chroniques littéraires

Nous avons marché dans Pyongyang

Pyongyang

Bonjour à tous. Alors que les vacances approchent, enfin, car l’année, bien qu’elle soit passée très vite, m’a aussi semblé très longue, j’ai envie de vous inviter au voyage. En effet, bien que je ne puisse pas partir en vacances cette année, comme l’année dernière d’ailleurs, parce que la formation a épuisé toutes mes économies, j’ai très envie de partir loin d’ici, d’explorer de nouveaux horizons. Et lorsqu’on ne peut pas partir, il nous reste donc plus que les livres pour voyager. Beaucoup de mes prochaines chroniques seront donc axées sur le voyage, sur des pays à découvrir. Et je commence cette vision de l’été, puisqu’il paraît qu’il commence cette semaine, alors que le temps est toujours aussi gris, par un pays dont nous avons peu de livres, de textes, puisque c’est l’un des pays les plus fermés au monde. Je vous emmène pour cette chronique en Corée du Nord.

Pour la petite histoire, j’ai récupérée ce roman lundi, en formation, auprès d’une de mes collègues de cette formation, qui me l’a gentiment prêté. Ce roman a été écrit par une de ses connaissances, avec son mari. Ce livre est un témoignage, ils racontent ainsi l’année qu’ils ont vécu à Pyongyang, avec leurs deux enfants. Pour des raisons de confidentialité, puisque lui travaille dans l’humanitaire, tous les prénoms ont été changés et le roman est paru sous un pseudonyme, Abel Meiers. Qu’importe, c’est vraiment un récit témoignage très intéressant à lire. Il est sorti cette année et à été publié aux Editions Ginkgo, que je ne connaissais pas. En voici le synopsie :

Bienvenue en République populaire démocratique de Corée. La plus étrange des destinations, l’état le plus isolé du monde.

Pendant une année, notre faille a été domiciliée au compound diplomatique, Munsundong, Taedonggang district, à Pyongyang. Nous avons pu soulever un coin de rideau, nous glisser dans le décor, et nous vous proposons de nous suivre dans cette exploration surréaliste et souvent drôle.

Libres de conduire et de circuler seuls dans la capitale la plus mystérieuse du monde, nous rapportons dans nos textes des moments forgés par un choc culturel de puissance 12 sur l’échelle de l’absurde. Une banale partie de tennis, l’achat de nouille, une réunion de travail, un cours d’anglais, une simple conversation… Tout prête là-bas à rire ou à désespérer. Notre petite histoire s’est également frotté à la grande, quand Kim Jong-il est mort, plongeant le pays dans un deuil « terrible ».

Nous vous embarquons pour une traversée du miroir, au son des chants de soldats ouvriers, des mégaphones grésillants et des roues des trottinettes de Colin et Maxime, nos enfants, sur les pavés de Pyongyang.

Pendant une année entière, nous allons donc suivre cette famille des Pays-de-la-Loire, nommée dans le roman les Pirmil, comme la commune de Sarthe, ou un des quartiers de Nantes depuis l’idée même de ce voyage à leur départ, émouvant, de ce pays si particulier. Le père, travaillant dans l’humanitaire sur un projet d’agriculture, va nous emmener dans la campagne de la Corée du Nord, pendant que la mère va faire des rencontres et visiter la ville avec ses deux enfants, qui eux n’attendent qu’une chose, revenir dans le monde capitaliste et reprendre une vie normale. Dépaysement garanti, avec des scènes surréalistes. Dans toute cette aventure, la mort du dictateur de la Corée du Nord va subvenir, plongeant le pays et les étrangers dans une attente interminable. C’est d’ailleurs avec ce passage que le roman commence. Pour ma part, je préfère vous parler d’abord des réactions de la famille et des proches de celles-ci sur le voyage des Pirmil.

En effet, ce qui n’était à la base qu’une hypothèse, une possibilité, va se transformer en réalité. Le père, en postulant à une offre d’emploi pour un projet agronome là-bas, ne pensait réellement pas être pris. Or, voilà, il se retrouve à faire ses papiers pour la Corée du Nord, en entraînant sa femme et ses enfants. Et il doit en parler à ses proches. Comment réagiriez-vous si un proche vous disait qu’il part un an en Corée?

« Ah, c’est cool que vous partiez comme ça en famille. Vous partez où déjà? demanda celui-ci avec un grand sourire.

  • En Corée du Nord, répondit Quentin et Sarah en chœur.
  • En Corée…. du Sud, tu veux dire ! le sourire s’effaçant.
  • Non, non, en Corée du Nord. Pyongyang, Kim Jong-il, tout ça.
  • Mais qu’est-ce que vous allez faire là-bas? C’est super dangereux, ils ont l’arme atomique, des armes de destructions massive. C’est une dictature !
  • Justement, on est en sécurité dans une dictature. Enfin, en tant qu’étranger je veux dire », avaient-ils coutume de lâcher, par provocation.

Bien sûr, ils avaient un peu peur de ce qu’ils allaient trouver là-bas. Mais justement, quelle excitation !

Ils croisèrent aussi des imperturbables :

« Vous partez où? En Corée du? Ah, c’est bien, c’est au soleil ça? »

Ce que j’ai beaucoup aimé dans les préparatifs de ce voyage, c’est comment il est organisé. C’est notre regard d’occidentaux que nous portons sur la Corée. En effet, pour se préparer à ce qu’ils allaient trouver là-bas, le couple, Sarah et Quentin, vont faire des recherches sur internet, vont regarder les reportages catastrophiques proposés par certaines chaînes françaises, comme M6, et se retrouvent catastrophés par ce qui les attend là-bas. Les images montrées par ces reportages et internet sont sombres, violentes. La confrontation avec la réalité ne va en être que plus rude, car ce que Sarah et Quentin vont trouver en Corée ne sera pas ces images terribles envers ce pays qu’ils vont apprendre à apprécier. Et surtout, ce qu’ils vont découvrir, c’est un peuple, des humains qui leur ressemblent.

Il y a néanmoins une chose à laquelle le couple n’avait pas été préparé, que les reportages ne pouvaient pas prévoir, c’est la mort de Kim Jong-il, survenu en décembre 2013. Quentin, parti en éclaireur pour 3 mois, qui devait retrouver sa famille à Pékin pour le 1 de l’An, va découvrir ce qu’il arrive lorsque le « père de la nation » décède.

Plus qu’ailleurs, le nom de nation est adaptée à la Corée du Nord. Les citoyens sont au service de cette secte et quand ils pleurent leur dirigeant, ce sont comme des enfants pleurant leur père. En quinze jours, Quentin eut l’impression d’en avoir davantage appris sur ce pays et ses habitants que durant tout le reste de son séjour.

« Pour moi, Dieu est mort le 19 décembre », lui dit Chol, son traducteur, droit dans les yeux. Quentin évita bien sûr de lui mentionner qu’il était communément admis de part le vaste monde que Kim Jong-il était en réalité mort le 17.

« Tu vois, pour la mort de mon père, je n’ai pas pleuré ; là, je pleure depuis ce jour. » Puis, il affirma que le Grand Leader était mort de surmenage, « tellement il a fait, donné à son peuple ».

Sur Kim Jong-il et ce qu’il a fait à la tête du pays, il a plusieurs anecdotes données tout au long du livre qui sont assez drôles, si elles n’étaient pas aussi désespérantes pour le pays. J’ai surtout retenu cette idée du Grand Leader de construire un escalateur pour mener au grand plongeon de la piscine olympique, ou cette idée de donner des ordres aux joueurs de l’équipe de foot nationale pendant la coupe du monde, ce qui voudra leur élimination.

Alors, ce que j’ai aussi retenu de ce roman, c’est qu’il ne faut pas le lire lorsqu’il ne fait pas beau, et froid, comme ça a été le cas cette semaine. En effet, le climat de Corée n’est pas un climat tempéré comme le notre, et une bonne partie de ce dernier se déroule pendant l’hivers, avec des températures allant jusqu’à -20°C. Ce qui fait que par moment, le roman m’a vraiment donné froid. J’étais en train de le lire en me lovant dans ma couverture, avec un pull, et il m’arrivait d’avoir froid. Vivement que le printemps arrive.

(Journal de Sarah)

Le mois de janvier n’est pas très propice aux rencontres dans la rue. Il fait si froid. La bataille de neige que nous programmions depuis si longtemps fut un fiasco ! J’ignorais qu’à -20°C, on ne peut pas faire de boules ! Ca ne colle pas, la neige est dure comme de la farine et nous coule entre les doigts. Il fallait voir la tête de Colin quand on s’en est aperçus. Il était tellement déçu, son visage m’a brisé le cœur. Il a dit que c’était nul et que ouin! ouin! vous avez menti, on peut même pas faire un bolonne de neige.

(…)

Ce soir, nous sommes allés à la piscine. (…)

Nous étions contents tous les trois de découvrir cet endroit qui contraste un maximum avec l’austérité et le froid de dehors.

Sauf que…

L’eau de la pataugeoire devait être à 10°C, et celles du bassin intermédiaires et de la grande piscine à 12°C… C’est pas comme s’il faisait 50°C dehors… Linda qui nous accompagnait à jeté l’éponge et a fait demi-tour à peine le gros doigt de pied plongé dans l’eau. Nous, on était tellement contents d’être là qu’on s’est quand même « jeté à l’eau ». Quand j’y ai mis les épaules, j’ai pas réussi à étouffer un cri suraïgu qui a résonné dans tout l’espace et Maxime a eut les lèvres bleues au bout de deux minutes. Quant à Colin, il est allé jusqu’aux genoux ! Nous avons donc vite rejoint Linda dans les douches qui elles, étaient chaudes, hourra !

Et tout ceci ne sont que des exemples de ce qu’a pu vivre la famille, ballotée entre le froid polaire de la Corée et son printemps étouffant, sa saison des pluies, ses coupures de courants, d’eau, et ses rencontres, si on peut appeler ça des rencontres puisque les étrangers non pas le droit de parler avec des coréens non affiliés aux services des humanitaires, avec un peuple qui meurt de faim et qui travaille comme un forcené. Il y a eut des moments forts et des moments gênants, comme les spectacles proposés par le gouvernement, celui entièrement fait avec des enfants, qui quoique beau, peut poser des problèmes de moralité pour la famille.

Au niveau de la narration, la plupart des passages sont ceux écrits par Quentin sur son expérience en Corée, son ressenti, et son agacement parfois face à l’administration et aux idées étranges, parfois drôles, des Corée. Mais il y a aussi des passages écrits par Sarah, à travers son journal. Ces derniers sont mis de manière différente dans le texte afin qu’on sache qui parle, pour mieux retrouver les sensations, qui sont différentes, des deux personnages principaux. Ainsi, tous les passages de Sarah sont mis en italique, pour qu’on puisse confronter ses pensées et son vécu en Corée à celui de Quentin, qui paraissent parfois éloignés puisque Sarah ne travaille pas dans ce pays et qu’elle passe ses journées à gérer ses deux garçons qui ne pensent qu’à rentrer en France. Un quotidien qui va être très dur à gérer, les enfants étant peu nombreux dans le campound, et parlent pour la plupart tous anglais, une langue que ne parlent pas encore les deux frères. Surtout qu’ils vont vite s’ennuyer, l’école étant peu intéressante dans le camp et la télévision aussi.

C’est donc un très bon livre, qu’on devrait absolument faire lire à tous pour se souvenir que ce peuple est un groupe d’humain, comme nous, et que ce ne sont pas nos ennemis, malgré tout ce qu’on voudrait nous faire croire. Ce sont juste des humains avec une autre vision du monde, mais qui sont comme nous, qui galèrent, qui ont des familles, qui aiment et qui ont des personnalités propres. Ce que j’ai découvert, c’est que même si c’est un pays dit « fermé », c’est aussi un pays où on peut aller, où il y a des contact avec les étrangers. Il suffit de voir toutes les nationalités qui sont présentent au campound. C’est donc un livre plein d’humanité qui nous donnerait presque envie de voir nous aussi ce pays si particulier, ces paysages encore sauvages car non dénaturées par l’homme, et faire des rencontre avec des personnes comme celles rencontrées tout au long du livre. C’est donc un roman très dépaysant, mais plein d’optimiste et de joie. J’aimerai juste savoir si les enfants du couple sont dans cette optique-là, eux qui ne voulaient que rentrer à la maison.

Pour terminer cet article sur ce livre qui m’a beaucoup plu, je vais vous citer le passage écrit par Sarah à la fin du livre, sur leur départ de Corée. C’est un passage qui m’a presque ému tant on sent à quel point elle s’est attachée à ce pays si particulier.

Nous avons fait un apéritif un peu formel hier pour se dire au-revoir autour d’un verre. J’ai pu dire aux Coréens des mots qui me tenaient à cœur. Je leur ai dit que nous les emportions avec nous. A présent, ils savent que notre amitié se balade sur notre vaste terre. J’ai pu leur dire aussi qu’il y a de par le monde des milliers de personne qui souhaiteraient les connaître, je voulais insister sur le fait qu’ils ne sont pas nos ennemis, que la haine qu’on voudrait leur faire ressentir n’a pas de sens. J’espère que ces mots auront été entendus. Si petite que soit notre participation à la réunion des peuples, je crois que c’est en semant du positif qu’on le récoltera un jour. Nous nous sommes dit des choses qui font pleurer et que je n’ai pas envie d’évoquer. Mon menton n’est pas fiable à l’heure qu’il est et me les rappeler maintenant m’assurerait un départ dans les larmes.

Et vous?

Vous verriez-vous partir dans un pays de ce type? Dans un autre pays?

Vous verriez-vous y entrainer toute votre famille?

La Corée du Nord vont parait-elle si différente de nous?

Si vous connaissez d’autres récits sur l’Asie, n’hésitez pas à nous les faire partager 😉

Bonne semaine à tous

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Une réflexion au sujet de « Nous avons marché dans Pyongyang »

  1. Merci pour cette chronique de haut niveau ! Vous savez défendre un livre. J’aime bien les narrations sous forme de journal. Je me reconnais tout à fait dans l’agacement ressenti face aux idées reçues sur certains voyages hors des sentiers battus.

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