Jeux vidéos

Murdered Soul Suspect

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Pour cette nouvelle chronique, j’ai décidé de commencer une nouvelle rubrique, celle des jeux vidéos. Vous devez déjà vous interroger sur le lien entre la lecture, l’écriture et les jeux vidéos. Il paraît évident qu’il s’agit de mondes différents, qui ne peuvent pas se marier.

Je prends ici le contre-pied de cette idée reçue et je compte bien vous montrez que les jeux vidéos possèdent une trame et une histoire originale, et qu’ils peuvent être aussi complets que peut l’être un livre. Ceci peut en faire une source d’inspiration magnifique.

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, j’ai décidé de vous parler d’un jeu sorti cette année sur PC, PS3 et PS4, Xbox et Xbox One. Il s’agit de Murdered Soul Suspect, paru chez Square Enix, et interdit aux moins de 16 ans. Voici l’histoire :

Le meurtre le plus difficile à résoudre, c’est le sien.

Ronan O’Connor, inspecteur de la police de Salem, connaît une fin tragique aux mains d’un meurtrier sans visage.

Prisonnier de la Pénombre, il devra utiliser ses talents d’enquêteur ainsi que ses pouvoirs de fantôme pour découvrir le lien entre sa mort et la série de meurtres rituels laissant une marque indélébile sur la ville de Salem.

 Le scénario

Alors, de quoi parle cette histoire? Comme le dit le résumé, l’intrigue se passe à Salem, à notre époque. Le personnage principal s’appelle Ronan, et c’est un inspecteur de la police criminel, qui enquête sur les meurtre se déroulant dans la ville. En effet, d’étranges événements se déroulent à Salem, dont des meurtres rituels commis par un seul homme. Ronan est justement sur la piste du tueur en série lorsqu’il fait face à ce dernier dans une maison semblant abandonnée et qu’il se prend plusieurs balles dans le corps. Le jeu commence à ce moment-là, alors que Ronan passe à travers la fenêtre de cette maison abandonnée, poussé dans le vide par le tueur. Il y a ensuite une courte scène où le tueur regarde Ronan se vidé de son sang dans la ruelle devant la maison, et puis celui-ci se retrouve devant lui et lui tire dessus à maintes reprises. Ronan voit son corps être criblé de balle. Et lorsqu’il rouvre les yeux, c’est pour se retrouver face à son cadavre. Transformé en fantôme, Ronan va devoir chercher à savoir qui lui a fait ça. 

Le premier personnage que va rencontrer Ronan, c’est le fantôme d’Abigail, une jeune adolescente de l’ère Puritaine, habillée comme à l’époque de la chasse aux sorcières. Elle va alors lui avouer que pour qu’il puisse passer de l’autre côté, celui où l’attend sa femme, décédée des années plus tôt, Ronan doit résoudre son meurtre afin de libéré son âme.

Ce début pourra donc tout droit sortir d’un épisode de Ghost Wisperer, cette série avec Jennifer Love Hewitt où l’héroïne voit et parle aux fantômes, où son but est de les faire passer dans la Lumière, une sorte de paradis où doivent se rendre toutes les âmes. J’avoue que l’idée est un peu la même, mais sans l’héroïne voyant les fantômes, du moins au début. Le personnage principal est bien Ronan, et c’est un fantôme qui doit utiliser tous les moyens mis à sa disposition pour retrouver son assassin et pour éviter de tomber entre les mains des Ombres qui tentent de voler les âmes errantes.

Néanmoins, au cours du jeu, nous voyons apparaître le personnage de Joy, une autre adolescente, mais cette fois bien vivante, qui cherche sa mère. Il se trouve que cette dernière travaillait en collaboration avec la police sur les phénomènes étranges et les meurtres de Salem. Joy pense donc que sa mère a été capturée par l’assassin de Ronan, et qu’il en a après elle. Et si Ronan réussit à apprendre tout ça, c’est parce que Joy le voit. On a ce moment-là du jeu un bon aperçu de la folie qui agite Joy, de sa peur et de sa colère envers les esprits. Elle les rend responsable de la disparition de sa mère, et elle fait tout son possible pour fuir Ronan. C’est un personnage torturé, et les moments de jeu avec elle rendent bien compte de cela.

L’apparition de Joy apporte aussi un nouveau tournant à l’enquête de Ronan. Nous apprenons en effet que ce qui lui est arrivé à un certain lien avec les sorcières de Salem. Une des victimes de l’assassin a été noyée, une autre a été pendue, et ce ne sont que des jeunes filles, à part Ronan, qui ont été tuées. L’origine du tueur serait donc à trouvé à l’époque de la chasse aux sorcières, les victimes étant condamnées comme l’étaient les sorcières de Salem.

En ce qui concerne la fin, je dirais simplement que je ne m’y attendais pas du tout, et que c’est vraiment ce qui m’a inspiré cette chronique.

L’ambiance

Non seulement ce jeu est un polar, puisque son but est de trouver l’assassin de Ronan et que les quêtes de ce dernier tout au long du jeu apportent des réponses à certaines questions, que nous passons d’indices en indices, avec une partie interrogatoire de suspect et analyse de scène de crime. Mais il y a aussi dans ce jeu une ambiance lourde, ténébreuse. La plupart des scènes se passent la nuit, dans Salem. Il y a une vraie ambiance d’horreur et de peur. Certains moments, avec les Ombres, peuvent paraître assez effrayants. Même les scènes à l’intérieur sont dans des endroits sombres, clos, où le temps semblent figé. Parfois, on oublie qu’on est au 21e siècle, et on se croirait en plein dans l’époque Puritaine Américaine.

Pour les lieux que nous traversons, il s’agit de la vraie ville de Salem reconstituée dans le jeu. Je dois toutefois précisé que ce n’est pas la même Salem que l’endroit où on eu lieu les procès des sorcières, puisque la ville où les sorcières ont été condamnées et exécutées était en fait Salem’s Village, aujourd’hui rebaptisée Danvers. Mais l’ambiance de film d’horreur est amplifiée par le temps, puisque le jeu se déroule surtout la nuit, sous la pluie, et par les lieux que nous traversons. Nous allons notamment dans le musée consacré aux sorcières et aux procès, dans l’Eglise, dans le cimetière, à l’hôpital et au poste de police. Ce sont des endroits certes assez clichés, mais qui fonctionnent bien, surtout lorsque les Ombres arrivent et transforment tout sur leurs passages.

Je vais ici m’attarder sur le passage à l’hôpital, dans la cellule psychiatrique de l’une des victimes qui a réussi à échapper au tueur est enfermée. Il s’agit encore d’une jeune fille, qui est devenue folle après le meurtre de sa soeur jumelle, qui s’est sacrifiée pour lui sauver la vie. C’est à ce moment-là du jeu que nous comprenons que les filles et les femmes sont exécutées en tant que sorcières. ce n’est plus un simple lien avec cette période, c’est carrément une reconstitution de cette époque sombre. C’est un passage particulier parce que, certes Joy peut paraître à certains instants perturbée par les esprits qui ne cessent de solliciter son aide, mais sa folie parait légère par rapport à celle de cette adolescente enfermée dans cette structure psychiatrique. C’est une scène assez dure parce que Ronan réussit à pénétrer dans les souvenirs de cette adolescente et il assiste, comme elle, au meurtre de sa soeur. On apprend que les deux filles, comme des jumelles, étaient fusionnelles, et en plus de la douleur horrible qu’éprouve la jeune fille par rapport à cette perte immense, il y a aussi l’horrible culpabilité d’être la survivante. Tous les sentiments sont très bien retranscrits. Il y a un passage où cette jeune fille tente de se faire du mal et de faire du mal à Joy qui est dans sa cellule capitonnée. D’ailleurs, grâce à Ronan, nous avons accès à une réalité différente que celle de Joy, et nous pouvons voir ce que la jeune fille survivante dissimule au reste du monde. En effet, les murs de sa cellule sont recouverts d’encre invisible que seule Ronan peut voir. En plus de tous ces dessins, de cette ambiance morbide, des images que nous montrent les souvenirs de cette enfant, il y a aussi les cris et les pleurs qui font basculer cette scène dans l’horreur. Ce n’est pas seulement une horreur de peur, mais plus l’impression d’être soi-même témoin de la scène, comme si ce n’était plus un jeu auquel nous jouons, mais que nous assistions dans la réalité à un meurtre en directe. Pourtant, la scène n’est pas totalement montrée, parce qu’il y a une limite qui n’est pas franchi ici, mais tout est dans la suggestion, dans les mots et les sons employés. Nous sommes mis à la place de ce témoin survivant.

Pourquoi j’ai choisi de vous parlez de ce jeu en particulier?

Justement à cause de son histoire et de son ambiance. Avec un personnage normal, nous pouvons presque faire ce que nous voulons. Il n’y a pas d’obstacle à part le décor. Jouer avec un fantôme, c’est avoir un gameplay assez différent. Les obstacles ne sont plus les mêmes. Par moment, nous pouvons traverser les murs, se téléporter, mais il faut être invité dans le lieu d’abord. C’est un peu comme pour les vampires dans la mythologie. Certains lieux sont inaccessibles pour Ronan, alors que les autres personnages y vont. Il faut donc trouver des moyens détournés pour entrer dans certains endroits. C’est comme attendre que les vivants vous ouvrent la porte pour pouvoir entrer. C’est un jeu de patience, il faut avoir les yeux partout pour repérer les lieux accessibles. J’ai plutôt bien aimé cette idée, le fait que les fantômes ne pouvaient pas entrer n’importe où : les lieux saints sont comme les maisons entourés de sel, il faut trouver un autre passage.

En ce qui concerne la possession, les fantômes peuvent posséder n’importe qui, humains ou animaux, et surtout interroger ces souvenirs ou ces pensées, ce qui est vital dans cette enquête. Nous pouvons aussi acquérir certaines aptitudes avec la possession, comme le fait de pouvoir entrer dans certains lieux en prenant possession des chats. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas spoiler, mais cette histoire de possession est capitale pour l’histoire, elle est la clé de tout.

Il y aussi cette guerre entre les fantômes et les Ombres, qui sont des fantômes ayant attendu trop longtemps avant de passer de l’autre côté, où qui sont tombés aux mains d’autres Ombres. En fait, il y a cette idée que la mort n’est qu’un passage, et que ce n’est pas parce que nous sommes déjà morts que nous ne pouvons pas disparaître. Etre fantôme n’est qu’un état de transition, tout comme la mort qui doit mener à autre chose, de l’autre côté.

Il y a aussi toute cette histoire avec les sorcières qui est assez intéressante. Ce sont elles qui sont les victimes du tueur, ce sont donc elles qui semblent être visées. La question n’est pas de savoir si les sorcières existent réellement ou pas, mais bien de déterminer comment le tueur choisit ses victimes. A partir de quand décide-t-il qu’une femme est une sorcière? J’ai l’impression qu’à la fin du jeu, nous n’avons pas la réponse, et je crois que c’est fait exprès.

Dans cette histoire, il y a un véritable lien entre le passé et le présent. Au début, nous savons simplement que ce sont des sorcières qui sont assassinées, ou du moins des femmes que l’assassin pense être des sorcières. Mais avec l’épilogue de ce jeu, nous nous apercevons que tout ce que nous avons cru dans le jeu n’était pas vrai. Les indices nous mènent vers des pistes qui nous font nous rapprocher de l’assassin, mais nous en éloigne en même temps. Dans ce jeu, rien n’est véritablement ce qu’il parait être. C’est comme si, dans l’histoire, nous avions une autre histoire en dessus qui ne se révèle et ne prend son sens qu’à la résolution de l’énigme. 

Si j’ai voulu vous parler de ce jeu, c’est à cause de tous ces éléments qui font que l’enjeu véritable de l’histoire n’est pas la résolution de l’énigme qui permettra de sauver son âme, mais de sauver de nombreuses futures victimes sur le présent et le futur; c’est de résoudre l’histoire dans l’histoire. Je pense qu’en tant qu’auteur, parvenir à surprendre son lecteur/joueur à la fin, à faire que l’histoire ne semble pas couler de source, est ce qui est primordial. J’aime l’idée de labyrinthe qui est mis en place dans ce jeu, les différentes couches scénaristiques menant à la conclusion. Et dans un polar, parce que c’est bien ça l’histoire, la résolution d’un meurtre, c’est la meilleure recette. J’espère pouvoir faire pareil un jour. D’ailleurs, je vous laisse un extrait d’un texte que j’ai écris à partir de ce jeu. 

– Elizabeth Gilbert, démon de Salem, ton heure est venue ! dirent-ils en saisissant

Elizabeth se sentit tirée vers l’avant alors que les hommes s’emparaient de ses bras.

Elle aurait voulu leur répondre, leur dire qu’ils faisaient erreur, mais sa langue était comme ses pieds, incapable du moindre mouvement. Peut-être que le vieillard l’avait paralysé ? Mais Elizabeth ne voyait pas pourquoi il aurait fait ceci, ni pourquoi des inconnus en avaient après lui. Tout était incohérent dans ce qui était en train de se passer.

Elizabeth fut traînée hors de la prison, puis elle sortit au grand jour. Le soleil était déjà haut dans le ciel, si brillant qu’elle crut que ses yeux n’allaient pas supporter sa forte lumière. Ils se trouvaient au bord d’une jetée, la mer leur faisait face, et d’autres hommes armés les attendaient. Ils avaient de lourdes chaînes à leurs pieds, qui pendaient, qui guettaient le moment où elles entraveraient de nouvelles chevilles. Elizabeth comprit rapidement que ses chaînes étaient pour elle. D’ailleurs, les hommes ne se firent pas prier pour les lui mettre au plus vite. Ils jetèrent sa pauvre carcasse sur le sol, lui brisant certainement quelques os au passage, sans qu’Elizabeth ne ressente encore la moindre douleur. Puis, ils lui enfilèrent les poids, lui lacérant la peau des chevilles et des poignets.

Enfin, sans préambule, sans aucun autre mot, ils la jetèrent dans l’eau. Elizabeth s’était attendue à entendre à nouveau sa sentence, ou du moins à avoir quelque explication sur ce qui se passait, ainsi fut-elle très surprise lorsque son corps toucha l’eau glacée avant de s’y enfoncer à la vitesse de l’éclair. Quelques petites bulles s’échappèrent de sa bouche vers la surface libératrice tandis qu’elle voyait la lumière décliner et les visages de ses tortionnaires s’éloigner. Elle tenta de se débattre, mais ses forces étaient amoindries, elle ne pourrait en aucun cas se défaire de ses entraves. Elle essaya de se saisir de sa baguette, avant de comprendre qu’elle n’était plus dans sa poche. Quelqu’un lui avait prise ! Elle allait donc mourir là, dans cette eau froide. Elizabeth paniqua.

Ce ne fut qu’à ce moment-là que les paroles du vieillard lui revinrent en mémoire. Elle n’avait plus rien à perdre. Elle rassembla son énergie et dans l’eau glaciale, elle dit l’incantation. L’eau pénétra dans ses poumons, l’étouffant. Elizabeth ne pouvait plus respirer. Elle ne cessait de se remémorer les mots, de se répéter l’incantation. Il fallait qu’elle s’en sorte, elle voulait vivre.

Soudain, une lueur bleue l’entoura. Elle partit de son bras, là où se trouvait la marque du médaillon, et enveloppa tout son corps. Elizabeth se sentit expulsé hors de l’eau. Elle était déchiré de l’intérieur, mais l’eau ne l’engourdissait plus. Elle avait retrouvé le sol ferme de la berge.

Ses bourreaux fixaient l’endroit où son corps avait sombré.

– Elle doit être morte à l’heure qu’il est, dit l’un d’eux.
– C’est une sorcière, il faut se méfier, grommela un autre.

Elizabeth aurait voulu leur crier qu’ils se trompaient, qu’elle était là, prête à se venger, quand elle se rendit compte qu’elle ne pouvait plus parler. Elle aurait du recracher l’eau qui avait envahi ses poumons, mais elle n’en ressentait pas l’utilité. Elle respirait parfaitement bien.

Elle regardait ses mains posées sur le sable. Elles étaient bleues, marquées par l’absence d’oxygène qui l’avait paralysée. Elles étaient froides, glacées comme la mort. Puis, Elizabeth eut le sentiment qu’elle était en train de  disparaître. Le bout de ses doigts se fondaient déjà dans le jaune du sable. Elle dut se rendre à l’horrible évidence.

Et vous? 

Il y a-t-il des jeux vidéos qui vous inspirent? Avez-vous déjà écrit un texte à partir d’un scénario d’un jeu vidéo? Pourriez-vous le faire? 

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