chroniques littéraires

#EnjoyMarie

enjoymarie

Salut à tous. Je reprends petit à petit le blog. Je sais que je n’ai pas été très présente en ce moment, mes études m’ont prises énormément de temps. Et ça risque de durer encore cette semaine, avec ma soutenance et des rattrapages. Mais après tout ça, à moi la liberté.

Je profite de cette reprise pour vous parler d’un livre qui a été mon coup de coeur du mois. Je suis tombée dessus par hasard. Je rentrais chez mes parents, et dans les affaires de ma petite soeur, je suis tombée sur ce livre qu’elle venait d’acquérir. Ma soeur étant super sympa, et une lectrice pas vraiment assidue, elle a accepté de me le prêter pour le week-end. Autant dire que je l’ai dévoré en quelques heures. Ce livre a été écrit par une « auteure » dont je n’avais jamais entendue parler, une youtubeuse célèbre chez les adolescents. Il s’agit d’EnjoyPhoenix, connue dans le civil sous le nom de Marie Lopez.

Marie s’est fait connaître en 2011. Elle a alors 15 ans, et se lance dans les tutos et conseils vidéos sur youtube.Très vite, elle est attire plus de 5 000 abonné(e)s sur sa chaîne, puis son succès grandit encore et fais d’elle la première youtubeuse française à dépasser les 100 000 abonné(e)s. Elle se met alors à organiser des meet-up, des réunions, partout en France avec ses abonnés, ce qui la rend plus populaire encore. Aujourd’hui, c’est 1 541 949 personnes qui la suivent sur youtube, 1 035 763 sur facebook, et un salaire de près de 300 000 euros par an grâce à sa chaîne et aux partenariats avec les marques qu’elle chronique sur sa chaîne. Les ados en sont fans.

Elle donc signé un contrat avec la maison d’édition Anne Carrière qui a publié le 15 mai dernier son premier livre, #EnjoyMarie. Déjà propulsé en tête des ventes cette semaine, son livre a dû être réimprimé, en rupture de stock en seulement 10 jours, avec plus de 100 000 exemplaires vendus.

Alors, de quoi parle ce livre? Ce n’est pas à proprement parler une biographie, et pourtant elle en prend plusieurs aspects, dont notamment les nombreux souvenirs de l’auteure.

« J’ai eu une envie, l’envie de raconter une histoire, de partager quelque chose de différent avec vous. Moins de vidéos, plus de mots, moins d’EnjoyPhoenix, plus de Marie.

C’est le pourquoi de ce livre. Kaléidoscope d’instants, Polaroid d’images… Rassurez-vous, ce n’est pas une biographie… à 19 ans, vous rigolez. Simplement un regard, une réflexion spontanée sur des sujets un peu mis à l’écart dans les médias, de ces sujets peu accrocheurs : être bien dans sa peau avec… un appareil dentaire, des cheveux gras, de l’acné sévère, le harcèlement scolaire, la famille décomposée… et le reste, le Net, les réseaux sociaux, tout y est, le meilleur comme le pire.

Au travers d’anecdotes, de confidences, d’un vécu de youtubeuse, ce livre est un petit GPS décalé pour les jeunes connectés, recueil sans prétention, afin de ne pas commettre les mêmes erreurs, les miennes bien sûr… Et peut-être de gagner du temps sur celui que l’on n’a pas. Avec recul et humour, témoignage de la réalité quelquefois complexe du jeune âge, car la vie d’ado est une énigme pour les adultes. »

Dans ce livre, nous avons donc beaucoup de souvenirs sur la jeunesse, pas si lointaine, de l’auteure, qui revient dessus avec humour, parfois de la tristesse, mais avec toujours du recul sur ce qu’il s’est passé, un retour sur ces événements avec une grande maturité. De nombreux thèmes sont évoqués, comme le maquillage, les cheveux, la mode, mais aussi internet avec ses aspects positifs et négatifs, la dépendance aux smartphones et le harcèlement à l’école. Tout cela écrit dans un ton très léger, mais on sent que l’auteure ne s’y méprend pas : tous ses conseils ont pour but d’éviter aux adolescentes d’aujourd’hui les erreurs de celles d’hier.

Chaque chapitre commence par un titre de film. Il est alors le fil conducteur de ce qui va suivre. Nous avons alors quelques chapitres qui se regroupent selon un thème qui semble échapper à l’auteure. Nous avons d’abord les conseils beauté, puis nous enchaînons avec la popularité et le problème de ceux qui ne sont pas populaire, chapitre menant au harcèlement, puis l’auteure nous parle des garçons, du shopping, des parents divorcés, puis d’internet et de sa génération.

J’ai trouvé le chapitre sur le harcèlement scolaire, dont l’auteure a été victime, très bien écrit. Il est assez particulier parce qu’écrit différemment des autres. EnjoyPhoenix a besoin de passer par le conte pour revenir sur cette expérience douloureuse. Elle a besoin de prendre du recul par rapport à cela, car ce n’est pas si vieux. C’est d’ailleurs ce qui l’a menée à faire des vidéos. Malgré les années passées, la blessure, la souffrance est toujours là.

 « C’est bien l’école. on y apprend pleins de choses, on se cultive, on fait du sport… l’école, c’est obligatoire. Ce qui ne l’est pas, c’est le harcèlement. »
(…)

« Les matins d’hivers, lorsque je partais là-bas, dans ce que j’appelais l’enfer, le brouillard me donnait l’espoir de ne jamais trouver cette « putain d’école ». Je la haïssais, avec tout ce qu’il y avait dedans. Pourquoi?
Parce que là-bas on me haïssait également. Cercle vicieux, haïr ceux qui vous haïssent. Pas de solutions. comment faire? Partir, mais où? Vraiment partir? Des questions, toutes ces questions qui m’empêchent de dormir, qui me font peur, qui me font pleurer.
Je garde le silence, le silence est d’or et la parole est d’argent. »

Les autres chapitres sont plus légers, mais on y sent aussi quelques regrets. Des regrets qui concernent surtout la manière dont elle se comportait étant adolescente, le recul qu’elle n’avait pas et qu’elle demande à ses lecteurs d’avoir. Des regrets sur la manière dont la société et les adolescents poussent les autres à leur ressembler. Des regrets sur une indifférence qu’elle n’a pas su avoir, et qu’elle sait que personne n’a. Des regrets sur ces petits rien qui peuvent détruire des vies.

Quand j’y repense, je regrette de ne pas avoir su rester à ma place, de ne pas avoir eu la force de demeurer moi-même. Cette histoire de popularité nous suit toute notre vie, malheureusement, pas seulement au collège ou au lycée.
Quand vous aurez trouvé un travail, ce sera la même chose. Il y aura toujours des personnes pour vous rabaisser ou vous faire passer pour celles que vous n’êtes pas.
Vivez votre vie comme vous l’entendez. Ne vous laissez pas dicter vos choix par les autres, tout ça pour rentrer dans les clous. Soyez vous-même. La vie est faite de différences, les gens doivent vous accepter telle que vous êtes, pour ce que vous êtes. Et s’ils n’arrivent pas à le faire, aidez-les… Ou quittez-les. »

Elle, qui est pourtant une enfant d’internet, un de ces membres de la décriée génération Y, qui est née avec un smartphone et un ordinateur à portée de main, n’est pas non plus très tendre avec la manière dont les réseaux sont utilisés. Loin d’être utopique, celle qui s’est créée par youtube a un regard assez lucide sur le monde qui l’entoure et l’utilisation qu’on a d’internet. Elle sait que cela est bénéfique, qu’elle ne peut pas vivre sans, mais que cela est aussi responsable de bien des drames qui auraient été évités sans ce monde ouvert. Je parle ici du drame qu’est le cyber-harcèlement, et de la drogue que peuvent être les réseaux sociaux. Ceci vaut autant pour sa génération que pour les autres, celles d’avant mais aussi celles d’après, cette génération encore bébés mais déjà connectée.

« Nés après les années 1990, nous sommes une génération connectée, accrochée aux écrans luminescents de toutes sortes. 1990, c’est l’apparition du fameux World Wide Web, le WWW. vous voyez… en 1992, un million d’ordinateurs connectés; en 1996, 36 millions; en 2000, 370 millions. aujourd’hui j’ai arrêté de compter, je n’ai pas que ça à faire.
En tout cas, nous sommes la génération des mots créés par une technologie toujours plus pointue et, sans nous en rendre compte, nous vivons sous le pouvoir attractif des réseaux, de la Toile, de la communication ultra-rapide. Rien ne vaut le 200 méga.
Je tweete, tu spames, il streame, nous buzzons, vous hackez, ils émoticônent. Un tout nouveau langage, il faut vivre avec son temps, on nous le répète assez, et pourtant… »

(…)

« Les machines que nous fabriquons, enfin que l’on fabrique pour moi, sont devenues un prolongement de moi-même, c’est pourquoi personne n’aime ça lorsqu’elles ne marchent pas. Comme si notre main n’était pas capable de faire ce qu’on lui commande. Tout ça parce qu’un bouton se bloque, un bug s’invente, un virus s’active, un réseau se coupe. On ne veut rien savoir… »

Ce livre se lit réellement bien. Ce n’est pas de la grande littérature, mais ça fonctionne. L’important est que ce livre, on a beaucoup de mal à le mettre de côté. Le style est fluide, on suit les pensées de l’auteure, la manière dont elle construit ses chapitres, ses phrases. On est vraiment dans son esprit, on suit son cheminement. On a en même temps ses souvenirs qui se forment sur les lignes, mais aussi ses réflexions d’auteure qui se demande comment elle peut raconter tel ou tel passage, comment elle se met au travail. Chaque chapitre raconte son rituel. J’avoue qu’au début, je trouvais que cela parasitait un peu le récit, mais au final, c’est assez formateur. Elle raconte ces moments comme elle raconte ses souvenirs, comme elle le fait dans ses vidéos, en expliquant ce qui la pousse à écrire, pourquoi elle fait ça de cette manière et ce qui la inspiré. Certains chapitres n’étaient pas prévus, et elle explique pourquoi finalement ils sont là. Ceci donne l’impression qu’il n’y a pas de coupure entre les chapitres, que tout est fait d’un bloc.On ne voit pas les jours qui défilent à la fenêtre de Marie. On voit alors que certains chapitres sont plus durs à écrire que d’autres, qu’ils ramènent des souvenirs qu’on préférerait oublier.

7234749-ordinateur-portable-journal-quotidien-plume-et-la-tasse-de-the

Je voudrais terminer cet article sur une note de philosophie, à la fois parce qu’elle concerne internet et ce que j’ai dis plus haut, mais aussi parce que c’est un conseil qui s’applique à la vie de tous les jours, à nos usages de nos ordinateurs et de nos données. A l’heure où la loi Renseignements est mise en place, nous ne devons pas oublier ces règles essentielles que nous devons tous suivre, nous blogueurs mais aussi nous utilisateurs du web. Et dire que c’est une youtubeuse de 19 ans qui nous les rappellent.

« Qui dit connectée dit aussi vulnérable, parce que facilement atteinte par les critiques.
Qui dit connectée dit aussi indestructible, parce que la mémoire du net est un disque dur sans limites. »

Et vous, connaissez-vous EnjoyPhoenix? Vous êtes tentés d’entrer dans son univers? De vous replonger dans votre adolescente? Vous pensez que son succès est mérité?

Publicités

Une réflexion au sujet de « #EnjoyMarie »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s