chroniques littéraires

Wonder

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Pour ce nouvel article, qui a mis beaucoup de temps, j’en suis désolée, mais j’ai eu beaucoup de mal à rendre un vrai hommage à ce roman, je vais vous parler de l’un de mes coups de coeur du moment, il s’agit du roman jeunesse Wonder, écrit par R. J. Palacio, édité aux aux éditions Fleuve Noir.

Ce qui m’a d’abord attiré vers ce roman est sa couverture surprenante. Personnellement, je la trouve magnifique. J’aime beaucoup cet aspect graphique, ce mélange de couleur et ce fond noir. Je trouve que l’on devine assez bien le fait que le personnage principal va être un être atypique. Enfin, cela ne saute pas au yeux aux premiers coups d’oeil, et il faut attendre le résumé pour revenir sur cette couverture et s’arrêter sur ses détails, sur le front très haut de cette figure présentée de profil, sur l’aspect perturbant de ces ronds presque hypnotiques. Evidemment, l’autre couverture qui a été présentée permet encore mieux de cerner le sujet de ce livre. Rien que pour le plaisir des yeux, je vous la montre:

Wonder-by-R.J.-Palacio

Venons-en à présent au titre : Wonder. Ne parlant pas parfaitement anglais, et ayant une vraie lacune au niveau vocabulaire, je ne me suis pas arrêtée sur ce titre. Je suis directement passée au résumé. Et pourtant, le titre est déjà un parfait condensé du livre. Wonder signifie prodige, génie, merveille. Notre personnage principal est justement cela, une merveille.

August Pullman, dit Auggie, connaît presque toutes les joies d’un garçon de son âge. A dix ans, il fait du vélo, joue à la DS et adore Halloween. Parce que c’est à peu près le seul jour de l’année où il se sent normal. Atteint d’une terrible malformation faciale depuis la naissance, il se cache alors sous un gros casque de cosmonaute et oublie, pendant une soirée, qu’il fait peur à tout le monde le reste du temps.

Protégé autant que possible par sa famille aimante, scolarisé à domicile, Auggie voit soudain son petit cocon éclater : ses parents ont décidé qu’il était temps pour lui d’intégrer le collège pour de vrai. Mais malgré son humour décapant, Auggie ne laisse personne indifférent : il dérange et met mal à l’aise.

Le monde des enfants et des adultes ordinaires réussira-t-il à faire une place à ce garçon à la fois si semblable aux autres et si différent?

Dans ce livre, nous suivons donc l’histoire d’August, un jeune garçon de dix ans malade depuis sa naissance. Le mot qualifiant sa maladie n’existe même pas, il s’agit d’une rencontre entre deux gènes porteurs chacun d’une malformation, dont l’un est la dysplasie otomandibulaire bilatérale, qui a été aggravé par une dysplasie occulo-auriculo-vertébrale. Lorsqu’il n’était qu’un foetus, August n’avait pas de mâchoire. Il est né comme ça. L’aspect génétique est très bien expliqué, et ceci fait froid dans le dos. Les deux parents étaient chacun porteur d’un gène défectueux, dont la combinaison a abouti à ce triste résultat. August, avant cette fameuse année de sixième qui est le sujet de ce livre, a dû subir vingt-sept opérations, dont l’une a été de lui mettre un morceau de sa hanche dans ce qui aurait dû être sa mâchoire inférieure. Non seulement son visage est déformé par sa maladie, mais en plus il est recouvert de cicatrice de son cou sur son front. Même avec la plus grande des imaginations, il est très difficile de concevoir la figure d’August.

Ses yeux sont environ trois centimètres en dessous de leur place, presque au milieu de ses joues. Ils s’ouvrent en diagonale à un angle très aigu, comme si quelqu’un avait pratiqué deux incisions dans son visage. L’oeil gauche est visiblement plus bas que le droit. Ils ressortent un peu parce que leurs orbites sont trop étroites pour les contenir. Les paupières supérieures sont toujours à moitié fermées, à croire qu’il est qu’il est sur le point de s’endormir. Les paupières inférieures pendent comme si de petites ficelles invisibles les tiraient vers le bas : on aperçoit la partie rouge à l’intérieur. Il n’a ni sourcils ni cils. Son nez, charnu et flasque, est disproportionné par rapport à son visage. Vu les trous dans sa tête à l’endroit où devraient se trouver ses oreilles, on pourrait penser que quelqu’un a pris de grosses pinces et lui a écrasé le milieu de la tête. Ses pommettes sont inexistantes. Il a deux plis de chaque côté de son nez et de sa bouche qui le font ressembler à un masque de cire. Parfois, les gens sont convaincus qu’il a été victime d’un incendie parce qu’on dirait que ses traits ont fondu, à la manière de la cire coulant le long d’une bougie. Les nombreuses opérations pour fixer son palais lui ont laissés des cicatrices autour de la bouche.

Nous suivons donc August dans sa vie d’adolescent qui se veut être normal, mais qui finalement ne l’ait pas. Malgré tous ses efforts, il reste un être différent. Il ne va pas à l’école, il reste cloîtré chez lui ou dissimulé derrière un casque de cosmonaute qui permet aux autres enfants de ne pas voir son visage défiguré. Mais voilà que soudain, sa mère se met en tête de le scolariser. Non pas qu’August soit totalement réfractaire à cette idée, mais il est un enfant terrifié par ce que les autres peuvent penser de lui. Malgré tout ce qui dit August, les avis des autres restent importants. Lui qui se dit indifférent à cela a peur des réactions qu’il peut provoquer. Or, des réactions, il va il y en avoir, des bonnes comme des mauvaises.

Le roman commence donc par la description de l’état d’August, puis par sa découverte du projet de sa mère, soit son idée de le scolariser dans un petit collège près de chez eux. Sans entrer plus dans l’intrigue de l’histoire, August décide finalement de se plier au jeu. Il faut dire que le directeur de ce collège est très enthousiasme à l’idée d’avoir August dans son établissement. Enfin bref, August fait ses premiers pas au collège, et en amitié. Lui qui n’avait eu que des amis qui le connaissaient depuis son plus jeune âge, donc qui avaient vu sa transformation au fil des opérations, se retrouve  plongé dans la cage aux lions. Tout le monde retrouvera ici sa propre expérience du collège multipliée par 10. August est le nouvel élève mis de côté par les autres.

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman, c’est qu’il ne tombe jamais dans le drame. Certes, l’histoire d’August est tragique, et les événements qui vont lui arriver vont nous attrister ou nous mettre en colère selon les réactions des autres, mais le style de l’écriture de R. J. Palacio reste fluide et il n’y a pas de jugement sur ce que pensent les autres. En fait, ce récit est construit comme un récit autobiographique. Nous avons même tendance à oublier qu’il s’agit d’une fiction. Nous avons au début le point de vue d’August lui-même qui raconte ses premiers pas hors de son cocon familial, puis nous enchaînons avec celui de sa soeur, qui entre au lycée. Nous avons donc aussi son évolution à elle, son cheminement personnel par-rapport à la maladie de son petit frère. Dans la suite du récit, nous aurons aussi les points de vue de Jack, de Summer et de Justin, des personnages qui vont aller et venir dans le récit et qui vont entrer dans la sphère d’August, car le récit tourne toujours autour de lui, mais avec des appréciations différentes. Chaque personnage va avoir son propre avis sur August, sa propre manière de l’aborder. Ce que j’ai nettement apprécié, c’est le fait que le style de l’auteur s’adapte à celui du narrateur. Les passages avec Justin ne vont pas s’écrire comme ceux d’August ou des autres. Chaque personnage va avoir son propre style pour raconter cette histoire qui dure une année scolaire.

Avec les différents points de vue, nous voyons aussi à quel point, parfois, l’éducation de certains enfants va définir quelle personne ils vont devenir. Ce roman donne l’impression que les individus ne naissent pas fondamentalement bons ou mauvais, mais que c’est la manière dont leurs parents vont leurs faire découvrir le monde qui va être fondamentale. Je pense que dans ce roman, certains parents sont à blâmer, et je plains ceux d’August confronter à la méchanceté de certaines familles. Le pire, c’est que ces enfants reproduisent les actes de leurs parents, pour certains sans penser au mal qu’ils font, d’autres pour blesser le plus possible. Parce que ce livre ne s’arrête pas aux appréciations des enfants qu’August va rencontrer lors de sa première année de collège, mais aussi sur ceux des adultes qui vont se retrouver confrontés à lui, même indirectement. Nous avons donc dans le même temps les réactions des parents face à cette difformité dont ils voudraient protéger leurs enfants, à croire que cette maladie génétique pourrait s’attraper rien qu’en touchant August ou en le regardant. Je pense que c’est ce qui pousse notre jeune personnage principal à se méfier des individus en général.

Malgré son apparente normalité, August n’est pas dupe de l’apparente normalité que ses parents tentent de créer autour de lui. Il sait très bien qu’il ne pourra jamais être comme les autres. Il ne leur en veut pas de ne pas être comme lui. Il s’en veut beaucoup à lui d’être ce qu’il est. Ce que j’ai trouvé le plus choquant, c’est de penser que des enfants hurlent en voyant des enfants comme August, qui reste un enfant qui a traversé beaucoup d’épreuve, mais qui finalement est comme eux, avec les mêmes peurs et les mêmes rêves. Nous ne devons pas nous arrêter au physique. Je suppose que c’est le message de ce livre.

Je ne suis pas un garçon de dix ans ordinaire, c’est certain. Oh, bien sûr, je fais des choses ordinaires. Je mange des glaces. Je fais du vélo. je joue au ballon. J’ai une Xbox. Tout ça fait de moi un enfant comme les autres. Sans doute. Et puis je me sens normal. Au-dedans. n’empêche, lorsqu’un enfant ordinaire entre dans un square, les autres enfants ordinaires ne s’enfuient pas en hurlant. Quand un enfant est normal, les gens ne le fixent pas partout où il va.

Si je me trouvais une lampe magique et si un seul souhait m’était accordé, je demanderais un visage ordinaire que personne ne remarque jamais. J’aimerai pouvoir marcher dans la rue sans que personne me regarde et puis détourne les yeux à toute vitesse. voilà mon idée : la seule raison pour laquelle je ne suis pas ordinaire, c’est que les autres ne me voient pas comme ça.

Ce livre est un incroyable message de tolérance. Sans nous attarder sur la maladie d’August, c’est un livre qui parle de s’accepter comme nous sommes, que nous devons nous aimez comme nous sommes et ne pas vouloir nous changer pour coller aux autres, à leur vision des choses. August ne pourra jamais être comme ses camarades, et ce récit raconte son initiation à cette idée. CE n’est pas à August de changer, c’est aux autres. Ce livre évoque le passage de l’âge enfant à l’âge adulte par le regard de l’adolescent. L’adolescent doit s’accepter, se confronter aux autres pour grandir. Ce n’est qu’ainsi qu’August évolue et quitte son monde à lui pour entrer dans celui des autres. Et à son contact, les autres vont aussi évoluer. Car ce livre ne raconte pas que l’histoire, la mutation d’August, mais aussi celle de ceux qu’ils fréquentent. August grandit et nous grandissons avec lui. je peux même ici évoquer l’un des passages avec Jack, qui est un enfant considéré pauvre dans ce collège huppé de New York où se passe l’histoire. Notre jeune narrateur, alors qu’il vient  de neiger, découvre une luge très abîmée et abandonnée qu’il décide de réparer. Or, il s’agit d’une luge de l’un de ses camarades de classe qui l’a volontairement oublié parce qu’il en a reçue une nouvelle. Et cet enfant, sans savoir que Jack a récupéré cette luge, se moque de « clochard » qui l’a emportée. Ce livre nous permet donc de nous confronter à tous jugements des adolescents entre eux, des jugements parfois très blessants. Je dois vous confier que cette histoire m’a beaucoup émue et retourner, ce qui prouve que le message fonctionne.

Finalement, je pense que nous devrions tous avoir un August dans notre vie pour nous souvenir que nous ne pouvons pas changer les autres et que c’est à nous d’adapter notre comportement. Nous devons aussi apprendre à tendre la main, à arrêter de nous cantonner au physique ou à certaines attitudes ou à l’argent. Ce n’est pas l’extérieur qui compte, mais bien le Coeur. Ceci est un message intemporel, un peu cliché certes, mais qui est toujours d’actualité. Et c’est aux enfants de le comprendre en premier, afin qu’ils puissent rappeler cela aux parents, aux adultes qui sont autour d’eux. Les enfants sont bien plus courageux que nous.

S’il y avait un moyen de voter, je voterai pour que ce roman soit étudier au collège et au lycée, car il est porteur de tellement de thèmes que les enfants ne devraient pas oublier, que je ne vois pas quel livre pourrait autant changer les mentalités sur le handicap des adolescents. Evidemment, personne n’aurait envie d’avoir un August dans son entourage ou dans sa famille, mais nous devons être prêt à faire un geste envers ces personnes. Ce livre nous permet de ne pas oublier qu’elles existent et que ce qui leur arrive peut aussi nous arriver à nous aussi. Et nous retrouver un autre thème important de ce type d’ouvrage, le coeur gagne toujours. Qu’importe les épreuves, qu’importe les horreurs, l’amour est ce qui permet de tout vaincre. Ce n’est pas parce qu’August est difforme qu’il doit en être privé.

Je suis allé la rejoindre. Elle a sursauté quand je lui ai fait un câlin, puis elle a passé son bras autour de moi et m’a serré contre elle.

– Merci de m’avoir envoyé à l’école, lui ai-je dit doucement.

Elle m’a serré encore plus fort et s’est penchée pour déposer un baiser sur ma joue.

– Merci à toi August, répondit-elle tendrement.

– Pour quoi?

– Pour tout ce que tu nous offres, dit-elle. Pour être entré dans nos vies. Pour être toi-même.

Elle se penche un peu plus et murmure à mon oreille.

– Tu es une vraie merveille, Auggie. Tu es merveilleux.

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