mes écrits

Les mains des monstres

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Salut à tous. Comme vous le savez, cette semaine c’est Halloween, ma fête préférée avec Noël. J’adore cette période de l’année où les feuilles tombent, où le froid commence à arriver, et où on commence à chercher des films d’horreur à visionner pour cette nuit où la frontière entre le monde des vivants et celui des morts s’entrouvre. Mais savez-vous d’où vient la fête Halloween? C’était une fête celte qui célébraient la fin de l’année et le renouveau, comme notre premier de l’an. Elle date d’avant J-C et se nommait Samain. Les celtes pensaient qu’à cette période de l’année, toutes les rencontres étaient possibles, notamment celle avec les dieux. Et avec l’apparition de la religion chrétienne et l’instauration du 1er novembre comme célébrations des martyrs, les deux conceptions de la Toussaint se mélangèrent pour n’en former plus qu’une, celle de l’idée que les morts pouvaient revenir à la vie pendant cette nuit de l’année. C’est de cette idée qu’est né Halloween, et toute la tradition d’horreur qui l’a suivi. Pour les chrétiens, non seulement les morts peuvent revenir nous hanter cette fameuse nuit du 31 octobre, mais c’est aussi une période où le diable est plus puissant, pouvant nous entraîner plus facilement en Enfer. Pour les non chrétiens, c’est seulement une nuit où tous les monstres sont de sortis, et une occasion de faire une fête costumée effrayante, une occasion de se faire peur. Ce qui est assez comique, c’est que cette fête celte, célébrée donc surtout dans le Royaume-Uni et en Bretagne à l’origine, puis dans les pays colonisés par les anglos-saxons, se retrouvent aussi dans d’autres fêtes dans le monde. Par exemple, la Chine a sa propre fête des morts traditionnelle.

Alors, pourquoi je vous parle d’Halloween maintenant? Parce que j’ai participé dernièrement à un concours, sur l’univers d’Harry Potter, d’où il fallait partir d’une citation. Il fallait donc écrire un texte à partir de cette citation. Je suis donc partie d’une citation de Stephen King, dans son roman Salem. Et j’ai tenter de faire un texte angoissant. Je ne sais pas si le but est atteint, je vous laisse me juger. Voici mon texte, avec la citation de Stephen King.

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Les mains des monstres

Qu’est-ce que c’était que la mort ? Pas compliqué. C’était quand on tombait aux mains des monstres.

La pluie tombait de manière drue sur le cimetière. C’était comme si le ciel partageait leur peine, versant ainsi des milliers de larmes sur la tombe en marbre blanc que tout le monde fixait du regard. L’atmosphère était lugubre, et la musique des trompettes accompagnant la descente du cercueil n’apaisait en rien le petit groupe agglutiné autour du tombeau.

Audrey releva son écharpe noire. Elle frissonna dans le vent hivernal. Ses parents ne faisaient pas attention à elle, pauvre enfant perdu dans cet enterrement qu’elle avait du mal à comprendre. Ils étaient trop aveuglés par leur propre chagrin pour se rendre compte que la petite fille de six ans n’était pas dupe de la situation qui se jouait devant elle. Ils étaient tous en train de pleurer, de laisser parler leur peine sur la tombe fraiche, alors que les yeux de celui qui aurait dû être le plus effondré par cette mort étaient secs et froids. Il fixait la sépulture comme s’il pouvait la détruire rien qu’avec son regard. C’était étrange tout même ce regard si dur, si grave, lui qui avait d’habitude les yeux si pleins de vie, si joyeux. Elle n’était vraiment pas naïve Audrey. Elle se doutait bien qu’il se tramait quelque chose. Elle le voyait bien dans l’attitude si raide de son grand-père. Ce qui était étonnant, c’était que personne d’autre ne semblait y faire attention. D’ailleurs, personne n’osait regarder dans sa direction. Ils paraissaient tous avoir peur de lui, comme si un terrible secret menaçait d’exploser dans le calme du cimetière.

Puis, la cérémonie religieuse qui lui avait paru interminable se termina enfin. Le prêtre invita chacun à se mettre à l’abri, à laisser la défunte reposer en paix. Audrey vit ses parents opiner de la tête alors qu’un rire sans joie s’éleva dans les airs. Tous les yeux se tournèrent vers le vieil homme qui se trouvait le plus près du trou fraîchement creusé. Il paraissait être devenu fou. Il murmurait qu’il aurait mieux fallu la brûler pour être sûr, mais sûr de quoi ? Le prêtre s’était avancé vers l’homme pour le faire taire, alors que tous le fusillaient du regard.

Audrey se moquait de ces regards réprobateurs. Elle se rapprocha de son grand-père, quittant ainsi l’abri de fortune composé des corps de ses géniteurs. Elle l’observa rapidement pendant qu’elle marchait dans sa direction. Il se tenait près du trou, les yeux froids. Il avait même mis une de ses mains dans son manteau de cuir noir qu’il ne quittait jamais, dans la poche où Audrey savait qu’il cachait son arme. Cela aurait pu étonner n’importe qui de savoir que le vieil homme avait apporté une arme à feu dans un cimetière, mais Audrey ne s’en formalisait plus. Elle ne s’étonnait plus des mystères qui auréolaient son grand-père. Même le voir ainsi, les doigts recroquevillés autour du métal froid dans l’énigme de sa poche, au-dessus du cercueil de celle qui avait été sa femme pendant plus de quarante ans, prêt à sortir son revolver, ne surprenait plus la petite fille qu’était Audrey.

Elle passa sa main d’enfant dans celle libre du vieillard qui sursauta, quittant ainsi momentanément sa veille du cercueil.  Il avait un regard chargé d’ombres. Dedans, Audrey put y lire la peine immense qu’il ressentait, mais aussi une colère lourde de menace.

Il reprit rapidement son observation de la tombe. Audrey se rendit compte qu’il paraissait attendre quelque chose. C’est avec une peur indicible qu’elle comprit qu’il guettait le moment où le cercueil allait s’ouvrir pour laisser sortir son cadavre. Elle se mit à trembler. Elle ne pouvait pas expliquer d’où lui venait ce frisson d’angoisse qui lui étreignait le cœur, mais elle ne pouvait pas nier ce qu’elle ressentait.

Dans sa main, la poigne de son grand-père se fit plus forte, se voulant rassurante. Audrey leva ses yeux vers lui. Sans le vouloir, elle les avait dirigés vers le cercueil. L’homme ne la regardait toujours pas, pourtant elle pouvait voir que ses traits s’étaient un peu adoucis.

Elle voulut lui parler, mais ses parents vinrent l’arracher de son l’observation lugubre.

  • Audrey ! s’exclama sa mère. Nous devons rentrer à la maison maintenant.

Le vieillard parut alors se réveiller d’un long sommeil. Il battit des paupières, regarda longuement tout autour de lui, s’arrêta sur le visage de sa fille et celui de sa petite-fille, et dit d’une voix lugubre :

  • Gardez la lumière allumée cette nuit et toutes les portes fermées à double tour. Et une croix à portée de main aussi. C’est vital. Enfin j’espère que ça suffira, finit-il dans un souffle à peine audible.

Angel leva les yeux au ciel alors que sa fille la regardait d’un air perplexe. Il se passait quelque chose de grave et elle n’était apparemment pas dans la confidence.

  • Si ça peut te rassurer ! répliqua Angel en soupirant.
  • Evidemment que ça va me rassurer, s’emportant le vieil homme. Elle est déjà venue chez vous, vous n’aurez donc pas à l’inviter ! Qui sais de quoi elle est capable maintenant !

Le ton pressé de son grand-père effraya réellement la petite fille. Il semblait soudain posséder, ses yeux roulaient dans leurs orbites, il cria en se moquant de qui pouvait l’entendre.

  • Papa ! s’énerva à son tour sa fille unique, ce ne sont que des histoires bonnes à faire peur aux enfants !
  • Des histoires ? rétorqua l’homme. Tu les a vus !

Angel secoua la tête, regardant son père en se demandant si elle devait contacter l’asile le plus proche.

  • Je ne veux pas que tu fasses peur à ma fille ! dit-elle simplement pour clore la conversation.
  • Peur ? répéta le vieillard. Mais elle doit avoir peur ! Et toi aussi !

La mère d’Audrey ne répondit pas. Elle jeta un coup d’œil à son époux, et d’un commun accord ils attrapèrent la fillette pour l’emmener dans leur sillage. Ils grimpèrent dans leur voiture garée sur le parking et mirent le moteur en route.

  • Ton père ne s’arrange pas, fit remarquer sombrement Julian en engageant la voiture sur la route.
  • Il a toujours eu un problème avec les morts, dit Angel, et je crois que la mort de ma mère l’a énormément affecté. Il pense qu’elle va revenir le hanter.
  • Et nous avec, poursuivit Julian.

Angel eut un rire sans joie qui fit frissonner sa fille assise à l’arrière.

***

La nuit était tombée. Evidemment, la journée s’était terminée de manière la plus ordinaire possible. Ils étaient tous rentrés à la maison et la vie avait repris son cours. Angel avait cuisiné l’un de ses plats dont elle avait le secret, Julian s’était installé devant le journal télévisé et Audrey, ne sachant comment taire la peine qui lui enserrait le cœur dès qu’elle pensait à ses grands-parents, alla exorciser sa colère envers l’univers des jeux vidéo.

Puis, les verrous de la demeure avaient été tiré et l’heure de se coucher avait sonné. Audrey n’avait pas eu le cœur à rechigner comme elle le faisait d’habitude. Malgré l’énervement qui ne s’était pas évaporée, elle se sentait épuisée, comme vidée de son énergie. Alors qu’elle grimpait à l’étage pour gagner sa chambre, elle jeta un regard par la fenêtre. Mal lui en prit. Bien que le jardin en contrebas soit calme, plongé dans la pénombre de cette nuit de demi-lune, une terreur sans nom, sans visage, lui fit dresser tous les poils de sa peau. Cela allait se passer ce soir. Elle ne savait pas quoi, mais elle en aurait pu mettre sa main à couper sans hésitation, tout allait changer. Elle devait se tenir prête.

Elle se rua dans sa chambre, vérifia que sa fenêtre était close, que ses volets étaient bien fermés, ensuite elle se mit à chercher frénétiquement ses médailles de baptêmes dans son armoire. Elle avait en tête les instructions bien précises de son grand-père, persuadée que ces quelques conseils pouvaient lui sauver l’existence. Elle n’avait pas de croix sous la main, alors elle priait pour que ces bijoux religieux produisent le même effet que celui représentant la mort du Christ.

Ceci fait, elle alla se réfugier dans son lit, sous ses couvertures qui sentait bon l’odeur de l’enfance. Elle regarda ses jouets entreposés dans un coin, sachant déjà, comme une prémonition, qu’elle ne jouerait plus jamais avec eux. Cette nuit allait être décisive.

***

Elle s’était endormie sans s’en rendre compte. Ses rêves étaient perturbés. Elle voyait sa grand-mère, Margareth, danser devant elle, dans une de ses robes à fleurs qu’elle affectionnait tant. Elle était heureuse, faisant voler l’étoffe sur ses chevilles potelées tout en chantonnant. Ses cheveux blancs tombaient en cascade sur ses épaules carrées.

De là où elle se trouvait, Audrey ne pouvait voir le visage de sa grand-mère, mais elle imaginait aisément le sourire radieux qui devait illuminer son visage. Alors la jeune fille ferma les yeux, se laissant bercer par le fredonnement et le soleil qui tombait sur ses traits.

Tout d’un coup, Audrey sut que quelque chose venait de changer. Elle ouvrit vivement ses yeux, assez vite pour voir à présent sa grand-mère qui s’était arrêtée de danser. Elle lui tournait le dos. Audrey s’aperçut que chant s’était lui aussi stopper. C’était ce qui l’avait réveillé de sa transe.

La petite fille voulut s’approcher de la vieille femme pour lui demander si tout allait bien. Mais plus Audrey s’approchait, plus elle avait l’impression de s’éloigner. De plus, le soleil s’était caché, dissimulé par une nuit de demi-lune, qui éclairait seulement le dos de la vieille femme.

  • Mamoune ! cria l’enfant en levant le bras dans sa direction.

Enfin, la vieille femme se tourna vers elle. Et Audrey poussa un véritable hurlement de terreur. Ce n’était plus sa grand-mère qui lui faisait face. C’était bien ses cheveux argentés qui étaient posés sur son crâne, c’était bien sa robe qui moulait son corps enrobé, mais ce n’était certainement pas son visage. Ce dernier était blême, décharné par la mort. Ses joues étaient creuses, ses yeux flamboyaient tel l’enfer, des lambeaux de peau pendaient de son cou, comme si elle avait été arrachée par un animal. Son sourire dévoilait des dents blanches et des lèvres si rouges qu’elles paraissaient avoir été trempées dans du sang frais. Le plus horrible était ses canines retroussées, ses mains osseuses portées à leur niveau. Elle n’était plus sa grand-mère, mais un monstre des ténèbres.

Audrey ne pouvait plus bouger. Elle était pétrifiée. Le monstre se mit alors à avancer dans sa direction. Avancer était un bien grand mot. Elle paraissait plutôt flotter dans les airs, comme si ses jambes ne pouvaient plus lui permettre de marcher. Elle avait un air avide, affamé.

Elle fut rapidement aux côtés de la petite fille terrorisée. Elle se jeta sur elle, produisant avec ses mains un bruit très désagréable à mesure qu’elle touchait la peau de l’enfant. C’était comme si la peau de cette dernière était faite de la même matière que les tableaux d’école, et les ongles de la vieille femme dessus produisait le même son que les ongles sur l’ardoise. Audrey voulait se boucher les oreilles pour ne plus l’entendre, ne plus voir ces doigts sur elle.

***

Brusquement, l’enfant se réveilla. Elle était dans son lit, trempée de sueur. Tout cela n’avait été qu’un abominable cauchemar. Elle se trouvait dans sa chambre, en sécurité dans la lumière drue de sa lampe de chevet.

Elle se leva pour aller se chercher à boire lorsqu’elle se rendit compte qu’elle s’était trompée. Elle n’était pas en sécurité. Ses volets, pourtant clos au moment de son coucher, semblaient avoir été arrachés de leur socle. Ils pendaient dans le vide, poussés simplement à un rythme régulier par la brise qui s’était levée. Quant à sa fenêtre, elle était grande ouverte.

Audrey étouffa un cri. Elle n’avait que six ans. Elle se précipita dans son lit et se cacha dans les couvertures.

Elle ne sut dire combien de temps elle resta ainsi, tremblant de peur sous les couettes, lorsqu’elle entendit des bruits de pas dans le couloir. C’était des pas lourds, traînants, pas du tout comme ceux légers de sa mère ou ceux maladroits de son père. C’étaient des pas pesants qui raclaient sur le paquet de l’étage, des pas de monstre.

La petite fille aurait aimé rester sur la couette, à l’abri, mais son instinct de survie ne cessait de lui crier de ne pas rester là, que la chose allait la trouver aussi facilement que le faisaient ses cousins quand ils jouaient à cache-cache. Elle devait bouger, alors c’est ce qu’elle fit. Elle se laissa tomber hors du lit, ses doigts accrochant sans même y faire attention ses médailles de baptêmes qu’elle avait posés en évidence près de sa lampe, et elle se mis à courir vers la fenêtre, jugeant d’un coup d’œil la distance qui la séparait du sol. En faisant ceci, elle comprit qu’elle n’avait aucune chance de s’échapper par là. Seulement, elle avait déjà perdu beaucoup trop de temps, dans l’encadrement se dessinait l’ombre de son cauchemar.

Comme dans son rêve, Audrey ne pouvait à présent plus bouger. Elle se sentait prise au piège. La créature était maintenant dans son champ de vision. C’était la même que celle qu’elle avait rêvé, celle qui avait pris possession du corps de sa grand-mère, sauf que là, elle était couverte de sang. Ce n’était plus ses lèvres qui étaient rouge carmin, mais tout son corps, comme si elle s’était jetée dans le corps d’un cochon égorgé. Et elle avançait vers elle, les dents retroussées.

Audrey ferma les yeux et se mit à prier. Elle priait de toutes ses forces, lançant un appel au secours à toutes les forces de l’univers. Toutefois, sa volonté de vivre prit le dessus sur l’espoir fou qui avait envahi son esprit. Elle ne voulait pas attendre que quelqu’un vienne la sauver. Elle devait se battre. Elle rouvrit alors les yeux pour regarder autour d’elle, cherchant une arme dont elle pourrait user. Mais il n’y avait rien que des peluches et des jouets à sa portée. Dans un dernier sursaut de volonté, elle espéra que la lumière ferait reculer la créature. Hélas, elle semblait ne lui faire aucun effet. Alors elle se mit à penser à un feu qui pourrait la brûler, l’emmener dans l’enfer qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Elle mit toutes ses forces dans cette pensée unique, celle des flammes faîtes pour incinérer la chair.

Un hurlement se fit soudain entendre. Audrey crut que c’était elle qui l’avait poussé à cause de l’approche du monstre, mais ce n’était pas sa voix. Celle-ci venait d’outre-tombe, une voix désincarnée, rauque, prouvant que les cordes vocales d’où elle émergeait ne fonctionnaient pas aussi bien qu’elles devraient.

C’était la créature qui hurlait. La prière d’Audrey avait été exaucée : des flammes dévoraient la peau morte, embaumant l’air de la chambre d’enfant d’un relent putride qui aurait levé le cœur de toute personne normale constituée. Cependant, Audrey n’avait pas l’esprit à écouter son corps. Elle avait réprimé un haut-le-cœur pour observer le spectacle qui se jouait devant elle. Le monstre qui avait été sa grand-mère était en train de se tordre de douleur devant elle, calcinée par le feu sortit de nulle part. Sous les yeux ébahis de l’enfant, l’être était en train de se ratatiner sur le paquet, laissant des traces de cendre là où il passait. Il aurait pu s‘enfuir, tenter d’échapper à la punition sinistre qui l’a condamnait, mais la porte de la chambre s’était refermée d’un coup, lui fermait toute sortie. Des flammes mangeaient aussi le bois à cet endroit de la pièce.

Dans un dernier moment de lucidité, la chose se jeta sur Audrey qui esquissa un pas de côté lorsqu’elle sentit l’incendie lui frôler la peau. Comme elle se trouvait toujours dans embrasure de la fenêtre à cet instant-là, avant de se décaler brusquement, la créature, emportée par son élan, bascula dans les ténèbres qui n’auraient jamais dû la voir naître. Dans l’obscurité, elle n’était plus qu’une torche qui flamboyant à mesure de sa chute.

Puis, lorsqu’elle toucha le sol, Audrey put voir que les flammes s’étaient évaporées. La vitesse de la descente les avait éteintes. La créature était donc en train de se relever, ses yeux rouges braqués sur ceux de l’enfant. Audrey se sentit tout d’un coup attirée par ces yeux qui la fixaient. Elle se mit à marcher vers la fenêtre, le torse déjà dans le vide.

Elle aurait sans doute basculé dans le vide si la créature ne s’était pas effondrée sur le sol, quelque chose enfoncé dans son corps.

Audrey reprit rapidement ses esprits. Grâce à la lumière de la lune, elle aperçut deux hommes qui se penchaient sur le corps en contrebas. Poussée par son instinct, elle se précipita à l’extérieur. Elle tenta de ne pas prêter attention aux nombreuses traces de sang qui marbrait le paquet, l’escalier de la maison, des traces qui paraissaient venir de la chambre de ses parents. Elle essaya de toutes ses forces de ne pas se jeter à l’intérieur de cette chambre. Elle savait déjà qu’elle ne pouvait plus rien pour eux.

Lorsqu’elle fut dehors, elle stoppa enfin sa course. Devant elle, sur la terrasse qui l’avait vu grandir, se trouva le reste du corps calciné de la chose. Un pieu était enfoncé dans son dos, et son visage tourné vers le sol avait été brûlé par autre chose que les flammes qui avaient sauvé la vie d’Audrey. En effet, la peau était humide, comme si elle avait été embrasée par de l’eau.

Il y avait bien deux hommes dans le jardin. Audrey les aperçut après que son regard se fut attardé sur le cadavre, le premier qu’elle voyait de sa vie. Elle se jeta alors dans les bras de l’un d’entre eux. Après ce qu’elle venait de vivre, elle aurait dû se méfier, mais elle était tout à sa joie de le voir, lui. Seulement, aucun des bras rassurants qu’elle pensait l’enlacer ne vinrent se placer autour d’elle. L’homme qu’elle avait pris contre elle restait de marbre.

Dépitée, Audrey s’éloigna un peu pour dévisager celui qu’elle avait pris pour son sauver. Le vieil homme ne quittait pas du regard la créature fumante. Il paraissait avoir pris 10 ans depuis qu’elle l’avait quitté, après la cérémonie. Il portait une tenue noire, de camouflage, et il tenait dans la main un autre pieu taillé dans le bois qu’il serrait fortement, faisant entrer les échardes dans sa chair.

Audrey observa alors le compagnon de son grand-père. C’était le prêtre qui avait officié quelques heures auparavant. Il était plus vieux que son grand-père, un homme d’un âge bien avancé, plus près de la fin de l’hiver que de son début. Et cependant, il était alerte, toujours sur ses gardes. Il avait dans ses mains un flacon avec de l’eau dedans. Sans doute était-ce de l’eau bénite.

Le prêtre fut plus humain que le grand-père d’Audrey. Alors que ce dernier ne bougeait toujours pas, l’homme de l’église s’approcha de la petite fille.

  • Tout est finit maintenant petite, dit-il d’un air apaisé.
  • Non ! s’exclama son ami. Tout ne fait que commencer.

Il serrait un peu plus le pieu dans sa main, laissant des sillons de sang sur le bois. Le prêtre secoua la tête. Il comprenait le malheur qui touchait la famille de son compagnon d’armes.

  • Il faut protéger l’enfant, dit-il pourtant pour ramener à la réalité le vieillard. D’ailleurs, comment tu as fait pour t’en sortir ?

Audrey était justement en train d’y réfléchir. Comment avait-elle pu faire apparaître les flammes ? Elle n’en n’avait pas la moindre idée.

  • Je pense qu’elle en est une, dit le vieillard à son ami. C’est elle qui m’a averti du danger. J’étais chez moi quand j’ai reçu un appel au secours qui ne cessait de résonner dans ma tête.
  • Une sorcière ? l’interrogea le prêtre. Voilà qui pourrait nous être bien pratique dans notre combat.
  • Ne te réjouis pas trop vite ! s’exclama le grand-père d’Audrey. Elle n’a que six ans, elle n’est pas prête à nous rejoindre.
  • Mais un jour, tu verras, elle nous rejoindra, dit l’homme de dieu. Et ce jour-là, les monstres ne nous toucheront plus.

Le grand-père d’Audrey hocha les épaules avant de s’avancer d’un pas lourd vers le carnage qu’il savait régner dans la maison de sa fille. Audrey voulut le suivre, mais le prêtre la retient. Il ne voulait pas que l’innocence de l’enfant, déjà bien entamée par ce qu’elle avait vécue, ne soit encore plus entachée. Et puis, c’était seulement au vieillard d’y aller. C’était seul qu’il devait affronter cette épreuve.

Ils restèrent un long moment tous les deux dans le jardin, sous les rayons de lune, prêts du cadavre consumé. Par moments, Audrey regardait ce qui avait été sa grand-mère et elle frissonnait. Depuis quand les monstres existaient-ils ? Depuis quand son grand-père se promenait-il avec un pieu ? Depuis quand n’hésitait-il pas à tuer ?

Puis, l’enfant regardait ses mains, celles même qui avaient mis le feu à la créature. Etait-elle une sorcière ? Mais depuis quand les petites filles étaient-elles des sorcières ? Cela voulait-il dire qu’elle allait devoir elle aussi tuer les créatures ?

Bien des minutes passèrent avant que le vieillard ne refasse son apparition. Il était couvert de sang lorsqu’il émergea de la maison, et ses deux mains étaient vides. Il évita de croiser le regard d’Audrey, toutefois cette dernière eut le temps d’apercevoir les ombres qui vivaient dans ses yeux, derrière les larmes qu’il tentait de lui dissimuler.

  • On peut partir, dit-il au prêtre.
  • Partir ? demanda Audrey. Mais où ? Et papa et maman ?

Il fallait qu’il lui dise la vérité, même si elle l’avait déjà comprise, même si elle savait déjà, depuis que la créature était entrée dans sa chambre, ce qu’il était advenu de ses parents. Elle avait besoin de l’entendre, d’entendre ses mots durs, qui lui briseraient le cœur, mais qui mettraient aussi des mots sur la terrible réalité.

Son grand-père n’évita pas cette fois son regard. Il plongea au contraire ses yeux dans les siens et lui énonça la vérité :

  • Tu vas vivre avec moi désormais. Tes parents n‘ont pas réchappés au massacre de ce monstre.

Il désigna la chose morte d’un signe de tête. Puis, sans un regard en arrière, il se dirigea vers le portail menant à la sortie du jardin. Audrey n’osa pas bouger. Elle pensait à ses parents, aux rires qu’elle n’étendrait plus, aux câlins qu’elle n’aurait plus, et ceci lui fit mal, si mal qu’elle chancela aux côtés de la chose. Elle regarda ses yeux morts où la haine et la faim pouvaient encore se lire. Elle se demanda alors ce qu’il était advenu de ses parents, s’ils avaient eus ainsi été transformés en ces choses affamés, s’ils l’auraient dévorés s’ils avaient pu ? Et alors elle sut que c’était ce qu’il serait arrivé si elle ne s’était pas défendu. Elle serait morte elle aussi, condamnée à errer pour l’éternité à la recherche de nouvelles victimes.

Elle regarda le prêtre qui suivait son grand-père et elle sentit la colère la gagner. Ses parents lui avaient menti : la mort ne menait pas au paradis, avec des anges qui flottaient dans les airs et la paix sur le monde. La mort, c’était l’horreur la plus pure, celle qui menait au meurtre et au sang, celle qui faisait trembler dans le noir. La mort n’était pas belle et paisible.

Elle se promit alors ferait tout ce qu’elle pourrait que personne ne subisse plus les sombres assauts de ces êtres maléfiques. Si elle vraiment une sorcière, alors elle se devait d’utiliser ses pouvoirs à traquer ces créatures. Et si elle devait mourir, se serait en se battant, en se débrouillant pour ne jamais revenir, pour ne pas devenir un monstre à son tour.

Elle leva la tête vers la demi-lune et fit cette promesse solennelle : jamais elle ne tomberait aux mains des monstres.

Qu’est-ce que c’était que la mort ? Pas compliqué. C’était quand on tombait aux mains des monstres.

Et Vous? Vous faites quoi pour Halloween? Vous préférez un bon livre d’horreur ou un film du même genre?

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