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Les descriptions de lieu

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Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’un sujet bien particulier, qui touche à mon expérience personnelle : il s’agit de la description de lieux. En effet, comment faire pour que les lieux décrits dans vos histoires semblent vivants et ancrés dans la réalité?

Personnellement, je me suis souvent posé cette question. Pas parce que je n’arrivais pas à imaginer des lieux, mais parce que je tenais à ce que ces derniers paraissent crédibles et que mes lecteurs puissent s’y projeter. Il peut sembler simple de décrire une forêt, mais lui donner une ambiance propre à elle est une autre paire de manche. Par exemple, il y a une différence entre raconter :

Ils entrèrent sous la couverture des arbres. Le ciel disparu de leur champs de vision. Il y avait des chênes à perte de vue.

et :

Ils entrèrent sous la couverture sombre des arbres. A cause du feuillage épais qui formaient une arche au-dessus de leurs tête, le ciel disparu de leur champs de vision. L’obscurité se fit plus présente, plus pesante. L’humus qui recouvrait le sol étouffa leurs pas, les enveloppant dans le silence. Aucun oiseau, aucun animal ne se manifesta. C’était comme s’ils étaient seuls au monde, perdus dans une mer de chêne.

En vérité, ce qui est important dans la descriptions, c’est l’ambiance qui va en ressortir. Les descriptions de lieu sont certes nécessaires pour que le lecteur puisse imaginer l’endroit où évoluent les personnages, mais elle est aussi nécessaire pour poser l’atmosphère qui y est liée. Cette ambiance va donner le rythme de la suite du texte, elle va être un indice à ce qui va arriver aux personnages. Ainsi, dans l’exemple proposé plus haut, nous avons une ambiance plutôt sombre, qui apporte une tension dans le texte. Nous sentons que la forêt n’est pas acquise, que des dangers peuvent en émerger.

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Avec l’ambiance, nous pouvons donc étoffer notre description, dévoiler la suite du récit tout en lui donnant un rythme posé ou plus rapide. Pour mieux expliquer cette question de rythme, nous aller étudier les descriptions d’une ville comme New York. Comment pouvons-nous décrire une ville comme New York autrement que comme un amas de gratte-ciel?

Elle sort et hume l’air. Ses poumons se remplissent d’une joie de vivre intense. Que la vie est belle à New York ! Que le ciel est bleu, palpitant ! On a envie d’y projeter ses rêves.

Comme cette ville lui va bien.

Elle longe Central Park et marche vers Madison. Les arbres du parc dessinent des ombres mouvantes sur le trottoir, elle respire l’odeur du crottin des calèches pour touristes, observe les vendeurs de bagels et des hot-dogs, les dais à l’entrée des immeubles, les doormen qui sifflent pour héler un taxi et tendent une main furtive pour dérober un pourboire. Elle ne marche pas dans New York, elle se nourrit. Cette vielle est un puits à pétrole. Elle fore, fouille, extrait, fait jaillir des geysers d’idées. Elle salive. La vie lui saute aux yeux et elle est obligée parfois de les fermer pour prendre des notes et ne rien oublier.

Katherine Pancol, Muchachas, tome 3

Avec une telle description, nous sommes tous de suite plongés dans l’ambiance, nous sommes projetés dans la ville que nous voyons avec les yeux du personnage. Nous ne pouvions qu’être rallier à sa vision, et à l’impression qui va en ressortir.

Comment mettre en place une ambiance?

Je pense que c’est ce qui est le plus compliqué à faire dans une description. Parce que sans cette atmosphère propre au lieu décrit, le lecteur ne va pas réussir à imaginer ce lieu, ni même à se l’approprier. Il va en rester à la périphérie. Sans l’ambiance qui correspond au lieu, la description va être banale, et peut paraître aussi inutile. Poudlard, sans la magie, ne serait qu’un vieux château avec des tours en forme de chapeaux de sorcière. La magie est alors ce qui va donner vie au lieu, donner envie au lecteur de s’y projeter, de se promener dans ces couloirs et de découvrir son histoire.

Mais mettre en place une ambiance vivante n’est pas une mince affaire. Il faut en effet que cette ambiance colle avec le reste du récit. Si vous écrivez un récit d’horreur, le lieu où vous allez envoyer vos héros se doit d’être un lieu angoissant, sombre, avec une atmosphère lourde, propice à la peur. Dans ce cas précis, si vous décrivez un lieu inondé de soleil avec des petits oiseaux qui chantent, une immense baie vitrée dans une maison hantée ultra moderne qui donne sur un jardin avec des enfants qui jouent, vous allez perturber le lecteur. Evidemment, ce type de description peut fonctionner dans un roman d’horreur au début, pour donner une ambiance de mystère, pour que le suspens soit à son comble et que le lecteur se demande ce qu’il va advenir des personnages. Mais cette description ne peut pas durer, sinon l’horreur qui devait s’instaurer ne va pas sembler adéquate dans la suite du récit.

Prenons au autre exemple. Dans un roman de science-fiction, nous nous attendons à découvrir un univers extra-terrestre, ou du moins qui se déroule dans l’espace. Si ce que nous commençons à décrire ressemble trop à la Terre, ou même que nous décrivons la Terre, avec le même type de lieux que sur Terre, le lecteur va se retrouver largué. Bien entendue, nous pouvons décrire une terre qui ressemble à la Terre, avec les mêmes caractéristiques, mais nous ne pouvons pas décrire la Terre avec ses mêmes habitants. Pour un roman de science-fiction, il faut que le lecteur sente qu’il se trouve plongé dans un autre univers, sinon il va se croire dans un roman réaliste, ce qui ne sera pas le but. La Terre décrit dans ce type de roman ne peut donc pas être l’exacte jumelle de la nôtre, ou alors elle ne peut pas être dans le même cycle temporel. Certains romans de science-fictions se déroulent certes sur notre planète bleue, mais dans le passé ou dans le futur. L’ambiance ne peut donc pas être la même, il faut qu’elle soit différente de ce celle que nous vivons habituellement.

Par conséquent, ce que je mets en valeur dans une description, c’est l’ambiance adéquate au récit. Vos descriptions doivent être en cohérence avec ce que vous racontez. Vos lieux doivent s’adapter au thème de votre roman. Les lieux d’un polar ne doivent pas être décrits de la même manière que ceux d’un roman fantastique. Ils ne seront d’ailleurs pas les mêmes.

Mais comment parvenir à trouver la bonne ambiance?

Comment savoir que les lieux décrits vont paraître vivants au lecteur, car c’est bien cette ambiance particulière qui est au centre de cette chronique? Je pense qu’en vérité, tout se trouve dans nos souvenirs. Un lieu, qu’est-ce que c’est? Il s’agit d’un endroit dans lequel nous sommes, et qui nous marque. Les lieux doivent toucher à l’émotion. Un endroit ne se limite donc pas à ses caractéristiques, il doit dégager quelque chose, c’est ce que nous allons retenir dans notre description de l’ambiance dans lequel nous allons le placer. Or, pour que l’endroit puisse dégager cette ambiance qui va guider le lecteur pendant tout son voyage, il faut déjà que nous l’ayons en nous. Il faut que le lieu que nous allons décrire nous inspire, produise en nous des émotions que nous allons ensuite transmettre beaucoup plus facilement que si nous devions les imaginer. Il sera beaucoup plus aisé pour vous de décrire un lieu angoissant si ce lieu a évoqué des peurs chez vous, ou un lieu romantique si vous y aviez déjà vécu une histoire d’amour. Là encore, je ne dis pas que nous ne devons raconter nos histoires que dans des lieux familiers, je pense simplement que les émotions que nous avons ressenti dans de tels endroits seront plus faciles à retranscrire.

L’avantage avec cette technique, c’est qu’elle nous aide aussi à imaginer de nouveaux lieux. Si nous reprenons l’exemple de la forêt, il suffit de se rendre dans une forêt toute simple pour avoir de premières impressions et ensuite extrapoler sur ces impressions. En effet, il suffit parfois d’une simple impression qui va permettre de construire et de nourrir votre description qui va en découler. Tout le monde sait que dans une forêt les arbres forment une sorte de labyrinthe, que les arbres s’étendent sur plusieurs mètres, bouchant ainsi la vue aux quatre points cardinaux. Ceci est une description simpliste d’une forêt. Mais le fait d’aller se promener dans un bois vous apportera en plus l’odeur particulière de l’humus en train de moisir qui s’en dégage; des morceaux de bois qui craquent sous vos pieds lorsque vous marcher; de la lumière qui déclinent à cause des arbres à certains endroits mais qui revient à d’autres; des bruits d’animaux qui résonnent, et du silence parfois pesant, signe d’attente de la part des animaux, lorsque d’autres bruits inconnus à la forêt se font entendre. Et si vous y allez en des saisons différentes, la forêt aura encore changer, l’ambiance ne sera plus la même.

Aller dans un lieu qui va vous inspirer va vous permettre d’imaginer ce lieu avec vos personnages, voir même d’imaginer ce lieu dans un autre endroit où il conserverait son ambiance propre. Par exemple, nos observations dans notre forêt pourrait nous permettre de créer de toute pièce une forêt identique, mais dans un lieu différent, dans un monde différent, où évolueraient nos personnages. Le silence pesant observé plus haut deviendrait alors le signe annonciateur d’un danger proche, et nous serions déjà comment décrire ce silence grâce à cette atmosphère perçue lors de notre visite. Nous pourrions aussi rendre notre forêt enchantée en jouant sur les différentes lumières s’agitant sur les feuillages colorés, sur les bruits d’animaux, sur notre rencontre avec une biche et son petit, etc… Et nous remarquerions alors que l’ambiance, l’atmosphère de la forêt où nous sommes lui est propre. L’agitation de la forêt de Brocéliande n’est en effet pas la même que celle de la Forêt Noire.

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forêt de Brocéliande

Il en est de même avec l’Océan ou les montagnes. L’Océan Atlantique ne se décrit pas de la même manière que la Mer Méditerranée, tout comme les Alpes ne sont pas les mêmes montagnes que celles du Massif Central. Mais à partir des observations que nous en faisons, nous pouvons décrire n’importe quel océan ou montagne et jouer sur leurs différences.

Mais comment faire pour les villes?

Il semble évident que les villes ne se décrivent pas de la  même façon que les autres lieux. Pourquoi? Parce que les villes ont chacune ont âme qui dépend de ses habitants. Au début de cet article, nous avons parlé de New York. Bien que ce soit une ville avec des grattes ciels et tout ce qui caractérise une ville, elle est différente de Londres ou de Paris, tout comme cette dernière est différente de Brest ou de Marseille. Déjà, il y a une différence majeure, c’est leur plan. Aucune des villes citées n’a de plan identique. Elles ont toutes des quartiers différents nommés de certaines manières, avec des transports en communs particuliers. Ces détails peuvent paraître anecdotiques et pourtant, si vous dîtes qu’il y a un métro à Angers, vous risquez de recevoir plusieurs lettres d’Angevins qui vous feront remarquer que c’est un tramway qui circule dans leur ville, et ce type de contestation ne vous fera pas une bonne pub. Les lecteurs qui liront votre texte s’attendent à ce que vous respectez un minimum la réalité de leur ville. Il faut donc vous renseigniez un peu avant de commencer à écrire votre roman.

Venons en maintenant aux quartiers. Chaque quartier est différent, avec parfois une architecture qui lui est propre. Dans les villes de l’Ouest, les centres-villes sont souvent plus anciens, avec des immeubles ne dépassant pas six étages, construits avec des vieilles pierres, et souvent très hauts de plafond. Mais ceci est une généralité, une ville comme Brest était justement un contre-exemple, avec son centre-ville reconstruit après la Seconde Guerre Mondiale et étant donc beaucoup plus moderne qu’une ville comme Nantes. Et puisque nous parlons d’architectures, nous ne devons pas perdre de vue que les maisons bretonnes sont différentes des maisons du Sud.

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Brest centre

Évoquons maintenant l’âme des quartiers. Au sein d’une même ville, chaque quartier a donc son style architectural propre, mais aussi une vie qui va le caractériser. Pour mieux expliquer cette idée, je vais me servir de la ville de Paris, que je ne connais hélas pas assez donc je vais m’en tenir à des quartiers très connus. Le quartier de Pigalle a une vie et une ambiance différente de celui du Père Lachaise, tout comme le quartier latin est différent de celui de la Défense. Alors, le plus simple pour rendre compte de ces ambiances différentes, c’est d’aller sur place. Il s’agit certes d’un conseil qui peut sembler banal, et qui pourtant, à mon sens, et ce qui va vous aider le mieux à construire votre description sans être influencer par vos lectures ou les films que vous aurez vu sur ce lieu. Car sinon, comment s’inspirer d’un lieu qu’on ne connait pas, sans s’inspirer des visions des autres?

Comment choisir un lieu adéquate à votre histoire? 

Voilà bien une question où chacun à sa propre réponse. Le meilleur lieu pour votre histoire sera celui qui collera le plus avec votre histoire et celui avec lequel vous vous sentirez le plus à l’aise à décrire. Pour vous parler de mon expérience personnelle, il y a des lieux qui se sont imposés à moi pour certaines histoires, et d’autres où je cherche encore. Il y a aussi des lieux où j’avais envie d’envoyer mes personnages mais où je me suis rendu compte que je n’arrivais tout simplement pas à parler. Par exemple, j’ai essayé de placer l’une de mes intrigues à Seattle, et je me suis rendue compte qu’il était difficile de décrire une ville que je ne connaissais pas du tout. Comment savoir où placer l’habitation de mes personnages? Le lieu où ils travaillent? Certes, je pourrai le faire au hasard, avec Google Maps, mais ce n’est pas aussi simple. Et même pour certaines villes où je suis déjà passée sans m’attarder, j’ai beaucoup de difficultés à savoir où nous situer, moi et mes personnages. C’est comme ça que j’ai constaté que, quoique je fasse, je revenais toujours aux endroits que je connaissais le mieux, à ceux auxquels j’étais habituée et que je fréquentais. L’une de mes histoire ne se passera pas au sud de Nantes, mais bien près des bois où je vis, et pour une autre, je vais devoir, à mon grand désespoir, laisser Brest de côté pour mon village d’enfance. Et finalement, est-ce que mon texte y perd? Je ne sais pas, mais quoi que je fasse, c’est toujours vers la Loire que mes mots me guident.

Elles roulèrent pendant plus d’un quart d’heure avant d’arriver en vue d’une succession de deux ponts. En face d’elles s’élevait une grande falaise, comme celle qu’Eloïse avait l’habitude de voir en Bretagne. Cette dernière surplombait la vallée et le fleuve qui coulait en-dessous des ponts. Elle était envahie d’arbre et de petits sentiers creusés à même la roche. De là où elle était, assise dans cette voiture, Eloïse pouvaient les apercevoir, ces murets construits depuis des siècles, ces chemins serpentant sur la roche, formant un enchevêtrement labyrinthique de tranchées bâtis pour lutter contre l’ennemi. Elle s’était un peu renseignée, et savait que ces couloirs qui longeaient la falaise avaient connus les batailles et les pertes, que cette ville qui se levait devant elle avait été l’un des haut-lieu de la Guerre de Vendée.

Sur cette falaise au flanc souillé par le sang, se dressait une immense abbatiale qui veillait sur la vallée en contrebas, telle une vieille reine qui surplomberait ses sujets depuis son trône de pierre. Elle dominait le village qui se trouvait à ses pieds, sur les bords de Loire. Le fleuve, qui semblait se soumettre face à la falaise, paraissait aussi être un roi qui attendait son heure. Les maisons sur la falaise se faisaient rares, tandis que celles plus bas courtisaient la Loire qui venait lécher les jardins, guettant l’heure où elle reprendrait le dessus sur la falaise, où elle viendrait grignoter la roche.

Derrière la tourelle de l’abbatiale, le soleil était en train de décliner, rendant cette ambiance presque féerique. Eloïse ferma les yeux un moment. Par la fenêtre de la voiture, l’odeur du sel et de la mer remontant le fil de l’eau lui rappela sa Bretagne chérie. Le vent s’engouffra dans l’habitacle, lui ébouriffant les cheveux, et elle sut qu’elle étant enfin arrivée chez elle.

St florent le vieil
St Florent le Vieil en été 

Et vous?

Comment faîtes-vous pour vos descriptions de lieu? Avez-vous des préférences, des endroits que vous préférez raconter? Comment les choisissez-vous?

La page FB du blog est ouverte, pour tous ceux qui ne peuvent s’abonner au blog, allez y jeter un coup d’oeil : https://www.facebook.com/lasorcieredesmots

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5 réflexions au sujet de « Les descriptions de lieu »

  1. Cet article est excellent, cependant certaines fautes d’orthographe le défigurent. par ex: « Le ciel disparu de leur champs de vision. » disparu prend un « t » ,disparut, et champs ne prend pas de « s » ,champ de vision. Ils partageaient le même champ de vision. Elles s’accumulent au long du texte… Dommage.

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