envers les autres. Sinon comment pouvons-nous nous dire chrétiens?

  • En pratiquant? La pratique nous rend visible, Helena. Elle nous donne un visage et un nom. Nombreux sont ceux qui parlent au nom de Dieu ; leurs supérieurs n’hésitent pas à lancer des accusations d’athéisme ou d’hérésie dès lors qu’on ne se conforme pas à la lettre… Je suis catholique, tu ne l’es pas. Tels que nous sommes, ici, nous trois, nous ne pouvons aller à l’église.

Il y a un autre aspect qui est très présent dans ce roman, c’est celui des mots. En effet, les mots sont très présents dans ce roman, au sens où on parle presque sans cesse des écrits de Descartes, des lettres qu’il envoit à Helena, aux mots qu’elle-même trace, qu’elle apprend, au français et à l’hollandais qui se mélangent en permanence. Certains mots sont à double sens, ils veulent tout dire et ne rien dire, car il faut les interpréter, comprendre les secrets qui se cachent derrière. Même dans le prénom de la petite fille se cache un secret, celui de sa naissance. Les mots contiennent donc plus que leurs sens, ils contiennent aussi tous les non-dits. La maîtrise des mots devient alors la maîtrise de ce qui se passe. Chaque mot est prononcé pour reprendre possession de sa vie. Cela est encore plus vrai pour chaque lettre écrite. Helena a appris toute seule à lire, elle tient à donner à sa fille cette éducation. Elle aide aussi ceux qu’elle peut à lire et écrire. Elle essaye même de devenir écrivain. Mais les hommes sont là pour lui rappeler sa place, seul Descartes parvient à publier son ouvrage et à obtenir du papier, de l’encre et des plumes.

En ce qui concerne les personnages, je me suis beaucoup attachée à la pauvre Helena. Elle est si jeune au début du roman, si naïve et si pleine d’espoir en ce qui concerne l’avenir. Tout ce qui lui importe alors c’est de bien servir son maître le libraire, et de pouvoir écrire un peu. Evidemment, elle est assez pauvre et s’inquiète pour sa mère et son frère, mais elle est pleine de vie et de joie. Puis elle rencontre Descartes, qui la séduit, et sa vie change du tout au tout. Même si elle tente de garder sa joie de vie, elle n’est plus la même. Dès qu’il apprend qu’elle est enceinte, Descartes la met à l’abri sans rien lui dire. Elle vit ça comme une punition. Puis il vient la chercher, et lui impose une vie cachée. Helena est prise au piège avec sa fille. Sa vie ne lui appartient plus. Et pourtant, elle accepte cela sans se plaindre. Même lorsqu’elle est au plus mal, Helena continue à espérer, à vivre. Elle ne se laisse pas morfondre. Pourtant, elle endoure beaucoup d’épreuves. A sa place, n’importe qui se serait aller, ou aura abandonner cet enfant de la honte. Helena se refuse à cela. Je l’ai trouvé très courageuse, son histoire m’a émue, surtout que certaines de ses épreuves sont vraiment dures.

J’ai aussi beaucoup apprécié le fait de découvrir un autre Descartes que celui qu’on découvre dans ses écrits. Bien que ce soit une œuvre de fiction, c’est appréciable de découvrir un personnage plus humain que ce que j’ai appris en cours ou au fil de mes lectures. Bon, même dans le roman on garde l’image d’un homme un peu froid, peu habitué aux effusions, aux autres, solitaire, ne vivant que pour la science, mais aimant malgré tout. C’est vraiment intéressant aussi d’imaginer comment ce philosophe pouvait travailler, avoir ses idées. On a aussi le droit à une scène peut ragoutante sur l’une de ses passions, qui était la médecine. Or, pour apprendre comment fonctionne le corps, il faut le découper. Descartes était connu pour récupérer des cadavres ou découper des corps d’animaux vivants. Cette manie est bien retranscrite dans le roman.

Pour conclure, je dirai que c’est un roman historique que je conseille. J’ai vraiment pris plaisir à le lire, à suivre l’histoire d’Helena. Je remercie l’auteure d’avoir mis à la fin du roman une note expliquant ce qui était certain, les preuves qu’on avait sur cette relation très cachée, et ce qui était peut-être extrapolée. Ceci apporte un vrai plus au roman, car on a tendance à oublier le travail qui a été fourni par l’auteure pour récolter ses preuves, pour écrire cette histoire à partir des éléments connus. La fin est une peu rude, j’aurai préféré qu’elle change cette partie-là, mais elle se devait de coller à ce qui c’était passé. L’écriture est très agréable à lire, le fait que ce soit à la première personne ne m’a pas dérangé, cela permet justement de mieux comprendre Helena. Ce qui aurait pu me dérangé était plus le fait que par moment on retournait dans le passé, où le roman, découpé en partie, ne l’est pas de manière chronologique. Mais finalement, on arrive à s’y retrouver dans l’histoire, à suivre ce qui se passe. C’est donc un roman de la rentrée que je vais proposer à mon comité de lecture à la bibliothèque tellement il m’a plu, tellement j’ai pris plaisir à le lire.

Et vous?

Lisez-vous beaucoup de romans historiques?

Cela vous arrive-t-il d’en apprendre plus sur des personnages ayant vécus avec ce type d’écrits?

Quelle période historique préférez-vous dans les romans?

Vos vacances se passent bien? 😉

Amusez-vous bien 🙂

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