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Itinéraire d’enfance

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Bonjour à tous. Et oui, me revoilà plus vite que prévu avec un nouvel article, une chronique littéraire d’un roman terminé la semaine dernière. Cette fois, j’ai réussi à m’organiser et vous écrire un article plus tôt, à vous le planifier. Je suis fière de moi d’avoir réussi ça.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler d’un roman lu la semaine dernière. C’est un roman qui se trouvait sur ma liste pour le challenge de l’été 2016. C’est aussi un roman lu pour le challenge de Livraddict sur l’Asie. Aujourd’hui, je vous emmène au Viêtnam, à travers le roman Itinéraire d’enfance de Duong Thu Huong. Voici son résumé :

 Fin des années 1950 au Viêtnam. Bê a douze ans, sa vie dans le bourg de Rêu s’organise entre sa mère, ses amis et ses professeurs. Son père, soldat, est en garnison à la frontière nord. Pour avoir pris la défense d’une de ses camarades abusée par un professeur, elle se voit brutalement exclue de l’école. Révoltée, elle s’enfuit de chez elle, avec sa meilleure amie, pour rejoindre son père. Commence alors un étonnant périple : les deux adolescentes, livrées à elles-mêmes, sans un sou en poche, finiront par arriver à destination, après des aventures palpitantes et souvent cocasses : Bê la meneuse, non contente d’avoir tué le cochon et participé à la chasse au titre, va également confondre un sorcier charlatan et jouer les infirmières de fortune.

Roman d’apprentissage, ce livre limpide et captivant dépeint magnifiquement, dans un festival de sons, d’odeurs, de couleurs et de paysages, la réalité du Viêtanm après la guerre d’Indochine.

Alors, je vous le dit tout de suite, j’ai lu très rapidement le résumé de ce roman en le choisissant à la médiathèque parmi les autres romans de Duong Thu Huong. J’avais déjà lu un roman de cet auteure vietnamienne, et je l’avais adoré. Pour cet été, je voulais donc lire un autre de ses romans. Parmi ceux qu’il y avait, j’ai donc choisi celui-ci, car j’ai retenu que c’était un road-trip au Viêtnam, avec une fillette de douze ans, et l’idée m’a beaucoup plu. Ce n’est qu’en tapant le résumé pour le blog que je me suis rendu compte que ce roman se passait dans les années 50. Sans ça, j’étais persuadé que cette histoire se passait dans les années 80, voir même maintenant.

L’histoire se passe dans la campagne vietnamienne, dans la plaine. Bê est une jeune fille très sérieuse fille d’une institutrice et d’un soldat qu’elle ne vient que tous les trois ans, quand il est en permission. Il est posté à la frontière, dans les montagnes. La vie semble donc facile pour Bê, qui voit son temps être découpé entre l’école, sa mère et ses amies, dont Loan fait partie. Un jour, il y a un nouveau professeur de sport qui est muté dans leur école. Dès le début, ce dernier change les habitudes des filles, allant jusqu’à s’acharner sur Bê, qui ose lui répondre. Surtout que celle-ci a aperçu ce professeur avec l’une de ses amies, à peine plus âgée qu’elle, mais bien formée au niveau du corps. Ce qui se passe entre cet adulte et cette enfant presque adolescente ne laisse aucun doute. Bê essaye d’en parler avec cette dernière, mais celle-ci nie. Et lorsque le professeur dépasse encore une fois les bornes en cours, Bê réussir à enfermer le prof dans les toilettes. Là-bas, on ne rigole pas avec la discipline. Le responsable doit être puni, ce qui équivaut à être viré de l’école. Puisqu’un des élèves de l’école est accusé, Bê finit par se dénoncer. La sanction ne tarde pas à tomber, elle ne peut plus aller à l’école, elle en est expulsée. Suite à la honte qui apparaît sur sa famille à cause de cette punition, Bê décide de rejoindre son père à la frontière. Loan, dont la mère vient de se marier avec un tyran, décide de partir avec elle. Commence alors pour les deux filles un périple à travers la plaine et les montagnes, faisant face à de nombreuses péripéties. Elles vont ainsi se faire voler tout leur argent, travailler comme servantes dans un restaurant, vivre à la montagne avec un ermite, participer à la chasse au tigre, aider tout un village, etc…

Ce que j’ai beaucoup aimé avec ce roman, c’est d’abord qu’on a vraiment l’impression de voyager avec Bê. On voit avec elle  qu’elle voit, ce qu’elle vit, tout ce qu’elle découvre sur son pays. Bê vit dans la plaine, mais la vie dans les montagnes n’est pas la même. Les manières de construire les maisons, d’y habiter, de s’habiller, de manger, tout cela est différent, lui donnant l’impression d’être dans un autre pays. Même les dialectes ne sont pas les mêmes, ni même les traditions. Les paysages et tout ce décalage que ressent Bê sont parfaitement retranscrits, nous donnant aussi envie de vivre ce qu’elle vit, de goûter ce qu’elle fait. On a envie de suivre ses traces. Le Viêtnam étant un pays qui me fait, rêver, j’ai vraiment eu le sentiment d’y être avec Bê.

En montagne ce n’est pas comme en ville. Le jour du Têt est comme un autre jour de l’année. Pas de lampions, pas de guirlandes sur les vitrines des magasins, pas de panneaux publicitaires, pas de foule. Parfois, quelques pétards rappellent les jeux d’enfants de la ville. En revanche, devant chaque case se dresse un mât en haut duquel sont suspendus des petits gongs en argent ou en cuivre qui tintent gaiement sous le vent, ainsi que des figurines d’animaux en papier. Un cercle peint en blanc entoure le pied de chaque mât. Toutes les cases arborent un drapeau, même si ce n’est pas la fête nationale. En dehors de cela, il n’y a pas grand chose de visible dans les rues. Toute l’activité du jour du Têt se passe autour du feu, dans la cuisine : on écrase la viande pâtés, on confectionne les différents gâteaux, on fait frire le riz soufflé, on y mélange le miel, on fait griller les bonbons de riz, on fabrique les confitures…Les poêles, les casseroles, les marmites dégagent une bonne odeur. Les villageois de Muôn font un riz soufflé extraordinaire, beaucoup plus sophistiqué que celui cuisiné en plaine.

(…)

Après le repas, nous faisons le tour du village avec monsieur Môc pour souhaiter la nouvelle année. Dans chaque case, on nous sert les mêmes gâteaux, les mêmes friandises. Comme il a fallu en goûter à chaque visite, nous rentrons à la case complètement repus le soir.

Il y a beaucoup de sagesse dans ce roman. Bê, après son expulsion de l’école, pense que sa vie est finie, qu’elle va devoir se contenter d’un métier horrible, fait pour ceux qui n’ont pas fait d’études, qu’elle ne pourra pas devenir quelqu’un. Et oui, en plus d’être expulsée, elle est aussi grillée dans toutes les écoles de sa région, ne pouvant se réinscrire nul part. Elle ne peut donc pas retourner à l’école. Elle qui adorait ça, c’est vraiment une sanction terrible, et avec son esprit d’enfant, elle est persuadée d’être une moins que rien. Surtout que sa mère est contre elle, en colère. Comment continuer à vivre après ça Pour Bê, la seule solution est la fuite. Et cette idée elle la doit à un ermite qu’elle rencontre, qui va lui faire prendre conscience qu’elle est encore jeune, qu’on ne peut pas penser que sa vie est finie lorsqu’on a que douze ans. Et c’est finalement ce voyage qui va déterminer tout le reste de sa vie. Elle qui croyait que son expulsion signait la fin de sa vie, elle va en fait n’être que son commencement. Tout au long de son voyage, Bê ve en prendre conscience. Elle va rencontrer pleins de personnes différentes qui vont lui apporter quelque chose, vivre des choses qui vont la faire grandir, changer. Elle va mûrir, d’une manière qui aurait été impossible sans ce voyage.

« L’homme doit lutter et gagner. » Cette pensée résonne dans ma tête comme le bruit d’un cheval au galop dans le creux d’une vallée, au printemps. L’homme doit triompher de son malheur, de son infortune ou de sa propre désespérance. Jamais il ne faut vouloir mettre de « point final », c’est valable pour une enfant de treize ans ou un vieillard de quatre-vingts. Je me souviens de l’allure du vieux gardien de canard, de sa chevelure toute blanche, de son sourire discret et malicieux. Oui, je me rappelle même son stylo plaqué or dans sa poche… Je me rappelle de tout cela. Je le remercie du fond du cœur. Dans la période la plus noire de mon enfance, c’est lui qui m’a appris à devenir adulte.

Je me suis beaucoup attachée au personnage de Bê. Pour son âge, c’est une jeune fille très courageuse, à l’esprit de justice. Elle déteste l’injustice. Elle voudrait que tous soient heureux, sortent de la condition dans laquelle ils sont. Elle essaye d’ailleurs d’aider ceux qu’elle peut. C’est d’ailleurs ce qui conduit à son expulsion de l’école. Elle aurait très bien pu ne pas vouloir venger ses camarades de classe du professeur de sport, ou laisser un autre se faire accuser à sa place. Au cours de son voyage, elle intervient aussi pour aider les autres, pour qu’ils ne se fassent pas avoir par un sorcier douteux ou qu’ils ne restent pas enfermés dans une auberge qui plaît pas pour le reste de leurs vies. Bê est altruiste, et a aussi pas mal d’imagination pour arriver à ses fins, même si cela peut lui apporter beaucoup d’ennuis. Elle n’hésite pas à agir ou à dire ce qu’elle pense. C’est une héroïne moderne au grand cœur.

Je regarde attentivement le sorcier. Il gesticule dans tous les sens, entièrement plongé dans ses incantations. Je fixe le plancher en bambou à l’endroit exacte où il saute en l’air puis retombe sur son derrière. Une idée me passe par la tête. je descends l’échelle…

Des lueurs me parviennent des lampes, des bougies d’en haut. Je tâtonne dans l’enclos des bêtes juste en dessous du plancher de la case. C’est une famille pauvre. Elle ne possède que trois vaches et quelques cochons. Sentant ma présence, ils se regroupent dans un coin. J’avise un bout de bambou pointu et dur que j’enlève du treillage sur lequel poussent les haricots grimpants et les aubergines. Je retiens ma respiration et rentre dans l’étable. Je vois le plancher avec les raies de lumières bien tracés au-dessus de ma tête. Au moment précis où le sorcier saute en l’air, j’engage le bout de bambou entre les planches, à l’endroit exact où ses fesses vont atterrir.

Un long hurlement retentit.

Il y a une chose qui m’a interpellée dans ce roman. Je ne sais pas si c’est encore le cas, maintenant que le Viêtnam est devenu plus « occidental », mais la liberté qu’on les enfants tout au long du livre est quand même impressionnante. Même avant son voyage, Bê pouvait sortir de sa maison, se promener dans le village et au-delà, même après la nuit tombée. Elle reste enfermée par un homme pendant plus d’une journée avant que quelqu’un s’inquiète de ce qui lui est arrivé. Et les filles parviennent à partir sur un coup de tête sans que personne ne les arrête, que ce soit avant ou sur le chemin. Personne ne s’inquiète de voir ces deux adolescentes se promener seules et vouloir se rendre à la frontière. Personne ne leur dit d’arrêter leur voyage. Au contraire, elles y sont encouragées. Bon, c’est sans doute parce que Bê veut retrouver son père, mais quand même. Je trouve cela formidable. Dans notre pays, si deux adolescentes traversaient le pays de cette manière, on aurait déjà eu l’alerte enlèvement déclenchée. Certes, on ne peut pas comparer nos deux pays, mais j’ai trouvé cette liberté formidable, surtout qu’elle soit encouragée de cette manière. C’est ce qui fait grandir les deux filles. Je les ai trouvée vraiment courageuses de continuer leur route, surtout après ce qui leur arrive dès le début de leur voyage.

En fait, c’est un vrai roman d’initiation, qui apprend qu’on peut aller au bout de ses idées, qu’il faut être courageux et affronter tout ce qui se met en travers de notre chemin. Qu’il faut aller au bout de la route, ne pas se laisser abattre, car la récompense en vaut le coup. Bê retrouve non seulement son père, mais en plus elle noue des liens avec lui, ce qu’elle n’avait encore jamais fait. Et le chemin parcouru est aussi hyper important, car c’est lui qui mène au terminus, en permettant à ceux qui vont dessus d’apprendre pleins de choses. Ce chemin il fait le faire, car il permet de grandir, de se construire. Les filles auraient pu s’arrêter à n’importe quel moment, mais elles continuent, elles avancent, en laissant des amis derrière elles, pour aller jusqu’au bout de leur volonté. Ce voyage est aussi ce qui forme le courage et la volonté. A douze ans, Bê a déjà plus vécu d’aventures que moi ou d’autres personnes pourtant plus vieilles.

En relisant cet article, je me rend compte qu’en fait, ce roman est un coup de cœur pour moi. J’ai beaucoup appris aussi en lisant la plume de Duong Thu Huong. C’est un roman que je pourrais d’ailleurs relire avec plaisir tellement j’ai été transporté par les aventures de Bê. A un moment du récit, j’ai même penser, espérer, que tout ceci soit autobiographique. C’est une très très belle découverte. Il y a beaucoup de poésie dans ce roman, et beaucoup d’espoir aussi. La haine en est absente, alors même qu’on croise des personnages ayant vécus la guerre du Viêtnam, ou avant l’occupation française tyrannique qui était en place avant la guerre. Ce roman m’a donné envie d’en lire plus sur ce beau pays.

Et vous?

Vous avez eu des coups de cœur dans vos lectures depuis le début de l’été?

Vous avez lu des romans qui vous ont fait voyager?

Dans quels pays aimeriez-vous voyager grâce aux livres?

Dans quelles régions du monde?

Bonnes vacances à tous 🙂

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6 réflexions au sujet de « Itinéraire d’enfance »

    1. Je comprends que tu ais envie de le relire, il est vraiment génial ^^ C’est un de ses livres qu’on pourrait relire tous les ans tellement il nous fait voyager et est pleins de joie. Je pense que je vais lire d’autres romans de cette auteure 😉 Bonne lecture à toi 😉

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