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rencontre avec Katherine Pancol

Samedi dernier, à Angers, Katherine Pancol était en dédicace. Etant précédemment passé à côté de sa dédicace à Nantes, je n’ai pas hésité une seconde pour réserver un billet de train en direction de la capitale angevine avec l’un de ses livres à la main.

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Sans être une fan inconditionnelle de Pancol, j’ai adoré sa trilogie à partir Des yeux jaunes des Crocodiles. Il est certain de que c’est une écriture très simple, qui va aux faits, qui se lit sans prise de tête, mais il y a une vraie histoire derrière ce style fluide, et j’avais adoré suivre les aventures de Joséphine et des autres au fil des mois qui passent et des villes qu’ils traversent. Dans le premier tome de Muchachas, qui se veut être un livre indépendant du reste et qui pourtant reprend certains personnages Des yeux jaunes des Crocodiles, j’avais été heureuse de retrouver Hortense et Joséphine, avec une petite appréhension quand aux nouveaux personnages, me demandant comment Pancol allait parvenir à relier tout ce petit monde déjà bien installé dans la première trilogie, avec ces petits nouveaux parachutés dans cette arène. Sans vous dévoiler l’histoire ou sa trame, qui aura peut-être droit à une chronique à part, sachez que ce premier tome m’a finalement convaincu, et que je me suis prise d’affection pour ces nouveaux personnages. Ceci explique en partie mon envie de rencontrer leur auteur, et puis, sans rien vous cacher, une dédicace en pays de la loire, c’est un fait énorme. A croire que nous sommes le bout du monde.

Bref, je me suis rendu à cette dédicace avec le sourire aux lèvres. Cela faisait bien des années que je n’avais plus approché un écrivain d’aussi près, depuis Julien Gracq en fait. J’y suis allée avec ma grand-mère, qui habite Angers, parce qu’elle aussi aime le travail de Pancol, bien qu’elle n’ait pas accroché à Muchachas, et aussi parce que je ne voulais pas y aller seule. Je dois avouer que je suis du genre timide.

Nous sommes arrivés avant l’heure à la dédicace, et à ma grande surprise, il n’y avait pas encore grand monde. C’est l’avantage de vivre en province. Bon, peut-être que la grande Braderie, qui est une attraction à Angers, à joué dans ce fait. Peut-être aussi que le temps à tendance orageuse à décourager certaines personnes. L’important est que nous étions très bien placées dans la file d’attente. Heureusement, parce que la libraire Richer, où se déroulait la dédicace, n’a pas d’espace dédié à cela. Ceci fait que nous étions dans l’entrée, devant une petite table d’écolier où allait devoir s’installer Pancol. Nous étions aussi juste devant les coups de coeur de l’été, donc devant le présentoir des livres, ce qui gênait un peu les clients qui auraient aimé jeter un coup d’oeil à ces livres. Je comprend que les gens râlent, mais ce n’étaient pas de notre faute, ni même celle de la librairie, qu’il y ait si peu d’espace.

Pour en revenir à la dédicace, nous avons un peu attendu. Apparemment, ils avaient perdu Pancol! C’est du moins ce qu’ils nous ont dit pour expliquer le retard. En vérité, elle répondait aux questions des lecteurs du Courrier de l’Ouest. Le seul bémol là-dessus, c’est qu’il n’y a pas eu de pub, pas eu vraiment de communication sur cette rencontre avec les lecteurs, alors qu’il fallait s’inscrire pour pouvoir participer. Ceci explique le fait que je sois passé à côté de cela, de cette fameuse rencontre/débat.

Enfin, Pancol a fini par apparaître. Et, à la surprise générale, elle ne s’est pas installée à la table pour commencer ses dédicaces, mais elle nous a parlé. Le directeur de la librairie lui a posé de nombreuses questions auxquelles elle a pris plaisir à répondre, afin d’établir un contact avec nous. Elle nous a même livrer quelques unes de ses méthodes d’écriture, dont voici l’exclusivité. 

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Voici donc les Conseils d’écriture de Katherine Pancol :

D’abord, il est conseillé de ne pas écrire le soir avant de se coucher, parce ce que c’est prendre le risque de ne pas pouvoir s’arrêter et de se retrouver à l’aube toujours sur son roman.

Ensuite, un roman ne peut s’écrire que lorsque toutes les fiches personnages sont mises à jour. Pour cela, il faut tout connaître de son personnage, savoir comment il s’habille, ce qu’il mange le matin, la manière dont il bouge, tous les petits détails qui vont le faire s’animer. Parce que c’est cela écrire, faire naître des personnages qui nous pourrions croiser dans la rue, et nous devons croire qu’ils existent pour de vrai. Pour Pancol, tous ses personnages sont vivants. Elle leur parle, elle les écoute, et elle peut les voir. En fait, être écrivain c’est vivre avec ses personnages. Il y a une dimension schizophrène dans l’écriture, et ce n’est que lorsque tous les personnages qui vont composés le roman que l’écriture peut se mettre réellement en place. Pas avant! Il faut pouvoir laisser ses personnages évoluer tous seuls, les lancer dans l’arène et les regarder se débrouiller. L’expérience d’écriture que révèle Pancol est celle d’une mère qui accouche de ses enfants et les regardent ensuite évoluer dans le monde extérieur. Selon elle, elle peut ainsi observer la manière dont ses personnages écrivent leurs propres histoires, son rôle à elle se contentant d’être le scribe de leurs récits. L’écrivain ne serait alors qu’un pont entre le monde de la fiction et le monde réel, il ne serait que le moyen qu’aurait les personnages de parler de leurs aventures. Ce serait donc les personnages qui feraient leurs lois, qui décideraient la manière dont ils vont disparaître, quand ils vont mourir, et de toutes les autres actions qu’ils font. L’écrivain a alors une dimension anthropologique, scientifique. Il recueille les versions des faits, il les explique, mais ce n’est pas lui qui les décident. Les personnages parlent à l’auteur. Une fois que l’un d’eux meurent, sa voix s’éteint. L’écrivain recueille donc ces voix.

Il n’y a pas non plus de bons ou de mauvais personnages. Ce sont seulement des personnes qui prennent de bonnes ou de mauvaises décisions, mais des décisions que tout le monde peut prendre. Il faut que le lecteur s’identifie aux personnages, qu’il sente que ce qui leur arrive peut aussi lui arriver. Il ne peut donc pas il y avoir de méchant dans un roman, au sens où l’écrivain ne doit pas haïr un de ses personnages. Au contraire, l’auteur doit être capable d’aimer tous ses personnages de la même manière. Dans un récit, il ne doit il y avoir aucune colère, aucune haine envers l’un des protagonistes. Ce n’est qu’ainsi que les morts des personnages seront vivantes et qu’elles pourront toucher les lecteurs. Même le personnage le plus insignifiant doit pouvoir être aimé par l’auteur, afin que pendant sa bref apparition, le lecteur l’aime ou le déteste, mais qu’il ait au moins un avis sur lui, qu’il soit donc rendu vivant. D’ailleurs, ceci permet d’avoir des surprises avec certains personnages qui ne devaient avoir qu’un petit rôle et qui finissent par avoir une plus grande place, qui s’imposent dans le texte pour raconter leurs histoires. Dans Muchachas, c’est le cas avec Courtois qui ne devait être qu’un fantôme, et qui se retrouve avec un plus grand rôle, celui de révélateur de secrets.

Le fait d’écrire est un don qu’il faut cultiver. Chacun d’entre nous naît avec un don bien particulier. Pour certains se sera la cuisine, pour d’autres la couture, pour d’autres encore l’écriture. Ce don, il est certes acquis, mais il faut le faire fructifier. Ecrire c’est bien joli, mais encore faut-il écrire juste, d’une manière qui va toucher tout le monde. L’écriture est un don, mais qu’il faut travailler. 

Pancol a alors évoqué la manière dont son succès avait commencé. Elle n’a pas le parcours d’un vrai écrivain. Son parcours est assez atypique. Elle a une formation de journaliste, et elle a travaillé à Paris Match. Raconter ses souvenirs lui a aussi permis de nous dévoiler un autre  conseil : pour écrire, il faut écrire beaucoup. En effet, elle a passé plus d’un an à Paris-match sans publier le moindre article à elle. Evidemment, elle était payée, elle signait des articles qu’elle écrivait, mais ils étaient tous retouchés, complètement réécrits par sa patronne parce qu’elle jugeait son écriture décevante. Donc, tous ses papiers de sa main finissaient à la poubelle, jetés dans la corbeille à papier devant elle. C’est une chose qui marque.

Bref, au bout d’un an de travail acharné sur son style, elle a finit par rendre un article que sa patronne n’a pas jeté. Elle lui a même dit : « Ca y est, tu as trouvé! » Et son article à été publié tel quel. C’est à ce moment-là que Pancol a reçu un appel de la part d’un éditeur qui lui demandait d’écrire un livre. Ce n’est pas elle qui a contacté un éditeur, c’est lui qui est venu à elle en lui soumettant ce projet. Evidemment, elle n’avait pas d’histoire, elle n’avait rien, et surtout, elle ne voulait pas écrire de livre.

C’est comme ça qu’est né Moi d’abord. Alors, qu’est-ce Moi d’abord? Personnellement je ne l’ai pas lu. Selon le spitch que nous pouvons trouver sur ce livre, il s’agit d’un livre basique, un roman d’amour. Je pense que quand on n’a pas vraiment d’idée, écrire sur l’amour est ce qu’il y a de plus simple. Ca touche plus de monde, et les sentiments sont faciles, pas dans leur description, mais dans leur mise en scène. 

Enfin bref, elle a ensuite raconté que le succès avait été au rendez-vous immédiatement, alors même qu’elle était une inconnue du grand publique et que son roman, elle l’avait écrit comme ça, sans vraiment en avoir envie même si elle y avait pris un plaisir fou.

Donc, le succès est au rendez-vous. Elle qui pensait pouvoir retourner à sa vie d’avant à été  de nouveau sollicitée pour écrire un livre, et cette fois, elle a voulu faire les choses bien. Comme elle avait déjà été publiée, elle a pu suivre des cours de synopsie et de scénarise à l’université de Colombia, ce qui l’a beaucoup aidé dans la rédaction de son deuxième roman. C’est là que le virus de l’écriture à germé.

Maintenant, elle écrit un livre très vite, les trois tomes de Muchachas ont été publiés à trois mois d’intervalles. D’ailleurs, un quatrième tome serait en préparation. Chut, on n’a rien dit.

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Pour résumer, le fait d’être publié tient énormément à la chance, au fait d’être ou non repéré. Certaines personnes vont passer leurs vies à envoyer en vain des manuscrits, d’autres encore ne vont pas écrire grand chose mais vont se retrouver avec un contrat. Je pense que ce n’est pas juste, que certains écrivains renommés ne devraient pas avoir la possibilité d’inonder le marché des livres avec leurs écrits décevants, mais que les maisons d’éditions doivent aussi vivre et faire des bénéfices et qu’ils doivent donc miser sur des valeurs sûres. Certes, rien ne prédestinait Pancol à un tel succès, et pourtant l’éditeur a su déceler dans son travail tout son potentiel, mais aussi tout ce qu’elle était prête à retravailler. Elle a bosser pour en arriver là. Certains aiment, d’autres non, et la littérature c’est cela, elle varie selon les goûts et les couleurs. C’est aussi pour cela qu’il y a une énorme part de chance dans le fait d’être publié, surtout à coup d’éditeur. il faut prendre des risques mais coller avec ce que le public attend. L’édition, c’est une perpétuelle mode, un univers en changement qui sait se réinventer, mais dont les histoires restent les mêmes.

Et je retiendrais aussi ce fait de faire vivre les personnages. Ce n’est que de cette manière que le récit peut captiver et faire qu’à 2h du matin nous sommes toujours plongé dans un roman. Qu’importe qu’il soit bien écrit ou pas, l’important est que le lecteur sente que les personnages sont comme lui, qu’il soit touché par ces personnages.

Et surtout, ce que j’ai trouvé de merveilleux dans cette dédicace, dans tous ces conseils de lecture, c’est que Pancol ne se prend pas la tête. Elle a accepté de parler avec nous, elle a pris un instant pour chaque dédicace, elle a pris des photos avec nous, et elle nous a même dédicacé les marques pages. C’était vraiment un bon moment.

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2 réflexions au sujet de « rencontre avec Katherine Pancol »

  1. qu’elle chance tu as eu
    j’habite Brive la gaillarde ville qui chaque année fait une « foire du livre » très courue par beaucoup d’auteurs , chaque année nous y allons avec joie
    biz isa

    J'aime

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