chroniques littéraires

La Liseuse

Pour ma première chronique littéraire, j’ai décider de vous parler d’un livre que j’ai vraiment aimé. Il s’agit de « La Liseuse » de Paul Fournel, édité aux éditions P.O.L.

Certes, la couverture ne paie pas de mine. Le style épuré, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique pour se faire une première idée de ce que va raconter le livre. En général, on s’attend plus à avoir une image, un dessin, au moins quelque chose qui nous parle. Le titre étant assez vague, ce n’est donc pas le visuel du livre qui va nous aiguillonner. Parlons-en d’ailleurs, du titre. Lorsque vous lisez « La Liseuse« , à quoi pensez-vous en premier? Moi, j’ai d’abord cru que c’était un livre sur une femme qui lisait pleins de livres. Après tout, une personne qui lit, elle peut tout aussi bien être qualifiée de lectrice que de liseuse. Selon le dictionnaire Larousse, un liseur est une personne qui aime beaucoup lire.

Mais ici, ce n’est évidemment pas le sujet principal du livre, quoique cela ne semble plus vraiment évident à mesure que les pages s’accumulent. En effet, venons-en au résumé:

La stagiaire entre dans le bureau de Robert Dubois, l’éditeur, et lui tend une tablette électronique, une liseuse. Il la regarde, il la soupèse, l’allume et sa vie bascule. Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c’est comme si son coeur se fondait en deux.

Il va donc bien être sujet d’une liseuse numérique, ces fameux petits objets qui voudraient remplacer le papier et les livres réels. Pourquoi ce sujet m’a intéressé? Tout simplement parce que j’ai vu des très bons sujets sur les liseuses dernièrement sur certains blogs, qui vantent leurs mérites, et que je me dis que je pourrai moi aussi succomber à leurs pouvoirs. Sachez chers lecteurs que je suis tout de même assez farouchement contre ce type d’objet, pour moi, rien ne peut remplacer le livre papier et son toucher. Mais cette chronique n’a pas lieu pour le moment sur mon avis personnel sur les liseuses, il se contente de vous expliquer mon choix.

Les premières pages présentent le personnage principal, Robert Dubois, qui est un éditeur vieillissant, et le fait qu’une stagiaire vient un beau jour lui imposer une liseuse. Il convient de préciser ici que Robert Dubois a la lourde charge de lire les manuscrits qui sont envoyés à sa maison d’édition. Il a donc un rôle important, celui de trier, de classer, de jeter les manuscrits mais aussi de les aimer, de les repérer afin de les transformer en livres. Les premières pages nous racontent donc la manière dont il aime faire son travail, la manière dont il juge que son travail doit être fait. Nous avons ici de belles pages sur le papier, sur la manière dont le papier peut influencer notre style d’écriture, mais aussi la manière dont nous sommes lus. Et il y a ensuite le contraste avec la liseuse, avec sa matière et ce qu’elle représente.

Je la pose sur mon bureau et je couche ma joue dessus. Elle est froide, elle ne fait pas de bruit, elle ne se froisse pas, elle ne macule pas. Rien ne laisse  à penser qu’elle a tous les livres dans le ventre. Elle est juste malcommode : trop petite, elle flotte dans ma serviette, trop grande, elle ne se glisse pas dans ma poche.

En fait, elle ressemble à Meunier, Le grand Patron. Elle est inadaptée.

En vérité, si nous suivions bien Robert Dubois dans son adaptation à sa liseuse, dans ses critiques mais aussi dans ses joies avec ce nouveau matériel, c’est tout une réflexion sur la littérature et le monde de l’édition qui nous est proposé par l’écrivain. Comment pouvons-nous améliorer, voir rénover, le monde de l’édition? Les auteurs qui ne se vendent pas doivent-ils encore être publiés dans un monde où seul l’argent compte? Robert Dubois est un éditeur à l’ancienne, de ceux qui espèrent qu’ils pourront éditer seulement les manuscrits qui leur plaisent, mais aussi de ceux que la réalité du marché rattrape. Alors, dans ce monde où Robert Dubois peine à lire encore, le personnage principal se met en tête de former une nouvelle génération d’éditeurs, de ceux qui naissant avec une liseuse dans les mains, de ceux qui peuvent créer un nouveau monde de l’édition, voir une nouvelle manière d’écrire pour les écrivains.

–  Pas du tout Valentine. Tu as mis un pied dans la vieille édition, et quel pied, et tu en as déjà un autre dans la prochaine ! Tu es exactement à la bonne place, en équilibre instable. A l’endroit de la crise. L’édition littéraire n’a jamais été vraiment en crise, elle est la crise. C’est sa nature.

Mais, malgré cette réflexion sur la nouveauté, sur le temps qui passe et les révolutions qui doivent survenir pour empêcher la destruction, (l’idée qu’il faut évoluer pour ne pas mourir), Robert Dubois, et le lecteur avec lui, ne peut à la fin que revenir au papier, au contact avec le livre, avec son poids et ses odeurs, avec son lot de souvenirs, qu’ils soient joyeux ou non. Parce qu’un livre, c’est bien cela après tout, un objet que nous assimilions à des souvenirs. Je conseille donc chaudement ce livre, cette histoire, qui est une représentation de la vie, de celle qui doit changer mais où rien n’empêche de retrouver les souvenirs d’avant, de revenir au fondamental. Ce livre me fait penser à ces jeunes adultes si pressés de partir de chez leurs parents, d’avoir enfin la vie devant eux, de construire quelque chose, et qui, une fois revenus devant le foyer de leur enfance, ont un pincement au coeur. La lecture, c’est bien cela, et ce livre traduit vraiment avec une intense perfection. Ce livre raconte la justesse de la vie.

Je suis un homme livre. Ma muraille me protège. Et je lis pour, lentement, posément, la détruire. je prendrai les briques sans ordre ni préméditation, la lecture viendra selon son propre hasard et je sais que l’ordre sera le bon. Laissés en liberté, les livres ne se trompent guère.

J’ouvre la première page du premier, je craque mon premier dos, je plonge mon nez à l’intérieur pour le flairer et j’attaque.

Lorsque j’aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d’être lue.

 

 

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2 réflexions au sujet de « La Liseuse »

  1. Tu donnes vraiment envie de le lire ce livre…je reste quant à moi fidèle aux livres, les vieux,ceux en papier,qui ont leur vie propre,+ celle qu’on leur donne, et tout ce qui gravite autour,évènements-sentiments-sensations-odeurs-souvenirs,rien ne remplacera jamais tout ça!bises Mélody

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    1. je suis bien d’accord, moi aussi j’adore les livres papiers et rien ne pourra les remplacer. seulement, je pense tout de même acquérir une liseuse, rien que pour lire tous les livres qui ne sortent pas sur papier ou qui ne sont pas disponibles en France.
      Bises

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