chroniques littéraires·service presse

Fourreurs nés

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Aujourd’hui, je vais vous parler du premier livre que j’ai reçu en service presse, c’est-à-dire d’un livre que j’ai reçu par la poste, envoyé directement par l’éditeur. J’avais envie de me lancer dans les chroniques de ce type, et j’ai rencontré par le biais des réseaux sociaux un auteur qui a accepté de me fournir le mail de la personne, dans la maison d’édition, qui s’occupait de ce genre d’envoi. Et par ce biais, j’ai ainsi pu avoir deux livres, dont je vous propose ma première critique. Je tiens à préciser une chose essentielle, le livre dont je vais vous parler est à tendance pornographique, les âmes sensibles vont donc devoir attendre un prochain article pour suivre une de mes lectures. Je vous le conseille.

Ce livre a été écrit par un homme de ma génération, Hugo Drillski. Il s’agit de son premier roman, qui est sorti chez Tabou édition en 2015.

Deux losers désabusés mais liés par une franche amitié décident de prendre leurs vie en main. L’un ambitionnera de devenir star du porno, l’autre d’en écrire les scénarios. Hélas…

A ce stade de la chronique, j’aimerai préciser que je n’avais encore jamais lu de livre de ce genre. Même le phénomène Fifty Shades of Grey, je ne m’en suis pas approchée. Pour After, c’est la même chose, je ne me suis pas lancé dans l’aventure. Pourtant, j’aime bousculer mes idées reçues, et ce livre m’a permis de m’amuser, sans doute beaucoup plus que si je m’étais plongée dans les livres cités plus haut. D’ailleurs, je me demande si les deux genres peuvent être comparables.

Nous commençons donc le livre avec le narrateur, qui est un jeune homme de vingt-cinq, qui se déclare comme étant un « fourreur », un homme qui a sans cesse besoin de sexe dans sa vie, qui ne se voit pas du tout avec une seule femme, qui a besoin de chaire fraîche pour vivre. Ce narrateur, dont nous n’avons pas le prénom, est auteur de résumé de films pornographiques. Il assouvi donc sa passion en travaillant, même si cela ne suffit pas et que ses parents doivent encore payer une partie de ses dépenses. Car oui, être écrivain, même dans ce type de milieu, ne paie pas les factures.

L’histoire débute donc avec le narrateur, et l’une de ses conquêtes, Cécile. Il l’a invité au restaurant et, malgré de la drague acharnée, il a du mal à parvenir à ses fins, soit la mettre dans son lit. Cécile lui résiste, et lui résistera tout au long du livre.

L’histoire du narrateur est alors intimement liée à celle de son meilleur ami, Harold, qui a la même passion pour le sexe que lui. D’ailleurs, ils partent en chasse ensemble, même s’ils n’ont pas les mêmes critères, Harold voulant enchaîner les conquêtes alors que le narrateur a simplement envie d’avoir une relation avec la même fille, une relation qui peut être plus ou moins courte selon l’intérêt qui lui porte. On peut donc dire qu’Harold est à la recherche d’une quantité toujours plus grande de relation sexuelle, alors que le narrateur souhaite épuiser une seule femme, avant de passer à la prochaine. Et pour faire ça, il est prêt à tous les stratagèmes, dont une cours amoureuse dignes des comédies romantiques. Même si cela ne finit pas vraiment comme il l’avait imaginé.

Harold et son ami ont par conséquence des envies de vie différentes. Malgré leur intérêt commun pour le corps des femmes, ils ne se voient pas l’utiliser de la même manière. Ce qui va les pousser, au milieu du récit, à se séparer. Harold va se lancer dans un vieux rêve d’adolescent : devenir acteur porno et percer aux Etats-Unis. Et là, les rêves se retrouvent confronté à la réalité, le fantasme n’est pas aussi bien que ce qu’il promettait, et Harold se retrouve dans une réalité plus glauque que celle à laquelle il s’attendait, alors qu’il était pourtant bien renseigné. Pendant ce temps, le narrateur se démêle lui aussi avec ses envies, avec sa réalité, avec Cécile qui lui résiste, avec qui il veut former un couple.

Sans vouloir vous spoiler toute l’histoire, qui se retrouve concentrée sur l’histoire bien particulière entre Cécile et le narrateur, et sur celle d’Harold dans le porno, je peux déjà vous dire que ce roman est symptomatique de notre époque, où seul le plaisir compte, où les apparences sont essentielles, et où tout n’est qu’une fuite en avant, dans l’idée que demain, tout peut s’arrêter. Harold, le meilleur ami du narrateur, enchaîne les plans culs autant qu’il le peut, autant qu’il en a le pouvoir. Il entre dans l’univers du porno afin d’assouvir son besoin sexuel, afin d’avoir encore plus de conquête, au risque de se perdre, d’y perdre son plaisir. En voulant avoir le plus de plaisir possible, il entre dans un monde particulier où il pense qu’il va enfin trouver son compte, sans être certain que cela va être le cas. Il ne pense qu’à son plaisir à lui, au détriment de sa santé ou de son rythme de vie. Quand au narrateur, bien qu’il pense au plaisir de Cécile, à celui de sa partenaire, il lui impose ses envies, sans jamais demander son avis à la jeune femme, jusqu’à la forcer à commettre l’acte de trop. Là aussi, nous avons une fuite en avant entre les deux partenaires, non pas celle d’avoir le plus de plaisir possible, une quantité infernale de relations, comme Harold, mais une fuite vers le plaisir sadique, méchant. Le but du narrateur est de garder Cécile, tout en l’humiliant, en repoussant toujours plus ses limites. Ce que cherche Harold est d’enchaîner les relations, le narrateur recherche quand à lui des limites à ses vices, une personne qui lui soit soumise. Ce que Cécile refuse.

Comme je vous l’ai précisé en commençant cette chronique, c’était ma première lecture de ce type. Et ce que j’en retiens, c’est que je me suis bien amusée. J’ai à peine vu le livre se lire tellement les pages se tournaient rapidement. Je veux dire que quand j’ai commencé ma lecture, sans m’en rendre compte, j’en étais déjà à la moitié du roman. Et par moment, j’avais beaucoup de mal à décrocher de ma lecture, à reposer le livre. Le style de l’auteur est très fluide, le texte se lit très bien. En plus, l’ouvrage est très aéré, les chapitres sont plutôt courts, ce qui accentue l’impression de lire vite le livre.

Outre les passages de sexe, qui ne sont pas trop choquants, mis à part le dernier, sur lequel je vais revenir, il y a des passages assez comiques, assez drôles à lire. Le narrateur n’est pas vraiment un personnage futé, ce qui fait que la plupart de ses plans sont foireux, et que cela se voit comme un nez au milieu de la figure.

Ce soir, à minuit pétant, vêtu d’une cagoule, d’une pioche et d’un sécateur, je me faufilerai dans son lopin et amputerai sa jolie décoration florale pour en faire un bouquet somptueux. Mission sans risque a priori, toutefois, je dois quand même me tenir à carreau. Pour rejoindre l’autre côté du boulevard, je dois le contourner puis passer à droite et tout redescendre, ce qui, mine de tout, me laisse à découvert pendant un sacré laps de temps. Pour l’aller, c’est pas un drame, je marcherai tranquille, peinard, mains dans les poches, j’aurai juste l’air un peu tendu mais ça ne risque pas d’inquiéter quiconque, sauf si je mets la cagoule. C’est pas un peu curieux un mec qui se balade comme ça, cagoulé, sans raison apparente? Vaut mieux pas que je la mette, en fait. Le problème, ça reste le retour. Même cagoulé, je ne me vois pas remonter tranquillement jusqu’à chez moi avec toutes les fleurs à Gertrude sous le bras, en sifflotant d’un air guilleret. Ici comme dans toutes les villes moyennes ou grandes, on aime à cultiver son anonymat et pour peu qu’on me voie rentrer dans mon immeuble accoutré comme un cambrioleur avec mon butin odoriférant dans un sac en toile de jute ou que je me fasse griller de telle ou telle manière, ma couverture serait foutue et alors j’aurais plus qu’à raser les murs toute ma vie voire pire, si ça part vraiment trop loin, déménager!

Outre ces moments comiques, il y a aussi de beaux passages que je qualifierais de philosophiques, qui font réfléchir. Ces passages sont agréables à lire, et ils s’intègrent très bien dans le récit. Le narrateur a un aperçu réaliste sur sa vie, sur les raisons qui l’ont menés à ce qu’il est, à la fois sur son éducation, mais aussi sur la société. J’ai particulièrement aimé ce passage qui m’a fait un peu réfléchir :

Pourquoi donner la vie? La survie des gènes n’est pas une excuse et celle de l’immortalité comme finalité de la reproduction n’est qu’une métaphore pompeuse vouée à boucher le canyon philosophique qu’implique une capote qui craque, une pilule pas prise ou la peur de crever seul à l’hospice ! L’éternité n’étant rien d’autre qu’une injure ésotérique, on peut se plaire à lui donner le sens que l’on veut et puis donner à l’éjaculation du coupable une tournure divine ainsi qu’une grande fierté devant ce gros ventre tout rond… Vous voyez, l’enfanteur a vraiment tout gagné ! Non seulement il se décharge de toutes ses responsabilités mais en plus, il les transmet et les inflige à son pauvre descendant qui, porté par ses épaules tordues, devra à son tour honorer les siens, sans avoir rien demandé au préalable, sans qu’il ait rien pû maîtriser ou choisir. Et dîtes-moi au juste comment des inconscients peuvent prétendre élever des gosses avec la tête sur leurs épaules? Vous connaissez des gens sur cette Terre qui ne soient pas des malades mentaux? Le pire c’est les normaux, ceux qu’on juge normaux…

Je vous ai rapidement parlé de la dernière scène, la dernière relation entre le narrateur et Cécile, qui par contre pour moi fut un peu trop. Toutes les autres scènes de sexe ne sont pas choquantes, il y a une limite qui n’est pas franchie, elles semblent toutes très bien réelles, même si l’humiliation de Cécile est au coeur de chacune. Mais dans la dernière, qui peut être réelle, je ne suis pas assez calée sur le sujet pour contredire cette version, l’humiliation est à son comble. Cette scène est pour moi aussi violente qu’une scène de viol, Cécile se fait lyncher par 100 hommes, sous les yeux du narrateur, qui n’était pas au courant. Ce n’est pas le fait que Cécile mène la danse qui m’a gêné, mais plutôt l’acte en lui-même. Je ne veux pas vous décrire la scène, juste vous avertir de mon ressenti, j’ai eu plus de mal avec cette dernière étape de leur relation.Et pourtant j’ai beaucoup aimé le reste du livre.

Ce roman a donc été pour moi une découverte, et je ne regrette pas du tout de m’être plongée dans l’aventure. Je pense que si vous voulez lire un jour ce type de roman, il faudrait commencer par celui-ci, car il correspond beaucoup mieux à la réalité que les histoires romancées à fond comme peuvent l’être celles du type Fifty Shades of Grey, peut-être parce que ce récit à été écrit par un homme qui connaît la manière de fonctionner de ses semblables. Au moins ici nous n’avons pas une histoire d’amour un peu stupide où tout va bien finir à la fin. Le texte est aussi peu tendre avec ses personnages que la vie l’est, et pour les petites filles qui attendent leurs princes charmants, il est parfois nécessaire de se confronter avec cette réalité. Ce fut donc une bonne découverte pour moi, une première expérience plaisante. En plus, j’adore la couverture.

Bon, sinon, pour finir sur une note positive, il faut bien que je vous parle de mon nouveau job; je bosse dans un péage ! Sans blague! C’est plutôt sympa, y’a pas trop de monde, j’ai du temps pour gratter mes conneries, et c’est tout ce que je demande…

(…)

Pas de sous-métier, juste des demeurés qui se tuent à n’importe quel prix. Socialement, c’est une vraie galère et je me suis moi-même coupé un bras en tournant le dos à la rédaction de résumés porno, certes le seul métier taillé à ma mesure, mais trop malsain, cerveau pourri à cause de ça, j’ai tourné la page, mais je la garde dans mes favoris pour l’instant, le temps de se retrouver quelqu’un, ouais, le temps qu’il faudra… Une ou deux fois par jour, pas plus.

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