feuilleton de l'été·mes écrits

Feuilleton de l’été – 1

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Aujourd’hui, pour cette première semaine de vacances, j’ai décidé de vous proposer un nouveau rendez-vous sur le blog. Ce rendez-vous sera présent toutes les semaines, et ce pendant toute la durée des vacances, donc pendant 8 semaines. C’est une histoire que j’ai écrite spécialement pour vous, un peu dans la veine de certains romans de Nora Roberts, pour ceux qui connaîtraient.

Je vous propose donc cette semaine le premier volet de ce « feuilleton de l’été », qui sert à planter le lieu et présenter les personnages :

On ne peut pas quitter Belle-Ile sans s'arrêter, à la fin du jour, devant les Aiguilles de Port Coton...  Pas de vagues, ce soir là, pas de "coton" ! Juste les noirs rochers et le soleil qui meurt lentement dans la mer tranquille.

Le ciel était magnifique. Il était d’un bleu pur, sans aucun nuage. L’air était plutôt pourtant lourd, prêt à tourner à l’orage. Heureusement, une brise légère soufflait du nord, apportant ainsi un peu de fraicheur dans ce début du mois de juillet.

Isabelle ouvrit grand les bras et ferma les yeux pour profiter de cette brise. Celle-ci souleva un peu ses longs cheveux bruns, avant de s’échapper aussi vite qu’elle était arrivée. L’air redevint alors pesant. Il était accentué par le silence qui régnait sur le campus. Tous les étudiants étaient partis en vacances depuis quelques semaines déjà. Enfin, pas ceux qui avaient encore les rattrapages à supporter.

Isabelle soupira. Elle haïssait cette période de rattrapage, tout comme elle détestait revenir sur le campus une fois que celui-ci était vidé. Elle avait alors l’impression de se promener dans un cimetière. Bien que les étudiants présents fassent un peu de bruit, ce n’était pas le même brouhaha que celui qui régnait dans l’année. Au moment des rattrapages, le campus semblait mort, sans vie. Il n’y avait plus personne. La cafétéria était fermée, comme tous les services qui devaient servir à améliorer le quotidien des étudiants.

Heureusement, elle quittait enfin cet endroit. C’était sa dernière épreuve, elle était à présent en vacances. Plus besoin de supporter ce campus pesant. Plus besoin de rester dans sa chambre d’étudiante à réviser, à s’inquiéter de voir son année validée. Maintenant, les dés étaient jetés. Elle ne pouvait plus rien faire pour changer les réponses qu’elle avait données à l’examen. Elle ne pouvait pas revenir dessus.

Elle fut soudain saisie d’une bouffée d’angoisse. Et si elle avait donné une réponse erronée ? Et si elle s’était plantée ? Si elle avait raconté n’importe quoi, elle n’arriverait pas à avoir la moyenne, et sa licence, elle pouvait faire une croix dessus. Il suffisait que le prof n’aime pas ce qu’elle avait raconté pour qu’elle se fasse saquer.

Elle tenta de se rassurer en se disant que celui qui allait corriger son devoir était son prof préféré, le plus cool de son département. Il était le prof qui notait le mieux, le plus justement. Ce qui importait pour lui étaient les idées, le débat qui pouvait être mis en place, et non pas la forme et les possibles fautes. Il n’était pas exigent sur la manière de faire, ce qui l’intéressait était le fond. Il n’y avait donc aucune raison pour qu’il ne lui mette pas la moyenne.

Toutefois, malgré ces rappels, elle avait du mal à faire redescendre la pression. Elle était de nature inquiète, et elle ne cessait de faire se rejouer dans son esprit ce qu’elle avait écrit sur sa feuille de devoir. Ce qui lui changea les idées fut un simple texto qu’elle reçut alors qu’elle s’approchait du tramway, plongée dans ses pensées et dans ses doutes. C’était son ami Matthieu qui lui rappelait qu’ils avaient rendez-vous à la fin de la journée, que ses affaires avaient intérêt à être prêtes.

Elle sourie, attendrie. Matthieu faisait partie de ses plus vieux amis. Ils se connaissaient depuis l’école primaire, et ils étaient toujours restés proches. A un point tel que la plupart de leurs amis les voyaient se mettre ensembles et se marier. Ils désespéraient d’ailleurs de les voir enfin se mettre en couple. A chaque nouvel an, chacun faisait des paris pour savoir quand ils finiraient par franchir le pas. Cela les faisait rire, même si Isabelle riait parfois jaune. Pour elle, Matthieu n’était qu’un ami. Elle le connaissait trop pour finir dans ses bras. Cela aurait pu fonctionner lorsqu’ils étaient au collège, mais maintenant, à plus de 20 ans, elle rêvait d’autre chose.

Elle répondit rapidement au texto, puis grimpa dans le tram qui la ramenait chez elle. Comme elle avait quelques arrêts à passer avant de descendre, et qu’elle ne tenait pas à ce que quelqu’un lui parle dans le transport en commun, ce qui lui était quelque fois arrivé, elle sortit ses écouteurs de son sac et mit sa playliste préférée, histoire de se ressourcer un peu. Elle ferma même les yeux un moment, la tête dans la lune. Elle se demandait comment ses vacances toutes fraîches allaient se dérouler.

Ensuite, elle rentra chez elle, dans sa chambre de cité universitaire. La cité était en train de se désemplir, la plupart des étudiants organisaient leurs déménagements. Il y en avait déjà pas mal qui avaient quitté l’établissement, mais d’autres avaient attendus la fin des rattrapages pour le faire, ne sachant pas s’ils devaient restés en ville ou non au moment où ils avaient décidés leurs départs. Cela donnant une apparence un peu glauque à la cité u, beaucoup de volets étant clos, attendant leurs nouveaux propriétaires pour être ouverts. Ce serait ainsi jusqu’en septembre, qui voyaient toujours arrivés de nouveaux étudiants tout frais, avant de les laisser s’en aller lessivés et déprimés.

Isabelle profitait de ces moments-là où elle n’avait pas de voisins pour se lâcher un peu. Dès qu’elle fut rentrée dans sa demeure, elle alluma sa chaîne hifi et monta le son. Puis, elle se précipita à son ordinateur. Elle alluma ses réseaux sociaux, regarda ce qu’il c’était passé d’intéressant dans le vaste monde, avant d’ouvrir son traitement de texte. Une longue file de pages se mit alors à défiler devant ses yeux. Elle attrapa un crayon de bois qui traînait près d’une tasse sale et se mit à en mâchouiller le bout, cherchant une idée lumineuse. Elle travaillait sur ce texte depuis quelques semaines maintenant, et elle n’arrivait pas à poursuivre son histoire. Elle bloquait.

La jeune femme se cala dans sa chaise, son crayon toujours entre les dents, et elle regarda dehors, les yeux dans le vague. Elle se rêvait écrivain, passant ses journées à écrire des romances, des polars, la vie de personnages qui se mettraient à vivre sous ses doigts filant sur le clavier. Elle n’était étudiante que parce qu’elle devait vivre, avoir de l’argent, et entrer à la l’université lui permettait d’avoir une bourse, en plus d’étudier un domaine qui lui plaisait beaucoup. Sinon, elle serait resté habiter chez ses parents, à écrire, comme elle le faisait étant adolescente. Hélas, elle ne parvenait pas à finir une seule histoire. Elle bloquait toujours à un moment donné.

De frustration, elle envoya valser son crayon sur son bureau. Elle n’arriverait à rien aujourd’hui. Il fallait qu’elle reporte son envie d’écrire, qu’elle croise les doigts pour que l’inspiration revienne.

Elle jeta un coup d’œil sur l’horloge. Il lui restait encore quelques heures avant que ses amis ne viennent la chercher. Elle soupira d’ennui. Qu’allait-elle faire de tout ce temps libre ? Il lui restait bien sa valise à faire, mais cela serait rapide.

Dépitée, un brin énervée, elle passa quelques temps sur internet, avant de se lancer dans la recherche de ses affaires pour terminer son sac. Elle y jeta, en hésitant longuement, un carnet encore vide et un crayon neuf. Elle ne savait pas si elle allait les utiliser mais, dans le doute, elle ne voulait pas perde ses idées.

A l’heure dite, Matthieu vint frapper à sa porte. Il était seul, leurs amis étant restés dans la voiture. Alors qu’Isabelle fermait ses volets et alla verrouiller sa porte, le jeune homme s’était saisi de sa valise sans même lui demander si elle avait besoin d’aide. Isabelle leva les yeux au ciel, agacée par la gentillesse de son ami. Cependant, elle se tut, pour ne pas commencer ses vacances sur une broutille.

Valérie et son petit ami Jules étaient à l’avant de la voiture. Valérie tenait le volant, elle était la seule de leur petite bande à avoir son permis. Jules avait dans les mains la carte routière et les papiers du gîte qu’ils avaient loués. Matthieu mit les affaires d’Isabelle dans le coffre, avec les autres, pendant que la jeune fille saluant les autres. Puis ils s’installèrent dans la voiture. Isabelle se moqua un court instant de Jules et de sa carte. Son ami ne faisait pas confiance au GPS, il préférait faire lui-même son itinéraire et guider sa petite amie, ce qui ne gênait pas cette dernière, tant qu’ils arrivaient avant la nuit.

Ils prirent la route vers l’ouest, vers la mer. Valérie avait mis de la musique, cela l’aidait à se concentrer sur la route. Personne ne parlait dans la voiture. Isabelle était enfermée dans ses pensées, et Jules était plongé dans sa carte. Matthieu tenta bien de lancer une conversation, mais personne ne lui répondit. Alors ce dernier finit par se taire et il sortit son téléphone portable où il lança des jeux. Le trajet allait être long.

Après plusieurs heures de route et de bateau, alors que la nuit était déjà en train de tomber, les quatre amis gagnèrent leur résidence de vacances, épuisés. Leur logeuses les attendait devant une sympathique petite maison arborée et fleurie. C’était une dame d’un certain âge, un peu voutée par les assauts du temps, la peau parcheminée et le teint un peu hâlé, qui les accueillit avec un immense sourire.

  • J’avais peur que vous vous soyez perdu en route, leur avoua-t-elle.
  • Nous sommes partis un peu en retard, dit Valérie en sortant de la voiture. Mon fiancé avait des dossiers à rendre avant de partir.

La jeune femme jeta une œillère sur son petit ami, qui hocha les épaules. Jules était le seul à avoir un vrai travail. Plus vieux que les autres d’un an, il travaillait dans un cabinet d’avocat. C’était d’ailleurs grâce à lui que les amis pouvaient s’offrir ce voyage, car Jules en payait une part importante.

  • Je vais vous montrer la maison, dit la vieille femme en les entraînant vers le gîte.

Son sourire toujours sur les lèvres, elle les guida dans la vieille demeure en pierre, beaucoup plus vaste que ce qu’avait pu imaginer Isabelle. Le salon, bien que sombre, était plus grand que sa chambre d’étudiante, la cuisine et la salle de bain étaient spacieuses, et les trois chambres n’avaient pas à pâlir. Bien que veillotte, le cadre était parfaitement confortable. En plus, il y avait le wifi et la télévision, de quoi contenter les quatre amis.

Valérie régla les derniers détails avec la propriétaire, pendant que les autres étaient en train de décharger la voiture. Puis, une fois que la vieille femme, très gentille, les ait laissés, ils se firent un rapide dîné avant d’aller se mettre au lit, tombant de sommeil, Valérie ayant fait la route, Jules ayant eu sa journée de boulot, et Isabelle s’était levée tôt à cause de ses partiels.

Isabelle avait une chambre pour elle toute seule. Celle qu’elle avait réservée pour elle comportait un grand lit, dans une décoration assez simple. Il y avait seulement un magnifique tableau représentant un navire sur des flots déchaînés sur le mur en face du lit. Tous les tons étaient dans un camaïeu de bleus.

Elle se laissa tomber sur le lit, un sourire sur les lèvres. Elle se sentait bien dans cette maison, comme si elle y avait toujours habitée. En plus, cette chambre était parfaite pour elle. Dès qu’elle l’avait vu, elle avait craquée, comme attirée par elle. Elle ferma un instant les yeux et, sans qu’elle s’en rende compte, elle s’endormit toute habillée.

***

Il y avait un homme face à elle. Il devait avoir à peu près son âge. Ses cheveux étaient noirs, ses yeux d’un bleu limpide. Il portait une tenue d’une autre époque, et surtout, il criait son nom. Isabelle ne savait pas qui il était, et toutefois elle avait le sentiment de le connaître. C’était comme si elle reconnaissait un vieil ami dont elle ne se souvenait plus du nom.

Il n’arrêtait pas de l’appeler. Il avait une voix douce, chaleureuse. Elle se sentait en confiance avec lui. Il avait beau répéter en boucle son prénom, elle ne se sentait pas menacée par lui. Pourtant, malgré sa voix apaisante, elle sentait bien que l’homme avait besoin d’elle, qu’il était sur le qui-vive. Son appel était un appel à l’aide. Elle ne comprenait pas ce qu’elle pouvait faire pour lui, alors elle marchait dans sa direction, même si elle ne parvenait pas à l’approcher. Plus elle avançait, et plus il reculait. Sa voix se faisait d’ailleurs plus lointaine. Elle se mit à courir.

Puis, brusquement, l’homme disparut. Il s’évanouit, tout simplement. Son corps s’était évaporé, comme saisi par la brume qui venait de se lever.

***

Isabelle se réveilla en sursaut, le cœur battant. La voix qui l’avait appelée résonnait encore dans ses oreilles.

La suite la semaine prochaine 🙂

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