chroniques littéraires

Hugo de la Nuit

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Bonjour à tous. En ce nouveau rendez-vous littéraire, je reviens vers vous pour vous parler encore d’un roman jeunesse que je me suis procurée au comité lecture jeunesse de ma bibliothèque. Et oui, en ce moment je suis en plein dans la lecture de roman pour plus jeune, même si je doute que celui que je viens de terminer, celui dont je vais vous parler aujourd’hui, soit réellement pour les plus jeunes. Je pense que, par rapport au Monde Secret de Sombreterre, dont je vous ai chroniqué la semaine dernière, le public de ce nouveau roman puisse être aussi jeune. Personnellement, je le conseillerais à des plus vieux, c’est-à-dire vers 12 ans. Autant Le Monde Secret de Sombreterre pouvait pour moi être lu dès 8 ans, peut-être même avant selon la maturité du lecteur, autant celui-ci est vraiment pour les pré-ados, pour les 12 ans.

Ce roman que je vais vous parler aujourd’hui est publié par Grasset jeunesse. Il est sorti cette année. Encore une fois, c’est un roman français, écrit par un auteur de chez nous. Cela m’a étonné tellement la qualité du texte, ainsi que la noirceur qui peut y être sous-jacente, est plutôt caractéristique des auteurs anglos-saxons. Ainsi, sous la plume de Bertrand Santini, j’ai retrouvé ce qui m’avait plu dans l’univers de L’Etrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, que je vous avais chroniqué sur le blog. En voici l’histoire :

Une nuit d’été.

Un enfant

Des fantômes

Un secret

Comme c’est un résumé très succinct présenté sur la quatrième de couverture, je vais vous parler plus longuement de cette histoire. Son personnage central se nomme Hugo. Il a 12 ans, l’âge où on est encore un enfant, mais plus totalement, cet âge de transition où se mêle le monde des adultes et celui des enfants. C’est l’été, il habite avec ses parents dans les calanques marseillaises. Son monde va bien, sa mère est une auteure à succès, son père un botaniste réputé. Mais son monde est sur le point de changer, du pétrole ayant soudainement apparu dans le vieux cimetière de la propriété. Et les rapports toujours cordiaux avec les voisins se sont détériorés, ces derniers voulant le pétrole pour eux, alors que la famille d’Hugo refuse obstinément de forer le sol du cimetière. Une seule chose peut sauver le site, une fleur très rare que les voisins sont prêts à détruire. Une nuit, alors que l’oncle d’Hugo, le frère jumeau de son père débarque, le soir des 12 ans d’Hugo, un homme en noir pénètre dans la maison. Surpris par Hugo, il le poursuit dans les calanques. Et ce qui devait arriver arriva, près de la falaise qui donne sur un profond étang, Hugo tombe. Lorsqu’il se réveille, il est au cimetière, mais pas en tant que vivant. Et ses parents se font assassiner sauvagement devant ses yeux d’enfants.

Voilà donc autour de quoi tourne le roman. Hugo est mort, sa famille est assassinée, d’une manière assez violente j’ai trouvé. Même si rien n’est vraiment décrit dans le livre sur cette scène en particulier, je l’ai trouvé assez terrible pour un livre pour enfant, une scène qu’on peut aisément imaginer dans tout ce qu’elle peut impliquer comme sang et barbarie. Et ce qui est aussi marquant, c’est l’impuissance d’Hugo qui, en tant que fantôme, ne peut rien faire, ne peut pas empêcher la mort de ses parents alors qu’il les voit. C’est peut-être la scène qui m’a le plus marquée dans tout le roman, c’est scène si violente à la fois parce qu’il s’y passe, mais aussi par rapport au sentiment que peut ressentir le héro, pas seulement de la souffrance, mais aussi de l’impuissance. Cela résume son statut d’enfant qui ne peut rien faire pour éviter le drame.

Le reste du roman est un peu plus léger, car les fantômes avec lesquels se retrouvent Hugo sont des fantômes assez comiques, qui préfèrent la mort à toute autre chose. Ils chantent ainsi les louanges de la mort par rapport à la vie. Il y a d’ailleurs une mère qui est là, décédée suite  à la naissance de son fils, ce dernier étant enterré à ses côtés, mort à près de quarante ans d’intervalle, suite à un étouffement dû à son dentier. Une autre est là car elle est morte de rire. Une petite fille, plus jeune qu’Hugo, est morte noyée, un botaniste a été tué par sa fiancée, celle-ci s’est donnée la mort peu de temps après. Et il reste le gardien, qui refuse de croire à sa mort. Tous ensemble ils vont tenter de remonter le moral d’Hugo, à leur manière.

  • Nous devrions lui présenter l’au-delà sous un jour gai et charmant ! glissa Dame Betti à ses compagnons.
  • Excellente idée ! acquiesça Nicéphone. Chantons-lui la joie d’être mort.
  • (…)
  • Allons petit, ne comprends-tu pas que la mort est supérieure à la vie ?
  • L’être humain fait honte aux étoiles. Quel regret y a-t-il à cesser d’en être un?
  • Quitter la boue, ce théâtre de fous, mérite-t-il vraiment d’éprouver de la peine?
  • Songe aux félicités qu’offre le repos éternel !
  • Plus de gerçures aux lèvres, ni de dents cariées !
  • Plus de piqûres d’abeille, ni de genoux écorchés !

Assis chacun à l’extrémité d’une planche fixée en équilibre sur une tombe, Poudevigne et Dame Betti se balançaient en riant à gorge déployée.

  • Sans compter qu’un mort peut jouer au tape-cul durant des siècles sans jamais avoir mal au derrière ! s’écria la vieille dame.

Cependant, malgré ces interludes très drôles avec les fantômes, la vérité à laquelle se retrouve confrontée Hugo n’est pas si réjouissante. Ainsi, sous le cimetière se cachent des êtes qu’Hugo osait à peine imaginer. En effet, si le pétrole remonte du sol, c’est parce qu’on lui pousse. Le cimetière n’est pas seulement habité par des fantômes, il l’est aussi par des zombies, qui n’attendent qu’une chose : que les hommes viennent forer le sol pour les délivrer. Ce que cache donc le cimetière, c’est la destruction de ce coin de garrigue. Et pour empêcher ça, les fantômes sont prêts à tout, quitte à sauver Hugo et à redevenir vivants. Quitte pour eux à affronter les assassins des parents d’Hugo, et tous le village entier.

Ce roman est plein de bon sens, avec une phrase en leitmotiv, L’enfer est vide, les démons sont parmi nous (Shakespeare). Ainsi, les ennemis ne sont pas forcément ceux qu’on croit, et la solution n’est pas forcément celle qu’on pensait être la bonne. Et la réalité n’est pas  forcément celle qu’on croit. Rien n’est figé, comme dans la vie. Ce roman est un roman d’initiation, qui fait à la fois prendre conscience de la vie, de son importance, mais aussi celle de la mort. Construit comme un conte, ce roman permet aussi de réfléchir à la place que certaines choses, comme ici le pétrole, peuvent prendre dans notre vie. Car l’élément déclencheur est bien la quête de richesse et la jalousie des autres, qui mène à un triple meurtre.

Finalement, je n’ai rien à reprocher à ce roman qui a su parfaitement m’emporter dans son univers. Au début, j’ai trouvé dommage que la mère d’Hugo, écrivain, sous décrite presque sous les traits de J. K. K. Rowling. On retrouve en effet sous ses traits le parcours de l’écrivaine célèbre, mais à la fin, j’ai trouvé que la mère d’Hugo se détachait de cette ressemblance, me la rendant plus sympathique. C’est cette réplique, pleine de sens elle aussi, qui m’a convaincue.

  • Il y a une chose que je n’écris pas dans mes livres, tu sais? Une vérité qu’il est inutile de raconter aux enfants. Le monde est un endroit cruel, injuste et absurde. Je le cache non pas pour mentir ou tricher, mais parce que je crois que les histoires sont faites pour consoler et donner du courage. Mais quoi qu’on écrive, quoi qu’on invente, le monde demeure cruel, injuste et absurde. Nous avons eu cette chance, longtemps, de tenir à distance. Mais il nous a retrouvé. Maintenant,  il tape à la porte et je n’ai pas envie de le laisser entrer.

Je n’ai donc qu’un conseil à vous donner, lisez ce roman et profitez de sa magnifique couverture en relief, dorée. Grasset a fait un très beau boulot avec ce roman. Même s’il n’est pas un coup de cœur, j’ai vraiment pris plaisir à le lire et je me suis amusée à le lire, à frissonner avec son héro. C’est une très découverte. Je lirais sans doute d’autres romans de cet auteur, pour voir s’il reste dans cet univers mi-comique, mi-horrifique qui m’a beaucoup plu et qui fonctionne très bien.

Et vous ?

Lire des passages horrifiques ou violents dans un roman jeunesse vous choque-t-il ?

Trouvez-vous qu’avoir de l’horreur dans un roman jeunesse peut permettre de poser des questions, d’interroger les enfants ?

Voir un héro mourir, est-ce déconcertant dans un roman jeunesse ?

Que lisez-vous cette semaine ?

Bonne semaine à tous, nous sommes bientôt aux vacances, courage 😉

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Une réflexion au sujet de « Hugo de la Nuit »

  1. Coucou, très jolie chronique. J’avoue que la scène de l’assassinat des parents, je ne la pensais pas aussi dure vu que c’est un livre jeunesse. Bon week-end et belles lectures!!!

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