Changez de Vie·mes écrits

Changez de vie – 4) L’agression

titre

Bonjour à tous. En ce jeudi à la météo assez mitigée, et qui fut pour moi très chargé suite au remplacement d’une de mes collègues à la bibliothèque, je vous partage le nouveau chapitre de Changez de vie. J’espère que vous êtes toujours autant intéressé par cette histoire que j’invente pour vous semaine après semaine. En tout cas, je m’amuse bien à vous la raconter.

4 – L’agression

Lorsqu’elle se réveilla, Alice constata avec effarement qu’il faisait bien jour dans son appartement. Malgré ses rideaux toujours clos, la lumière y entrait avec force. C’était le signe que la journée allait être ensoleillée. C’était un bon signe.

Toutefois, ce qui suscita la surprise chez la jeune femme n’était pas le soleil automnal, mais le fait qu’elle n’était pas dans son lit. Cela et l’heure tardive. Il était presque midi, et elle paressait sur son canapé, l’ordinateur portable encore ouvert, la télévision toujours allumée. Cela ne lui arrivait jamais, elle aimait trop le confort de son lit double pour venir dormir sur son vieux canapé défoncé. Et elle ne dormait jamais aussi longtemps. Même si elle savait faire des grasses matinées, elles n’étaient jamais aussi longues. Surtout qu’elle ne se souvenait pas s’être couchée tard la veille.

Ce qui était aussi étrange, c’était le mal de crâne qui enserrait toute la tête d’Alice. Elle avait le tournis dès qu’elle bougeait un peu trop, et une nausée persistante faisait son entrée. Elle avait l’impression de s’être soulée, d’avoir bu plus que de raison. Cependant, elle ne se souvenait pas avoir pris de l’alcool durant la soirée.

D’ailleurs, elle ne se souvenait pas de la soirée de la veille. Les seules images qui resurgissaient dans son esprit de la journée d’hier, c’étaient la cruelle déception imposée par son refus pour l’entrée de sa formation, celle qu’elle voulait plus que tout, et sa dispute avec François. Ainsi que ce fameux mail.

Alors que ce dernier refaisait surface dans son cerveau, Alice se précipita vers son ordinateur. Il s’était seulement mis en veille suite à l’absence prolongée de sa principale utilisatrice, et dévoila la page internet qui était restée allumée, celle où newlifentreprise la remerciait de sa confiance.

Alice se prit la tête entre les mains, parfaitement réveillée. Ainsi, elle avait vraiment sauté le pas. Si elle en croyait ce qui apparaissait sur l’écran, elle avait envoyé à l’entreprise tout ce qu’elle désirait dans sa nouvelle vie. Et elle leur avait aussi du leur faire un virement, puisque sa carte bancaire était posée à côté de l’ordinateur.

Elle chercha au fond de sa mémoire ce qu’elle avait bien pu demander. Elle se rappelait qu’elle avait reçu un formulaire à remplir, il était encore en copie dans sa boite mail. Il y avait des cases à remplir, parfois avec des informations très simples, comme si elle voulait changer de nom, de sexe, de préférence sexuelle, le nombre d’enfant qu’elle voulait, et d’autres bien plus complexes, avec la description physique de son mari et des enfants, de sa maison, de son chien, de son travail. C’était plein d’éléments qu’elle avait dû donner, des détails sur ses rêves les plus chers. C’étaient presque des informations intimes. Elle avait l’impression d’avoir fait entrer le grand méchant loup dans sa chambre.

Elle se prit la tête entre les mains, une forte nausée au bord des lèvres. Elle était moite, elle tremblait, elle était morte de peur maintenant. Elle se demandait ce qui allait se passer ?  Comment sa vie pouvait- elle changer ? Allait-elle se retrouver tout d’un coup dans une autre peau ?

Ce qu’elle craignait surtout, c’était que tout cela ne soit qu’une arnaque. C’était la chose la plus plausible, ce à quoi elle s’attendait. En se couchant, elle espérait qu’elle allait se réveiller dans sa nouvelle existence, qu’elle n’ouvrirait pas les yeux dans son appartement. Elle y croyait de tout son cœur. Toutefois, à présent qu’elle avait les idées bien plus claires, elle se rendait compte qu’elle s’était précipitée, et qu’elle avait certainement déboursé 1000 euros, qu’elle n’avait pas, dans une entreprise hasardeuse. Elle espérait qu’elle allait pouvoir récupérer son argent.

Elle ouvrit une nouvelle page internet pour vérifier son compte. A sa grande horreur, mais aussi surprise, elle aperçut le virement accompli de son compte vers newlifeentreprise. Elle ne comprenait pas comment cela avait pu être aussi rapide. Elle n’était pas une spécialiste des banques, mais elle savait tout de même que les actions faites sur un compte n’étaient jamais automatiques. La preuve en était que le dernier paiement qu’elle avait accompli avec sa carte bancaire, outre celui pour newlifeentreprise, n’était pas encore effectué. L’entreprise semblait donc non seulement être capable de cibler ses victimes, de leur harceler de mails personnalisés, mais aussi de prélever sur le compte de leurs souscripteurs dès que ce dernier était validé.

Alice était effrayée. Elle ne pouvait pas faire opposition à ce paiement désormais sans devoir appeler sa banque et contacter les autorités compétentes. Elle allait devoir justifier son action, tout leur raconter, et passer pour une victime stupide d’avoir souscrit à une telle arnaque. Maintenant elle comprenait qu’elle s’était fait avoir, cela lui paraissait évident, et elle avait honte. Elle était mortifiée d’avoir placé des espoirs dans cette entreprise fictive. Elle avait cru qu’elle pourrait devenir quelqu’un, s’échapper de sa vie minable, mais elle s’enfonçait encore plus dans la déchéance.

Elle était aussi en colère de s’être fait avoir de cette manière. Elle avait l’impression d’être une gamine stupide qui se rendait compte qu’elle avait accordé sa confiance à la mauvaise personne et que cela allait avoir de terribles conséquences. Elle avait été manipulée par l’offre alléchante proposée par le mail. Elle bouillonnait tellement qu’elle mourrait d’envie de casser quelque chose, de laisser éclater sa frustration.

Soudain, la poignée de sa porte se fit entendre, la faisant sursauter. Elle n’attendait aucune visite. Elle espérait pourtant que ce soit François, qui soit venu s’excuser de son comportement de la veille. En vérité, elle espérait surtout pouvoir se jeter dans ses bras et se faire réconforter. Elle avait besoin d’une oreille amicale, de quelqu’un qui l’écouterait et la rassurerait. Elle souhaitait profondément que ce soit lui, qu’il la prenne dans ses bras et lui dise que tout allait bien se passer, qu’elle ne s’était pas fait arnaquer, qu’elle allait récupérer son argent. Dans ses espoirs les plus fous, il l’emmenait loin de cet appartement, de cette vie qu’elle jugeait minable, de ses peurs les plus profondes. Elle voulait qu’il soit là pour elle, à jamais.

Pourtant, une voix dans sa tête lui faisait remarquer que si c’était vraiment lui, il ne serait pas en train de faire tourner la poignée de la porte d’entrée de cette manière. Il aurait seulement ouvert la porte avec ses clefs. C’était donc étrange que cette dernière soit secouée comme elle était en train de l’être.

Le cœur lourd d’attentes, et aussi un peu sur ses gardes, Alice ouvrit sa porte d’entrée. Quelle ne fut sa surprise de se retrouver nez à nez avec un homme qu’elle ne connaissait pas, accroupi devant elle, des outils qu’elle n’identifia pas sur le coup entre les mains. Il était plus vieux qu’elle, plus baraqué aussi. Il avait les traits d’un sportif, d’un boxeur. Il devait avoir quarante ans, et mesurait facilement deux têtes de plus qu’elle. Ses cheveux étaient coupés très courts, à la mode militaire. Son visage était dur, marqué de quelques cicatrices. Ses épaules étaient larges, comme sa mâchoire. Il portait des vêtements passe partout, tout de noir, comme s’il voulait passer inaperçu. Il ne souriait pas, ne montrait aucune émotion, pourtant Alice se sentit mal à l’aise en se retrouvant devant lui. Elle n’avait d’ailleurs qu’une envie, refermer immédiatement sa porte et la verrouiller à double tour.

Ce fut ce qu’elle fit lorsqu’elle retrouva ses esprits. Du moins, ce fut ce qu’elle tenta. L’homme devait néanmoins se douter de sa réaction, car avant même qu’Alice ne fasse basculer son battant, il avait glissé sa chaussure, une grosse chaussure de sécurité, dans l’embrasure de la porte. Ceci eut pour effet de bloquer cette dernière. Malgré les efforts de la jeune femme pour claquer sa porte, elle ne parvint pas à faire lâcher l’affaire par l’inconnu.

Celui-ci resta très calme alors qu’Alice était en train de s’échiner à s’enfermer dans son appartement. Il était même si calme qu’il prit son temps pour sortir de sa poche une seringue remplie d’un liquide jaunâtre non identifié. En l’observant bien, on pouvait avoir l’impression qu’il faisait ça tous les jours.

A bout de force, sentant qu’elle n’aurait pas gain de cause face à ce géant, elle abandonna la porte et courut dans le salon attraper son téléphone portable. Elle espérait bien avoir le temps de donner l’alerte, de signaler à quelqu’un qu’elle était en train de se faire agresser. Elle mit toutes ses forces pour courir le plus vite possible, se saisir de son téléphone et composer le numéro des urgences. Elle croyait sincèrement que cela la sauverait.

L’homme avait à peine bougé lors de la crise de panique de la jeune femme. Du moins, ce fut l’impression qu’il donna, parce que malgré son imposante carrure, lorsqu’Alice commença à pianoter sur les touches de son appareil, il se trouvait déjà derrière elle, sans qu’elle ne l’ait entendu bouger. Il s’était déplacé à la vitesse d’une ombre, aussi silencieux qu’un chat. Ce fut pour cette raison qu’elle fut terriblement surprise quand le téléphone valsa d’ans la pièce, en même temps qu’elle. Il venait de lui décrocher une droite magistrale qui l’avait envoyée valdinguer dans le salon.

Alice avait atterrie prêt de son canapé. Elle avait eue de la chance, dans sa chute elle n’avait rencontré aucun meuble, ce qui faisait qu’elle n’aurait de conséquence de sa cabriole que cette marque cuisante qui naissait sur sa joue et de quelques bleus sur ses genoux. Elle s’en sortait avec peu de dommage, mis-à-part des papillons devant les yeux qui l’empêchaient de saisir pleinement la situation.

Son agresseur par contre n’avait pas ce problème. Il avait toutes ses facultés, tous ses moyens pour poursuivre sa mission. Ce fut pour cela qu’il fut rapidement sur la jeune femme, se jetant sur elle de tout son poids afin de la maintenir au sol. Il faisait ce métier depuis quelques temps déjà, mais il n’avait que rarement perdu le contrôle de la situation à ce point. A croire qu’il s’était ramolli. D’habitude, sa victime ne parvenait pas à lui échapper. Car pour lui, ce que venait de faire Alice, c’était lui tenir tête. Elle aurait pu mettre en l’air toute sa mission, toute l’organisation, si elle avait réussi à contacter quelqu’un. C’était un échec pour l’homme d’avoir perdu l’effet de surprise qu’il parvenait toujours à avoir. En temps normal, ses proies dormaient lorsqu’il ouvrait la porte, inconscientes suite aux mails qu’elles recevaient. Maintenant, il devait rattraper son retard dans le programme.

Il enfonça donc la seringue dans le cou d’Alice, qui était en train de crier, de se débattre. L’homme suait à grosses gouttes sur la jeune femme. Il aurait aimé pouvoir la frapper pour la faire taire, pour qu’elle ne ramette pas tout l’immeuble, mais il n’avait pas le droit d’abîmer les personnes qu’il venait chercher. Sinon, c’était lui qui était tenu pour responsable, et cela pouvait lui attirer de gros problèmes. Les gens pour qui il travaillait ne plaisantaient pas. S’il se faisait prendre, remarquer, avant d’avoir livré la cible, et même après, c’est lui qu’ils feraient disparaître. Or, notre inconnu tenait à sa vie.

Alice finit par cesser de se débattre. Elle sombra dans l’inconscience assez rapidement, ce qui permit à l’homme de respirer un peu. Il l’allongea par terre, la laissant tomber sur le parquet sans trop de ménagement. Il alla ensuite récupérer la grande malle qu’il avait laissée dans sa camionnette, garée à côté de l’immeuble. Ainsi, il ressemblait à un déménageur. D’habitude, c’était une partie de sa mission qu’il aimait accomplir, le fait de se dire qu’il allait trimballer un corps dans cette grosse boite, à l’insu de tous, sans que personne ne se doute de son vrai chargement. Il se sentait comme un personnage d’un de ces polars qu’il adorait regarder à la télévision. C’était certes un peu cliché de promener un corps de cette manière, mais il trouvait toujours cette idée pratique. C’était toujours plus discret que d’enlever la personne en plus rue. Même s’il prenait d’importants risques à se promener de cette manière avec quelqu’un dans une malle.

Mais aujourd’hui, comme pour tout le reste, c’était beaucoup moins plaisant, beaucoup plus stressant. L’homme faisait tout pour se dépêcher. Il croisa quelques personnes dans l’un des couloirs de l’immeuble, signe que les cris de la fille avaient attiré du monde. Il pouvait donc se faire repérer. Bien que son physique soit assez commun, des habitants physionomistes pouvaient le remarquer et se souvenir de lui. Il pouvait se retrouver dès le soir même en une du journal de 20h, figé dans un portrait-robot. Et ça c’était la meilleure option, car cela signifierait que les flics ne l’auraient pas arrêté avant sa livraison.

Cependant, contrairement à ce qu’il imaginait, personne ne sembla finalement s’intéresser à lui. Les personnes qu’il croisa dans les couloirs finirent par retourner chez elles, oubliant qu’elles avaient entendu du mouvement suspect dans l’un des appartements de la résidence. Les sirènes des voitures de police ne se firent pas entendre, et il put calmement finir sa mission, enfermer Alice dans la malle et la dissimuler dans le coffre de la camionnette. Il partit donc comme il était venu, sans que personne ne se souvienne de lui, ou de son visage. Tel une ombre, il se volatilisa dans les ruelles de la ville, avec Alice endormie dans son coffre. Il tenait à présent entre ses mains sa destinée.

Que pensez-vous qu’il va arriver à Alice maintenant?

N’hésitez pas à me dire si cela vous a ou non plu

 

Publicités

2 réflexions au sujet de « Changez de vie – 4) L’agression »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s