mes écrits

Eden

Bonjour à tous et encore bonne année ;).

Aujourd’hui, je viens faire de la pub à mon illustrateur attitré en partageant avec vous son blog et l’un des croquis qu’il a fait pour illustrer l’une de mes histories, écrite l’année dernière. Voici sa page : http://lesdessinsdemrb.over-blog.com/, et voici l’histoire illustrée :

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Eden

Red

 

 

Red courrait dans les égouts. Elle tentait d’échapper aux loups qui lui courraient après. Comme elle, ils étaient affamés, prêts à la dévorer dès qu’ils lui sauteraient dessus. La jeune fille savait qu’il fallait qu’elle fasse vite si elle voulait parvenir à leur échapper. Sinon, elle mourrait. Elle en était certaine. Elle avait vu d’autres personnes avant elle tomber dans le piège des animaux et ne pas revenir à la cité. Même avec ses deux poignards accrochés à sa ceinture, elle n’avait aucune chance.  Pour sauver sa vie, il fallait absolument qu’elle rentre dans le tunnel n°3. Son seul espoir était de parvenir à entrer à temps dans Mother, avant qu’ils ne ferment les portes pour la nuit. S’ils la rattrapaient avant, personne ne pourrait l’aider.

 

Dans son dos, elle entendait les halètements de ses poursuivants. Elle savait ainsi qu’ils gagnaient du terrain, alors qu’elle-même en perdait à chaque secondes. Elle était épuisée. Elle venait de courir au pas de course sur plus de deux kilomètres, priant que quelque chose les ralentissent, sans que cela ne les aient freinés. Elle ne priait jamais d’habitude, jugeant que ce type de pratique valait pour ceux faibles d’esprit. Cependant, dans une telle situation d’angoisse, elle avait espéré pouvoir recevoir un signe du ciel. Elle avait eu tort. Elle ne pouvait compter que sur elle-même. Ceux qui voient en permanence le ciel n’allaient pas l’aider. Elle était trop en profondeur pour que quelqu’un là-haut l’entendent.

 

Essoufflée et à bout de force, elle aperçut tout de même une lueur d’espoir lorsqu’elle reconnut l’embranchement. Elle n’était plus très loin du tunnel n°3. Heureuse, elle baissa légèrement sa garde. Les égouts étaient un véritable labyrinthe qui protégeait tous les habitants de Mother de ceux qui vivaient au-dessus, dans la ville d’Eden. Toutefois, ces mêmes égouts pouvaient devenir un piège mortel pour quiconque entrait dans ses lieux. Tout d’abord, il y avait l’eau. Il y en avait à perte de vue, dans tous les tunnels. Elle était polluée par ceux qui vivaient au-dessus, ceux qui n’étaient pas obligés de se cacher pour survivre. Cette eau était ramenée en profondeur par d’immenses canalisations en métal qui plongeait sous les égouts, avant de revenir dans les tunnels par la pression exercée par sa chute. Ces canalisations étaient l’un des rares moyens qui permettraient à accéder à Eden, ou du moins en théorie, car personne n’en n’était jamais revenu. Seuls les cadavres, flottant dans cette même eau, avaient été le signe de ces tentatives désespérés pour obtenir une vie meilleure. L’eau  des égouts était par conséquent une eau sale, pleine de bactéries, même pas bonne à boire, et glissante comme une flaque d’huile. Elle permettait de dissimuler les failles dans le sol, et les animaux. Le second problème des égouts, c’était les rats. Ils se cachaient dans l’eau et venaient vous mordre si vous n’étiez pas assez vigilants. A eux seuls, ils faisaient disparaitre les saletés qui venait d’en haut, mais aussi celles qui venaient d’en bas. Red en avait vu certains commencer à dévorer la jambe d’un homme, près de ce même carrefour. Les rats étaient donc une plaie, néanmoins ils étaient aussi des proies faciles à attraper et à manger, si on ne faisait pas attraper par eux avant. C’était donc dans un endroit aussi répugnant que Red progressait, et bien qu’elle connaisse la plupart des failles dans le sol, le repère des rats, elle ne vit pas la nouvelle entaille dans les vieilles pierres. Ses fines chaussures de cuir, qui avait appartenues à sa mère, s’enfoncèrent immédiatement dans l’eau, déséquilibrant aussi la jeune fille. Elle tomba, les paumes en avant. Le sac à dos qu’elle avait négligemment suspendu à son épaule pendant sa course rencontra le sol à son tour. Toutes les vivres qu’elle avait ramené de la surface allèrent se perdre dans l’eau rougeâtre. Ne voulant pas céder à la panique, Red bougea ses pieds. Le droit était coincé dans la faille qui l’avait surprise. Quant au gauche, il pendait au bout de sa jambe, lui transmettant une douleur lancinante. Red étouffa un cri. Ce n’était pas le moment d’attirer près d’elle d’autres animaux peuplant les entrailles de la terre. Qui savait ce qui pouvait se cacher dans le noir des égouts, surtout que les loups étaient presque à son niveau maintenant ?

 

La jeune fille essaya de dégager sa cheville. Cette dernière était profondément ancrée dans le sol. Red sentait qu’elle allait bien, qu’elle bougeait bien, mais elle ne parvenait pas à la sortir. L’étau autour de sa peau donnait l’impression de se resserrer, signe qu’elle ne pourrait pas se sauver sans aide. La seule chose qu’elle pouvait faire à présent, c’était de sortir ses poignards de la ceinture qu’elle portait à la taille. Rapidement, elle les dégaina. Au début, les loups ne firent pas attention à elle. Ce qu’ils voulaient de prime abord, c’était les victuailles que la jeune fille avait ramené de la surface. Ils étaient passés près d’elle, la frôlant, pour se précipiter sur la nourriture. Tous les habitants des profondeurs avaient des problèmes pour se nourrir, le vol était donc un des rares moyens d’être certains de manger. En colère, Red vit sous ses yeux disparaitre ses efforts. Les loups se moquaient bien que les vivres ramenés par la jeune fille soient à présent dans l’eau. Dans la pénombre ambiante, elle les voyait dévorer avec fougue tous ces espoirs. Elle essaya de sauver quelques morceaux de viande, mais ils ne la laissèrent pas faire. Elle tenait fermement ses poignards dans ses mains, tentant de les frapper pour les arrêter. Celui qui devait être le chef de la meute, le plus agile des quatre animaux, le plus grand aussi, donc le plus impressionnant, fut celui qui s’approcha en premier près d’elle. Les autres continuaient à manger, se battaient pour les derniers morceaux de belettes. Le loup aux côtés de Red ouvrit sa gueule, lui dévoilant ses belles dents blanches. La jeune fille pouvait sentir son haleine. Elle était assaillit par l’odeur qui émanait de lui, de ses poils, une odeur de mort, de putréfaction, qui provenait certainement de son dernier repas. Red ferma les yeux, paniquée. Elle n’avait que ses lames et aucuns autres moyens de défense. De plus, elle était toujours coincée. S’il prenait aux loups l’envie de l’attaquer, elle ne pourrait pas les retenir bien longtemps.

 

Voyant qu’il lui avait bien fait peur, le gigantesque mâle se désintéressa un moment de la jeune fille. Paraissant repue, il s’allongea non loin du trou qui emprisonnait Red. Méfiante, elle l’observa. Le loup avait fermé un œil, la surveillant de l’autre. Red s’en doutait un peu. Elle ne pouvait pas leur échapper, et même si elle le faisait, ils la stopperaient avant qu’elle ait atteint un endroit où être en sécurité. S’ils restaient là, alors qu’ils venaient de manger, c’était parce qu’ils la considéraient comme leur prochain repas. Ils savaient tous qu’elle ne pourrait pas sortir du piège. Elle était coincée, à leur merci.

 

La louve qui accompagnait le chef de meute lui jeta un coup d’œil. Dans l’obscurité quasi permanente, Red vit parfaitement luire ses yeux doré. Puis, la louve regarda les deux autres animaux qui les suivaient. Il s’agissait de deux jeunes loups, deux animaux qui ne pourraient pas survivre une seconde seuls dans la nature près d’Eden. La mère protégeait ses petits, leur assurant nourriture et abri. Elle ne s’allongea pas comme venait de faire le mâle, tout comme le firent les plus jeunes. Elle se contenta de s’assoir sur ses pattes arrières, dominant Red de toute sa hauteur. Ses poils blancs semblaient luire dans l’obscurité. Red déglutit difficilement. Elle attendit tout de même quelques minutes, qui lui parurent durer une éternité, avant de se risquer à bouger. Elle devait se sauver d’ici le plus rapidement et le plus silencieusement possible. Tout en ne quittant pas la louve du regard, Red commença à bouger tout doucement. Elle se mit déjà plus à l’aise, se redressant un peu pour soulager sa cheville coincée. En respirant profondément, elle tenta de la dégager, sans succès. Désespérée, elle se laissa choir sur le sol. Ainsi, elle ne vit plus que le gris rouillé du plafond d’où tombaient plusieurs gouttes d’eau. Elle tira la langue et en reçut quelques-unes. Evidemment, ceci ne suffit pas à étancher sa soif qui commençait à devenir persistante, mais elles lui redonnèrent espoir. Elle savait qu’elle pouvait survivre. Elle réussissait toujours à se sortir des situations catastrophiques.

 

En reprenant courage, elle entreprit de tenter de ramper. La louve grogna, ce qui fit sursauter la jeune fille. Cependant, l’animal sembla considérer que ce mouvement n’était pas une menace car elle ne vint pas près de Red pour  la blesser, pour l’empêcher de fuir. Au contraire, elle se désintéressa d’elle en se rapprochant de ses louveteaux pour les lécher. Red profita de ce sursis pour tirer de toutes ses forces sur sa cheville. Elle ne bougea pas, mais ceci ne désespéra pas la jeune fille. Si elle s’était mise à ramper, c’était parce qu’elle s’était ainsi rapprochée de son sac. Dedans, ce trouvait un sifflet. Bien sûr, elle aurait dû toujours l’avoir sur elle, à portée de main. C’était l’un des rares moyens de communiquer avec la cité en cas de problème. Si elle n’en n’avait pas fait qu’à sa tête, Red l’aurait eu accroché à sa ceinture. Seulement, elle l’avait fourré au fond de son sac, ne croyant pas en avoir besoin un jour. La situation dans laquelle elle se trouvait maintenant lui donnait tort.

Le sifflet n’était qu’à quelques centimètres de Red, plongé dans l’eau des égouts. Il avait été expulsé de son sac avant de finir sa course non loin de lui, sous une de ses lanières. En tirant de toutes ses forces sur ses bras, Red parvint à l’attraper. Alors que sa main se serrait autour du métal froid et trempé du sifflet, Red sentit quelque chose se poser sur son bras. C’était humide et chaud en même temps. Elle qui avait les yeux braqué sur l’objet les leva doucement, pour se retrouver face aux yeux dorés du chef de meute. Elle le vit dévoiler ses babines et elle prit peur. De la bave coulait sur le sol. C’était sa main droite qui s’était refermé avec espoir sur le sifflet, mais dans la gauche elle tenait encore ses poignards. Elle la leva instinctivement. L’acier chanta dans l’air. Aussitôt, cette musique rassura la jeune fille. Elle avait toujours vécu avec les armes, c’était son refuge, le lien qui la maintenait à la réalité. Elle savait ainsi qu’elle pouvait se protéger, qu’elle pouvait s’en sortir. Tant qu’elle avait ses poignards, elle était vivante. Les cadavres ne portent pas d’armes, seuls les vivants savent s’en servir. En ce qui la concernait, elle avait de la pratique derrière elle.

 

Le loup rapprocha sa tête de la sienne. Red agit en un éclair. Elle planta l’un de ses poignards dans la patte recouverte de fourrure grise de l’animal. L’acier s’y enfonça comme du beurre. Du sang sortit de la blessure, recouvrant rapidement la peau du loup et celle de Red. Pourtant, elle ne s’arrêta pas là. Le loup gémissant près de son oreille, pouvant la déchiqueter d’un coup de crocs dès qu’il reprendrait ses esprits. Elle lâcha donc le poignard qu’elle venait de clouer dans le loup pour le blesser à nouveau, cette fois à la gorge. Le métal de sa lame vint couper l’une des veines de son cou. Du sang gicla à nouveau. Le chef de meute hurla de douleur, avant de se laisser tomber, à bout de souffle. La louve vint alors près de lui. Red n’avait plus que peu de temps devant elle. Elle porta le sifflet à sa bouche et souffla sans s’arrêter. La louve gémit, poussant de son museau le corps de son compagnon qui faiblissant. Puis, l’animal se jeta sur la jeune fille. Red avait prévu ce retournement. Elle savait que la femelle allait tenter de l’attaquer pour se venger. Elle avait donc fini par recracher le sifflet pour que, d’un mouvement vif, elle puisse l’éviter au moment même où elle sauta. Les crocs de l’immense bête claquèrent alors dans le vide, à l’endroit où aurait dû se trouver la tête de Red. En sautant, elle avait repris ses poignards, les sortant facilement, sans que le loup n’ait l’opportunité de riposter. Elle les serra dans sa main. A sa prochaine attaque, elle savait qu’elle blesserait la louve.

 

Au moment où la femelle allait retenter sa chance, l’un des plus jeunes se précipita à sa place en faisait un bond gigantesque. Ce fut lui que les lames de la jeune fille rencontrèrent. Elles venaient de déchirer son flanc. Le loup poussa un jappement plaintif, avant de retomber lourdement sur ses pattes. Il observa sa blessure, puis celle du plus vieux. Red lui avait fait suffisamment peur pour qu’il ne s’occupe plus d’elle pour le moment. Si les loups attaquaient en meute, c’était qu’ils n’étaient pas suicidaires. Ils savaient où était la limite de leurs forces, et lorsqu’il fallait abandonner la proie aux autres. Les loups étaient des animaux rusés. Ils avaient vécus des siècles auprès des humains, et savaient à présent comment les détruire. Etait-ce vraiment grâce à tout cela ou à l’eau polluée de matériaux nucléaire, Red ne pouvait le dire. Le plus important était de savoir qu’il lui restait à s’occuper encore de deux loups, la femelle et l’autre louveteau.

 

Ce ne fut qu’à cet instant-là, alors que les deux animaux tournaient autour d’elle en cercle, qu’elle ressentit la douleur qui provenait de son bras droit. Le jeune loup avait réussi à la mordre. La jeune fille étouffa un cri de douleur. Son cœur s’emballa instantanément. Elle jeta un rapide coup d’œil à sa blessure. Elle paraissait profonde. Du sang coulait partout, se mêlant à celui des blessures des animaux. Elle voulut reprendre sa respiration, seulement la peur lui enserrait la poitrine. Elle commença à haleter. Les loups sentirent sa détresse. Ils rapprochèrent leur cercle. Red se sentit oppressée. Soudain, elle entendit un bruit qui provenait des souterrains non loin de là. C’étaient des bruits de bottes qui venaient frapper les murs, provoquant un système d’échos repris sur tous les murs. Les loups levèrent leurs oreilles en pointe. Ils grognèrent. Néanmoins, Red vit que les deux animaux qu’elle était parvenu à blesser s’étaient relevés et qu’ils commençaient à reculer. Le plus vieux ne paraissait pas aller bien, et elle savait qu’il ne tiendrait pas longtemps dans le monde extérieur. Elle eut une bouffée de pitié pour lui. Elle repensa au jour où son père à elle avait disparu. Elle comprenait qu’elle n’avait pas eu le choix, qu’elle avait dû défendre sa propre vie, ceci ne l’empêchait pas de songer aux loups plus jeunes qui allaient devoir vivre sans leur père.

Heureusement, son sentiment de culpabilité s’évapora lorsqu’elle reconnut Saïd. Il fut le premier homme qu’aperçut la jeune fille. Elle soupira de soulagement. Elle était enfin sauvée. Elle avait oublié les loups, qui continuaient à reculer dans son dos. Ils n’étaient plus un problème pour elle. En la voyant, Saïd se précipita vers elle.

–        Vous avez fait vite, dit la jeune fille, avant de s’évanouir.

Et vous? Avez-vous des textes qui vous inspirent pour dessiner? Illustrez-vous vos écrits? Avez-vous envie de voir ce que donnent en dessin vos textes? 

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