chroniques littéraires·cinéma et séries

The Giver

9782211208345

Mon article d’aujourd’hui va être un article un peu particulier, premièrement parce que ce n’était pas l’article que j’avais prévu à la base, et deuxièmement parce que je vais vous parlez d’une adaptation de roman en film, film qui ne sortira qu’au mois d’octobre. Alors, quel est est ce livre? Il s’agit du Passeur de Lois Lowry paru en 1993 aux Etats-Unis et en 1994 en France, réédité dernièrement aux éditions de l’Ecole des Loisirs. En voici le résumé:

Dans le monde où vit Jonas, la guerre, la pauvreté, le chômage, le divorce n’existent pas.

Les inégalités n’existent pas, la désobéissance et la révolte n’existent pas. L’harmonie règne dans les cellules familiales constituées avec soin par le comité des sages. Les personnes trop âgées, ainsi que les Nouveaux Nés inaptes sont « élargis », personne ne sait exactement ce que cela veut dire. Dans la communauté, une seule personne sent véritablement le savoir : c’est le Dépositaire de la mémoire.

Lui seul sait comment était le monde, des générations plus tôt, quand il avait encore des animaux, quand l’humain pouvait encore voir les couloirs, quand les gens tombaient amoureux.

Dans quelques jours, Jonas douze ans. Au cours d’une grande cérémonie, il se verra attribuer, comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Jonas ne sait pas encore qu’il est unique.

Un destin extraordinaire l’attend. Un destin qui peut le détruire.

Alors, pourquoi je vous parle maintenant d’un livre qui a déjà vingt ans? Premièrement, parce que je pense qu’il est à la base de beaucoup de livres d’aujourd’hui, tels que Hunger Games ou Divergente, et tous les autres dans la même veine, et deuxièmement parce que j’ai appris que très récemment que les Québécois comptaient en faire une adaptation cinématographique. Cette nouvelle m’a assez surprise parce que, bien que j’ai lu ce roman il y a très longtemps, quand j’étais encore au collège, je me souviens avoir jugé qu’il ne serait pas simple d’en faire un film. Ce n’était pourtant pas encore la folie des adaptations des romans jeunesses, mais je me souviens qu’il s’agit d’une histoire qui est déjà assez difficile à imaginer, notamment à cause du fait qu’elle est censée se passer en noir et blanc, les couleurs ayant été supprimées de la vision humaine, tout comme les sentiments. Le film va donc devoir intégré ce fait, ainsi que celui où les couleurs finissent par apparaître peu à peu, par petites touches, sans que ce ne soit trop brutal.

De quoi parle ce livre?

L’histoire se déroule dans ce qui pourrait être notre futur. Après de nombreuses guerres, une communauté d’êtres humains s’est formée afin de vivre de manière parfaite. Pour se faire, les dirigeants de cette communauté ont mis au point un moyen pour supprimer toute émotion possible, afin que la guerre ne vienne plus ternir leurs vies. Mais en faisant ceci, ils ont aussi supprimé toute notion d’amour ou d’amitié. Cette communauté est régie selon des règles bien strictes, qui doivent protéger cette perfection de société. Par exemple, nous voyons apparaître le terme de cellule familiale. Avec la disparition des sentiments est survenue celle de la famille. Les êtres humains ne se marient plus en s’aimant et en désirant construire une famille ensemble, ils le font parce que c’est leur devoir de perpétuer cette société. En vérité, les enfants sont conçus et séparés de leurs parents biologiques pour être déposés au Centre Nourricier, lieu où naissent tous les bébés et où ils passent leurs premiers jours, avant d’être attribués à une famille qui va les élever. Chaque cellule familiale ne peut comporter que deux enfants.

Lors de l’année des douze ans des enfants, une grande cérémonie est organisée afin que chacun se voit attribuer son futur métier. Ce dernier est décidé par les hauts membres de la société selon les aptitudes de chacun et les heures de bénévolats effectuées par chaque enfant. Jonas va justement fêter ses douze ans, il va devoir participer à cette cérémonie qui l’effraie, parce qu’il ne sait pas encore quel poste va lui être donné, et qu’il appréhende ce changement dans sa vie. Il est alors choisi pour devenir l’apprenti du Dépositaire de la mémoire.

Alors, que fais le Dépositaire de la mémoire? Il est celui qui se souvient des guerres et des sentiments, des couleurs et de la véritable nature des hommes avant d’être privés de ce qui les séparaient des animaux. Le Dépositaire de la mémoire possède dans son esprit tous les souvenirs de la vie d’avant. Il est un Sage qui guide parfois le Conseil de la ville, mais il est aussi la preuve qu’il existait une autre manière de faire. En quelque sorte, il est celui qui fait le lien entre la société actuelle et celle qu’il y avait autrefois. Cette société de perfection a besoin de lui pour prendre certaines décisions, mais il est aussi une sorte d’ennemi, car il est celui qui peut faire basculer la perfection mise en place. Il ressent les sentiments, il voit les couleurs. Il est celui qui est au courant de tout. Il se souvint du passé et de ce fait peut aussi prévoir l’avenir.

Le métier de Dépositaire de la mémoire est une voie de souffrance et de solitude. Il est en effet le seul à pouvoir ressentir des émotions et voir ce que les autres ne voient plus. Il est donc à la marge de la société, condamné à se souvenir de la musique, de la poésie ou de la peinture sans pouvoir en faire, puisque c’est interdit par les règles. Jonas a donc peur de s’engager sur ce chemin. Et pourtant, lorsque le Dépositaire va lui montrer pour la première fois ce que l’humanité à perdu, Jonas va en demander plus, et il va se révéler très curieux, notamment sur une des pratique de sa communauté, l’élargissement. 

Cette pratique, Jonas va la découvrir d’une manière assez horrible. Comme je l’ai dit, le Dépositaire de la mémoire est celui qui sait tous les secrets de la communauté. Il est donc très aux faits de ce qui s’y passe à cause de son statut de conseillé. Ce que le communs des mortels ne sait pas sur leur propre communauté, lui le sait. Puisque Jonas va devenir le nouveau Dépositaire, il doit apprendre ce qu’est l’élargissement. Mais les mots ne servent pas toujours à faire comprendre la réalité des choses. Jonas n’est en effet pas prêt à écouter, à saisir la vérité. Alors, plutôt que de lui raconter ce qu’est l’élargissement, le Dépositaire va lui montrer une vidéo. Sur ces images que va visionner l’adolescent, il va voir son père prendre deux jumeaux qui viennent de naître, les étudier, et choisir celui qui est le plus faible, le plus inapte à survivre, et il va l’euthanasier. Voilà ceux à quoi sont condamner les jumeaux, puisque seul un des deux survivre selon les lois imposées, et les personnes âgées ayant atteints un certain âge, fixé par la société. Il n’y a pas d’échappatoire possible.

Ce qui va profondément choquer Jonas, qui a déjà quelques sentiments en lui, c’est cet acte barbare que font les adultes comme son père sans même sourciller, parce que c’est la loi. Ce ne sont donc que des robots qui agissent comme la société leur demande, sans se poser de questions.

Et voilà qu’arrive chez eux un petit frère pour Jonas, Gabriel. Le père de d’adolescent l’a ramené du Centre Nourricier car il est trop faible pour rester là-bas. S’il ne reprend pas rapidement des forces, il va être élargi. Une course contre la montre s’organise alors pour sauver Gabriel et ouvrir les yeux aux habitants de la communauté.

Pourquoi ce livre m’a marqué?

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai lu ce roman alors que j’étais encore au collège. Cela fait près de dix ans maintenant et il a été le premier livre de ce genre que j’ai dévoré. Je ne connaissais pas encore ce genre, le dystopique, et le fait de découvrir les travers de notre société m’a assez effrayé. Parce que ce livre parle bien de cela, de ce profond désir qu’a la société humaine de devenir parfaite et de supprimer toutes les actions de rébellion. Ici, ils vont jusqu’à supprimer les émotions pour mieux manipuler les individus, pour mieux les faire rentrer dans le moule. Tout le monde accompli son action sans rien dire, sans même réfléchir. La société a totalement annihilé tout ce qui constitue l’être humain. Ce dernier ne fait plus que se lever, se nourrir, aller au travail, et parfois s’occuper des enfants parce que c’est ce que l’espèce exige, qu’il y ait des descendants.

L’écriture de Lois Lowry est fluide et se lit rapidement. Je crois me souvenir que j’ai lu ce roman en quelques jours. Au début, le personnage de Jonas nous répugne un peu, parce qu’il est comme tous les autres, il veut un métier tranquille, qui le fera se lever le matin sans craindre ce qui va lui tomber sur la tête, se marier un jour avec une fille qui aura le plus de caractéristique lui correspondant, et élever les enfants des autres comme si c’était normal. Cependant, au fil du récit, à mesure que Jonas prend conscience que les sentiments ne sont pas une mauvaise chose, que la manière dont il vit ne lui convient plus, il devient à nos yeux plus humain, et on s’attache à lui, tout comme on s’attache au petit Gabriel pour qui se prend immédiatement d’affection Jonas. Et avec l’adolescent, on se sent seul à mesure que les jours passent, que son apprentissage avance, et que ses amis ont peur pour lui et de lui.

Je pense que ce livre peut être une bonne initiation à la philosophie, et je regrette le fait que les enseignants de lycée, sous prétexte que ce soit un livre jeunesse et non universitaire, ne le prennent pas assez en considération. Car il y a dans le Passeur tous les thèmes fondamentaux à l’étude de la vie en communauté, de la valeur de la vie et de celle de la mort. Il y a toute une réflexion sur les choix et les sentiments, sur le fait de savoir ce qui doit donner du sens à l’existence. Les amis de Jonas, tout comme tous les autres habitants de leur communauté, n’ont pas de choix à faire. A aucun moment, ils n’ont de désirs particuliers. Ils ne choisissent pas leurs métiers, ils ne choisissent pas leurs conjoints, ni ce qu’ils ont envie de faire. Tout est dicté par la société, du moment de leur conception au moment de leur mort. Leurs vies ne leurs appartiennent pas, elles sont la possession de l’Etat. Le véritable cheminement de ce livre, c’est de savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour avoir une société parfaite, une société sans guerre ni remise en question. Je suis certaine que si c’était possible, il y aurait déjà des communautés ainsi, et ce livre est fait pour que nous, en tant que lecteur, nous réfléchissions sur le sens que nous sommes prêts à donner à nos vies, sur nos qualités à dire non et à se rebeller, à aimer et accepter.

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En ce qui concerne le film, ne sortant qu’en octobre, nous n’avons donc qu’une bande-annonce. Il parait difficile de juger une bande-annonce, mais il semblerait déjà que le film soit plus axer sur l’action que le livre. En ce qui concerne le récit écrit, il n’y a pas de scène de combat, de bataille ou de grande démonstration de courage. Même la fuite de Jonas n’est pas spectaculaire. Je suppose que les réalisateurs ont voulu rendre le film plus rythmé, lui donner plus d’intensité. Mais le livre ne comporte pas de scène épique comme Hunger Games. Tout y est plus dans la finesse, dans le psychologique. Il y a aussi ce problème de l’acteur principal, Brenton Thwaites, sensé représenter Jonas, qui a vingt-cinq ans. Du coup, dans le film, Jonas aura seize ans et non plus douze, à croire que les enfants de cet âge ne peuvent pas prendre les décisions que va prendre Jonas. C’est comme si Rue, dans Hunger Games, devait absolument avoir seize ans parce que les enfants de douze ans ne peuvent pas mourir. Je prends ici l’exemple de Rue parce qu’elle a le même âge que Jonas. Par conséquent, je trouve dommage d’avoir changé ainsi l’âge du personnage principal, sans doute pour toucher plus un public d’adolescent.

Maintenant, je pense que ce film est à voir pour se faire sa propre opinion, même si toutes ces adaptations jeunesses se font trop présentes en ce moment, et que j’aimerai voir plus d’histoires originales au cinéma.  

Et vous?

Vous avez lu Le Passeur? Ce livre vous a-t-il marqué? Allez-vous aller voir le film? 

 

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